‹ De la solidarite moraleChapitre 16 sur 100 · FORMATION DU CARACTÈRE · texte numérisé non relu

FORMATION DU CARACTÈRE

Milieu physique et conditions économiques. Première éducation.

Les circonstances dont l'influence morale est la plus puissante de beaucoup sont celles qui tiennent au milieu social; mais elles seront étudiées à part. Attachonsnous d'abord aux circonstances d'un autre ordre, milieu physique, climat, alimentation, dont il est encore plus impossible d'isoler en pensée Tindividu. Leur action sur la moralité n'est qu'indirecte; mais nous ne saurions la négliger, du moment qu'elle pénètre, d'une manière ou d'une autre, jusqu'au fond de la conscience et peut développer ou altérer les dispositions natives.

A l'ensemble des circonstances composant le milieu ])hysique, on peut rattacher les dons et avantages corporels : santé, vigueur, beauté, qui mettent ceux qui les possèdent dans des conditions morales si différentes de ceux qui en sont dépourvus. Conditions différentes, mais non pas toujours plus favorables; car si ces dons

rendent plus facile un certain genre de courage et d'initiative, ils disposent moins aux vertus d'abstention, comme la retenue, la patience et la modestie. La beauté, en particulier, qui est comme la fleur des avantages physiques, met plus d un obstacle au perfectionnement moral des personnes en qui on la remarque. A raison même des privilèges qu'elle donne, elle risque grandement d'inspirer l'orgueil et l'égoïsme, elle ne dispose guère à une vertu qui résume toutes les autres et sans laquelle nulle autre n'a tout son prix, l'entier et candide oubli de soi. Au reste, la laideur aussi bien que la beauté a ses tentations et ses dangers propres, et la faiblesse aussi bien que la force, la mauvaise santé aussi bien que la bonne. Il y a peut-être compensation, à tout prendre. La seule chose assurée et qui soit à noter dans les termes très généraux où la question se pose ici, c'est qu'il n'est pas une de ces circonstances qui n'influe sur notre caractère, qui ne contribue par suite à faire notre moralité. A être ce qu'on doit, le mérite est toujours grand, mais il est difîerent selon les cas; Feff'ort demandé à tous n'est pas égal, ou, fût-il égal, n'est pas le même.

La vertu n'est, de même, le privilège d'aucune latitude. Il y a partout place pour reâ"ort moral (et à ce point de vue les milieux les plus dissolvants seraient même les plus favorables, étant ceux où l'énergie du vouloir a le plus d'occasions de s'exercer). D'autre part, il n'est sans doute aucun lieu habitable où l'on ne puisse, avec plus ou moins d'effort, pratiquer toutes les vertus. Néanmoins, il est incontestable que certaines vertus sont faciles en certaines régions, fort difficiles en certaines autres. Si le mérite peut être partout le

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