‹ De la souveraineté (volume 3)Chapitre 23 sur 25 · ET LE JOUET DES PUISSANTS · texte numérisé non relu

ET LE JOUET DES PUISSANTS

{Id,y liv. VI, ch. m.)

— Qu'en dites-vous, partisans de la souveraineté du peuple? Voilà, le prince des philosophes, qui soumet la justice : à croix ou pile.

— « Multitude, dit encore Aristote, telle est la garantie de la démocratie ; car le nombre est le droit opposé à la qualité, »

(/rf.,liv.VI, ch. Vf.)

— Quel Stigmate d'infamie, attaché à la souveraineté du peuple I Et, cependant, Aristote n'a pas d'autre base à donner au droit ; et, pour se soustraire à cette infamie, il n'a d'expédient : que, de recourir au sort. La justice jetée à croix ou pile ! Établissez donc Tordre sur une pareille base !

Et, cependant, il a dit :

DE hA. SOUVERAINETÉ. 308

*-^ « La jasiice est la véritable vertu sociale. »

(Poltf., liv. nif ch. Tin.)

— Et:

— « Qui doit ordonner? La parfaite raison. »

(/d., Ht. I, ch. Tiu.)

— Ne vaudrait-il pas mieux se taire : que, de commettre de pareilles inconséquences ? En voici d'autres :

— ,<f Les droits, dit-il, varient selon l'espèce de l'organisation politique; la justice se modifie dans le même rapport. »

(/d., liv. V, ch. IX.)

— C'est, de nouveau, tout rapporter à la force. Toute l'impuissance de la souveraineté du peuple;

et, la nécessité de la souveraineté de droit divin, tant qu'elle est acceptable sans démonstration ; se trouvent dans le passage suivant :

— « Les sujets, dit Âristoie, redoutent moins les injustices du prince lorsqu'ils sont persuadés qu'il est religieux et qu'il respecte la divinité* ns sont gioins disposés à conspirer contre lui, parce qu'ils \e croient protégé du ciel; mais ici^ qu'il soit habile à éviter le plus léger soupçon d^hypocrisie ! »

{Id,, liv. V, ch. XI.)

— Ce qui signifie : qu'Aristote ne soupçonne pas, qu'il soit possible: de paraître religieux, sans être hypocrite.

Si, Aristote a été incapable d'établir une démocratie réelle ; c'est : que , toute démocratie est inu 20

compatible avec l'anthropomorphisme ; et, que l'anthropomorphisme est la seule base sociale possible : tant, que l'ignorance sociale n'est point anéantie. Mais, au moins, Aristote a parfaitement compris : et, la difficulté ; et, l'essence de la démocratie. En voici les preuves.

— « La mission, dit-il, la plus importante du législateur ou de l'homme d'État qui veulent établir une démocratie n'est pas d'organiser le gouvernemeniy mais d*en assurer la durée, Qncl est, en effet, le sjstème politique, même le plus vicieux, dont Texistence ne pourrait être garantie pour au moins quelques jours? »

(Polit., liv. VI, ch. IV.)

— Quelques jours, pour une nation, c'est quelques siècles ; et, jamais démocratie, même sous l'anthropomorphisme, n'a pu atteindre cette période. Athènes existait sous l'anthropomorphisme ; Athènes était démocrate sauf les esclaves qui, comme le dit Platon, y étaient considérés comme n'ayant pas d'âme ; la période florissante d'Athènes : n'a été que de 1 14 ans.

Voici une nouvelle preuve :

— tt Si l'État, dit Aristote, a des revenus, évitez les dilapidations des

démagogues de nos jours L'homme sincèrement populaire s* occupera

plutôt d«g moyens d'arracher le peuple à l'indigence^ vraie cause de la corruption démocratique, et il travaillera à donner à la classe pauvre une aisance continue, )>

(/d., liv. VI, ch, V.)

— Cela signifie : anéantir le paupérisme.

Aristote n'avait pas réfléchi : qu'anéantir le paupérisme, c'est permettre l'examen ; et, que l'examen

anéantit l'anthropomorphisme , seule base possible d*ordre social, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie.

Nos conservateurs modernes pèchent en senç inverse d'Aristote! Ils veulent conserver le paupérisme ; et, ils ne réfléchissent pas : que, le maintien du paupérisme, en présence de l'examen devenu incompressible, est aussi anarchique : que, l'anéantissement de ranfchropomorphisme l'eût été du temps d'Aristote.

En présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, il y a deux moyens d'ordre, exclusivement deux : 1* Exterminer les pauvres; 2"* Extirper le paupérisme. Le premier est celui d'un homme, qui, voulant passer un détroit, essayerait de boire la mer pour passer le détroit à pied sec. Le second est impossible : tant, que l'anéantissement du paupérisme n'est point basé sur la démonstration de la réalité du lien religieux.

Cette démonstration est impossible, disent les entêtés. Soitl Messieurs. Alors, enveloppez-vous de votre suaire ; et* sachez mourir.

Cette démonstration est impossible répétez-vous : une rigueur mathématique ne peut s'appliquer à la démotistration de la réalité du lien religieux ^ démonstration qui appartient à l'ordre immatériel. Eb biep ! éeoutez Anstote : Aristote, matérialiste : parce que, tant que dure l'ignorance sociale, la prétendue scieijçç est matérialiste ; et, parce qu'il était à hauteur de cette prétaodue (science ; mais, antimatérialiste, mal^é lui, pitrce que son génie lui avait révélé : qu'il est impos-

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sible de baser Tordre sur le matérialisme, dont Texpression sociale est : la souveraineté du ïpeuple.

— « On ne doit pas exiger en tout^ dit le prince des philosophes, on ne doit pas exiger en tout la rigueur mathématique, mais seulement quand il s'agit d'objets immatériels. «

(Métaphys,y liv. II, ch. m.)

— Est-ce clair? Eh bien ! qu'y a-t-il de plus incompatible, que la souveraineté du nombre et la rigueur mathématique ; quand il s'agit : d'absolu et non de relatif; de raison et non de force?

C'est donc, le droit , mathématiquement démontré, qui est la seule base possible de l'ordre ; lorsqu'il est devenu impossible, de transformer la force en droit} ce qui existe : dès, que l'examen est devenu, socialement, incompressible.

— a Les partis qui se disputent le pouvoir^ dit Aristote, se préTalent bien de quelques droits, mais ne s^appuient pas sur le yérifable. »

{Politiq., liv, III, ch. VI.)

— Voyons I si, Aristote va nous révéler le véritable droit, qu'il reconnaît nécessaire; dès, qu'on se place: hors la souveraineté de l'anthropomorphisme.

— « Ghap. yii. — De V exercice de la souveraineté,

a Qui doit, dit-il, exercer les pouvoirs suprêmes dans la cité? Est-dtf la multitude, ou les riches, ou les gens de bien, ou un seul qui senît le plus vertueux, ou un tyran? Telle est la question qu'il s'agit de résoudre. »

— Vous voyez : que , ce n'est pas d'hier, que la guestion : de souveraineté, en général; et, de lasou*

veraineté du peuple, en particulier; a été traitée. Remarquez, je vous prie : que, chez Aristote, il est ici fait abstraction : de la souveraineté d'anthropomorphisme ; de la souveraineté de révélation .

•«— « Si la multitude a Tautorité^ continue Aristote, qu'arrivera-i-il ? Les pauvres étant en majorité partageront les biens des riches. »

— Vous voygz : qu'ici, Aristote ne met pas la chose en doute ; il affirme de la manière la plus absolue. Et, il a raison : le résultat nécessaire, inévitable, de la souveraineté du peuple ; c'est le communisme absoluj le communisme forcé ; c'est^ r anarchie continuelle; c'est la mort de r humanité.

— « On ne pourra traiter* cette mesure d'injuste, continue Aristote, parce que : la tolohté du souybrain est le droit. »

— Vous le voyez : il n'y a pas d'autre droit, que, ce qui est ordonné par le souverain. Et, ce qui est ordonné par la souveraineté du peuple ; c'est, la mort de l'humanité. Un pareiF souverain : c'est, le diable!

— «Cependant, continue Aristo(e« qu'appellerez-voas injustice, si celle-là n'est pas la plus criante? D*ailleurS) cet envahissement universel, ce partage des dépouilles du petit nombre, fait par la majorité , tue la morale publique. 11 est de l'essence de la vertu de ne rien corrompre : la justice ne peut être un poison pour les cités ; une loi de partage ne peut donc jamais être juste. Telles en seraient les conséquences^ que les actes d'un tyran seraient nécessairement jus les. Gomment viole-t-il tous les droits? Parce qu'il a le pouvoir. C'est parle même principe que ceux des riches seraient violés par la multitude. »

— Allons ! voilà, la véritable souveraineté du peuple,

dont l'expression est le suffrage universel ^ envoyée à tous les diables : de par le prince des philosophes. Ne l'oublions pas je vous prie. Arrivons à la souveraineté du peuple restreinte.

•=4^ « Yatit-il tnieui^ contibtiè Aristote, que des rïchéà, en petit nombre, soient iiivestis de tbus les pouvoirs? Mais ceux-ci à leur tour he seront-ils pas usurpateurs? -Ne dépouilleront-ils pas aussi la multitude? Si cet ordre oe choses était juste, le premier le serait aussi. En réàUltâi tés àeût gouvernenietits sont également injustes et corrompus. »

— Voilà, la souveraineté du peuple en général ; et, là souveraineté du peuple en particulier ; joliment arrangées. Sortirons-nous de là?

— « Voyons à présent, continue Aristote, si la classe distinguée par sëft ¥éHus jpblitiqiies doit êti'e investie du pouVbîr suprlmë. Mais tous aTÎlissez toutes les autres fclaSses de citoyeiis qui fae pourront ari'iVér kux magistratures. Car les magistratures sont les honneurs. Or, si les mêmes hommes les occupent eiclusiyement et toujours, les autres sont nécessairement avilis. »

— Èiéti ! voilà, la noblesse aussi maltraitée que le peuple. Sans compter : que , la noblesse n'est pas, essentiellement \ le réservoir de la vertu politique.

— » <K DÉFÉHBRO!fé-iious donc, continué Ariëtotê^ là prérog;atitè tôàVéraine.i.., »

— Mille pardons, lecteurs! si j'ose ici interrompre le gfBhd Aristote. Mais, c'est pour en appeler à vousmême; et, vous me le pardonnerez. Vous paraît-il que la souveraineté se laisse déférer ? Ne vous semble-t-il

pas : que, celui qui la déférerait, serait lui-même le souverain ? Il n'y a de souverain possible : que, la force ou la raison. Tant, que la force peut être souveraine ; il y a impossibilité à ce que la raison le soit. Quand, la force ne peut plus être souveraine ; la raison devient nécessité sociale ; elle s'impose alors comme souveraine ; et, personne au monde ne peut ni ne veut s'y opposer. Cherchez donc un opposant à un est un ! Au prochain chapitre, nous continuerons à écouter Âristote : que, nous avons impoliment interrompu.

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