TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. i
bienfaiteur de la génération actuelle, en servant à combler tant de lacunes dans des existences ennuyées, et en offrant des distractions à d'autres existences pénibles et occupées. Il est probable que ses espérances sont satisfaites, et tout semble annoncer qu'il n'ira pas plus loin. Si l'un de ses ouvrages parvient à la postérité, ce sera son Christophe Colomb; ses dernières productions seront les premières oubliées.
Les romans de Cooper ont une vitalité bien chélive : quelques descriptions de lieux, quelques aventures isolées ont sans doute beaucoup de mérite ; mais ce n'est pas la vie bumaine qu'il nous présente , ses caractères de femmes n'ont rien de vrai , et dans le choix qu'il fait des chances de l'existence mortelle, il choisit habituellement les moins probables. Il a une vigueur de perception et de conception qui, avec de l'étude et du travail, aurait pu en faire un grand écrivain; tel qu'il est, c'est un beau talent avorté.
Les Américains ont un poète : Bryant n'a point donné encore la mesure de ce qu'il peut faire et de ce qu'il fera , il faut l'espérer, mais il a déjà produit des choses qui vivront. Ceux de ses poèmes les plus connus et les plus avantageusement cités sont de faciles, douces et fidèles descrii)lions de la nature, du genre de celles où se complaît son imagination. On a de lui un poème délicieux, la Brise du soir; mais d'autres compositions , telles que le Passé et Thanatopsis, indiquent un talent plus élevé et d'un autre genre; s'il cultive les dons qu'il a reçus en partage, s'il consacre à la poésie le reste de ses jours, en levant
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les yeux , comme le véritable artiste, vers la dignité de sa mission , sa renommée s'étendra dans l'avenir, comme elle a déjà franchi l'Océan.
Les Américains possèdent aussi un historien de mérite : l'Histoire des États-Unis , par M. Bancroft, est à peine commencée encore; mais ce commencement est empreint d'un esprit d'impartialité et de bienveillance, et l'on y reconnaît la fidélité de l'auteur aux principes démocratiques; or, ce sont là deux conditions essentielles dans un historien de la république. Mener cette œuvre à sa fin sera une tâche ardue et difficile; mais, si l'ouvrage réalise les espérances qu'il a fait concevoir, ce sera un important service rendu à la société tout entière.
La littérature périodique des États-Unis est d'un ordre très-inférieur. Je ne connais pas une seule revue où l'on trouve quelque chose qui ressemble à de l'impartialilé ou à de la critique éclairée. La Revue américaine du nord jouissait autrefois d'une certaine réputation en Angleterre; mais cette réputation a baissé considérablement, en Amérique et à l'étranger, par l'absence de principes plus encore que de talent. Celte Revue semble avoir maintenant pour tout principe de louer tous les livres dont elle parle et de caresser, aussi adroitement que possible, les préjugés populaires. LrtJJeywe trimestrielle américaine, publiée à Philadelphie, est rédigée avec talent; mais elle est sans intérêt par sa morale surannée et son extrême disette de pensées.
La Revue du Sud , publiée à Charleston, interrom-