‹ De la solidarite moraleChapitre 42 sur 100 · SYMPATHIE GÉNÉUALE ET DIFFUSE : IMITATION · texte numérisé non relu

SYMPATHIE GÉNÉUALE ET DIFFUSE : IMITATION

tibles autant qu'irréfléchies : jappements, miaulements, cris de toute sorte, refus d'aliment; mais ce n'est pas chez les seuls aliénés qu'on les observe. L'hystérie, l'épilepsie, presque toutes les névroses chroniques y prédisposent. La simple débilité y prépare les natures délicates et excitables à l'excès, comme on le voit par les cas relevés dans les couvents de femmes et les pensions de jeunes filles. On prétendrait à tort que ces aptitudes imitatives ne sont jamais que des exceptions, des symptômes névropathiques. Ce qui est exceptionnel et de nature morbide, c'est leur subite exagération, leur prédominance à un moment donné sur la volonté et la raison. Mais n'oublions pas qu'il n'y a point un abîme, ni même une limite assignable entre la santé et la maladie. Au moral comme au physique, la maladie rompt l'équilibre de nos facultés ou de nos fonctions, surexcite les unes aux dépens des autres, met en saillie ce qui était accessoire; mais elle ne saurait créer une fonction ni une faculté nouvelle. Que de preuves d'ailleurs n'avons-nous pas de l'universalité de ces tendances imi tatives inconscientes ! A des degrés différents, elles se révèlent chez les hommes sains comme chez les malades, dans les deux sexes et à tous les âges, plus marquées dans les races inférieures et chez les personnes faibles, moins apparentes à mesure que croissent la culture intellectuelle et l'habitude de la réflexion, mais partout inhérentes à notre nature (1).

L'enfant, en qiii la personnalité consciente et la volonté s'éveillent à peine, montre une singulière disposition à imiter sans réflexion les gestes, les attitudes,

(1) « Noms sommes automate autant qu'esprit. » Pascal, édit. Havet, 2* édition, t. î, p. 155.

les mouvements de ceux qui Fentourent. Il répète de même sans le comprendre ce qu'il entend, car les impressions auditives et les impressions visuelles provoquent également ces réactions automatiques. Les hommes faits s'imitent aussi les uns les autres, se copient sans le savoir (1). Dans la mode il entre sans doute d'autres facteurs que Timitation involontaire; mais cet instinct en est certainement le véhicule : de là la sûreté et hi rapidité avec lesquelles elle se propage. Nul doute aussi que ces traits communs auxquels on reconnaît à l'étranger les membres d'une même nation, tenue, accent, goûts et usages, n'aient en grande partie la même origine.

Faire ce qu'on voit faire est la pente naturelle. On prend le ton de ceux à qui l'on parle, les jeux de physionomie de ceux qu'on écoute. On bâille, on rit, on s'excite ou l'on s'endort, on fuit ou l'on marche au feu, par la seule force de l'exemple. Quand il s'agit d'apprendre à chanter, à déclamer, à lire, à danser, à monter à cheval, à faire des armes, la plus savante leçon ne vaut que si le maître joint l'exemple au précepte. L'eniaiit le plus ignorant du mécanisme de son organe vocal, le plus incapable d'en régler le jeu volontairement, répète presque au premier coup la note qu'on donne à son oreille. De même en toutes choses : nous nous mettons d'instinct au diapason.

IMais cette tendance des hommes à se faire écho mutuellement, à s'imiter en tout, est plus impérieuse à

(1)11 n'est pas rare de rencontrer des personnes qui, ayant vécu ensemble durant de longues années (c'est le cas, p;ir exemple, des vieux époux dont Texislence est très retirée}, en sont venues par cette fréquentation intime à avoir les mêmes gestes, les mêmes expressions, jusqu'à une sorte de ressemblance physique.

Page 1