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ET DE DISSOLUTION

{Hist, de la civilisât, en Europe, p. 84.)

— Ce que vous dites là, Monsieur, est parfait. C'est bien, en effet, la véritable recette d'ordre social ; et, en dehors de ce sine qua norty il n'y a de possible : que, désordre ou agonie sociale. Permettez-moi de donner une traduction, plus à la portée du vulgaire, de cet admirable résultat de vos études. Vous verrez que je serai, tout au moins, aussi fidèle que les Septante.

« La société n'est possible : que, basée sur une « sanction relative à une autre vie ; que, basée sur le 0 lien religieux, sur la religion. En dehors de cette a base, les actions sont nécessairement anar chiques ; « c'est-à-dire socialement immorales ; ety la morale des « actions est ainsi absolument dépendante de la religion^ « absolument dépendante des idées religieuses. »

Vous voyez, Monsieur, qu'il est impossible de vous traduire plus fidèlement. Aussi, et à cause de cette fidélité, je compte bien être protégé par vous, pour obtenir un prix Montyon.

Malheureusement, je crains bien aussi : que votre protection, à cet égard, ne puisse contribuer à me faire

(1) . C'est-à-dire : des idées religieuses ; car la religion n*est autre, que le lien d'une vie à une autre.

(2) Rien de mieux ne peut être dit, contre l'archi-utopie des souverainetés individuelles. Avis aux partisans de cette souveraineté.

DB UL SOUYERAIMBTÉ. 205

obtenir le prix ! à moins, cependant : que , TÂcadémie des sciences morales et politiques, dont vous êtes la plus brillante lumière, ne vienne à oublier ce que vous lui dites : à la page 136 du même volume.

— « Pour ceux d'entre toos , leur avez-Yous dit à celte même page, qui ont fait des études philosophiques un peu étendues, il est, je crois, évident aujourd'hui que la morale existe in-dé-pen-dam-ment ^es idées religieuses, »

— Vous voyez, Monsieur ; que, si sous votre protection, ils me donnent le prix; ce sera une preuve : qu'ils font peu attention à ce que vous dites ; «t, s'ils ^me le refusent ; cela le prouvera également.

Ce qu'il y a encore de très-singulier, et qui pourrait bien m'empêcher d'avoir un prix Montyon, en qualité de votre traducteur ; c'est* : qu'en fait de théorie , c'est-à-dire en fait de raisonnement relatif au droit, vous êtes à la fois : Vami et V ennemi des théories.

— « Nous avons été, dites-vous, tellement en proie au despotisme des ^ i<iées générales, des théories ; il nous en a, à quelques égards, coûté ti (ber, qu'elles sont devenues Tohjet d'une certaine défiance. »

— Mais, Monsieur ; quand on est trompé par une théorie, c'est qu'on est un sot. Il fallait : ou la vérifier, ou apprendre à la vérifier. Toute théorie réelle -t^i infaillible ; mais, toute théorie n'est pas réelle.

"^ «On aime mieux, dites-vous^ se rapporter aux faits, aux circons- ^«■ceiipéciales. »

•- Mais, Monsieur ; on ne se rapporte aux faits que

â06 DE LA SOUVERAINETÉ.

par un raisonnement, une théorie, qui d'abord les déclare illusoires ou réels ; puis ensuite les rattache, avec ou sans bonne raison : soit à leurs causes ; soit à leurs effets. En dehors d'une théorie, d'un raisonnement, il n'y a rien de moralement possible.

C'est encore une manie du dix-huitième siècle, de ne vouloir s'occuper que des faits : comme si, dans le monde , il y avait autre chose que des faits ! Une illusioû est un fait comme une réalité ; et, la distinction, du réel et de l'illusoire, appartient exclusivement au raisonnement, dont la conclusion se nomme : raison ou droit.

— (( Ne nous en plaignons pas , Messieurs , continuez-vous ^ c'est un grand pas dans la connaissance et vers l'empire de la vérité... »

— Comment ! ne point raisonner est un grand pas vers la connaissance et la domination de la vérité 1 Le premier pas vers la vérité, est : de se reconnaître ignorant; d'avouer que l'on est incapable de distinguer, dans les faits, l'erreur de la vérité. Et, vous le sentez **i bien que vous dites :

-— « ...pourvu, toutefois, que nous ne nous laissioni point envahir, entraîner par cette disposition ; pourvu que nous n'oubliions pas que la vérité seule a droit de régner sur le monde, »

— Mais, Monsieur, avant de parler de vérité^ il faudrait attacher à cette expression un sens précis, déterminé, et ne renfermant rien d'absurde. A la demande : qu'est^e que la vérité? le Christ n'a pas répondu. Et,

le dictionnaire, le plus sot des livres, parce qu'il est l'expression de l'ignorance sociale ; dit : conformité de ridée avec son objet; ce qui est, ne rien dire du toUt; sinon : qu'une vérité est une vérité.

Vous nous permettez de raisonner, pour chercher la vérité, afin de la reconnaître : comme ayant seule droit de régner sur le monde. C'est très-bien, Monsieur! Mais, selon vous-même, elle ne règne pas encore. Alors, en attendant qu'elle soit sur le trône, qui régnera s'il vous plaît? Le droit divin, dites-vous, n'a aucun droit au règne, s'il ne prouve qu'il est vérité. Et, le droit constitutionnel, votre mortel ennemi, n'a, lui, aucune espèce de droit : car celui-là n'est autre que la négation de la vérité. Alors, et en attendant, que deviendrons-nous, je le répète ? Vous ne voyez donc pas : que : vous nous plongez, dans la plus effroyable des anarchies ? Ah ! le prix Montyon ! Je cours bien le risque : de n'en avoir miette.

— « N'oublions pas, continuez-vous , que les faits n'ont de mérite qu'autant qu'ils rexpriment (la vérité).»

— Remarquez, Monsieur : que, les faits n'expriment rien, pas même les idées qui en sont les images. Ce qui exprime, c'est le verbe ; et, l'expression est bonne ou mauvaise, selon que le raisonnement^ qui l'a formée, est lui*même : bon ou mauvais.

Dans tous les cas , voilà que vous crachez sur les faits, pour aussi longtemps, qu'ils n'ont point reçu : le baptême de la vérité. Et, que dira l'Académie des sciences morales et politiques, qui n'adore que les faits

â06 DE LA SOUVERAfPnSTÉ.

par un raisonnement, une théorie, qui d'abord les déclare illusoires ou réels ; puis ensuite les rattache, avec ou sans bonne raison : soit à leurs causes ; soit à leurs effets. En dehors d'une théorie, d'un raisonnement, il n'y a rien de moralement possible.

C'est encore une manie du dix-huitième siècle, de ne vouloir s'occuper que des faits : comme si, dans le monde , il y avait autre chose que des faits! Une illusioù est un fait comme une réalité ; et, la distinction, du réel et de l'illusoire, appartient exclusivement au raisonnement, dont la conclusion se nomme : raison ou droit.

— «Ne nous en plaignons pas, Messieurs, continuez-vous^ c'est a grand pas dans la connaissance et vers Tempire de la vérité... »

— Comment ! ne point raisonner est un grand pas vers la connaissance et la domination de la vérité ! Le premier pas vers la vérité, est : de se reconnaître ignorant; d'avouer que l'on est incapable de distinguer, dans les faits, l'erreur de la vérité. Et, vous le sentez Bi bien que vous dites :

-— « ...pourvu, toutefois, que nous ne nous laissions jpoint envahir, eatraîner par cette disposition ; pourvu que nous n'oubliions pas que U vérité seule a droit de régner sur le monde, »

— Mais, Monsieur, avant de parler de vérité, ilfaudrait attacher à cette expression un sens précis, déterminé, et ne renfermant rien d'absurde. A la demande s qu'est-ce que la vérité? le Christ n'a pas répondu. Et,

le dictionnaire, le plus sot des livres, parce qu'il est Vexpression de l'ignorance sociale ; dit : conformité de Vidée avec son objet; ce qui est, ne rien dire du toUt; sinon : qu'une vérité est une vérité.

Vous nous permettez de raisonner, pour chercher la vérité, afin de la reconnaître : comme ayant seule droit de régner sur le monde. C'est très-bien, Monsieur! Mais, selon vous-même, elle ne règne pas encore. Alors, en attendant qu'elle soit sur le trône, qui régnera s'il vous plaît? Le droit divin, dites-vous, n'a aucun droit au règne, s'il ne prouve qu'il est vérité. Et, le droit constitutionnel, votre mortel ennemi, n'a, lui, aucune espèce de droit : car celui-là n'est autre que la négation de la vérité. Alors, et en attendant, que deviendrons-nous, je le répète ? Vous ne voyez donc pas : qne : vous nous plongez, dans la plus effroyable des anarchies ? Ah ! le prix Montyon ! Je cours bien le risqne : de n'en avoir miette.

^ « N'oublions pas, continuei-vous , que les faits n'ont de mérite ^'autant qu'ils rexprimeot (la Yérilé).»

—Remarquez, Monsieur : que, les faits n'expriment rien, pas même les idées qui en sont les images. Ce qni exprime, c'est le verbe ; et, l'expression est bonne ou mauvaise, selon que le raisonnement^ qui l'a formée, est lui-même : bon ou mauvais.

Dans tous les cas , voilà que vous crachez sur les faits, pour aussi longtemps, qu*ils n'ont point reçu : le baptême de la vérité. Et, que dira l'Académie des scien- M morales et politiques^, qui n'adore que les faits

208 DE LA SOUVERAIlfETÉ.

sans aucune espèce d'égard à leur baptême ? Âhl Monsieur 1 Monsieur ! Je n'aurai jamais de prix Montyon.

— « Il n'y a pas nne société, dites-Toos, qai subsiste huit jours, que dis-je ! UNE heukb, sans gouvernement, A Tinstant même où upe société se forme, et par le seul fait de sa formation , elle appelle un gouTernement qui proclame la vÊiiTi commuhs^ lier de là soaérÉ, qui proclame et MAINTIENNE los préceples que cette vérité doit enfanter, i»

— Très-bien, Monsieur! pas de société possible^ sans VÉRITÉ COMMUNE imposéc .' soit par la force ; soit par le raisonnement ; soit par le personnel ; soit par l'impersonnel. Mais, c'est le coup de la mort que vous donnez à tout gouvernement constitutionnel, dont la seule existence est la négation : non-seulement de la vérité ; mais de toute vérité commune. Par conséquent, la négation de toute possibilité d'enfanter un précepte quelconque, qui puisse servir à l'existence de Tordre.

Je parierais : que, MM. A. B. C. D., etc., se sont imaginé : qu'il n'y a de possible que le gouvernement représentatif ou constitutionnel ; et, c'est pourquoi ils ont prétendu : que, tout gouvernement doit-être anéanti. De ce point de vue, ils auraient raison. Alors, c'est le point de vue qui est faux.

Pour prouver combien vous avez en horreur le système des majorités, expression de la force brutale, vous dites encore :

•— a Une con?iction n'entre point dans l'intelligence bumaine, n Hap telligence humaine ne lui ouvre la porte. »

— ^J'ignore ce qu'il en est pour l'intelligence et la e<m-

\iction des chiens ; mais, pour l'homme je suis de votre avis : il est impossible de le convaincre, avec l'argument du bourreau ; dont le fer, pour les décisions des majorités, est la seule sanction possible.

Seulement, ce qui m'étonne beaucoup ; c'est, qu'avec la haine que vous portez, au système des majorités , au système constitutionnel , au système de la force brutale, négation du raisonnement; c'est-à-dire : négation de la logique ; vous ayez pu dire :

- '« Rien ne fausse plus l'histoire que la logique. »

{Hist, de la civilisât, en Europej p. iSi .)

—■ Or , comme l'histoire n'est que l'exposition des faits; et, que les faits, selon vous, ne sont bons qu'à cracher dessus, s'ils n'ont reçu le baptême, du raison- Dément démontrant la vérité ; c'est-à-dire le baptême de la logique ; il s'ensuivrait : que , l'histoire n'est bonne ou mauvaise que par la logique ; il me paraît, Monsieur, que vous auriez dû dire : l'histoire est bonne, l'histoire est vraie^ par la bonne logique ; l'histoire est mauvaise, l'histoire est faussée^ par la mauvaise logi- CMC. C'est probablement cela que vous avez voulu dire. Alors, ma traduction vaudrait mieux que l'original ; et, de ce point de vue, j'aurais un nouveau droit à être protégé par vous, pour obtenir un prix Montyon.

Pour prouver, de plus en plus , toute la haine que ^ous avez pour le système constitutionnel , pour le système des majorités, vous dites encore :

— « En général, Messieurs , quand la liberté si manqué aux hommes, € mit religion qni s^est chargée de la remplacer, y»

212 DB LA SOCTBKAIKBTÉ.

— Pas da toat, Monsieur. Tant, qae dure l'ignorance sociale ; tant, qa'il n'est point démontré, d'nne manière rationnellement incontestable : qae, le lien religieux est une réalité; la religion est le frein, employé par le gouvemement , pour exploiter les goa- Temés.

— c Elle Tient, dites-Tons, an nom de là loi dirine, ponr dompter It nature hnnuine. »

— Non, Monsieur. Tant, que l'ignorance sociale n'est point anéantie ; elle vient : pour ôter de la force aux faibles ; et pour en donner aux forts. C'est nécessaire ; tant, que c'est possible : c'est vrai. Mais, c'est ainsi ; et, il faut oser le dire. Il est également Trai : que, pendant l'époque de connaissance, la religion vient alors faire triompher : non plus la force ou la nature brute; mais, la nature humaine ou le raisonnements

— a C'est donc, continoez-TOus, à la liberté humaine qu'elle a surtout affaire. »

— Et, si les chiens étaient libres; pourquoi, la religion n'aurait-elle pas affaire avec eux?

— « C'est la liberté humaine qui lui résiste, ajoutes-Tons^ et qu'elle Teut vaincre. »

— Kien au monde, Monsieur, n'est plus faux. Si, vous voulez faire haïr le système des majorités, il ne faudrait point, pour cela, vouloir faire haïr la religion,

BB LA SODTBBAIHITÉ. 2i i

« A qaoi prétend une religion, Messieurs, quelle qm'elU mUÎ »

M. GoizoT.

— Permettez-moi de vous dire, Monsieur; qu'au propre^ il n'y a qu'une seule religion possible : celle qui lie les actions d'une vie à une antre, par le bienêtre ou le mal-être qui s'y rapporte, pour celui qui les eommet. Au lieu : de quelle qu'elle soit et de une; il fallait : to , et quelie que soit V espèce de révélation ou de raisonnement qui Vexprime.

— « Elle prétend, dites-TOus, à gouverner les passions humaines, la tolonté humaine, »

— Je ne sais , Monsieur : si , la religion prétend à gouverner la volonté des chiens. Mais, dans tous les cas^ elle ne pourrait prétendre à les gouverner : que, par le raisonnement. Car, toute foi, comme toute science, est le résultat d'un raisonnement. Et, si la rdigion prétendait gouverner, dans l'intérêt des gouvernés ; vous conviendrez : que, ce ne serait pas mauvais.

— < Tonte religion, dltes-TOus, est un frein au pou? oir, au gouverne-

214 DE LA. SOUYJËRÀIIIETÉ.

— Vous ne savez donc pas, Monsieur; que, la liberté n'est autre : que, la soumission volontaire à ee qui est ordonné par la raison réelle ; par la reb'gion réelle ? Vous n'avez pas Tombre d'une idée claire : ni sur la liberté ; ni sur la religion. Cela vient de ce que vous confondez, continuellement : la religion de la force; et la religion de la raison. Et, voilà ce que c'est que de ne point commencer : par porter des sentences de jugement dernier , sur la valeur des exprèssions I !

C'est là, continuez-vous, le double problème que les religions sont appelées à remplir.

Et, ce double problème est de rendre les hommes à la fois libres et esclaves, sans autre explication. Vous conviendrez, Monsieur : que, tout cela est de la logomachie, du galimatias. Que vous aurait-il coûté de dire : « La religion réelle nous rend : esclaves volon- ' taires de la raison ; et, libres de l'infernal joug des passions ? » Vous eussiez été dans le vrai ; et, tout le monde vous aurait compris.

Votre haine : pour le droit des majorités, pour le droit constitutionnel, pour la démocratie, pour la souveraineté du peuple, enfin, que ce soit sous une monarchie ou sous une république ; votre haine, dis-je, va, pour ainsi dire, jusqu'à la normophobie. En effet, vous paraissez préférer l'anarchie, ou Tabsence de toute règle, à la souveraineté du peuple, qui ne faitque conduire à l'anarchie. Vous m'avouerez, cepen — dant : que, le chemin de la mort est moins mauval que la mort même. Tant, qu'on est en route ; il e^^

encore possible de prendre un bon chemin. Mais, une fois que la société se trouverait morte ; bonsoir les voisins! il n'y aurait plus personne.

Permettez-moi de justifier ce que je viens de dire.

— 9 Est-il vrai. Messieurs , dites-vous, qa'il y ait nne souveraineté de droit^ uue volonté qui ait droit de gouverner les hommes ? »

— Voyez, Monsieur, dans quelle logomachie vous voilà entraîné, en ne portant point une sentence de jugement dernier sur le mot volonté / Il y a volonté au propre ; et, cette volonté est celle d'un homme, en supposant que l'homme ait une volonté réelle : ce qui, du reste, ne peut avoir lieu sous le matérialisme, ni sous l'anthropomorphisme. Puis, il y a volonté au figure; et, cette volonté est celle d'un être de raison : par exemple, du droit, de l'éternelle raison, de l'éternelle justice. Vous concevez : que, cette sentence une fois portée, toute logomachie disparaît. Dès lors, il devient évident : que la volonté du droit, la volonté de l'éternelle raison, la volonté de la justice éternelle, est la volonté, la souveraineté qui a droit de gouverner les hommes ; et, que la volonté d'un homme, n'agissant point au nom de l'éternelle raison, n'est qu'une souveraineté usurpée.

— « Il est certain, dites-vous^ qu'ils y croient, car ils cbcrchent, et lit ont constamment cherché, et ils ne peuvent pas ne pas chercher à se placer sous son empire. »

-^Mais, Monsieur, quand on y croit, on ne la

216 DE LA SOUTERAINETÉ.

cherche pas, on s'y soumet. Et, quand on n'y croit pas, on ne la cherche pas, parce qu^on n'y croit peu. S'imaginer : que , ne pas croire est du scepticisme, est la folie du philosophisme. Car, affirmer ou nier, croire ou ne pas croire, et se figurer qu'on est sceptique, c'est le fait d'un fou. Quant à ne pouvoir s'empêcher de chercher à se placer sous son empire, c'est encore une folie. Car, sous la foi, on ne cherche pas; et sous la vérité, on ne cherche plus. Il n'y a jamais que le vrai sceptique, le seul sage existant en époque d'ignorance, parce que seul il sait ne pas savoir^ qui puisse chercher la vérité. Pour se baisser et ramasser quelque chose, il faut savoir en avoir besoin. Sinon, on marche sur les monceaux d'or et de diamants; comme, sur des obstacles que l'on a en haine, et dont on voudrait se trouver débarrassé.

1— « Concevez, diles-vous , je ne dis pas un peuple, mais la moindre réunion d* hommes ; conceves-la soumise à un souverain qui ne le soit que de fait. »

— Hélas, Monsieur! c'est très-facile. Toute l'Europe en est là; et, bientôt le monde entier. Partout, où la souveraineté temporelle , d'une révélation, n'est plus admise ; il n'y a que souverain de fait. Est-ce que vous n'avez pas aidé à détrôner Charles X, qui se disait souverain de droit ?

— <t A un fait , continuez-vous, qui n'ait aucun droit que celui de la force^ qui ne gouverne pas à titre de raison, dé justice, de vérité, p

— Ainsi, par exemple, que la souveraineté des ma-

DE Là 801]YERÀINETÉ. 217

jorités, qui est l'absolue négation : de toute raison, de toute justice , de toute mérité. C'est là ce que vous avez voulu dire.

— « A rinstant, dites-vous, la nature humaine se réf oKe conire une telle supposition. »

— C'est vrai. Mais, le fadt envoie des balles à la nature humaine révoltée. Et, quand la nature humaine révoltée n'est pas la plus forte, je puis vous assurer : qu'elle n'est qu'une sotte.

— « Il faut, dites-YOUs qu'elle croie au droit. »

— Il faut, est très-joli ! Et, quand le croire n'est plus possible; et, que le «avoir ne l'est pas encore? Dans tous les cas, Monsieur; une nature humaine qui croit au droit, sans pouvoir dire, du droit, s'il est rouge ou s'il est blanc ; c'est, une sotte qui, bien sûr, attrapera des balles. Il faut : non-seulement croire ou moir qu'il y a un droit ; il faut encore pouvoir déterminer le droit. Et, du moment que cela n'est plus possible, par croyance; et, que ce n'est pas encore possible, par la science ; il faut être le plus fort : sous peme de n'être qu'un grand sot ; quelque petite que puisse être sa taille.

^ « C*e8t, continuez-Yous, le souYerain de droit qu^elle cherche : c'est le seul auquel Thomme consente à obéir, d

— Hélas 1 Monsieur; la pauvre nature humaine *^ait, dans le domaine de son ignorance , deux souve-

218 DE LÀ souteraineté;

raioetés qu'elle pouvait considérer comme étant de droit : Tune dite de droit divid ; l'autre dite de droit de majorité. Ces deux souverainetés, vous les avez tuées. Que voulez-vous, maintenant, que fasse, celle pauvre nature humaine, dépouillée de toute souveraineté? Si, elle était automatique, comme les fourmis ou les abeilles ; cela irait de soi. et comme le soleil éclaire. Mais, être capable de liberté et ne point avoir de règle et de sanction sociale ! C'est la mort nécessaire : sous peine d'anéantissement d'ignorance, donnant règle et sanction, qui ne puissent être détruites par la vanité.

Ce qui suit, n'est qu'une amplification de ce que vous venez de dire. Mais, comme elle est d'une belle harmonie, nous allons la donner. Le plaisir des oreilles repose de la fatigue de Tesprit.

— « Qu'est-ce que Thistoire , diles-vous, sinon un ardent effort vers le souverain de droit, afin de se placer sous son empire? El non-seubement les peuples, mais les philosophes croient fatalement à son existence. »

— Hélas ! Monsieur , en époque d'ignorance , les philosophes sont : de tous, les plus ignorants !

Vous ne savez donc pas. Monsieur : que, celui qui est certain de croire; ne croit plus rien de certain? C'est singulier, ce que je vous dis-là ! C'est cependant trèsclair ; écoutez :

Celui, qui croit réellement, ne s'imagine point cmr^; il se figure savoir. S'il savait, qu'il ne fait que croire; il ne croirait plus, il douterait. Croyez-vous : que, cet

argument ne vaille pas celui de : Je n'aime pas les épinards, et j'en suis bien aise ; car si je les aimais, j'en mangerais, et je ne les aime pas?

Mille pardons, Monsieur, si je vous ai interrompu, continuez.

— Qae sont, dites-Tous , tons les systèmes de philosophie politique, tÎDon la recherche du souverain de droit? Que traitent-ils sinon la question de savoir ^i a droit de gouverner la société?

— Mon Dieu! Monsieur; quelle effroyable démangeaison j'éprouve de vous interrompre encore, pour vous dire : que, les auteurs de ces systèmes soiit des sots, bien impertinents, de n'avoir pas reconnu : qu'en époque d'ignorance, le souverain de droit, c'est la force; et, qu'en époque de connaissance, c'est la raison . Mais, je ne dirai rien; continuez 1 Supposez : que, je me sois contenté de faire une grimace.

— « Prenex, dites-vous, les systèmes théocratiques , monarchiques, aristocratiques, démocratiques, tous se vantent d'avoir découvert en qui Téride la souveraineté de droit ; tous promettent à la société de la placer •008 la loi de leur maître légitime. »

— Convenez, Monsieur : que, tous ont parfaitement raison... tant qu'ils sont les plus forts.

-"«Je le répète, dites-vous, c'est le bu( de tons les travaui, comme de tous les efforts des nations. »

■— Hélas! Monsieur : tant, qu'il y aura des nations,

220 DE Là 80UYERAIHETÉ.

les philosophes seront de grands sots; et, tant que les philosophes seront de grands sots , les nations seront de grandes sottes. Malheureusement, il n'y a 'qu'un maître pour apprendre : aux philosophes qu'ils sont de grands sots ; et, aux nations qu'elles sont de grandes sottes : I'anarchie.

Après avoir porté cette amplification, jusqu'à ce qu'elle soit prête à crever d'enflure, vous dites :

— - En aucun lieu, en aucun temps, aucun pouvoir ne saurait ligitimement être possesseur indépendant de cette souveraineté.

— Que signifie ce galimatias? Auriez-vpus la bonté de le dédoubler? La souveraineté^ c'est le pouvoir. Tâchez donc de vous imaginer : une souveraineté qui ne soit point pouvoir ; ou, un pouvoir qui ne soit pas souveraineté ! Mais, votre galimatias double est la suite nécessaire d'une logomachie , de la confusion du propre avec le figuré : la souveraineté est le pouvoir au propre; une délégation de la souveraineté est un pouvoir au figuré. Vous confondez la souveraineté avec la délégation; le maître avec le domestique. Incte ,. galimatias.

— « Quels sont , dites-vous, les caractères du souverain de droit, les caractères qui dérivent de sa nature même ? »

— Diable! voilà qui fait dresser les oreilles. Écoutons I Ce que vous allez nous dire, est d'une importance à nulle autre pareille. Voyons ! il s'agit de connaître notre maître. Tâchez, alors : que, le signalement soit

bon; qu'il n'y ait pas à s'y tromper; et, que nous poissions le retrouver, si nous yenions à le perdre.

— « D*abord, dites-vous, il est unique. »

— Merci ! Et, dès lors : au diable les nationalités I C'est déjà quelque chose. Nous voilà, dès l'abord, en état de connaître : ce qui n'est pas le vrai souverain de droit. Vous voulez dire : que, les milliers de droits divins, que nous avons eus, ne sont point le souverain de droit; et, que la souveraineté du peuple, dont l'essence est d'avoir dix mille milliards de droits, est la plus sotte des souverainetés. Tout cela est bel et bon. Vous nous donnez, je le répète, les moyens de savoir : qui n'est pas le souverain. Mais, ne pourriez-vous pas nous donner les moyens de savoir : s'il est; et, comment

. k découvrir? Vous tapez, comme un sourd; puis, vous assommez les deux marionnettes de souverainetés que nous avions ; et, enfants que nous étions, nous savions nous en contenter. Mais, voilà que vous arrivez, avec votre férule de professeur; et, vous détruisez nos marionnettes; ni plus ni moins que si elles étaient de véritables polichinelles. Ces marionnettes nous amusaient; et, l'amusement qu'elles nous causaient, nous empêchait de nous égorger. A présent , remplacez nos marionnettes ; ou, tout le sang qui va être versé :

^ I i^tombera sur votre tête .

ce

Lie I "" « n est unique, dites -tous ; puisqu'il n'y a qu'tine véritéf une jus-

"^> it ne peut j aToIr qn'tm souverain de droit. »

— Si, la logique fausse l'histoire, ainsi que tous le prétendez ; il faut convenir : qu'elle ne fausse pas le jugement : car, ce que vous dites là , est d'une vérité qu'il est impossible de contester.

— « Il est, de plus, permanent, dites-TOus^ et toujours le même : la vérité ne change point. »

— Allons ! voilà, le coup de grâce aux droits divins et aux droits de ma^rités : qui ne sont jamais les mêmes; qui ne sont jamais permanents; et, qui changent selon les temps , les heux, et toutes les circonstances possibles. Bon! les voilà morts; bien morts : requiescant in pace. Et, après? Savez^vous qu'ils sont terribles ces mots : et, apaès? Ceux du festin de Balthazar n'étaient rien en comparaison : il ne s'agissait que d'une ville ; et, maintenant, c'est la vie de l'humanité^ qui se trouve en question.

Vous avez une haine effroyable pour les assemblées : soit législatives, soit constituantes. Je vous avoue: que si, en vous approuvant, je n'avais peur du procureur de votre noble fille; j 'affirmerais : que, vous avez raison. Je vous dirais même, à l'oreille : que, si on rassemblait* les cent hommes les plus instruits de l'univers, poujr faire des lois ; on n'obtiendrait de l'ensemble : que, 1^0 résultats les plus sots possibles. Mais, que ceci soit dit entre nous. J'aime mieux que vous parliez que moi« Les procureurs ont peur de vous ; et, je m'abrite 8OU0 votre chaire.

— « Quand on se rend bien compte, dîtes-TOQS, du caractère de cei

DE LA SOUVSBAlIfETÉ. 223

assemblées (les états généraux] daos lliistoire de France, elles apparaissent comme de purs accidents, an pis^aUer politique pour les peuples comme pour les rois. »

— Vous avez raison, Monsieur; la souveraineté du peuple, sous quelque masque qu'elle puisse se présenter, est un pis-aller : quand, la souveraineté de droit divin se trouve morte; ou, en léthargie. Cette souveraineté du peuple est même souvent employée comme pis aller; et même comme saignée, quand le droit divin se trouve malade : ainsi, que nous Tavons vu dans les conciles, qui, eux aussi, sont une espèce de souveraineté du peuple. Mais, un pis-aller est au moins : un aller quelque part. Pourquoi voulez-vous anéantir ce pis-aller, avant d'avoir donné naissance à la vérité, qui seule peut nous procurer : non-seulement un pisaller; mais , le meilleur aller possible?

-^ « Pis-aller pour les rois, diles-rous, quand i!s n^onl plus émargent et ne savent comment se tirer d^embarras. »

— Il est vrai, qu'en fait d'argent, la mère en pro' cure infiniment plus que le père. Mais aussi, c'est : qu'elle fait jeûner les enfants davantage ; et, qu'elle les faittravaiUer jnsqu'àles faire mourir d'épuisement... quand elle leur donne du travail. Son premier dogme ttt même :

— c Que, tous les ans^ une partie de la population doit mourir de bcfoio, même aa sein de la nation la plos prospère. »

— Vous voyez que c'est une bien mauvaise mère. Cependant, elle maintient une espèce d'ordre, qui ne

2S4 DE Là ftOUYERAIMBTÉ.

peut durer longtemps, qui est bien peu de chose, il est vrai. Mais, enfin, quelqiLe chose ce n'est pas riefi du tout; et, vous voulez nous réduire : à rien du tout.

— « Pi^-aller pour les peuples, conlinues-Tous, quand le mal devient si grand qu'on ne sait plus quel remède appliquer. »

— Boni Mais, avez-vous un remède? Avez-vous autre chose que le père ou la mère? Avez-vous la fille à nous donner? Il faut l'un des trois, puisque la société ne peut vivre, ne peut respirer que par l'un d'eux. Et, quand à force de galimatias, vous aurez fait accepter, momentanément, un phébus quelconque, pour être un des trois; et, qu'il sera bientôt reconnu, n'être aucun des trois ; en serez-vous plus avancé ?

— « Âussi^ continuez-Yous, voyez quel est le caractère de Tactivité politique de ces assemblées ! Elles sont tantôt parfaitement insignifiantes, tantôt terribles. Si le roi est le plus fort, leur humilité^ leur docilité sont extrêmes. »

— Parbleu , Monsieur ! partout oi!i il y a un plus fort, il y a de l'ordre. La souveraineté du peuple n'a pas d'autre défaut, que de conduire promptement à un état tel : que, bientôt il n'y a personne qui puisse être le plus fort ; si ce n'est de la manière la plus éphémère. Alors, tous les jours on s'égorge, pour savoir qui sera le plus fort , homme ou parti ; et, tous les jours c'est à recommencer. C'est, ainsi , que la mère conduit à la mort. Mais, et pour la cent-millième fois; il vaut mieux y aller, doucement, que d'y aller vite. Car, enfin ; tant, qu'il y a vie, il y a espoir d'obtenir

sette fille, doBlBoaiarawsmisçraid]K9aiD:«Lqiie nMiBiie T6aiexpas nous éamer-

— Ici,

que ee soit : monarAîc oh . F^mUifae. Psor le pàe, cette ooaroBoe est en sûmlor; poor la moe^ die esl enjdamb; et, poor la fille, die est de Ter leplaspar: Quidne de perieset de diuMats.

la âtsatka maiv»!

Bt Iwhnrt 4i^ la fartîf, derieimeBl les infitmiDeBtr on de fnd^ae intrigaearistocnfî^ae, «a de qnel^ae aoeseiir aBbitien. Enim bc4, toa/ôl <Ie par» asggmUéet de matMes, t^mtôt de veril^Het Camnmliims. a

— Tout cela est Yraj\ Monsieur. Et, tous êtes, sans c(Hitiedit, le premier publiciste du monde qui ayez osé le dire. Mais, est-ce qn mérite : de montrer à un malade qu'il est condamné à la mort, quand on n'a point, en main, le remède qui peut le guérir? Je sais : ^, Totre malade est un fou; qu'il n'écoute jamais IcsToités qu'on hd dit ; et, n'a d'ouïe que pour les sottises que des dupes ou des fripons lui cornent dans les OfdDes. Mais, il peut avoir un instant de bon sens. Faut-il en profiter, pour le plonger dans le désespoir? n aurait fallu, après avoir démontré le mal : employer, à chercher le remède, le temps que vous avez perdu, en pariant à des maniaques. Puis, conune les individus, cmposant le malade collectif, sont très-nombreux; foe, vous ne pouvez les saigner tous ; et, qu'ils ne

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