QUATRIÈME PARTIE. RELIGION
se vante d'assurer à chaque homme le droit de rechercher le bonheur à sa guise , quel est l'état de sa liberté dans le plus privé et le plus individuel de tous les intérêts? Jusqu'à quel point tous, hommes et femmes, peuvent-ils vivre libres de toute intervention , se livrer à leurs aspirations vers l'infini , réaliser leurs idées de perfection et harmoniser les fonctions de leur intelligence, aussi infiniment diverses que la configuration de leurs traits.
L'absence de cette diversité est le fait frappant qui se présente d'abord à l'investigateur; s'il n'y avait point de contraintes, point de récompenses ou de punitions sociales, la presque uniformité de professions religieuses qu'on voit aux États-Unis n'existerait pas. Dans une société où les opinions religieuses seraient complètement libres, comme faisant partie des droits inaliénables de l'homme , il y aurait beaucoup d'athées spéculatifs (bien que probablement très-peu d'athées pratiques) , beaucoup n'adopteraient les principes de la religion naturelle que par l'intermédiaire du christianisme , et le christianisme lui-même serait adopté dans des modes aussi divers que les esprits sur lesquels il régnerait. Au lieu de cela que voyons nous? des lois promulguées contre les athées spéculatifs; l'opprobre déversé sur ceux qui embrassent la religion chrétienne autrement que selon les formules et les rites du christianisme; et une oppression plus odieuse encore exercée par ceux qui voient le christianisme d'une manière, sur ceux qui l'envisagent sous un autre point de vue. Un jeune législateur chrétien et
aOe DE LA SOCIÉTÉ AMÉRICAINE.
religieux fut , l'année dernière , plaint , blâmé et calomnié à Boston , par des ecclésiastiques, des gens de lois et des professeurs , pour avoir cherché à faire rapporter la loi , en vertu de laquelle le témoignage des athées spéculatifs n'est pas admis en justice. Des quakers, prenant entre eux le nom d'amis, s'excommunient mutuellement ; des prêtres presbytériens prêchent la haine contre les catholiques ; un couvent est brûlé et les religieuses sont bannies de la localité , et des prêtres épiscopaux se font un mérite d'admettre des unitaires à siéger dans des comités d'intérêt public ! Comme on doit s'y attendre , au milieu d'une pareille infraction au principe qui garantit à tout homme le droit de rechercher le bonheur à sa guise, il, n'y a pas , dans l'action des intelligences et dans les manifestations verbales , cette diversité infinie que réclament la nature et la fidélité aux principes. La vérité est privée de l'irréfragable témoignage qui lui fournirait l'accord né au milieu de celte diversité ; la religion est insultée et scandalisée par des adhésions nominales et des hommages hypocrites. Aux Etals- Unis, le christianisme est professé de bien des manières; mais il est bien peu d'iiommes penseurs ou irréfléchis, studieux ou ignorants , respectueux ou indifférents, sages ou dissipés , désintéressés ou mondains , qui ne professent pas convenablement le christianisme sous une forme ou sous une autre : cela n'est pas conforihe à la nature de l'homme ; la société ne réfléchit pas fidèlement l'aspect religieux de l'esprit humain. On demandera si cela n'est pas également vrai de