‹ De la solidarite moraleChapitre 45 sur 100 · IMITATION ET SOLIDARITÉ · texte numérisé non relu

IMITATION ET SOLIDARITÉ

Cela arrive d'autant plus sûrement que FncMon satisfait des instincts plus impérieux et des passions plus basses; mais le phénomène est le même quand Pacte commencé par simple imitation est moralement bon. Alors aussi la volonté tend à le faire sien; et l'achèvement en est facilité par le concours des sentiments généreux auxquels il donne satisfaction. Aussi, dans les deux cas, y a-t-il presque toujours plus qu'un consentement de la volonté. Elle pèche par complaisance d'abord, puis par franche complicité; ou, ayant commencé par se laisser conduire au bien, elle se porte ensuite avec un effort intense, partant méritoire, à consommer la bonne action dont elle n'a pas eu l'initiative.

Mais l'énergie volontaire n'est ainsi provoquée à se déployer, à la suite ou au cours de l'acte imitatif, que parce que cet acte suscite, par association, les sentiments et les pensées qui servent de motifs au vouloir. C'est ce qui achève de donner son caractère proprement moral, et sa portée dans le mécanisme de la solidarité sociale, à ce phénomène obscur, en apparence insiiïnifiant, de l'imitation instinctive.

L'ordre naturel des choses est évidemment que nos mouvements suivent nos sentiments et nos pensées; cela est si vrai, que l'imitation des mouvements ne paraît explicable (dans la mesure où elle l'est) que comme un effet soudain de la sympathie inconsciente et de l'imagination. Mais la réciproque est vraie aussi. Nos mouvements, si vaguement qu'ils soient sentis dans 'a conscience, y provoquent les idées et les sentiments auxquels ils ont été associés soit par la nature, soit par l'habitude. « Les mouvements et les attitudes du corps, dit Gratiolet, lors même qu'ils résulteraient de certaines H. MARioN. Solidarité. 13

causes fortuites, éveillent des sentiments corrélatifs, et, par leur intermédiaire, influent sur les mouvements de l'imagination et sur les tendances de l'âme ellemême (1). » Dans l'état de veille et de santé,. ce phénomène est moins apparent, dominé qu'il est par les manifestations de l'activité volontaire; et pourtant chacun peut en faire l'expérience. Dans une attitude fière, on se sent plus ou moins en humeur de fierté, de même qu'à prendre une attitude humble, on entre plus facilement dans des sentiments d'humilité. Pascal le savait bien quand il conseillait à ceux qui ne peuvent croire de commencer par « faire tout comme s'ils croyaient »

et « prendre de Teau bénite » « Naturellement même

cela vous fera croire (2). » Mais le fait parait à nu dans les états soit naturels, soit provoqués, où l'énergie volontaire, momentanément supprimée, laisse le champ libre à cette surexcitation de l'esprit que les médecins appellent hijperidéalion. » Chez certains sujets hypnotisés, dit le docteur Ch. Richet dans son étude Du somnambulisme provoqué (3), on peut provoquer des idées hallucinatoires par la position qu'on donne aux membres. En mettant les bras dans l'attitude de la prière, par exemple, on excite, chez le patient l'idée de la prière, et ainsi de suite pour un grand nombre d'idées en rapport avec une attitude déterminée du système musculaire. »

(1) De la Pliiisionomie, p. G6. — Gratiolet tire lui-même cette conséquence : <( Si (le nos aiiituiles naissent des instincts, on comprendra comment la physiolotzie elle-même justifu; l'importance (]u'on attache aux bonnes manières : les bonnes manières sont les formes de la vertu, et celui qui, dès l'enfance, a coniracté l'action du bien, ne parlera jamais facilement le langage du mal. »

(2) Pensées, article x, 1 ; édition Havet, t. I, p. 152.

(3) Journal del'anatomie et de la physiologie, imWel 1875, t. XI, p. 376.

Sans doute, c'est là un cas exceptionnel, anormal; mais le phénomène que ce cas extrême nous offre saisissant, isolé qu'il est par rélimination des causes qui le masquent à l'ordinaire, n'apparaît pas là ex nihilo, par miracle. Il est général, il est dans notre nature, et,, s'il s'exagère dans ces conditions insolites où plus rien ne lui tait équilibre, il est impossible qu'il n'entre pas aussi comme facteur, à titre de disposition permanente, dans notre vie normale. Nous avons du reste occasion de l'éprouver dans certains autres cas, intermédiaires entre cette sorte de catalepsie, qui l'exagère, et les expériences volontaires, nécessairement suspectes de l'altérer. Sous l'influence des excitants ordinaires, dans une légère ébriété, ou même simplement dans certaine phase du sommeil commençant (1), tout le monde a pu sentir avec quelle tacilité telle attitude fortuite, tel mouvement involontaire, fait prendre à nos pensées un cours correspondant. — C'est à cause de cette participation plus ou moins prompte de nos facultés morales aux actes d'abord automatiques, que les mouvements imitatifs, si involontaires et irréfléchis qu'on les suppose dans l'origine, ne sauraient être indifférents ni rester dépourvus de tout caractère moral.

Mais ce n'est pas seulement de cette façon détournée que l'exemple agit sur la moralité. Il y a, dans certaines conditions, comme une action directe et mutuelle des âmes, par laquelle les sentiments de l'une tendent à éveiller dans l'autre des sentiments similaires, et les

(1) C'est la phase dans laqtielle M. Alfred Maury place ce qu'il appelle l'hallucination hypnagogique. Le sommeil et les rêves, chap. iv, 4^ édition, p. 56 et suivantes.

pensées, des pensées du même ordre. C'est en quoi consiste plus particulièrement le phénomène de la contagion morale. Bien entendu, cette action n'a rien d'occulte : il faut la concevoir comme parfaitement naturelle, bien qu'elle soit délicate et cachée autant que puissante. On la compare quelquefois à une action magnétique, non à tort; mais cette métaphore ne saurait passer pour une explication. Impuissants que nous sommes à déterminer la nature et la marche des phénomènes nerveux qui accompagnent et supportent notre activité mentale, nous ne pouvons que constater cette communication subite des consciences dans telles conditions données. De ce fait psychologique l'explication aussi doit être d'ordre psychologique. Il faut y voir encore un phénomène de sympathie et d'imitation, mais d'une physionomie particulière.

. Pensées et sentiments ne se communiquent de la sorte qu'à la condition de se manifester de quelque manière. Il est clair aussi que nous sommes plus ou moins aptes à vibrer ainsi à l'unisson des autres, selon qu'il y a plus ou moins d'analogies naturelles ou accidentelles entre eux et nous. Pour ces raisons et d'autres du même genre, la contagion morale semble être encore de la nature de l'imitation. Mais la sympathie est visiblement la cause, ou tout au moins la condition principale de ces transmissions d'âme à âme. Les pensées, en effet, sont moins transmissibles de cette manière que les émotions, et ne le sont, qu'autant qu'elles sont unies à des affections vives. Ainsi, certaines conceptions de l'imagination sont aisément suscitées en autrui par des signes presque imperceptibles, grâce aux émotions et aux passions dont elles sont presque inséparables; mais les pensées propre-

ment dites, les jugements abstraits et généraux ont besoin d'être expressément énoncés.

La pensée se communique de Tentendement à l'entendement par le langage, et elle est acceptée ou non, à peu près en connaissance de cause, l'entraînement imitatif étant là non pas nul, on le verra tout à l'heure, mais relativement faible et comme réduit à son minimum. Au contraire, l'émotion, la passion, et toutes les représentations mentales d'ordre inférieur auxquelles elles sont liées, ont dans certains cas à peine besoin de se manifester, pour se communiquer avec une rapidité en quelque sorte électrique. C'est ce que le D"" Despine exprime par cette loi : « Toute manifestation des instincts de 1 ame, des sentiments et des passions de toute nature, excite des sentiments et des passions semblables chez les individus qui sont susceptibles et de les éprouver à un certain degré. » Et il ajoute : « On ne saurait mieux comparer la nature morale de l'homme qu'à une table d'harmonie. La résonnance d'une note fait vibrer la même note dans toutes les tables qui, étant susceptibles de la donner, se trouvent sous Finfluence du son émis (1). »

Tous les auteurs qui ont écrit sur cette matière, notamment MM. JoUy, Luys, Despine, s'accordent dans la description de ce phénomène ; mais aucun d'eux ne cherche à marquer la différence entre l'imitation et la contagion morale. J'ai tâché, au contraire, de les distinguer. Ce sont des phénomènes voisins, mais non tout à fait identiques. J'appliquerais le mot imitation à la reproduction des actes dont le spectacle est donné soit actuellement à nos sens, soit indirectement à notre

(l) Opusc. cité, p. 13-14.

imagination excitée. Je réserverais le mot contagion pour désigner l'action plus directe du moral sur le moral, c'est-à-dire i'cveil en nous d'émotions et de pensées en harmonie avec celles qu'on éprouve et qu'on manifeste devant nous, avec ou sans reproduction des actes appropriés. L'imitation, plus eifective, a d'abord, et surtout, une importance sociale; la contagion, plus profonde, va tout droit aux sources de la moralité. D'ailleurs les piiénomènes sont, je le répète, les mêmes de part et d'autre, l'ordre seul en est renversé : d'une part, les sentiments et les conceptions excitées en nous se traduisent en actes; de l'autre, ce sont les actes qui, imités d'abord automatiquement, entraînent un état correspondant de la sensibilité et de la pensée.

Dans la langue médicale, la contagion est toujours la communication d'un mal. Ce que nous appelons contagion morale, au contraire, comprend l'influence des bons mouvements de l'âme dans tout milieu compacte où ils se manifestent, au même titre que les entraînements mauvais et la souillure au contact du vice. L'usage semblerait, il est vrai, nous interdire d'employer en un sens si hirge un mot journellement pris au sens restreint; mais rien dans l'étymologie de ce mot n'en limite l'emploi à tels effets du contact plutôt qu'à tels autres. Les médecins, d'ailleurs, paraissent eux-mêmes parfois éprouver le besoin de rendre toute son étendue à un terme inutilementdiminué. Le D' Jolly, dans son curieux chapitre sur la Puissance thérapeutique de l'imitation, ne nous montre-t-il pas la santé en quelque sorte contagieuse comme la maladie (l)? Il semble reconnu, en effet, que les névroses, depuis les simples tics nerveux

(1^^ Hygiène morale, p. VU.

et le bégaiement jusqu'à la folie commençante, s'amendent au contact des sujets parfaitement sains, très calmes et bien équilibrés, en même temps qu elles tendent à se communiquer aux systèmes nerveux irritables, déjà prédisposés. De môme au moral. Les milieux sains ont une sorte d'action curative, comme les milieux corrompus une action corruptrice. De bons spectacles, des initiatives généreuses excitent soudain les bons sentiments, là du moins où ils sont en germe, et, latents qu'ils étaient, presque étouffés par les sentiments contraires, les mettent en liberté.

Seulement, il est vrai de dire qu'au moral comme au physique, les phénomènes de perversion contagieuse sont plus frappants que les cas de contagion salutaire. Je dis plus frappants et non pas plus fréquents. La contagion du mal ne l'emporte pas sur celle du bien, c'est le contraire qui est à croire : autrement le règne du mal serait universel, ou du moins la pratique du bien demanderait un tel effort de volonté, qu'il n'y aurait plus au monde que des saints en très petit nombre et une multitude irrémédiablement corrompue. Les lois de la vie sociale ne sont ni uniquement ni principalement destructives de la moralité; elles en sont aussi, et au moins autant, tutélaires. Mais les phénomènes de contagion funeste sont plus remarqués, et il y a pour cela deux raisons. La première est que les fautes qui résultent de cette explosion de nos mauvais penchants sous l'influence des mauvaises compagnies attirent souvent l'attention par leur gravité; la seconde, plus générale, est que le mal nous frappe toujours plus que le bien. La santé a beau être un bien inappréciable, qui songe, parmi ceux qui la possèdent, à s'interroger sur ses conditions? Mais led

moindres maladies nous mettent en émoi. De même, nul ne s'étonne de voir un homme en venir à penser, sentir et agir comme son entourage, quand cela ne porte préjudice à personne et ne cause aucun trouble, car le bon ordre nous paraît chose naturelle. Mais la corruption gagnant une nature jusque-là saine nous choque vivement, tant qu'elle ne nous a pas gagnés nous-mêmes; et, même après qu'elle nous a atteints, longtemps encore elle nous choque chez les autres.

Voilà pourquoi la contagion du mal a été plus souvent signalée et beaucoup mieux décrite que la contagion du bien. Au reste, comme le mécanisme de la propagation de l'exemple est le même des deux côtés, nous pouvons, nous aussi, pour mettre mieux en lumière ce phénomène, le prendre sous son aspect le plus saisissant. Les cas les plus -connus seront les meilleurs, parce qu'ils sont les moins contestables.

L'histoire nous offre de véritables épidémies morales, variables quant à la durée et à l'extension, mais dont le caractère contagieux n'est point mis en doute. Tels sont les accès de dépravation universelle dans toute une classe de la société, ou même dans une société tout entière à de certaines époques, telles les grandes frénésies politiques et religieuses. Et, dans de moindres proportions, mais d'une façon plus directement observable, Texpérience de chaque jour ne nous montre-telle pas les mauvaises mœurs se répandant comme un liéau dans toute grande agglomération humaine, en dépit de la meilleure police, de la plus forte discipline et des plus sages précautions d'hygiène morale?

M. Henri Sainte-Claire Deville, dans une remarquable communication faite en 1871 à l' Académie des

sciences morales et politiques (l), a fait voir que la corruption si justement reprochée aux grands internats de Tun et de l'autre sexe, est une conséquence pour ainsi dire nécessaire de leur existence même. Il y a dans ses courtes et vives réflexions sur ce sujet plusieurs idées dont nous ferons ailleurs notre profit, par exemple touchant rinfluence morale des femmes et les dangers d'une trop grande séparation des deux sexes dans l'éducation. On souhaiterait que Fauteur eût insisté un peu davantage sur le point particulier qui nous occupe ici : je veux dire la nature proprement épidémique des désordres qu'il décrit; mais ses expressions, bien qu'elles demeurent trop générales, ne laissent aucun doute sur sa pensée. Sa thèse est que la réunion d'un grand nombre d'enfants en un même lieu, réunion entièrement artificielle, qui choquerait tout le monde si l'habitude ne nous empêchait pas de voir combien elle est contre nature, entraîne nécessairement divers genres de perversion.

D'abord « la révolte est permanente dans l'esprit des enfants soumis au régime de l'internat » : aflirmation contestable, du moins sous cette forme; il faudrait corriger ce qu'elle a de trop absolu, en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de bien à côté du mal qu'on dénonce. En second lieu et surtout, les instincts sexuels, dans ces conditions, s'exaltent fatalement et se dérèglent, au mépris de toute surveillance : c'est sur ce point particulièrement que l'attention du lecteur est appelée. Nul remède possible, aux yeux de M. Sainte-Claire Deville, parce qu'on a affaire ici à un fait naturel, ou plutôt à

(l) De l'internat et de son influence sur l'éducation de la jeunesse, mémoire lu dans la séance du 29 juillet 1871 ; publié par la Revue scientifique du 2 septembre, même annéi»

une loi, loi qui régit les animaux comme l'homme. « Ces surtout pour les fonctions qui se rapportent à la reproduction de l'espèce que Thomme se rapproche des animaux, principalement à certains moments de son développement. » La perversion, chez les hommes agglomérés, de ces fonctions et des sentiments qui y correspondent, est un phénomène naturel « analogue à ce que Ton observe, sous les mêmes conditions, dans les troupeaux de ruminants, les haras et les volières. » Rapportant des expériences faites sur un troupeau de mérinos (1), l'auteur énonce cette loi générale : « Toutes les fois qu'on rassemble et qu'on fait vivre en domesticité restreinte des animaux du sexe masculin, on remarque d'abord une grande excitation des instincts de reproduction, et ensuite une perversion redoutable de ces mêmes instincts. . . En liberté, au contraire, et dans l'état normal, on voit aussitôt dominer les caractères normaux de l'animal (2). » Ce qui se passe dans un troupeau de béliers « se passe également dans une réunion d'enfants mâles, quelle qu'elle soit. » Même développement exagéré des appétits génésiques, d'où naissent les vices les plus honteux. Le remède est le même aussi, et il est unique : c'est le retour à l'état normal, c'est-à-dire à l'éducation en commun des enfants et jeunes gens des

(1) Dans les montagnes du Jura, chez le général Girod de l'Ain, son lieaupère.

(2) (( Les béliers étant séparés des brebis dans les champs, mais surloul dans les bergeries, conlractenl les iiubiludes les plus dangereuses pour la reproduction, j'allais dire les vices les plus honteux. » Qu'on les mette au contraire en

iberlé parmi les brebis, « bientôt les organes de reproduction ne ()uraissent plus excitables (ju'à des inlervalles fixes et ré;;uliers; aux sentiments les plus pervers qu] rapprochent les niàles, succède rapidement la jalou>ie, (|iii sii>cile entre eux des tombais, au profit de l'amélioration de la race. Les vaimiueurs, c'est-à-dire les individus les mieux doués, fondent la famille ou la horde. »

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deux sexes, par groupes naturels, au foyer domestique, dans cette liberté douce et réglée que comporte la vie de famille, et qui est la meilleure discipline.

De tous les exemples de contagion morale, celui-là est peut-être le plus frappant. On pourrait, il est vrai, prétendre que tous les membres de ces agglomérations artificielles se corrompent à la fois, par les mêmes causes, sans qu'il y ait communication ni propagation du mal des uns aux autres; mais cette interprétation n'est pas d'accord avecles faits. Si les mômes conditions tendent à éveiller chez tous ceux qui les subissent les mêmes penchants, il n'est pas moins vrai que ces peu eh mts sont inégalement développés, inégalement irritables chez les divers individus. Quelqu'un a toujours Tinitiative, et il y a un ou plusieurs points de départ du mal. Si général, si spontuné et unanime que soit un mouvement d'insubordination dans un collège, personne ne croit à l'égale responsabilité de tous les coupables. Le mot d'ordre est venu de quelqu'un : il y a des meneurs. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'esprit de révolte se communique d'autant plus facilement, et éclate d'une façon d'autant plus soudaine, que le besoin d'indépendance était plus exaspéré par les circonstances. De même pour la corruption des mœurs. Elle a sans doute dans la nature même, dans l'âge, dans la séparation des sexes, des causes qui sont les mêmes pour tous; mais cela n'empêche point que ces causes ne produisent des effets plus prompts et plus violents chez certains sujets, lesquels commencent à exercer autour d'eux une action dissolvante. Ils sont comme les premiers foyers d'infection d'où le fléau gagne tout le groupe. Les voisins sont frappés d'autant plus vite et d'autant plus gravement qu'ils

étaient plus prédisposés à recevoir Futteinte du même mal; puis chaque individu atteint devient à son tour « un foyer secondaire de propagation. » C'est ainsi que tous sont contaminés de proche en proche, et que la dissolution devient générale. Et cette corruption collective prend des formes plus désordonnées, produit des effets plus redoutables, à mesure que le groupe en fermentation est plus vaste et plus dense.

Telle est dans tous les cas la marche du phénomène. Il n'en est pas où apparaisse d'une manière plus frappante la solidarité morale résultant de la vie en commun.

Plus constante cependant, plus générale et d'une portée plus lointaine est la solidarité morale qui tient à la force de Vopinion et à l'empire de la coutume. Et c'est encore, en dernière analyse, à la sympathie, à l'imitation, aux instincts nécessairement enjeu dans la vie sociale, que l'opinion et la coutume doivent leur formation d'abord, puis leur autorité souveraine.

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