‹ De la société américaineChapitre 87 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION

autres qu'en reconnaissant l'expression que d'autres ont créée ; que , s'il essaye de le faire , il est ou inintelligible ou vulgaire.

Tel me paraît être le degré auquel l'esprit de TA- Qiérique est arrivé. Le caractère de grandeur de la législation du pays est dû à cette heureuse circonstance ( conforme aux voies de la Providence, qui a voulu que de grands instruments surgissent quand une grande œuvre doit être enfantée ) , que des individus accomplis se trouvaient tout prêts à venir en aide au peuple dans l'expression de ses premières convielions. Les premières convictions d'une nation dans de telles circonstances ont pour objets ses droits généraux et fondamentaux , dont la législation doit être l'expression. Cette tâche a été si bien remplie par les Américains, qu'il y a toute raison de croire qu'ils ne s'arrêteront pas en route , car les principes se tiennent tellement , qu il est impossible d'en saisir un sans en loucher un autre. En conséquence, quoique la philosophie de l'àme n'ait encore rien produit eu Amérique , beaucoup de penseurs en recherchent les principes au milieu des éléments accumulés par l'ancien monde ; et , sans que la presse américaine ait encore jeté aucune lumière sur les principes de la politique, d'un bout à l'autre du pays on entend les Américains citer Bu^e , ne manquant jamais de séparer les inspiration's démocratiques de son génie des perversions aristocratiijues de son caractère et de son éducation. Quoique l'Amérique n'ait rien cré«'î encore dans la littérature ou les arts , et ne puisse

même distinguer une création d'une combinaison , d'une imitation ou d'un calque, néanmoins la puissance d'admiration qu'elle fait voir en accueillant ce qui est bien inférieur à ses besoins , la vigueur avec laquelle, après de perpétuels mécomptes, elle s'applique aux produits de la presse , pour trouver l'impérissable dans ce qui est tout aussi passager que ce qui a précédé; tout cela prophétise la venue d'un génie créateur. La conviction que l'Amérique doit posséder un artiste eminent est universelle , et une telle conviction est une garantie suffisante de l'événement. Dans chaque romancier , dramaturge, faiseur d'odes ou de sonnets, on a cru voir tour à tour le messie littéraire ; mais il n'est pas encore sorti de son obscurité , et il est probable qu'il n'est pas encore prêt à en percer le voile. Comme nous l'avons dit , toute œuvre de génie est un mystère , jusqu'au moment de son apparition. Ce que seront ses principes et son élaboration , il n'est qu'un homme au monde qui puisse le dire, son auteur; mais on peut assurer que celte œuvre ne sera ni une copie plus ou moins exacte de rien de ce qui existe aujourd'hui, ni un simple calque non illuminé et non vivifié par la lumière et le mouvement des principes , dont les formes ne sont que les manifestations extérieures : ce ne sera pas non plus le tableau des relations mutuelles du conventionalisme , quelque délicate qu'en soit la perception, quehjuc habile qu'en soit l'exposition. Au delà de celte limite, la littérature américaine n'a encore rien produit.

Outre les raisons que j'ai données , il en est une

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