‹ De la société américaineChapitre 86 sur 135 · LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE

Cn pays sans litlérature nationale, ou dont la llUérature est trop insignifiante, doit toujours être, pour ses voisins, du moins sous les rapi)orts intellectuels les plus intéressants , un pays inconnu et mal apprécié. Ses villes peuvent figurer sur nos cartes; ses revenus, sa population , ses manufactures , ses relations politiques peuvent être consignés dans les ouvrages de statistique : mais le caractère du peuple na ni symbole ni organe ; nous ne pouvons les connaître par la parole , mais seulement par la vue et l'observation extérieure de leurs mœurs et de leurs actes. Or, si la vue et la parole réunies, si les récits des voyageurs et la littérature indigène sont inefficaces sous ce rapport , qu'est-ce donc , à plus forte raison , quand on est réduit au premier de ces moyens .'

{Revue d'Edimbourg, vol. xlvi , p- 309 i

Une nation n'a qu un moyen pour exprimer son esprit général : c'est sa littérature. Les livres populaires sont les idées du peuple , qu'un individu a revêtues des formes du langage. Pour un peuple qui se gouverne lui-même, un autre moyen existe encore : la législation ; elle est, tout aussi bien que la littérature, l'expression de l'esprit général.

Si l'on juge de l'esprit général de rAinériquc par

sa législation, il est d'un ordre très-élevé ; et, en effet, les premiers principes de la morale y sont plus respectés que dans aucune autre combinaison sociale connue jusqu'ici; mais si on jugeait de la nation américaine par sa littérature, on en pourrait conclure qu'elle n'a pas d'esprit général ; toutefois ces deux contradictions peuvent se concilier. L'esprit d'une nation grandit comme celui d'un individu , et sa croissance suit à peu près la même marche. Il peut y avoir, dans l'une et dans l'autre , un esprit vigoureux et plein d'avenir, infaillible dans la reconnaissance des vrais principes, mais sujet à l'erreur dans leur application; ardent dans son admiration de toute expression fidèle et brillante de l'intelligence, par les autres, mais ne sachant pas encore s'exprimer lui-même. Le jeune philosophe ou le jeune poète est habituellemeni métaphysicien, avant de laisser voir ce qu'il sera définitivement. A l'âge où l'on sent vivement , à vingt ans, l'invisible et impalpable monde de la réalité se découvre à lui brillant d'un éclat qui lui fait plus tard jeter presqu'un regard d'envie sur ses jeunes années. Dans ce monde lumineux, autant d'objets spirituels se rélèvent aux yeux de son intelligence que d'objets matériels aux yeux du corps : sur le premier plan , les principes; puis une longue perspective de certitudes transformées imperceptiblement en probabilités, et allant se perdre dans les brouillards du possible , éclairées par le soleil éclatant de la foi. Mais de tout cela, il ne peut d'abord rien exprimer ; il est brillant de convictions, mais il ne peut les manifester au\

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