‹ De la souveraineté (volume 3)Chapitre 2 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

«L'essence de Tesclavage consiste dans l'assa* jettissement à U Tolonté de rhomme ; et quicomiue obéit à rhomme seul est esclave, cet homme fAt-il Ini-méme. Il en est ainsi des nationij et \i théorie de la souveraineté du peuple n'est que la théorie de la servitude. »

La Mmif Ail.

— « II en est de même pour la souveraineté de V anthropomorphisme. Seulement : la théorie de la souveraineté de Tanthropomor* {^isme est la théorie d'une servitude : masquée de droit ; et, la théorie de la souveraineté du peuple est la théorie d'une servitude : sous la force brutale. »

Colins, Mss,

— Toute la question sociale, toute, absolument toute,

consiste : dans la question de souveraineté. C'est facile

à concevoir : car la société , réelle et non illusoire,

consiste essentiellement : dans la liberté possible des

HlÎQDS. De plus : la liberté possible des actions se

rapporte nécessairement : à une règle, à une loi, bonne

OU mauvaise. Donc, toute loi possible est nécessairement : Texpression d'une souveraineté, illusoire ou réelle.

Comme introduction à l'étude de la souveraineté, nous allons examiner un ouvrage de M. P. de Flotte,

intitulé . LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE, ESSAIS SUR l'eSPRIT DE LA RÉVOLUTION.

M. de Flotte appartient à l'école proudhonienne : Vabsence d'autorité. L'autorité étant identique à la souveraineté, l'absence d'autorité devrait être l'absence de souveraineté. Mais, toute école, comme toute secte, est nécessairement basée : sur une logomachie ; sur un galimatias « Et, la base de l'école proudhonienne est : la séparation de l'autorité et de la souveraineté; ou, la séparation de leurs expressions : de la règle ; et de la sanction.

M. de Flotte est un homme de beaucoup de mérite ; presque toujours assez logique pour n'être point évidemment absurde : ce qui est cependant, manquer de logique : quand le point de départ est absurde. Or, cela existe nécessairement : quand le point de départ d'un raisonnement, ou son but, se trouve être : le panthéisme. Et, le point de départ, comme le but de tous les raisonnements de M. de Flotte, est le panthéisme : comme j nous verrons qu'il en convient lui-même.

Les premières propositions, que je vais citer de M. de Flotte sont assez excentriques (je me sers d'une expression adoucie), pour faire croire à un lecteur superficiel : que, M. de Flotte est dépourvu du mériltif que je lui attribue . Que le lecteur attende ; et il verra :

que, M. de Flotte est réellement un homme de mérite ; dans Terreur, il est vrai ; mais, un homme de mérite (1).

— « La solation morale de TaTenir, dit M. de Flotte, doit être com* patible afec T absence de toute législation morale quelconque. »

(P. il.)

— Quelque ébouriffante, quelque antisociale que soit cette proposition ; vous concevez , cependant , qu'elle est logique : dès qu'elle a pour point de départ : Tabsence d'autorité. L'absence d'autorité, suppose l'absence de liberté : puisque, la liberté n'est autre : que, l'obéissance volontaire à l'autorité. Or^ l'absence de liberté, n'est autre : que, l'absence de toute morale. Par conséquent , l'absence d'autorité , c'est : l'absence de toute législation morale quelconque.

Après cette sortie excentrique, M. de Flotte ajoute :

— « Le caractère des doctrines socialistes rationnelles est donc Tabsence d'une morale servant de base à des prescriptions imposées. »

— J'en demande mille pardons à M. de Flotte ; mais, si tel était. le caractère des doctrines socialistes ra-lionnelles^ je les aurais en horreur.

M. de Flotte a cependant l'empirisme, je ne dirai point l'instinct : qu'il vient de prononcer une immoralité ; et, il cherche une excuse.

(1) n est d'autant plus utile d'étudier le travail de M. de Flotte : que, son travail est l'expression sincère , courageuse de toute recelé pan- ^ttféiste. Et, au sein de cette école, la sincérité et le courage n'y sont point choses communes.

•— « Cette immoralité, dii^il, n'est qa' apparente; elle signifie... »

— Ah! voyons ce qu'elle signifie.

— « ...elle signifie^ dit le prétendu socialiste rationnel , que le socialisme se,Veconnaît impuissant à formuler une morale écrite supérieure à la morale chrétienne. »

— D'abord, il n'y a pas de morale supérieure à la morale chrétienne, morale identique, du reste, à celle de toutes les religions ; et, consistant : dans la rationalité du dévouement. Quant à l'impuissance du socialisme : non-seulement à formuler cette morale; mais encore à en démontrer la réalité ; parlez pour vous, s'il vous plaît. Car, je m'engage à démontrer cette réalité.

— c( n considère , continue M. de Flotte , une semblable entreprise comme le signe d^une véritable rétrogradation sociale et de la plus odieuse tyrannie.. •. »

— Vraiment ! votre socialisme considère : comme le signe d'une rétrc^radation , comme le signe d'une odieuse tyrannie, la démonstration: que\ l'honnête homme, est un homme qui raisonne parfaitement; et, . que le fripon, jouek rôle d'un sot! Alors, Monsieur, notre socialisme est rétrogade et tyrannique. Nous nous faisons même honneur de le proclamer.

-^ « D'antre pairt, coBtinve M. de Flotte, il croit à la liberté de eotttcience.- »

— Ah I TOtro Bocialismo croit à la liberté de conscience. D'abord, la liberté^ la seule liberté, la liberté psychologique, supposée exister au sein du panthéisme, dont vous vous proclamez l'apôtre, est déjà une incon^ séquence capitale. Quant h \a liberté de conscience , don' née comme base sociale , eliej[est le digne pendant : de cette liberté, alors supposée pouvoir exister. La liberté de conscience, dont le protestantisme religieux et le protestantisme philosophique font tant de bruit, est précisément l'expression : de l'ignorance religieuse et de Tignoranco philosophique (1). Au sein do la science, cette liberté des êois disparaît complètement. Croyezvous : que, la conscience d'Archimftde, était libre (l'affirmer : que, les trois angles d'tin triangle sont égaux à plus ou moins de deux droits?

— « Le locialifmo, ditei-vouii encore^ ne peut conientir à enfermer io progrès humain dnns lo cercle d'une loi rcligieuso immobile. »

— Votre socialisme serait donc bien malheureux, de se voir enfermé dans la science, démontrant : que, l'honnête homme est un sage ; et, le fripon un imbécile ? Vous trouvez : que , le progrès humain serait brisé : si, l'humanité, après avoir découvert que deux et deux font quatre, ne pouvait plus dire : que, deux et deux font cinq ou trois ! Et, votre socialisme serait encore infuiiment malheureux : si, la religion, qui n'est que l'inévitable sanction du bien et du mal, ne pouvait

(1) Voyez noire opuscule intitulé : Qu'est-ce que la liberté de conS' eUnee?

•— « Cette immoraUté, dii^il, n'est qu'apparente; elle signifie... »

— Ah! voyons ce qu'elle signifie.

— « ...elle signifie^ dit le prétendu socialiste rationnel , que le socialisme se [reconnaît impuissant à formuler une morale écrite supérieure à la morale chrétienne. »

— D'abord, il n'y a pas de morale supérieure à la morale chrétienne^ morale identique, du reste, à celle de toutes les religions ; et, consistant : dans la rationalité du dévouement. Quant à l'impuissance du socialisme : non-seulement à formuler cette morale; mais encore à en démontrer la réaUté ; parlez pour vous, s'il vous plaît. Car, je m'engage à démontrer cette réalité.

— « Il considère , continue M. de Flotte , une semblable entreprise comme le signe d'une véritable rétrogradation sociale et de la plus odieuse tyrannie.. •. »

— Vraiment l votre socialisme considère : comme le signe d'une rétrc^radation , comme le signe d'une odieuse tyrannie, la démonstration: que\ l'honnête homme, est un homme qui raisonne parfaitement; et, ' que le fripon , joue le rôle d'un sot I Alors, Monsieur, notre socialisme est rétrogade et tyrannique. Nous nous faisons même honneur de le proclamer.

-^ « IV'antre pairt, coBtinve M. de Fiotte, il croit à la liberté de eotttcience.- »

DE Lk SOUYERAINETÉ. 7

— Ah ! Totre socialisme croit à la liberté de conscience. D'abord, la liberté^ la seule liberté, la liberté psychologique, supposée exister au sein du panthéisme, dont vous vous proclamez l'apôtre, est déjà une inconséquence capitale. Quant à la /l'ber^^ de conscience jàûthnée comme base sociale , ellejest le digne pendant : de cette liberté, alors supposée pouvoir exister. La liberté de conscience, dont le protestantisme religieux et le protestantisme philosophique font tant de bruit, est précisément l'expression : de l'ignorance religieuse et de l'ignorance philosophique (1). Au sein de la science, cette liberté des sots disparaît complètement. Croyezvous : que , la conscience d'Archimède , était libre d'affirmer : que, les trois angles d'un triangle sont égaux à plus ou moins de deux droits ?

— « Le socialisme, dites-vous encore^ ne peut consentir à enfermer le progrès humain dans le cercle d'une loi religieuse immobile. »

— Votre socialisme serait donc bien malheureux, de se voir enfermé dans la science, démontrant : que, l'honnête homme est un sage ; et, le fripon un imbécile ? Vous trouvez : que , le progrès humain serait brisé : si, l'humanité, après avoir découvert que deux* et deux font quatre, ne pouvait plus dire : que, deux et deux font cinq ou trois ! Et, votre socialisme serait encore infiniment malheureux : si, la religion, qui n'est que l'inévitable sanction du bien et du mal, ne pouvait

(1) Voyez notre opuscule intitulé : Qu*est'Ce que la liberté de cotiseience ?

prouvé, en pariant de M. Proudhon, qu'elles n'ont de puissance : que, celle du galimatias (1).

Puis, M. de Flotte parle de construction sociale, dont la révolution est le moyen. Mais, pour construire, il faut un constructeur réel , une individualité réelle ; et, le panthéisme est la négation absolue : de toute individualité éternelle, réelle. Qui donc alors construira? La fatalité, la nécessité? Toujours des personnifications ; toujours la confusion : du propre avec le figuré!

Quelques lignes plus bas, M. de Flotte ajoute :

— a Je montrerai comment les forces économiques ont ïâ puissance de créer une morale.... »

— Créer une morale ! !

En époque d'ignorance :

Quelques-uns se laissent aller à des illusions décevantes ; et , prennent plaisir à se tromper. Ils sont faibles et malades d^amour-propre. Ils sont dignes de pitié.

D'autres, sont plus coupables. Ils voient clairement le fond des choses ; mais, ils ont un triste mépris des hommes ; et s'efforcent de présenter les faits compliqués sous un faux jour. Ils espèrent, en jetant la confusion, dans les esprits, les déterminer à se laisser conduire par eux. Ce sont les habiles hypocrites. Ceux-ci sont dignes de mépris.

Les premiers se mettent un bandeau sur les yeux.

(1) Voyez notre Économie politique , source des révolutions et des utopies prétendues socialistes.

DB LA SOUTEILAINBTÉ. Il

Les seconds lient le bandeau sur les yeux des autres.

Je suis certain : que, M. de Flotte n'a|^rtient point aux derniers.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore eu un mot : sur la souveraineté du peuple. Et, cependant, quand on veut traiter d'une chose, la {Nremière des conditions est d'attacher, à cette même chose, une idée claire, parfaitement déterminée, et dont la détermination ne renferme rien d'absurde.

J'ai déjà dit : que, la source la plus générale des logomachies ou des galimatias, est : la confusion du propre avec le figuré. Nous allons voir : que, telle est la source des indéterminations de M. de Flotte, relativement à la souveraineté du peuple.

— « Ce qmi s'oppose , dit M. de Flotte , à ce qie Ton comprenne généralement V action des grandes nuisses d'hommes , c^est qu'on ne Teut point ckohe à leur esprit de suile et à leur sagesse. »

— Croire! Quand donc, tout homme qui prétend s'appuyer sur le raisonnement, renverra-t-il cette expression au dictionnaire de la foi, auquel le mot crotVe appartient exclusivement? Mais, examinons cette proposition de M. de Flotte ; laquelle, selon lui, est fondamentale.

Qu'est-ce que présupposent Vesprit de suite et la sagesse?

Le raisonnement.

Qu'est-ce que présuppose le raisonnement réel et non illusoire?

Un raisonneur réel, une individualité réelle»

A cet égard, commençons par l'individualité, encore très-indéterminée, nommée homme;. et, voyons: si, elle existe, en réalité.

Il est évident : que, sous l'anthropomorphisme, il n'y a qu'une individualité réelle dieu ; et, que sous le panthéisme, négation de toute individualité réelle ou plus que phénoménale ; il n'y en a point de réelle.

Donc , sous l'anthropomorphisme et sous le panthéisme, l'expression homme raisonnant est tout uniment : une expression figurée, prise au propre : puisqu'alors, le raisonnement humain est, tout uniment : une illusion ; une apparence ; un phénomène.

-Voilà qui est clair, simple et incontestable. Ainsi, et jusque-là : point d'individualité réelle ; point de raisonneur réel ; point de raisonnement réel ; point d'esprit de suite; point de sagesse; si ce n'est : figurément y illusoirement. Passons aux masses.

Il faut avoir une énorme tendance à se faire illusion, pour ne point s'apercevoir : que, les masses, les nations, comme l'humanité elle-même, ne sont des individualités : que, figurément. .

Donc, donner aux masses, aux nations, ou à l'humanité elle-même, un esprit de suite et de la sagesse ; c'est évidemment une erreur ; c'est, évidemment, un préjugé.

Et, cependant, c'est le contraire que M. de Flotte appelle un préjugé. Car, en parlant de la négation d'esprit de suite et de sagesse des masses, il ajoute :

— « G*e8t là un préjugé absolument contraire à la doctrine de la sou-

DE LA SOmnERÀIKBTÉ. 13

Teraineté da peuple , et dont il faut se défaire si Ton veut iuiire la Térite dans les iîdts historiques, surtout à Tépoque où nous fiTons. »

— Ainsi, pour croire à la souveraineté du peuple, il faut commencer : par devenir absurde ; par confondre le propre avec le figuré I Singulier éloge de la souveraineté du peuple I

Ainsi encore, et d'après M. de Flotte : la révolution a pour but d'établir la souveraineté du peuple, qui est la confusion du propre avec le figuré ; et, la souveraineté du peuple a pour base, l'absence d'une législation morale quelconque.

On dirait, en vérité : que , ces messieurs , par de semblables propositions, ont eux-mêmes pour but : de rendre le monde entier réactionnaire. Car, d'après de pareilles prémisses, il n'y aurait de choix, en ne l'étant pas : que, de se placer : soit parmi les imbéciles ; soit parmi les fripons. Et, voilà précisément, ce qui empêche les réactionnaires d'observer : que, leur système de conservation est tout aussi utopique ; que, le système de révolution dérivant de pareils principes.

A la page 85, M. de Flotte dit :

— « Quand on part d'une supposition fausse, on aboutit au non-

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