TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. 20i
Aucun auteur n'exerce une influence aussi digne iVenvie que M. Carlyle. Il est remarquable qu'une influence comme la sienne ait été acquise par des articles de revue disséminés dans une longue suite d'années et dans un grand nombre d'ouvrages périodiques. Les Américains ont sa Vie de Schiller; mais ce n'est pas à cet ouvrage qu'il doit sa réputation. Ses articles dans la Revue d'Edimbourg ont répondu aux besoins de plusieurs des meilleurs esprits de la Nouvelle-Angleterre ; esprits fatigués des déclamations hypocrites de moralité machinale, et cherchant ailleurs un appui plus sûr. L'école qui s'est sur-le-champ formée fait honneur aux élèves et au maître. L'ouvrage remarquable de Carlyle , intitulé Sartor resartus, publié par fragments dans le Magazine de Fraser, a été réimprimé en Amérique, et exerce une influence proportionnée À l'admiration sincère qu'il a excitée. C'est peut-être la première fois que les Américains ont adopté un ouvrage anglais sans nom d'auteur, dénué de toute recommandation et même complètement négligé en Angleterrre. Ce livre agit sur eux avec une force étonnante. Il a déjà régénéré les prédications de plus d'un membre du clergé, et je crois pouvoir ajouter l'esprit et la conduite de beaucoup de laïques. C'est un bienfait qui a répondu à un pressant besoin , comme le témoignent ceux qui l'ont su apprécier, par la ferveur de leur reconnaissance.
Le meilleur moyen de mettre les Américains à même d'exprimer ce qu'il peut y avoir en eux sera bientôt mis à exécution , du moins, je le pense : il
s'agirait de créer une publication dans laquelle s'établirait une discussion complète et libre de toutes les questions envisagées sous toutes leurs faces, en se renfermant dans une certaine branche d'investigations intellectuelles , la moralité sociale , par exemple. A présent, il est fort diliicile d'offrir au public l'ensemble d'un sujet quelconque. Ces difficultés proviennent de la partialité immorale de la plupart des journaux, de la cauteleuse prudence des revues, de la déférence craintive des écrivains pour l'opinion , des obstacles opposés à la libre publication par l'État de la législation sur la propriété littéraire. Une publication , ayant pour objet de présenter avec impartialité tout ce qu'on peut dire sur un sujet quelconque, sous la seule condition de s'abstenir de personnalités à l'égard d'un adversaire , serait , dans les circonstances actuelles , le meilleur remède possible aux inconvénients dont on se plaint , le plus sûr stimulant à la recherche de la vérité, la meilleure éducation dans l'art d'exprimer clairement et librement sa pensée. Une publication semblable , sous la direction d'un homme tel que le docteur Follen, plein d'instruction, de philosophie et de ce religieux amour de la vérité, <[ui est une garantie d'imparti;dilé, serait un honneur pour le pays et un bon exemple pour des sociétés plus vieilles, du sein desquelles la peur de la liberté de discussion n'a pas encore dis|)aiu. Un éditeur, digne d'une pareille œuvre , déclinerait la responsabilité de retrancher une opinion quelcon(jue, rentrant dans le cercle de la matière en discussion. Son rôle se borne-