‹ De la souveraineté (volume 3)Chapitre 15 sur 25 · SOUVERAINETÉ DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SOUVERAINETÉ DU PEUPLE

— « C^est, dites-YOus, le mot souverain^ universel. »

— Parbleu ! ce serait bien plus singulier, si le mot souveraineté n^ était pas l'expression de souverain. Certes, ce ne serait point alors : une sentence de jugement dernier.

Et, là-dessus vous dites : que,

— « Monarcliistes , républicains, socialistes, comme les montagnards, veulent tous la démocratie, la souveraineté du peuple. »

174 M Ul iOVYSftAIMETÉ.

— Mais, Monsieur; quand il n'y a : qae, souveraineté de droit divin et souveraineté du peuple ; et, qu'A faut choisir, en fait de souveraineté ; il y a obligation de prendre Tune ou l'autre : sous peine de né pas chcMsir. Et, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie; il n'y a : que, souveraineté de droit divin, dérivant d'une révélation quelconque ; et, souveraineté par le droit des majorités, par le droit de la force, ou souveraineté du peuple. Et, comme aussi longtemps que le chaos existe, il n'y a de possible, toujours en fait de souveraineté : que, souveraineté de droit divin et souveraineté du peuple ; permettez-moi. Monsieur, pour abréger et pour fixer les idées; de représenter quelquefois : le droit divin , comme étant le père de l'ancienitô société ; et, la souveraineté du peuple, comme en étant la mère : celle-^i ne pouvant, néanmoins, jamais dominer : qu'après la mort du père; et, seulement comme régente.

Je vous dirai alors : que, le souverain de droit divin, ou le père, étant maintenant mort et bien mort, tué par l'examen ; il ne reste de possible : que, la souveraineté du peuple ou la mère. Comment, dans ce cas, voulez-vous que les partis choisissent? Ils prennent : ce qu'iîs ont ; ce qu'il y a de reste. Avez vous autre chose à leur donner? Si vous l'avez. Monsieur, ils tendent la main.

— « Tel esl, dites-Tous, l'empire du mot démocratie ^ que nul gouvernement, nul parti n^ose vivre et ne croit le pouvoir sans inscrire ce mot sur son drapeau , et que ceux-là se croieiit les plus forti ^m partent ce drapeau plus haut et plus loin. »

DB LA SdUfSaâlIIETÉ, 175

•-^ Et, comment Toulez-Tous qu'il en soit autrement? Qaand, sur son drapeau, il faut y mettra ou le père ou la mare ; et, que le père ne peut plus y être mis, parce qu^il est mort; qui, diable, voulez-vouaty mettre : si , ce n'est la souveraineté du peuple ou la mère?

— « Idée fatale, continuez-vous, qui soulève ou fomente incessamment la guerre au Milieu de nous, la guerre sociale ! »

— C'est, parfaitement juste, Monsieur; vous parlez comme un bon livre. Mais, puisque le père est mort ; puisque la mère ne vaut pas grand'chose ; puisqu'une souveraineté nouvelle ne peut naître que d'une souveraineté; faites en sorte : qu'un nouvel esprit-saint fasse sortir, de la seule qui nous reste : le verbe réel,' digne de nous racheter réellement. Ce verbe souverain, cette fille souveraine, destinée à nous retirer de la nuit du chaos, ne peut être : que, la véiuté, lumière étemelle, que vous proclamez, avec tant de raison, avair seule le droit de régner sur le monde. Vous concevez en outre : que, la vérité ne peut naître et prendre la souveraineté : que, par la mort de sa mère , la force brutale ou le chaos.

— a Cest, dites-vous, cette idée funeste qu*il faut extirper. »

— L'idée de la mère, n'est-il pas vrai? L'idée de la démocratie, l'idée de la souveraineté du peuple ? Bien, Monsieur! tuez la mère; elle ne vaut pas

grand'chose, je vous le répète. Mais, attendez : que, sa fille soit au monde. Que voudriez-vous donc faire : sans le père ; sans la mère ; sans la fille ; sans aucune espèce de souveraineté ? Vous voilà donc devenu néophyte de l'église proudhonienne ? Vous voulez donc transformer la société en un Charenton : complètement privé de direction et de garde-fous ?

— (( La paix sociale, continuez-vous, est à ce prix, et, avec la paix sociale, la liberté, la sécurité, la prospérité, la dignité, tous les biens moraux et matériels qu'elle peut seule garantir. »

— Comment, Monsieur? Après, que le père est mort, poignardé par Luther et Calvin? Après, avoir vous-même tué la mère en idée ? Avant, que la fille soit née et puisse être notre souveraine ? vous voulez : •que, Ta paix sociale soit possible? Mais, savez-vous : que, cette paix serait celle des morts ; ainsi que la mort de ces belles choses que voiis dites, avec raison du reste, être la conséquence de cette paix ? Merci ! A ce prix, nous aimons encore mieux : soit le père, soit la mère ; ou, même exclusivement la mère ; puis • que, c'est en vain : que, MM. Thiers et de Montalembert viennent de galvaniser le père , pour essayer de le ressusciter.

— « Voici, continuez-vous, à quelles sources le mot démocratie puise sa puissance. »

— Grâces vous soient rendues, Monsieur! Nous allons savoir enfin : quelle est la source de tous nos

DB hk SOUYSIAIIIKTÉ. 177

maux. Mais, encore une fois, soyez assez bon : pour, ne point nous faire tuer la mère, avant la naissance de Yotre fille. Pensez donc : que, cette souveraineté, votre ennemie , est la seule mère possible de notre Messie futur I Pour l'amour de l'ordre, ne nous laissez point sans aucune espèce d'autorité. Vous avez donc juré de nous livrer à la merci de M. Proudhon I Celui-ci est bien loin de se douter : que, c'est à vou^ qu'il doit sa souveraineté du néant , sa souveraineté utopique, ayant nom : An-archie.

Mais,, hélas ! et, que le bon Dieu vous le pardonne 1 vous nous faites courir deux grandes pages; et, encore pour nous dire quoi? Que, la source de nos maux, c'est l'ignorance ; que, c'est la seule ignorance qui, de toute éternité, a toujours donné naissance à la souveraineté du peuple ; que, celle-ci naît toujours de la lutte des passions déchaînées, comme Vénus de la lutte des flots écumeux. Nous voilà bien avancés I Vous ajoutez : que, toute la force de la souveraineté du peuple vient également : de cette même lutte de nos passions toujours déchaînées. Cela, nous avance-til davantage? Ce qui nous eut avancé, eût été : de nous donner les moyens de vaincre : l'ignorance, première MÉBE de cette souveraineté ; et , les passions ; dont la LIBERTÉ, r indépendance de la raison^ est la

Page 1