TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. iO
pue il y a quelque temps, mais reprise, je crois, récemment , est ce qu'il y a de mieux dans la littérature périodique du pays. Sauf les larges déductions rendues nécessaires par les dé(l\uts du caractère du sud , cette Revue se maintient au premier rang et sa supériorité est incontestable.
Il m'est arrivé de trouver un joyau de littérature américaine là où je m'attendais le moins à le rencontrer, dans le Knickerbooker, revue mensuelle de New- York. Le printemps dernier, une série d'articles commença à paraître dans cette Revue, intitulés : Lettres écrites ûe-Palmyre (i). Six de ces lettres avaient déjà paru quand je quittai le pays. Je n'ai pu encore me procurer les autres; mais, si elles répondent aux premières, je ne doute pas qu'elles ne soient bientôt, dans les deux pays, entre les mains de tout le monde.
Ces lettres, que j'ai lues plusieurs fois, sont restées dans ma mémoire comme un fragment de beauté sublime et tendre. Zénobie, Longin et une nombreuse suite de personnages y vivent et se meuvent dans une majesté naturelle; et les beautés de description et de sentiment me paraissent aussi remarquables que la conception hardie des caractères et la peinture de l'époque. Si ce fragment anonyme n'est pas l'œuvre d'un véritable artiste; si l'ouvrage, quand il sera cora-
(1) Lettres écrites de Palmyre, par Lucius M. Pison, à son ami Marcus Curtius , à Home. Elles présentent le tableau (le l'état (le l'Orient sous le règne cl'Aurélien, et seront terminées , je pense , par la chute de Palmyre.
{Note de r .tuteur. )
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piété , n'est pas d'un ordre bien plus élevé que tout ce qu'a produit la presse américaine, ses premiers admirateurs éprouveront encore plus de surprise que de regrets.
On répète continuellement, et avec beaucoup de vérité , des deux côtés de TAllantique , que c'est au mauvais état de la législation sur la propriété littéraire que doit être attribuée rinférioiité de la littérature américaine. Il est vrai que l'imperfection de cette législation décourage les auteurs américains, en même temps qu'elle cause un grave préjudice aux écrivains étrangers. Il est vrai que les libraires américains ne rétribueront pas les auteurs indigènes, tant qu'ils pourront s'approprier les œuvres des écrivains Anglais et que le public américain est plus disposé à prêter l'oreille à la voix des Anglais qu'à celle des prophètes de son propre pays ; il est vrai qu'en Amérique, où chacun doit se créer des moyens d'existence , la carrière littéraire manque d'encouragement, en ce sens, qu'à peu d'exceptions près, il est impossible à un auteur de vivre de sa plume; mais tout cela n'explique pas la non-existence de la littérature en Amérique. La législation actuelle , en vertu de laquelle les œuvres des écrivains anglais sont contrefaites et mutilées, de manière à ne laisser aucune chance aux œuvres indigènes, est si évidemment vicieuse, que tout fait présumer que cet état de choses sera bientôt changé ; mais cet abus ne saurait imposer silence au génie, si le génie éprouve le besoin de se faire entendre. On doit comprendre aujourd'hui qu'aucun pouvoir sur la terre