INTRODUCTION
c< L'essence de l'esclaTage consiste dans Tassajettissement à la volonté de Fliomme ; et qaiconqoe obéit à l'homme seal est esclaye, cet homme fftt-il lai-même. H en est ainsi des nations, et la théorie de la souveraineté du peuple n'est que la théorie de la servitude. »
La AfiNzrArà.
~- « Il en est de même pour la souveraineté de V anthropomorphisme. Seulement : la théorie de la souveraineté de Tanthropomorphisme est la théorie d'une servitude : masquée de droit ; et, la théorie de la souveraineté du peuple est la théorie d'une servitude : sous la force brutale. »
Colins , Mss,
— Toute la question sociale, toute, absolument toute, consiste : dans la question de souveraineté. C'est facile à concevoir : car la société , réelle et non illusoire, consiste essentiellement : dans la liberté possible des actions. De plus : la liberté possible des actions se rappo]^ nécessairement : à une règle, à une loi, bonne
OU mauvaise. Donc, toute loi possible est nécessairement : l'expression d'une souveraineté, illusoire ou* , réelle.
Comme introduction à l'étude de la souveraineté, nous allons examiner un ouvrage de M. P. de Flotte,
intitulé . LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE, ESSAIS SUR l'eSPRIT DE LA RÉVOLUTION.
M. de Flotte appartient à l'école proudhonienne : Vabsence d'autorité. L'autorité étant identique à la souveraineté , l'absence d'autorité devrait être l'absence de souveraineté. Mais, toute école, comme toute secte, est nécessairement basée : sur une logomachie ; sur un galimatias. Et, la base de l'école proudhonienne est : la séparation de l'autorité et de la souveraineté ; ou, la séparation de leurs expressions : de la règle ; et de la sanction.
M. de Flotte est un homme de beaucoup de mérite ; presque toujours assez logique pour n'être point évidemment absurde . ce qui est cependant, manquer de logique : quand le point de départ est absurde. Or, cela existe nécessairement : quand le point de départ d'un raisonnement, ou son but, se trouve être : le panthéisme. Et, le point de départ, comme le but de tous les raisonnements de M. de Flotte, est le panthéisme : comme j nous verrons qu'il en convient lui-même.
Les premières propositions, que je vais citer de M. de Flotte sont assez excentriques (je me sers d'une expression adoucie), pour faire croire à un lecteur superficiel : que, M. de Flotte est dépourvu du mérite que je lui attribue . Que le lecteur attende ; et il^verra :
que, M. de Flotte est réellement un homme de mérite ; dans Terreur, il est vrai ; mais, un homme de mérite (!)•
— « La solution morale de ravenir, dit M. de Flotte, doit être compatible avec Tabsencb de toute législation morale quelconque. »
— Quelque ébouriffante, quelque antisociale que soit cette proposition ; vous concevez , cependant , qu'elle est logique : dès qu'elle a pour point de départ : l'absence d'autorité. L'absence d'autorité, suppose l'absence de liberté : puisque, la liberté n'est autre : que, l'obéissance volontaire à l'autorité. Or^ l'absence de libert^. n'est autre : que, l'absence de toute morale. Par conséquent , l'absence d'autorité , c'est : l'absence de toute législation morale quelconque.
Après cette sortie excentrique, M. de Flotte ajoute :
— « Le caractère des doctrines socialistes rationnelles est donc l'al>sence d*une morale servant de base à des prescriptions imposées. »
— J'en demande mille pardons à M. de Flotte ; mais, si tel était le caractère des doctrines socialistes ra^ tionnelles ^ je les aurais en horreur.
M. de Flotte a cependant l'empirisme, je ne dirai point l'instinct : qu'il vient de prononcer une immoralité ; et, il cherche une excuse.
(1) n est d'autant plus utile d'étudier le travail de M. de Flotte : que, son travail est l'expression sincère , courageuse de toute l'école panthéiste. Et, au sein de cette école, la sincérité et le courage n'y sont point choses communes.
BB LA SOOVERAUiBTÉ. 41
— > « Cette immonditév dit-il , n'est qu*appÊrente; elle signifie... »
-r- Ah! voyons ce qu'elle signifie.
— « ...elle signifie^ dit le prétendu socialiste rationnel , que le socialisme se l^reconnait impuissant à formuler une morale écrite supérieure à la morale chrétienne. »
— D'abord, il n'y a pas de morale supérieure à la morale chrétienne^ morale identique, du reste, à celle de toutes les religions ; et, consistant : dans la rationahté du dévouement. Quant à l'impuissance du socialisme : non-seulement à formuler cette morale; mais encore à en démonter la réalité ; p^ez pour vous, s'il vous plaît. Car, je m'engage à démontrer cette réalité.
— (( Il considère , continue M. de Flotte , une semblable entreprise cofnme le signe d^une véritable, rétrogradation sociale et de la plus odieuse tyrannie.... »
— Vraiment! votre socialisme considère : comme le signe d'une rétrogradation , comme le signe d'une odieuse tyrannie, la démonstration: que', l'honnête homme, est un homme qui raisonne parfaitement; et, que le fripon, joue le rôle d'un sot! Alors, Monsieur, notre socialisme est rétrogade et tyrannique. Nous nous faisons même honneur de le proclamer.
— « D'autre part, continue M. de Flotte, il croit à la liberté de conscience. »
— Ah 1 votre socialisme croit à la liberté de conscience. D'abord, la liberté^ la seule liberté, la liberté psychologique, supposée exister au sein du panthéisme, dont vous vous proclamez L'apôtre, est déjà une inconséquence capitale. Quant kla, liberté de conscience^ donnée comme base, sociale , elie^est le digne pendant : de cette Hberté, alors supposée pouvoir exister. La liberté; de conscience, dont le protestantisme religieux et le protestantisme philosophique font tant de bruit, est précisément l'expression : de l'ignorance religieuse et de l'ignorance philosophique (1). Au sein de la science, cette liberté des sots disparaît complètement. Croyezvous : que , la conscience d'Archimède , était Ubre d'affirm^: que, les trois* angles d'un triangle sont
dIi
égaux à plus ou moins de deux droits ?
— <c Le socialisme, dites-vous encore^ ne peut consentir à enfermer le progrès humain dans le cercle d'une loi religieuse immobile. »
— Votre socialisme serait donc bien malheureux, de se voir enfermé dans la science, démontrant : que, l'honnête homme est un sage ; et, le fripon un imbécile ? Vous trouvez : que , le progrès humain serait brisé : si, l'humanité, après avoir découvert que deux et deux font quatre, ne pouvait plus dire : que, deux et deux font cinq ou trois ! Et, votre socialisme serait encore infiniment malheureux : si, la religion, qui n'est que l'inévitable sanction du bien et du mal, ne pouvait
(1) Voyez notre opuscule intitulé : Qu*est-ce que la liberté de conscienee?
^5 DE LA SOUVERALNETE.
.devenir : la punition du crime ; et , la récompense de la "^ertu ? Eh bien, Monsieur ! que votre socialisme soit donc bien malheureux, en présence du nôtre. Car, je le répète, le socialisme rationnel n'accepte : que, ce qui est scientifiquement démontré. En présence de l'in^ compressibilité de Texamen, il a en mépris, et plus encore en pitié : toute croyance qui prétend s'imposer comme vérité ; et , il se glorifie d'être l'antipode du vôtre, qui se borne : à exposer des croyances. Puis, votre socialisme
— « Refuse de défendre par' la compressioa un idéal moral auquel il a cessé de reconnaître un caractère divin. »
— L'absence d'idéal moral, c'est-à-dire : d'illusion tenue pour vérité ; et, en même temps, l'absence de vérité morale démontrée ; constituent l'ignorance morale la plus complète. Et, la compression, aux mains de rignorance niant toute vérité, est ce qu'il y a de plus effroyable. Votre socialisme a donc raison : de ne point chercher à comprimer les autres. Mais , pour n'être point, soi-même, comprimé par d'autres aussi ignorants que soi, il serait bon ; de chercher à proclamer rignorance sociale ; afin , que tous cherchent à s'instruire ; et qu'il n'y ait plus de domination, plus de compression, si ce n'est :' celle de la vérité sur l'erreur ; de la sagesse sur la folie.
Dans un travail philosophique de quelque étendue, toujours un auteur peint, et même plusieurs fois, sa doctrine en miniature. C'est, une de ces miniatures que
nous allons présentera nos lecteurs. Tout le livre,, de M, de Flotte, s'y trouve exposé : en quelques lignes.
— « En religion^ dil-il, en morale, en politique, les forces négatives et critiques doivent singulièrement dominer les énergies conservatrices ; il n^en est point de même en économie politique. Les forces économiques ont seules de nos jours un caractère organique véritable , et seules elles peuvent servir d'éléments à la construction sociale dont la révolution est le moyen. » <
— Démêlons, ce qu'il y a de vrai, et ce qu'il y a doi^faux, dans ce passage.
La religion, la morale qui en dérive exclusivement, 6t la politique ou les institutions qui les protègent socialement, sont nécessaires à l'existence de Tordre. Pendant toutffcj'époque d'ignomnce : sur la réalité du droit ; sur la réalité du lien religieux ; la religion et le droit sont, nécessairement hypothétiques. Alors, néanmoins, les institutions pohtiques sont suffisantes : tant qu'elles peuvent continuer la compression de l'examen.
Du moment, que cette compression devient impuissante ; il est évident : que, les forces négatives et cnti" ques doivent singulièrement diminuer les énergies conservatrices. Il est même évident : qu'alors, elles doivent les détruire. Mais, de ce que religion , morale et politique ne peuvent plus rester basées sur l'hypothèse ; faut-il en conclure : que, la société peut se passer de base ; et, que religion, morale et poU tique ou institutions, sont de pures illusions? Vouloir faire accepter de pareilles conclusions, c'est abuser de la crédulité, de ceux que l'on prétend instruire.
Quant aux forces économiques, j'ai déjà dit et
10 DE LA &0UVERA1METÉ.
prQiivé, en parlant de M. Proudfaon, qu'elles n'ont de puissance : que^ celle du galimatias (1).
Puis, M. de Flotte parle de construction sociale, dont la révolution est le moyen. Mais, pour construire, il faut un constructeur réel , une individualité réelle ; et, le panthéisme est la négation absolue : de toute individualité éternelle, réelle. Qui donc alors construira? La fatalité , la nécessité ? Toujours des personnifications ; toujours la confusion : du propre avec le figuré ! ^
Quelques lignes plus bas, M. de Flotte ajoute :
— <( Je montrerai comment tes forces économiques ont la puissance dé créer une morale.... »
— Créer une morale ! !
En époque d'ignorance :
Quelques-uns se laissent aller à des illusions décevantes ; et , prennent plaisir à se tromper. Ils sont faibles et malades d'amour-propre. Us sont dignes de pitié.
D'autres, sont plus coupables. Ib voient clairement le fond des choses ; mais, ils ont un triste mépris des hommes ; et s'efforcent de présenter les faits compliqués sous un faux jour. Us espèrent, en jetant la confusion , dans les esprits , les déterminer à se laisser conduire par eux. Ce sont les habiles hypocrites. Ceux-ci sont dignes de mépris.
Les premiers se mettent un bandeau sur les yeux.
(1) Voyez notre Économie politique^ source des révolutions et des utopies prétendues socialistes.
DE" LA SOUTERAIHBTÉ. 11 ^
Les seconds lient le bandeau sur les yeux des aut*s.
Je suis certain : que, M. de Flotte n'aj^mrtient point' aux derniers.
Jus^^à présent, nous n'avons pas encore eu un mot : sur la souveraineté du peuple. Et, cependant, quand on veut traiter d'une chose, la première des conditions est d'attacher, à cette même chose, une idée claire, parfaitement déterminée, et dont la détermination ne renferme rien d'absurde.
Tai déjà dit : que, la source la plus générale des logomachies ou dies galimatias, est : la confusion du propre avec le figuré. Nous allons, voir : que, telle est la source des indéterminations de M. de Flotte, relativement |[f la souveraineté du peuple.
— « Ce qui s'oppose , dit M. de Flotte, à ce que Ton comprenne généralement Vaction des grandes masses d'hommes , c^est qu'on ne Teut point CROIRE à leur esprit de suite et à leur sagesse. »
— Croire f Quand donc, tout homme qui prétend s'appuyer sur te raisonnement, renverra-t-il cette expression au dictionnaire àe la foi, adi(uel le mot croire appartient exclusivement? Mais, examinons cette proposition dfe M. de Flotte; laquelle, selon lui, est fondieunentale.
Qu'est-ce que présupposent V esprit de suite et fat
sagesse ?
Le raisonnement.
Qu'est-ce que présuppose le raisonnement réel et non illusoire?
Un raisonneur réel, une individualité réelle.
12 DB LA SOCYERAUfETlS.
j^cet égard, commençons par l'individualité, encore très-indéterminée, nommée homme; et, voyons: si, elle existe, en réalité.
11 est évident : que, sous l'anthropomorphisme, il n'y a qu'une individualité réelle dieu ; et, que sous le panthéisme, négation de toute individualité réelle ou plus que phénoménale ; il n'y en a point de réelle*
Donc, sous l'anthropomorphisme et sous le panthéisme, l'expression homme raisonnant est tout uniment : une expression figurée, prise au propre : puisqu'alors, le raisonnement humain est, tout uniment : une illusion ; une apparence ; un phénomène . #
Voilà qui est clair, simple et incontestable. Ainsi, et jusque-là : point d'individualité réelle ; pomt de raisonneur réel ; point de raisonnement réel ; point d'esprit de suite; point de sagesse; si ce n'est : figuré' ment y illusoirement. Passons aux masses.
11 faut avoir une énorme tendance à se faire illusion, pour ne point s'apercevoir : que, les masses, les nations, comme l'humanité elle-même, ne sont des individualités : cpn^ figurément.
Donc, donner aux masses, aux nations, ou à l'humanité elle-même, un esprit de suite et de la sagesse ; c'est évidemment une erreur; c'est, évidemment, un préjugé.
Et, cependant, c'est le contraire que M. de Flotte appelle un préjugé. Car, en parlant de la négation d'esprit de suite et de sagesse des masses, il ajoute :
— « C^est là un préjugé absolument contraire à la doctrine de la sou-
DE LA SOUVERAINETÉ. i3
Teraîneté du peuple , et dont il faut se défaire si l^on Teuf suivre 1||tcrité dans les faits historiques, surtout à Fépoque où nous vivons. »
— Ainsi, pour croire à la souTeraineté du peuple, il faut commencer : par devenir absurde ; par confondre le propre avec le figuré I Singulier éloge de la souveraineté du peuple !
Ainsi encore, et d'après M. de Flotte : la révolution a pour but d'établir la souveraineté du peuple, qui est la confusion du propre avec lé figuré ; et, la souveraineté du peuple a pour base, l'absence d'une législation morale quelconque.
On dirait, en vérité : que , ces messieurs , par de semblable!! propositions, ont eux-mêmes pour but ; de rendre le monde entier réactionnaire- Car, d'après de pareilles prémisses, il n'y aurait de choix, en ne l'étant pas ; que, de se placer : sojt parmi les imbéciles ; soit parmi les fripons. Et, voilà précisément, ce qui empêche les réactionnaires d'observer : que, leur système de conservation est tout aussi utopique ; que, le système de révolution dérivant de parei|i^principe3.
À la page 85, M. de Flotte dit :
— a Qaand on part d'une supposition fausse, on aboutit au nonsens. »
— Telle est l'épigraphe : que, M. de Flotte aurait dû prendre pour son livre.
M. de Flotte part du figuré, comme seul possible; et, il veut : que, ce figuré puisse devenir le ;)ropre.
- iM. de ï'iotte part de l'obscurité ; et, il veut : cpie, Tobscurité, nondissmée, puisse devenir la clarté.
M. dé Flotte part de l'hypothèse d'absence de tout raisonnement possible; et, il yeut arriver : au raisonnement réel.
M. de Flotte part de 1 hypothèse d'absence nécessaire de toute morale réelle ; et, il veut arriver à une morale réelle.
M. de Flotte part de l'hypothèse du progrès continu * indéfini; et, il veut arriver : à l'ordre, à la stabilité, négation du progrès.
Non-sens . " #
tt Ce n'est pas assez de répéter que rhoaianité avance, il faut dire en vertu de quelle loi elle avance. Parler d'un progrès , sans déterminer son mode et sa loi, c'est ne rien dire. »
M. Cousiir.
V — « Le progrès est essentiellement et exclu-
sivement relatif au mouvement V ft Le progrès est ainsi essentiellement et ex-
clusivement relatif à l'ordre de mouvement, à Tordre de force, à Tordre matériel.
« U n'y a de possible, comme opposé à Tordre matériel , que Tordre moral ; et , Tordre moral, s'il existe, est essentiellement basé sur la vérité.
« Or, la v4rité, si elle esdste, est une, éternelle, immuable,
«t Donc :
(i Parler d'immuabilité , d'immobilité , en fait d'ordre physique , c'est parler pour ne rien dire-, ou, pour dire une absurdité.
t Et, parler de progrès, en fait d'ordre moral, en fait de vérité, est encore : parler pour ne rien dire ; ou, pour dire une absurdité. »
•^ COUNS, Mss.
— « L'état de l'esprit humain senfixéy lorsqu'il sera parvenu à la vérité. »