‹ De la solidarite moraleChapitre 14 sur 100 · CONSTITUTION NATIVE : SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

CONSTITUTION NATIVE : SENSIBILITÉ

tion, une très inégale aptitude à vouloir. Au reste, répétons ici Faveu que nous avons fait une fois pour toutes : il doit y avoir à la racine raême de la volonté quelque activité toute libre^, une spontanéité pure, supérieure à f aveugle énergie physiologique et la dirigeant, quoique plus ou moins empêchée ou renforcée, à son tour, par la pauvreté ou la richesse de l'organisation.

VI. — En avons- nous fini avec les dispositions héréditaires de nature à influer sur la moralité ? Pas encore. Il nous reste à parler de ce qu'on appelle d'un seul mot la sensibilité, c'est-à-dire des tendances affectives : le caractère héréditaire en est aussi incontestable que l'importance moiale.

L'ardeur au plaisir, la multiplicité des désirs et leur intensité, la vivacité des émotions agréables ou douloureuses, sont avant tout affaire de tempérament. Le naturel pourra être modifié en ce point comme en tout autre, soit; mais les changements seront plus ou moins nécessaires, plus on moins faciles aussi, et, en général, moins faciles là où ils seront plus nécessaires. Qu'on jette encore les yeux sur les enfants : ce n'est pas seulement en vivacité et en profondeur que difïère leur faculté de sentir, c'est aussi en qualité et en direction. C'est sans doute le cas ou jamais de dire avec Montaigne : « Tout ceci peut se rapporter à l'étroite couture de l'esprit et du corps, s'entre-comrauniquant leur fortune (1). » Toujours est-il qu'il y a des natures impressionnables et des natures quasi inertes, des âmes dures

(1) Essais, liv. I, ch. xx.

H. MARiox. Solidarité. 6

OU tendres, irascibles ou calmes, égoïstes ou affectueuses, voluptueuses ou froides; et, dans l'immense majorité des cas, ces dispositions du cœur visiblement nous viennent de nos parents.

Si cela est, la solidarité morale est ici certaine et frappante, non seulement parce que telle vertu particulière, facile à tel tempérament, est presque impossible à tel autre, mais à cause des rapports généraux de la volonté et des mobiles.

De même qu'il n'y a pas de volition sans motifs, de même il n'y a, en fait, jamais de volition sans mobiles sensibles. La volonté diffère du désir, mais n'en est pas indépendante. Une détermination ne peut avoir sa raison d'être que dans un bien aperçu, et il est de la nature de tout bien d'exercer un attrait. Même la loi morale tempère la froide austérité de son commandement par le charme de la perfection, au nom de laquelle elle commande. Elle parle au cœur en même temps qu'à la raison, et ne se fait bien obéir que de ceux qu'elle touche. Le devoir abstrait serait lettre morte. Kant, pour l'avoir dégagé dans toute sa pureté, n'a peut-être pas assez vu que ce n'est point ainsi qu'il s'offre aux hommes et agit sur eux. Il est très bon de rappeler que le devoir exige le respect de ceux-mêmes à qui il n'inspire pas d'enthousiasme; mais avouons qu'on l'accomplit mieux quand on l'aime. Cela est vrai même des devoirs de stricte justice : rien n'est si difficile que d'être juste quand il en coûte trop. A plus forte raison est-ce vrai de la charité, qui par définition doit venir du cœur. — En ce sens, on peut donc dire qu'une vive sensibilité constitue un grand avantage moral.

Pourtant, sentir vivement est le fait de toutes les

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