SOLIDARITÉ MORALE DANS LA FAMILLE
plus OU moins homogène crindividus unis pour l'offensive ou la défensive, tel aurait été le premier noyau de ces organismes compliqués, les sociétés modernes. C'est peu à peu que la famille proprement dite s'y serait constituée, succédant à la promiscuité originelle par les divers degrés de la polygamie (1). C'est aussi peu à peu que se sont formées des institutions religieuses distinctes des institutions civiles. — Toutefois, la chronologie étant ici hors de cause, il me semble plus simple de prendre les choses dans l'état où on les voit : au centre la famille, au-dessus la cité ou l'état politique, plus haut l'église, organisme plus vaste encore, puisqu'une même religion embrasse souvent plusieurs grands Etats.
Ce qui fait la solidarité morale si étroite entre les membres d'une même famille (2), c'est que leur commerce, à la fois continuel et intime, est déterminé directement par l'aiFection, le besoin et l'intérêt, tous puissants liens, que resserre encore la force de l'habitude. Et surtout, les influences domestiques se font sentir plus que toutes les autres, sinon mêmes seules, à l'enfant, dans l'âge oii les impressions reçues se gravent sans peine et demeurent ineffaçables.
L'action des parents sur l'enfant est, en effet, ce qui frappe d'abord : action non sans doute illimitée, puisqu'elle doit compter avec le naturel de l'enfant, mais d'une puissance incalculable, surtout si ceux qui l'exercent en comprenaient toute l'étendue et en faisaient un
(1) Sur l'ordre de succession probable de la polyandrie, de la polygynie et de la monogamie, voir les Principes de Sociologie de Herbert Spencer, III* partie, chapitres v, vi, vu, viii.
(2) Voir, pour l'analyse des sentiments qui naissent des relations domestiques, Paul Janet, La famille.
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emploi méthodique. Le père et la mère sont munis de tous les genres d'autorité^ disposent ensemble de toutes les espèces d'influence^ ou peu s'en faut. Sans revenir à ce qui a été dit plus haut de Tentant au berceau et des moyens qu'on a de façonner son caractère, on avouera que tous les premiers sentiments qui se font jour dans sa conscience, quand elle s'éveille, ont pour objet ses parents (ou des personnes de leur choix), et le mettent sous leur dépendance. Tendresse et crainte, respect et admiration, tout le porte à imiter aveuglément leurs exemples, à adopter leurs maximes, à prendre les habitudes qu'ils veulent lui faire contracter. Suivant qu'ils usent ou négligent d'user de cette autorité, suivant qu'ils s'accordent ou non sur l'emploi qu'ils en doivent faire, suivant qu'ils en font un emploi plus ou moins intelligent, plus ou moins bien approprié aux tendances de l'enfant, ils lui font infiniment de bien ou de mal. Il serait superflu de rappeler ici des exemples particuliers. Aucun lieu commun n'est moins contesté que celui-ci : l'enfant sera moralement ce que ses parents l'auront fait. Sciemment ou non, par action ou par omission, avec intention ou sans y penser, ils le modèlent. Ils le modèlent de toutes les manières à la fois, corps et âme, jugement et cœur. Ils gâtent ou améliorent sa volonté même, par le pli qu'ils lui donnent ou qu'ils lui laissent prendre.
En général, il faut le dire, cette influence des parents est bien plus favorable que nuisible ; et c'est pour l'enfant un dommage moral en même temps qu'un malheur d'être sans père ni mère dès le berceau, de ne point connaître ou de quitter trop tôt le loyer domestiq^ue. C'est que la famille est par excellence l'école où