‹ De la société américaineChapitre 91 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. IW · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. IW

n'est capable de comprimer la force intellectuelle quand elle est d'une nature grande et forte, d'étouffer la voix d'un génie véritablement inspiré : des libraires contrefacteurs et des lois défectueuses ne sauraient exercer cette puissance. Ce découragement est injuste, pénible, mais il ne peut être fatal. Si un génie indigène, d'un ordre plus élevé qu'aucun génie anglais, avait existé en Amérique dans les dix dernières années: il se serait déjà fait entendre, il se serait frayé un chemin dans les esprits et dans les cœurs de sa nation, en déjût d'une nuée de libraires sordides et d'une législation absurde ; il l'aurait fait lors même qu'il lui eût fallu sacrifier son denier pour acheter du papier et vendre son lit pour payer l'imprimeur, expédient auquel il n'est pas croyable que jamais auteur soit réduit sur cette terre de prospérité. L'absence de protection pour la propriété littéraire étrangère est assez funeste sans qu'on la rende encore responsable de la nullité de la littérature indigène. Les causes de cette nullité viennent de plus loin , et leur action continuera encore longtemps après la réforme de la législation.

Pour donner quelque idée du goût littéraire du pays, je vais exposer le degré de popularité dont m'ont paru jouir, en Amérique, les écrivains vivants ou récents de l'Angleterre.

Le nom que j'ai entendu répéter le plus fréquemment est celui de mistriss Hannah More. Elle est beaucoup plus connue dans le pays que Shakspeare ; cela indique les goûts religieux du peuple plutôt que

ses goûts littéraires. Scott est idolâtré ainsi que miss Edgeworth; mais je pense que , de tous les auteurs, celui qu'on lit le plus est M. Bulwer. Je doute qu'il soit possible de passer quelques heures en société sans entendre prononcer son nom. Il n'est pas adoré avec la vénération absolue et implicite que l'on porte à miss Edgeworth; mais ses livres sont dans toutes les maisons, ses sentiments démocratiques dans toutes les bouches, et la moralité de ses œuvres est un sujet constant de discussion dans toutes les classes, depuis les ecclésiastiques les plus graves jusqu'aux écoliers les plus insouciants. Après elle vient mistriss Jameson; elle est fort aimée, et elle le doit à ses Traits caractéristiques de la femme. A une distance considérable, on cite mistriss Hemans. C'est à peine si l'on entend parler de Byron. Words- Worth est dans le cœur du peuple , mais il est des noms qu'on prononce plus souvent que le sien, et je ne doute pas que son influence ne soit aussi puissante que l'influence d'aucun de ceux que j'ai mentionnés ; moins étendue, cette influence est plus forte ; si l'on ne trouve pas ses livres dans tous los magasins , ils gisent sous l'oreiller, sont ouverts sur la table à ouvrage ou sortent de la poche ; ils sont couverts de notes et usés. CoUeridge failles délices d'un petit nombre. Il en est de même de Lamb , à qui , toutefois , on porte une aff'ection plus tendre. J'ai rarement entendu prononcer le nom de M. Hallam, mais toujours avec un respect extraordinaire et de la bouche de ceux dont l'approbation a le plus de prix.

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