FOI, UNE LOI, UN DROIT
— « Cette formule, dit-il, que Rome en s'adorant proclamait à son profit et propageait par Tépée, le catholicisme, en adorant l'infini^ la proclamait au profit des hommes et la propageait avec la parole. Ella-est acquise à l'esprit humain, el ne disparaîtra plus du monde; toute doctrine sociale qui la méconnaît ne saurait exister. » A
— Très-bien ! sauf, que le prétendu catholicisme, ainsi que Rome, faisaient périr, par Tépée ou par le feu : quiconque se refusait à recevoir leur foi.
Maintenant, en présence de l'incompressibilité de l'examen, et de l'ignorance sociale sur la réalité du droit : toute foi commune est impossible; et, toute science commune Test également. Voilà donc Tunité de foi, de loi et de droit absolument détruite : tMit
Dl£ Là souveraineté. 51
que rignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie. M. de Flotte proclame ensuite, et avec raison : que, hors Tunité de loi et de droit, aucune doctrine sociale ne saurait subsister : Puis il ajoute :
— « Désormais il n'est plus de solutiou en dehors de celte idée d'universalité (1) Quiconque Teut enfermer la révolution dans Tétroite limite d'un peuple, ignore la marche de l'humanité. »
— J'en conclus : que, M. de Flotte affirme : qu'en dehors de l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité dû droit, aucune doctrine sociale, c'est-àdire aucune société : n'est désormais possjJ)le.
Et, comme la réalité du droit n'a de^ base possible : qu'une sanction éternelle et inévitable; j'en conclus encore : que, M. de Flotte affirme, implicitement^ que, la réalité de cette sanction doit être démontrée d'une manière incontestablement rationnelle ; ou, comme <^exprime M. de Flotte, aussi clairement : que, deux fois quatre font huit.
Et, comme cette démonstration n'est autre : que, l'expression de la réalité de la législation morale-, j'en conclus : que, M. de Flotte affirme : qu'en dehors de la législation morale, basée sur une démonstration incontestablement rationnelle de la réahté du droit, et de son éternelle sanction ; aucune société n'est désor-
(1) n est sans doute inutile de dire, à l'immense majorité de nos lecteurs : qu'universalité et catholicisme sont une seule et même chose. La religion catholique réelle est la religion universelle. Tant qu'il existe jdeux religions sur un globe, le catholicisme y reste encore : dans ravcnir.
mais possible. Ce qui est précisément le contraire de ce qu'il affirme à la page 1 1 : que, la solution sociale de V avenir doit être compatible avec V absence d'une lé^ gislation morale quelconque.
Comment est-il possible, qu'après avoir écrit les admirables choses que nous venons de citer, M. de Flotte énonce ensuite : un galimatias double, comme celui que nous allons extraire de son livre ? Certes, si M. de Flotte n'était pas un homme #un grand mérite ; si, surtout, les idées qu'il émet n'étaient pas celles : non-seulement de M. Proudhon, mais encore d'hommes illustres que ce publiciste a pervertis à cette doctrine d'automatisme; nous aurions méprisé ce même galimatias : aquila non capit muscas. Mais, il n'en est pas ainsi ; et, nous allons mettre à nu : ce galimatias double.
— « Si le principe réTolutionnaire de Tautorlté de la conscience s'était pas catholique en ce sens, dit M. de FJoite, la révolution ne seiVR qu'un recul dftns le mouvement et n'aurait pas de raison d'êlre. »
— Jusque-là, c'est bien. Maintenant, écoutez !
— « Mais, ajoute-t-il, ce grand principe moderne jouit, de ce caractère (i)-, à un si haut degré, qu'il parait en cet ordre réaliser Tabsolu. »
— Comment I II y a actuellement communauté de conscience, communauté de jugement, communauté
(1) La communauté de conscience sur le droit.
d'idées sur le droit! quand la science actuelle, et vousmême, niez la réalité du droit, en affirmant : que, désormais, la société doit se baser sur l'absence de toute législation morale quelconque; ce qui n'est autre : que, l'absence du droit ! Mais, en vérité, c'est abuser du galimatias double; c'est en inventer un jusqu'à présent inconnu ; et, auquel il faudra donner un nouveau nom.
Le galimatias, ique nous venons d'examiner, n'est cependant rien encore : auprès, de celui que nous allons citer. Je mets l'auteur au défi, après cela, d'aller plus loin dans cette voie.
— « II proclame, en effet, conlinue-t-il, pour tous, sans acception de lieux, de temps ou de circonstances, une foi, la solidarité; une loi, la conscience; un droit, la liberté. )>
— En vérité, c'est trop fort ! Comment ? La solidarité est vnefoi! et cette foi est universelle !
D'abord la solidarité réelle ne peut exister entre des automates ; et, il n'y a gue des automates : si, une législation morale n'existe pas.
Ensuite, toute foi universelle est un véritable galimatias, en présence du.règne de l'examen , négation de toute foi.
Puis, la conscience n'est pas une loi. La conscience, c'est la propriété et l'essence de l'humanité ; la conscience, c'est le raisonnement. Et, dire : qu'il y a communauté de raisonnement, de conclusion ou de conscience sur le droit ; en époque d'ignorance sur la réalité ij^du droit ; c'est, abuser du droit d'écrire : en galimatias.
Enfin, dire : qae, la liberté est un droit ; quand, ta liberté n*est autre : que, le contraire de la nécessité; que, le contraire de l'absence de liberté ou de raisonnement; c'est, encore un galimatias plus que double; aune époque où personne ne sait encore : si, la liberté, le raisonnement, n'est point purement phénomteal, purement illusoire : ce qui anéantirait toute possibilité de droit.
Et, que dis-je à une époque où ^rsonne ne sait? J'aurais dû dire : à une époque, où la science croit savoir : que, tout raisonnement est purement phénoménal : puisque pour raisonner il fau« des raisonneurs réels, des individualités réelles , éternelles ; et, que le panthéisme prétendu scientifique actuel, en est la négation la plus formelle.
'Et, savez-vous sur quoi M. de Flotte se base : pour affirmer son galimatias ? Ecoutez :
— K La loi, dit-il, n*est plus à enseigner ou à imposer, elle est écriiW^ dans le cœur de ch<icuny et chcu;un l'aime, La catholicité rCest flus à poursuivre et n*est plus à fonder : bllb existe, elle est tbouvéb. k> ^
— Elle est si bien trouvée : que, pas deux hommes ne sont d'accord sur le droit ; et, ne lui connaissent : de critérium que la force. Elle est jolie: la catholicité de paix et d'amoui^!
Je me suis trompé. J'ai mis M. de Flotte au défi : de se surpasser, en fait de galimatias. Il va me prouver : que j'ai tort. Écoutez encore.
— « Nous pouvons ici, dit-il, montrer toute Timmensité, toule l'har- ^
monie du grand mouvement qai staccomplit de nos jours. En même temps que dans les sciences morales l'unité se constituait ainsi... ^. »
— Comment 1 L'miité se constitue dans les sciences morales, en même temps que M. de Flotte affirme : que, la solution sociale de V avenir doit être compatible avec V absence d'une législation morale quelconque : ce qui est la négation des sciences morales ? En vérité, si cela continuaiL M. de Flotte me ferait jeter la plume ; et, le considérer ; comme indigne d'un plus long examen. Espérons qu'il n'en sera rien. Continuons !
— tt Ayant que la loi de Tordre et de la liberté, dit M. de Flotte, fût constatée par la science dans l'univers et constituée dans l'humanité par Tamour, il n'y avait place que pour les enfants de l'ignorance et de la haine : le désordre, la misère et la douleur »
— La loi de la liberté 1 ce doit être une bien belle jttiose que la loi de la liberté 1 La liberté soumise à une loi, c'est précisément la négation de la liberté. Mais, passons 1 II paraît : que, nous avons la loi de l'ordre. M. de Flotte, l'affirme. 11 aurait bien dû l'exposer, et surtout prouver qu'il a raison. Puis, nous avons, dit-il encore ; la scienqe qui anéantit : l'ignorance et la haine, et leurs enfants : le désordre , la misère et la douleur. En vérité M. de Flotte se moque de nous. Et, jusqu'à présent, il est loin de remplir notre espérance.
Deux pages plus loin, M. de Flotte nous dit : qua, la science est fixée. Si cela est, j'en suis bien aise ^ et,
dès lors voilà, de l'avis de M. de Flotte lui-même, le progrès envoyé à tous les diables. NéanmoiDS j'aurais désiré : qu'il nous exposât la science relative à la réalité du droit , ainsi qu'à son inévitable sanction ; et^ surtout qu'il l'exposât d'une manière rationnellement incontestable. Puis, il ajoute : que, la loi morale est constatée par la proclamation de la liberté de conscience. Les proclamations servent à très-peu dé chose. Ce sont des preuves qu'il <ifaut. Et le panthéisme scientifique de l'époque dont M. de Flotte est l'apôtre, n'est autre : que, la négation de la liberté. Alors, la conscience : n'est qu'un vent qui siffle ; ou^ qu'une girouette qui tourne. Allons ! ce n'est point encore ici • que, nos espérances seront remplies.
— « La loi naturelle, morale et physique, dit encore M. de Flotte, iroilà donc la croyance commune^ Tautorilé qui limite la souveraineté. »
— J'ai beaucoup de respect : pour une croyance, commune, en époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité d'examen ; et, plus encore, pour une souveraineté limitée ; parce que c'est plus absurde encore, si c'est possible. Mais, hélas! ce n'est point encore ici : que, notre espérance se trouvera remplie.
Allpns ! jetons notre plume. Nous la reprendrons : quand, M. de Flotte nous permettra : de recevoir un rayon d'espérance.
Nous reprenons la plume. Après un effroyable galimatias, M. de Flotte nous dit : que, notre but ultérieur est :
— « D'aFriver à la «onnaîssance de Tordre universel et de la loi de Térité qui lie dans Tunivers la matière à Tesprit , et de faire entrer le monde physique dans la société humaine par Tétude de leur relations et de leurs rapports, et Vachèvement d'une science^ d'une religion et d'une philosophie, »
— Bravo I M.. de Flotte. Ainsi, la science n'est point fixée, puisqu'il faut l'achever; ainsi, vous voulez une religion et une philosophie, qui ne sont autres qu'une législation morale. 11 paraît : que, ce que vous écrivez d'une main, vous l'effacez de l'autre.
— « La mission du pouvoir, diles-vous, est d'activer la production, la circulation et la consommation, et de les régulariser ; et, tout d*abord, d'assurer à tous, dans les limites du possible, des moyens de travail, une consommation suftisante ; et, de diriger la circulation. »
— Mais , Monsieur, vous nous avez dit : que , le pouvoir n'est qu'un instrument. Comment diable! voulez-vous qu'un instrument ait une mission, et fasse toutes les belles choses que vous dites ? Peut-être eussiez- vous mieux fait d'indiquer : ce que doit faire la main qui tient l'instrument pour obtenir toutes ces belles choses. 11 eût été bien aussi de nous indiquer : les limites du possible. Car, comment voulez-vous que l'instrument puisse les atteindre, si vous ne l'y conduisez ?
L'ensemble des belles choses que vous venez d'énoncer, le peuple , dites-vous , l'appelle organisation du travail. Et, ajoutez-vous , organiser le travail ^ telle, est désormais la mission du pouvoir.
Je répète, Monsieur, qu'un instrument est inca-
pable d'organiser. Exposez donc, ce que rinstrument devrait faire : et, surtout : ne vous contentez point d'affirmer; mais, prouvez ce que vous avancerez; et^ cela d'une manière rationnellement incontestable. Sinon : je serai encore obligé de jeter ma plume.
— (( Quant, dit encore Bl. de Flotte, quant à Fensemble de yérités, à Tautorité qui limite et qui crée la souYeraiueté, c^est ce que le peuple appelle la réptiblique, »
— Eh bien, Monsieur! la République n'est alors : qu'un horrible galimatias.
Oùf! Nous voilà parvenu à un nouveau chapitre, intitulé : la souveraineté. Puissions-nous en sortir heureusement I
DE LA SOUTBBAIMBTÉ. 59
« J'attaciie une telle importaBce à la fixation des caractères du pouvoir, de la souveraineté, de Tautorité ; je suis tellement convaincu des dangers que présente la confusion qui s'introduit entre des idées si distinctes, que ce que je viras de dire à ce sujet ne saurait me satisfaire. »
M. DE Flotte, p. 209.
— J'avoue, qu'à ce sujet , je suis tout aussi peu satisfait : que, M. de Flotte lui-même.
— «c La fixation de la souveraineté, dit M. de Flotte, est le plus grand problème qui se puisse poser. Delà solution qui en est donnée, ajoutet-il^ dépendent tous les droits , tous les devoirs , toutes les relations sociales et la vie même de Thumanité. m
— Je suis complètement de l'avis de M. de Flotte ; pourvu : que, l'expression fixation ait pour valeur : détermination rationnellement incontestable. Malheureusement, il paraît que M. de Flotte ne veut qu'une solution provisoire] une calembredaine, ayant apparence de vérité y et , pouvant tromper un nombre plus ou moins grand de sots ; ' en leur faisant accepter : des vessies pour des lanternes. Du reste, voyez si je me trompe : voici, les propres paroles de M. de Flotte :
— « Enfin « dit-il , lorsqu'une solution est une fois acceptée , il £aut
bien songer gu^un grand nombre de siècles s^écoulent toujours avant qu'elle soit mise^en suspicion, et que le problème se pose de nouveau devant Tesprit humain. ... »
— De nouveau 1 Voilà , une souveraineté fixée ; qui ne sera point du tout fixée. Hélas 1 la souveraineté , fixée par M/ de Flotte , m'a bien Tair : d'être une franche coquette.
M. de Flotte s'embrouille dans une logomachie continuelle : en subordonnant la souveraineté à l'autorité ; et, en donnant au mot autorité : la valeur de rensemble des vérités acquises à V esprit humain.
Pour être logique, dans son système ; il aurait dû dire : l'ensemble des croyances : car, tant que l'ignorance, sur la réalité du droit, n'est point anéantie ; il ne peut exister : que, des croyances.
Et, alors, le souverain, ou l'autorité théorique, hypothétique , primitif , est exclusivement : l'anthropomorphe révélateur ; tandis, que le souverain réel, pratique et secondaire , est l'interprète de la révélation , alors accepté comme infaillible , et pour aussi longtemps: que, la foi peut le faire admettre comme tel. Et, la base de la foi n'est jamais : que , la possibilité de comprimer Veœamen.
Dès, que l'examen devient incompressible; et, pour aussi longtemps que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie ; toute foi, socialement, devient impossible ; et, tout ensemble de vérités, relativement au droit, reste encore impossible. Dès lors, toute souveraineté, toute autorité, autre que la force brutale, devient également impossible.
Voilà qui est clair, précis, exempt de tout galimatias ; et, à la portée d'un enfant de di^ ans : bien éleyé, ^
M. de Flotte s'imagine : qu'il y a un nombre indéfini d'autorités ; et, que toutes les époques ont la leur. C'est une erreur : il n'y a de possible que deux autorités; et, que deux époques ou l'autorité soit possible. La première époque est celle d'ignorance et . de compressibilité d'examen, Alors, la seule autorité possible, est la force, transformée en droit par un sophisme quelconque ; sophisme , que la force, au moyen de l'éducation dont elle s'empare, fait accepter comme vérité. La seconde époque est celle de connaissance. Alors, l'autorité est le droit éternel, la justice éternelle, démontrée réelle , psfr une exposition rationnellement incontestable, La troisième époque est nécessairement : sans souveraineté.; sans autorité autre que la force brutale. Cette époque est celle : d'ignorance sociale sur la réalité du droit , existant en présence de l'incompressibilité de l'examen. Cette époque est la nôtre.
— « Chercher la véritable autorité d'une époque, dit M. de Flotte, en déduire une souveraineté , puis de celle-ci déduire un pouvoir, c*est se trouver dans les conditions d^une organisation sociale possible et régulière, »
— 11 eût fallu dire :
— a Chercher le droit réel, l'autorité réelle^ la souveraineté réelfe , quand aucun droit hypothétique , aucune autorité hypothétique , aucune
62 DE Là 86UVERAUIETÉ.
souveraineté hypothétique ne peut plus se baser sur une foi sociale quelconque; puiS) de la souveraineté réelle déduire le gouvernement incontestablement rationnel; c'est^ en présence de l'incompressibilité de Texamen , ce qui devient nécessairb : sous peine de mort sociale. c( Telle doit être l'œuvre de ce temps. »
— Nous recommandons très-spécialement le passage suivant à l'attention de nos lecteurs. Nous défions également qui que ce soit : d'en trouver un, d'égale valeur, dans tout ce qui a été écrit , jusqu'à présent, sur l'autorité. Voici ce passage :
— (t Nous défions qui que ce soit , dit M. de Fiofte , de nier la vérité de ces affirmations :
a Si la conscience des hommes n^est pas d^une nature identique , ou si cette nature est viciée , la liberté de la conscience et le droit d*examen
sont DESTRUCTEURS DE TOUTE AUTORITÉ, ET, PAR SUITE, DE TOUTE JUSTICE.
« Si cette conscience est la même chez tous les hommes, si leur raison est de nature identique , la liberté de la conscience et de la raison peut devenir une autorité réelle, et, par suite, le fondement d*un ordre social nouveau ; mais elle n^en reste pas moins destructive de tout ordre social basé sur une autre autorité.
« Or, notre ordre social étant basé sur l'autorité de la révélation , et , socialement, celte autorité n'ayant plus de valeur par la déclaration du droit d'examen et de la liberté de conscience , il s'ensuit que notre ordre social tout enli.er est fatalement conduit à néant, et que, quoi qu'on fasse, nulle obéissance et nul respect ne sont plus possibles en lui , parce qu'il est sans autorité.
« Nous n'avons donc qu'une ressource pour échapper à la plus effroyable anarchie, au plus horrible chaos, c'est de constituer sur le principe de l'unité de conscience et de raison un ordre social compatible avec cette nouvelle autorité.
a Avoir conduit les hommes à la nécessité d'un tel choix , telle fut la mission des idées radicales; elles ont tué Tordre ancien.
« Arracher les hommes à cette situation funeste , telle est la mission des idées sociales; elles doivent enfanter l'ordre nouveau.
« Gomment? »
— Avant, d'examiner le comment de M. de Flotte effaçons quelques taches de ce passage .
jm LA SOUVERÂlNeTÉ. 63
D'ïibord, conscience et raison sontone seule et même chose , sous deux noms différents ; et, cette seule et même chose a nom raisonnemeM : le mot raison renferme les prémisses ; le mot conscience exprime la corfclusion ; les deux, je le répète, se trouvent dans le raisonnement.
Ensuite, la conscience ou la raison des hommes ne sont identiques : que, pour ce qui est démontré d'une manière rationnellement incontestable, aux yeux de ceux qui ne sont point aveuglés par les préjugés. Pour un homme clairvoyant, trois sont : un ; plus un ; plus un. Pour un chrétien, trois et un sont une seule et même chose. Pour M. de Flotte, aveuglé parle préjugé du panthéisme, la société peut se passer de sanction religieuse. Pour un homme chez lequel les cataractes des préjugés sont extirpées, la sanction religieuse est aussi nécessaire à la vie morale, que l'atmosphère à la vie physique. C'est, que les consciences aveugles sont viciées. Mais, qu'est-ce qui distingue, socialement, une conscience viciée ou une raison viciée, de celle qui ne l'est pas ? Voilà ce qui ne peut être résolu socialement : que , par la vérité devenue nécessaire ; et , démontrée : d'une manière rationnellement incontestable.
Quant à la liberté, je l'ai déjà dit : il est aussi impossible, qu'elle soit autorité; qu'il est impossible, qu'une fille soit sa propre mère. La liberté, socialement parlant, c'est : l'obéissance volontaire, à ce qui est ordonné par la raison réelle, devenue autorité ou souveraineté. V
$Êt- t^
Maintenant, vojons le comment de M. de Flotte.
— « La révélation chrétteAie, dit Bl. de Flotte, supposant l'homme ^ (inellement yicieux, Tinvestissait de la souveraineté par le baptême. »
— J'en demande pardon à M. de Flotte. Mais, tnvestir de la souveraineté est une calembredaine. La souveraineté est éternelle, ou supposée éternelle; sinon : elle n'est pas. Dire : que, le bapté&e rendait l'homme souverain, c'est dire le contraire de ce qui était. Le baptême investissait enfant de Dieu^ sujet reconnaissant Dieu pour souverain.
— « Le souverain , sous Tempire de rautoritc de la conscience , a-t-il besoin d^une investiture semblable? continue M. do Flotte. Non. W est homme , la révélation permanente est en lui ; cela suffit, il est souverain* Devant le tribunal de la conscience et de la raison^ au nom de l'autorité nouvelle, cela est indiscutable. »
— La conscience est si peu souveraine : que, la volonté peut la fouler aux pieds ; sinon : la liberté n'existerait pas. Voilà, pour l'individu. Quant à la société, elle ne peut avoir : qu'une conscience figurément dite; une communauté d'idées. Et, cette communauté ne peut exister : que, par une foi commune; ou, que par la science rendue co^nmune. En époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen : la foi commune n'est plus possible : et, la science commune ne l'est pas encore. Dans cette époque, qui est la nôtre ; la conscience sociale, est une folie, un non-sens, une calembredaine. Et, telle est l'autorité, la souveraineté de Jkf. de
DB Là souveraineté. 6H
Flotte. Quant à la révélation permaitente^ c'est le raisonnement ou les conclusions du raisonnement. Et, comment distingue-t-on , socialoÉient, les conclusions du bon raisonnement, des conclusions du mauvais f En époque de connaissance , par une démonstration •rationnellement incontestable; en époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen , à coups de triques ou à coups de baïonnettes. Cette dernière manière, de distinguera vérité, est le résultat : de la révélation permanente de M. de Flotte. Si, vous ne le voyez pas ; ouvrez les yeux.
Maintenant,^ et à moù tour, je dis , «omme M. de Flotte :
Devant, le tribunal de la conscience et de la raison; au nom dé l'autorité du bon sens; cela est indiscu* table .
Et, tant que la vérité ne règne point, socialement : nos deux indiscutables , se discutent : à coups de baïonnettes.
-— « Quelle sera k fonction du souYerain ? » dit M. de Flotte.
— La fonction du souverain, soit personnel soit impersonnel, est de formuler la règle : au nom de la force transformée en droit, tant que c'est possible ; au nom du droit réel, quand c'est devenu nécessaire * et possible ; au nom de la force brutale : quand la force ne peut plus être transformée en droit ; et , que la connaissance du droit réel n'est encore : ni nécessaire ;* ni poss^le. % ^ ^
66 DB LA SMMJVERAINETÉ.
Voyons la réponM de M. de Flotte.
-— « Aasnrer, dtUil, rautonlb dans toutes laf relttioas réglées pur «lit,. 41 fdre nue législation progressive , c*ett-à-dire hypothétique , dans Tordre des relations qui n*est pas réglé par Tautorité. »
— Compreîiez-vous ce galimatias? Si, vous le comprenez, j'en suis bien aise! Alors, vous n'avez nul besoin de me lire. ^
— cr Tout Tordre moral, continue M. de Flotte, était réglé forcément par la loi naturelle, la conscience et la raison ; dans cet ordre, la fonction du souverain se borne à assurer la liberté absolue de tous et à empêcher que nul ne porte atteinte à la liberté de quelqu'un. »
— Comprenez-vous ce galimatias? Si, vous le comprenez, j'en suis bien aise ; et, je le serais plus encore de savoir : comment vous concilierez ma liberté absolue, avec Tempèchement de faire ce que je voudrai ; et, de vous casser le cou, si cela me plaît? De pareils logogriphes sont indignes : d'un homme aussi instruit que M. de Flotte.
Ce qui suit, est digne de ce qui précède ; comme par exemple :
— «GTest ainsi que se constitue le souverain, et se limitent et se jastiûent ses droits. »
— Constituer le souverain I limiter les droits du souverain I justifier le souverain! Allons! jetons la plume I jusqu'à ce que nous trouvions : quelque c hose digne d'observation .
Hélas ! nous sommes obligé d'aUer, jusqu'à la fin de la première partie; Ifclns y voir plus clair : que, dans un puits. Puissions-nous être plus^ heureux, en commençant la seconde intitulée : Révolution sociale !
tP^
68 BB LA SOmrBRAIRBTt.
« Dès qae rhumanité posséda la notion de Tiiifini, le grand proUème .qu'elle dut se |^ser à die* même fut de se distinguer du fini. *•
M. DE Flottc, p. 258.
— Que ceux qui aiment cette espèce de galimatias, aient la bonté de le lire chez l'auteur. J'ai déjà mal à la tête, d'en avoir copié quatre lignes.
C'est un bien triste sort : que, d'être obligé de lire des folies métaphysico-allemandes ! Imaginez-vous : des diabolisations, des divinisations , des couples diabolicodivins , des rétrécissements de Dieu , des rétrécissements de diables, etc. Seigneur ! ayez pitié de moi !
Prenons-en notre parti I il vaut naieux rire que pleurer. Savez-vous ce que c'est que I'ame, selon M. de Flotte ? C'est r ensemble des sentiments et des sensations^ p. 263. Quand, je trouverai une autre proposition, de même valeur, je vous la donnerai.
Savez-vous ce que c'est : que, fe{/roi7 et le devoir? Je parie que non. M. de Flotte va vous l'apprendre.
-7- «Le DROIT, dit-il, c'est la liberté d'obéir aux lois nécessaires qui dominent la nature de l'àme humaine; le devoir , c'est d'agir sur les lois inférieures de manière à rendre leur action conforme dans le temps à celle des lois éternelles et parfaites. »
Ik
AE LA SOirVEIlÀlMKTÉ. 69
— Ceci est à la page 266. J'affirme : qile, c'est v digne de la page ^3.
Au milieu des innombrables galimatias , élucubrés par M. de Flotte ; il y a souvent : des propositions admirables de profondeur. Nous aimons à citer le passage suivant :
— «r Aussi, dit M. de Flotte, est-ce un fait historique avéré, que du moment où les hommes désespèrent de Tidée religieuse, tout Tordre social lui-mêrôe est mis en suspicion. On peut dire que la suppression d*une religion à* État est en quelque sorte un commandement fait à toutes les institutions de déguerpir au plus tôt et de faire place nette à des institutions nouvelles, p
— Trouvez-moi, parmi nos prétendus législateurs, un autre homme qui ait compris : qu'une religion d'état^ soit nationale, soit humanitaire, est nécessaire à l'existence : soit d'une nation , soit de l'humanité ; et, je vous donnerai un merle blanc.
J'ai toujours de la peine à critiquer le galimatias ; j'aime à citer le beau. Les passages suivants sont admirables.
— « Le protestantisme est toujours illogique et inférieur au système primitif. ....
<f Rome fut une sorte de demi-protestantisme par rapport au monde païen, comme TÂngleterre par rapport à la chrétienté.
c( Seulement ces deux États s'arrêtèrent dans cette route à une certaine limite : la religion ne fut point chassée , mais subalternisée ; elle ne fit plus seulement une origine , elle fut un instrument. Or, c*cst une chose mal séante que de faire de Pidée divine un outil pour les hommes. Aussi ces deux peuples exploiteurs de Dieu furent-ils exploiteurs de l'humanité. De même qu'au lieu de servir Dieu ils s'en étaient servi , ils se serTirent de Fhumanité au lieu de la senrir. n
70 DK LA «OlftBRâlHEYÉ.
— Le passage suivant est plnslieau : qne, l'auteur ne s'en est douté. -^
— « Liberté de conscience , dit-il , c*ctt la négation de la société tout entière , c'est une révolution radicale et sociale. »
— L'auteur, en disant de la société tout entière^ a Toulu dire : de la société actuelle.
Il ne se doute pas : que, la liberté^ de conscience^ c'est la négation de toute société possible. ^La liberté de conscience n'est autre : que l'ignorance, en présence de l'examen.
Croyez-vous qu'il y ait liberté de conscience, pour affirmer : que, deux et deux ne font point quatre?
Croyez-vous qu'il y ait liberté de conscience, pour nier la réalité du droit : quand, cette réalité est démontrée : comme deuœ et deux font quatre ?
Je le répète : la vérité se trouve imposée par l'incontestabilité rationnelle. Et, là où elle existe, la liberté de conscience se trouve anéantie ; celle-ci n'existe : que, pour l'ignorance, mise en présence de l'incompressibilité de l'examen : ensemble, qui rend tout ordre social : essentiellement éphémère.
Maintenant, je vais citer une erreur effroyable, source de toutes les erreurs de M. de Flotte. Je réclame toute l'attention du lecteur : parce que M. de Flotte est actuellement : l'homme le plus sincère et le plus instruit, de l'école matérialiste.
— « Il faut, dit-il, choisir entre la donnée sociale de Grégoire VII et le dogme nouveau; cela est dur^ je le sais ; on aimerait mieux attendre, mais il le faut.
« Voilà la formule : »
rj.
m héL ^ij;v£RÀiNK7É. 71
-» Voyons la fonnule de AL de Flatte ! Il y a tout I gagner : avec uo^ éc'iiYaiu sincère , qui a le courage son opinion, et ne fait point 4'JbypoGrisie.
-— « SnRiTiiAUSwi 9 coatiaoe M. de Flotte, catbolicibmi , église et