‹ De la souveraineté (volume 2)Chapitre 14 sur 22 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

Demandez, h une troisième fraction du parti contservateur de Tancienne société; si, le culte du veau d'or est capable : de servir de base, à l'existence d'un ordre social plus qu'éphémère ?*Ils n'hésiteront pas à l'affirmer. C'est, en vain que vous leur représenterez : que, ce culte est la négation du droit; que, cette idolâtrie a détruit : Tyr, Sydon, Athènes, Lacédémone même, Carthage, Rome, etc. Les membres, de cette troisième fraction, ne vous écouteront point; et, se réfugieront toujours : dans la force de compression. A toutes les objections les plus incontestables, ils se boucheront les oreilles ; et, répéteront : la compression

ou LA MORT.

Si, des conservateurs de l'ancienne société, nous passons à leurs adversaires, qu'y trouverons-nous ? Les mêmes partis, absolument les mêmes. Seulement, si les premiers, pour se sauver de leur conscience qui leur dit qu'ils sont dans l'erreur, sont obHgés de se boucher les oreilles de l'intelligence et de se réfugier dans la force de compression; les seconds, se réfugient dans la force d'expansion ou d'insurrection. Mais, que l'un d'eux arrive au pouvoir : à l'instant le vainqueur passe à la force de compression ; et, le vaincu à la force d'insurrection.

162 DE LA SOUTBRAlIIBTt«

Un pareil état social, conduit directement à l'anarchie.

A l'anarchie ! On a tant abosé de ce mot , qa'& n'effraye plus. Au contraire, chaque parti, soit an pouvoir, soit hors le pouvoir, espère, sans oser se l'avouer : qu'il en sortira le triomphe de son idole. Les malheureux ! ils ne se doutent pas : qu'une anarchie, de plus en plus continuelle, de moins en moins séparée par des intervalles de despotisme ; c'est, la destructibn de tout droit, de toute famille, de toute propriété ; c'est un retour : non à la sauvagerie, où il y a de Tordre; mais à la non-existence de l'humanité sur le globe.

Et, cet état social, ce n'est pas à la seule France qu'il est inhérent ; ce n'est pas à la seule Europe ; c'est au monde.

Mais, la cause! la cause! s'écrie M. Laurentie. C'est la cause qu'il faut connaître, sous peine de périr.

La cause, Monsieur ! elle est claire, évidente, incontestable; et, par cela même ; méconnue. C'est, la vanité ayant besoin de vérité; et, se refusant^ par essence, -à reconnaître son ignorance. Mais, ici, il y a une distinction essentielle à faire : entre les vanités individuelles ; et, la vanité sociale. Chaque individu, à part soi, reconnaîtrait son ignorance ; que, les partis persisteraient à se réfugier : soit dans la force de compression; soit dans la force d'insurrection. Pour, que la vanité sociale soit vaincue ; il faut : que, la- déclaration d'ignorance soit proclamée officiellemenU Essayez donc, par la force de raisonnement, d'obte-

DB LA SeCTBRllMETÉ. i63

nir une semblable déclaration , d'une asemblée nationale quelconque. Elle vous accorderait plutôt sa mort. Ce qu'elle refuse au raisonnement, elle raccordera à l'anarchie.

Aussi, si nous écrivons; ce n'est : ni pour des assemblées de compression; ni pour des comités d'insurrection; avant, qu'ils n'aient été instruits de leur ignorance, parle désordre. Si nous écrivons; c'est, pour l'avenir.

Mais, aussi ; et, pour l'avenir aussf; il est de notre devoir de- montrer aux enfa;nts .: combien leurs pères étaient fous ; et, combien il était facile d'établir l'ordre réel, un ordre perpétuel, un ordre indestructible.

Nous avons parlé d'ignorance. Mais, l'ignorance de quoi? Voilà ce qu'il faut d'abord déterminer, sous peine d'être ignorant, au point de ne pas même savoir : ce que c'est que l'ignorance.

La société est ignorante, tant qu'elle ne sait pas, d*mœ manière rationnellement incontestable, vis-à-vis datons et de chacun : s'il existe une souveraineté autre que la force : et, la société est en état d'anarchie à caese de cette ignorance : dès, que la souveraineté, par la force, ne peut plus se faire accepter, socialement; comme souveraineté autre : que, celle de la force.

Maïs, qu'est-ce que la souveraineté? Avant déparier : de souveraineté de droit divin; et, de souveraineté du peuple ; il faut savoir : ce que signifie, le mot souveraineté^ abstraction faite d'espèce. A cet égard allons au dictionnaire.

164 DB Là souveraineté.

— « SouysiAiHBTÉ, 8. f., atUoTÎté tupTém». »

— Allons au mot Au/ori^^.

— « Autorité, s. f., puissance légitime. »

— Ainsi souveraineté signifie : puissance légitime suprême.

Bien. Et, quand une puissance est-elle Intime? Et, par quoi faut-il qu'elle soit suprême? Est-ce par la force ou par la raison ? Si, par la raison, comment distingue-t-on là bonne rai son de la mauvaise ? Par la force, n'est-il pas vrai : tant, que ce qui est ordomié, par la bonne raison, n'est point devenu socialement nécessaire et incontestablement reconnu : par la raison de tous et de chacun? Alors, il aurait mieux valu dire : la souveraineté, tant que l'ignorance sociale n'est pmnt évanouie ; c'est, la force. Et, du moment ï que, cette souveraineté ne peut plus être cachée aux masses, sous un masque de raison ; l'anarchie, existe ou persiste : tant, que l'ignorance sociale n'est point évanouie.

Suivons le dictionnaire, jusque dans ses citations.

— « Il n'y a de souveraineté du peuple possible ^e là où il y a des

esclaves ^Fievée). »

— C'est vrai. Sous la souveraineté des trois contre deux : les forts sont les maîtres ; et, les faibles les esclaves.

— « La souveraineté des peuples, dit encore le dictionnaire, est IV pin ion publique. »

DE LA SOUVERAINETÉ. i65

— Et, à l'artiele AiUorité le dictionnaire dit :

— « Lorsque la force de Topinion dé truit celle de la raison, les mœurs sont perdaés : il n'y a pins de force que celle des supplices. »

— Vmlà, la souveraineté du peuple réduite : à celle du bourreau.

— «Il n'y a d^bjonferainelé durable, dit encore le dictionnaire, que celle fondée lor la justice et la yertu (F errand).

— Très-hiai! Mais comment distingue-t-on : la justice et la vertu réelles ; de la justice et de la vertu illusoires? Est-ce par la détermination du plus fort? Si, c'est autrement; il fallait le dire.

Fermons le dictionnaire, le plus sot des livres, ce qui n'est pas peu dire; et, voyons si nous ferons mieux.

Toute règle, privée de sanction^ n'est qu'un assemblage de mots : socialement inutiles. Donc :

La souveraineté c'est la sanction.

Si, maintenant, nous nous arrêtions ; nous aurions parlé comme le dictionnaire.

Combien y a<t-il d'espèces de sanction ?

Dans cette vie, il n'y en a qu'une : la force. Le fort élude toutes rè^es ; et, lui seul, socialement, peut les formuler.

Si donc, il n'y a que cette vie, pour chaque individualité ; il n'y a de souverain que la force ; et, pour qu'il y en ait un autre , il faut : que, les actions de cette vie soient en rapport, avec le bien-être ou le malêtre dans une autre vie. En un mot, cet autre souve-

RAii\ c'est la aeligion. Cûf, la rdiigion, ..si elle existe en réalité, n'est autre-: que, ce rapport.

Mais, la religion nécessaire : pour^ que la seule soiih veraineté possible ne soit pas : celle de la force, celle des bètes, celle des loups sur les moutons ; euste-t-elle, en réalité?

La prétendue science actuelle, en établissant la réalité du matérialisme, affirme : que, le rapportmoral, d'une vie à une autre, n'existe pas. Je donnerai, en temps et Iku, les preuves : qae, tel est l'état aetuel de la science. Du reste, pas un savuit de eette piétendue scirace, ne niera cette proposition. Cet état de la science a même placé, de nos jours, un liomme de beaucoup de talent et de mérite, dans une étra&ge situation. La France lui avait confié l'instraction de la jeunesse. Son devoir était de lui indiquer : la base des raisonnements devant diriger les actions. Vous concevez ; qudie devait être sa perplexité. Il avait reconnu : d'une part, qu'en présence de rinoompressibilité de l'examen, la multiplicité des révélations ne pouvait plus, socialement, servir de base à l'existence du droit; et, d'une autre, que, ce qui était tenu pour science , niait l'existence d'une autre vie. Cependant^ son bon sens lui défendait : d'inculquer à ses élèves : que, la force était l'unique source du droit. Il fat donc obligé : d'inventer un droit, une morale, qui ne dérivât : ni de la religion ; ni -de la force. Mais, cooime entre la religion et la force, il n'y a absolument rien; il dut établir sa morale : sur le vide. Parvenu, depuis, au gouvernement de la France ; il la dirigea, selon

son droit utopique ; et, il la conduisit à la révolution de février, expression la plus large de la souveraineté du peuple. 11 ne faut pas nous en plaindre. Cette expérience était nécessaire ; et, peut-être d'autres encore, pour nous faire arriver à sentir : le besoin de la religion réelle ; le besoin de la démonstration scientifique de isa féaiité ; démonstration par laquelle, actuellement, lala»9e brutâlb, la. souveraineté des bêtes, peut seulement être dominée.

Avant de terminer ce chapitre, nous devons prouver : ce que nous venons d'avancer.

— « Poar ceux d'entre tous, dit M. Chiizot, qui ont fait des études philosophique^ uq peu étendues, il est; je crois^ érident aujourd'hui que

LA MORALE EXISTE nnDÉPENDAmiENT DBS IDÉES RELIGIEUSES. »

(HiêtQir0^d$ la eip^is. «n Bwo^, p. 1^.)

— Sui^QjQfi M- Gwizot, dduus l'exposition de 3a ^ouyftraioeté utapique 1

•* La Térité seale a droit de régner ear le monde. »

M. GurzoTy Histoire de la àviUmiUm em France, p. 10].

A M. GUIZOT (i).

Monsieur ;

Supposez une nébuleuse récemment formée; et, sortant du chaos, par les lois éternelles de la matière. Parmi les milliers de soleils composant ce nouvel univers, venant prendre place au sein de l'infini ; parmi les milliers de globes, qui circulent autour de ces soleils ; supposez-en un, destiné, par Tétemelle justice, à servir de lieu d'expiation, à une population devant y souffrir : la peine de crimes commis, dans des vies antérieures. Supposez : que, ce monde est déjà sorti du sein des feux et des eaux ; que, déjà, une foule de végétations et de prétendues animalisations y aient apparu successivement; que, Tanimalisation réelle, l'humanité, soit enfin venue prendre sa place, dans ce

(1) Ces lettres ont été écrites dans un cabanon, où je me trouvais condamné à être transporté, après juin t848. Je les écrivis : lorsque l'ouvrage de M. Guizot, intitulé : de la Démocratie en France , venait de paraître. Je présentai cette critique aux journaux prétendus socialistes; aucun ne voulut Tinsérer.

DE Là S0UVCRAI9ETÉ. 169

nouvel enfer ; et, que déjà une enfance de moins de cent jours (pour les globes les jours sont des siècles), ait plané sur cette humanité nouvelle. Supposez, de pins : que, les passions, l'une des essences de toute humanité possible, éternel moyen de jouissance et d'expiation, y soient encore socialement dominantes ; et, que cet enfer social puisse seulement devenir lieu de bonheur, par la raison arrivant à y subjuguer les passions. Supposez, en outre : que, la raison ne puisse dominer les passions ; que, par une langue bien faite; dans laquelle toutes les expressions auraient des valeurs : parfaitement déterminées ; et , ne renfermant jamais rien d'absurde. Supposez, enfin : que, ce monde d'expiation est le nôtre; et, voyons, Monsieur; si, vous êtes le maître de langues destiné, par l'étemelle justice, pour venir, par la justesse de vos expressions, démontrer : que, l'expiation est à son terme; et, que le bonheur de notre monde va bientôt commencer ! Cette dernière supposition, est celle que nous allons vérifier : par l'examen de votre ouvrage, sur la souve- BÀiKETÉ. Il a pour titre : de la démocratie en frange.

Que signifie : démocratie?

Gouvernement du peuple.

Et, que signifie : gouvernement du peuple?

Gouvernement du peuple signifie : souveraineté du peuple : tant, que le peuple n'est pas lui-même soumis : à la souveraineté de la religion , rationnellement démontrée d'une manière incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun.

Ainsi, de la démocratie signifie : de la souveraineté

170 BE LA 80UyBBAIHETi.

du peuple. Et, comme cette souveraineté n'eat, m pbi8 ni moins compatible, avec l'existence de l'oiidre en France que partout ailleurs; il en résulte : que, le-mot France, dans le titre, est une cheville; et, que pour être clair, le titre aurait dû être : de u socvEEjUiiRi w

PEITLE.

— a Je n'ai pensé, diles-TOus, qu*à la situation et mon pays. Plot fj pense^ plus je demeure convaincu que son grand mal, le mal qui est aa fond de t«u8 ses mous, qui mine et détroit sea goaverattnenta etaea.li-

l)erlés, sa dignité et son bonheur^ c'est le mal que j'attaque, VidoUUrie démocratique. »

— Nous venons de voir : que, démocratie signifie : souveraineté du peuple; et, qu'à propos de sofnreraineté du peuple, ne parler que de la France, c'est : une escobarderie ou une folie. Dans les deux cas, votre pansée est : que, vu l'impuissance actuelle de toute idolâtrie religieuse, Tidolâtrie de la souveraineté du peuple est la cause : de l'anarchie qui existe actuellement , au sein de l'humanité. Voilà, qui eût été parler clair. Maintenant, pour être aussi clair que vous auriez dû l'être, nous vous dirons, Monsieur : que, nous sommes complètement de votre avis. MarcheronsHious longtemps d'accord ? Cela, n'est guère probable.

Votre chapitre premier est intitulé : D'où vient le mal? Le titre est bon. Voyons, s'il donnera ce qu'il semble promettre.

— « Mirabeau , Barnave , Napoléon, La Fayette , dites-Yous , saut tous morts avec un même sentiment, un sentiment de profonde tristesse. Ils ont cru leurs espérances déçues, leurs œuvres détruites : ils ont douté du. salut de leur cause et de l'avenir. y>

OB ei C0tJTKRÀl]!i£TÉ. 171

— "Nous B&ORB voir, Monsieur : si y votis valez mieux que Mirabeau, Bamave , NqMiléaii et La Fayette ; et, bI YooBhinéme ne désespérez pas. En attendant, nous ferons remarquer : que, racoouplement de Mirabeau et de Napoléon avec Bamave et La Fayette, paraît bien singulier; 11^ a, entre ces deux couples , toute la différttDcai^ existe : entre la génie qui se trompe ; et la niaîierie quîse-kisse Iromper.

— a La révolution française ,. ilites-T4iUBy a*«sUelle donc destinée à ii*enraDter que des doutes et des mécomptes, à n'entasser que des ruines et des triomphes ! »

— Oui et non, Monsieur.

' Oui : papce que tonte révolution -est nécessairement : le résultat de Tignorance. Car, une humanité raison* nable n'a plus de révolution.

Non : parce que l'ignorance ne peut se détruire ; que, par des révolutions rendant nécessaire : l'anéantissement de cette même ignorance. Comment voulezvous,' Monsieur : que, le doute ^ lequel n'est autre qu'un aveu tacite d'ignorance , puisse , socialement, s'anéantir autrement?

Au lieu de donner cette réponse, qui est la nôtre, voyons la vôtre.

— <f Oui, dites-YOus, tant que la France souffrira que, dans ses idées, dans ses institutions, dans le gouvernement de ses affaires, ce qui est vrai et ce qui est fauxy ce qui est honnête et ce qui est pervers, ce qui est poS' iible U ce qui est chimérique, ce qui est salutaire et ce qui est funeste, nnDcimKNT mAlés et confondus. >

— C'est, absolument notre réponse. Seulement, la

■< ■w^li.i

172 DE Là 60I}?ERAIIIETÉ.

vôtre n'est pas aussi claire. Elle le deviendra, cependant, si vous avez un moyen, autre que la force, de faire distinguer, par tous et par chacun : ce qui se» pare le vrai du faux ; ce qui est honnête de ce qui est pervers ; ce qui est possible de ce qui est chimérique; ce qui est salutaire de ce qui est funeste. Si, vous nous procurez ce moyen. Monsieur ; nous vous proclamerons tous : le maître de langue, destiné, par rét^melk justice, pour venir démontrer : que , le bonheur de notre monde va bientôt commencer.

•— a Un peuple , continnez-Yons, qui a fait une réTolotîon , n'en surmonte les périls et n'en recueille les fruits que lorsqu'il porte lui-mêiiie, sur les principes y les intérêts , les passions , les mots qui ont présidé i cette révolution, la sentence àt jugement dernier, bépàraht lb BOiroiAn

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