M. IS
226 DE Là souyeraineté.
peuvent sortir, de Tétat de manie, que par la saignée; il fallait attendre : qu'ils se fussent saignés mutuellement , suffisamment , c'est-à-dire jusqu'au point de retrouver assez de bon sens : pour reconnaître qu'ils sont malades; et, pour savoir distinguer le médecin du charlatan. Hors cela, c'est travailler inutilement. Voilà ce que j'ai fait. Monsieur. J'ai le remède en poche ; j'attends : que l'anarchie ait saigné les maniaques ; et, surtout, que les charlatans ne soient plus écoutés. Savez-vous mieux? Je vous cède la clinique. J'aime tout autant : que, le malade soit guéri par ua autre que par moi : pourvu qu'il soit guéri.
SB Ul SOtTERAUlErt. SS7
«Et dTabpni q«*«alaident a«j<Ninl*lMiî par U Mùuvtraimeté dm, pemplt^ ceux qai s'en portcnl hê défenseurs?»
M. GtJttcyr.
— 11 ne s'agit pas. Monsieur, de savoir : co que les antres entendent, par souveraineté du peuple ; mais, co qae vous entendez vous-même. Ce n'est point aux malades à prononcer : sur la maladie et sur le remède ; c'est au médecin. Avant, de parler de souveraineté du peuple, il faudrait commencer : par s*entendro sur la valeur de l'expression souverain. Voulez-vous que ûousen disions quelques mots?
— Qu'est-ce que le souverain?
•—C'est celui : qui formule le droit et le sanctionne.
"— Maintenant, combien y a-t-îl d'espèces de souverains possibles : quand l'ignorance ne permet pas encore, à la raison, de formuler le droit et de le sanctionner, par la domination de la force : ce qui est nécessaire, pour que la force ne soit pas souveraine ?
— Deux, exclusivement deux.
La souveraineté de Dieu, formulant le droit par une ^vélatîon; et, faisant accepter : et la révélation et la action : par la foi ;
La souveraineté du peuple, formulant le droit, par
228 D« LA SOUTBIlAINBTli.
la décision des majorités ; que ce soit au sein de tous, ou au sein de quelques-uns assez forts pour dominer le reste : le tout, sanctionné par la force.
Il est évident : que, cette dernière souveraineté est celle de la force, masquée de l'hypothèse d'une soumission durable de tous aux décisions des majorités ; comme, la souveraineté de droit divin est celle de la force, masquée de Thypothèse d'tme soumission dura- * ble de tous à une révélation déterminée : hypothèses grotesquement absurdes, en présence de V incompressibiUté'de Veœamen.
Tel est le fait des deux souveraînetég, .piié8eiU;é daAs toute sa clarté. Maintenant, Mimsieur, ¥eiijJ[lez jooBtinuer.
— « Est-ce, dites-Tous^rexercice constant et direct du pouvoir par la totalité des citoyens? Les plus chauds partisans du principe n^y ont jamais songé. »
— C'est vrai, Monsieur; mais, Tignorance, une fois qu'il est impossible de l'empêcher de raisonner, marche au triple galop vers l'anarchie^ Et, c'est providentiel : l'excès de mal résultant de l'anarchie pouvant seul lui prouver : qu'elle est ignorance ; et, doit s'instruire sous peine de mort. Le gouvernement direct est l'ancre de miséricorde de la souveraineté du peuple. Cette dernière utopie, une fois vermoulue, il fau amver à la science ; ou périr.
Continuez, nous vous écoutons.
— a Ils ont, dites-vous, déclaré le peuple incapable ^exercer par' même le pouvoir, et lui ont rés^^rvé salement le ("roit de *eiiélégiit
— Que Rgnifie ee giiimili»? Aâénerfe psa^ c'est l'exercer. Qaand je ëmà umb cm^ct : moi aux Tuileries^ est-ce que je n'exeree pas le pouvoir? Et, parce qœ je liiî ai <£t : Cfmdms-WHÀ aux Tuileries! est-ce que je n'ai pas g^aidé le pooToir, si je viens à me raviser en rcNite, de lui dire : Cooduidmoi au Luxemboui^ ! Toat cela est parier pour ne ri» dire. Mais, continuez.
— 8 G'est-À-dire^ ajoata^ODS» d*j
— D'y renoneer est très-joli! mais infinîmatt joli ! Aiofii, parce que la force aura dit : Goodois-moî aux
Tuileries ; elle ne sera {dus la force pour dire : Conduis-moi au Luxembourg ? Allons, Monsieur, ceci n'est pBa digne de vous-même.
Le gouvernement, Monsieur, c'est le cocher. Le souverain, c'est le maître. Vouloir : que le maître obéisse au cocher; c'est, tout ce qu'il y a de plus 3Darehique«.
Mais, direz-vôus, la force est un maître aveugle ; et, obéir à un maître aveugle, c'est aussi tout ce qu'il Ta de plus anarchique.
Bira certainement, Monsieur. Aussi, ohéissBn à ce niaître, ou obéissez à l'esclave, Tras êtes également 4ui8 l'anarchie. C'est, qu'en époque d'ignorance ; et, ^e fois que l'examen a rendu la souveraineté de droit divin impossible ; il est impossible de sortir de Tanar- <^, si ce n'est par l'anéantissement de l'ignorance. Ibis, essayez donc de le faire comprendre aux igno*
230 i>E LA SOUVERAINETÉ.
rants^ avant que Tanarcbie les ait broyés 1 Ils vous broieront. Continuer 1 Monsieur.
— « Sauf à le reprendrei dites- vous^ pour le déléguer i un autre, d
— Et, comment le reprendre ? Par la force n'est-il pas vrai? Allons, Monsieur! tout cela est de l'anarchie; et, de l'anarchie ëausée par la sanité, qui ne veut pas reconnaître son ignorance.
— m J'entre, dites-vous, dans celte bypothèse. »
— Si, vous savez qu'en y entrant, vous entrez dans l'anarchie, à la bonne heure 1 Mais, si vous ne le savez pas, vous avez tort* Continuez 1
— « Est-ce, dites-Tous , Télection universelle de tous les pouvoirs, et dans chaque élection le suffrage universel? En fait, h coup sûr, personne n'y pense. »
— Voyez-vous, Monsieur : combien , depuis que vous avez écrit ces lignes, le despotisme a perdu, et l'anarchie a gagné!
— «Endroiï^ continuez-vous, celte transformation de la souveraineté du peuple ne fait que la rendre plus absurde encore. Elle se fonde sur ce principe que nul n^est tenu d'obéir au pouvoir qu'il n^a pas choisi, aux lois qu'il n'a pas consenties. »
— Mais, Monsieur, ce principe n'est pas absurde. Si, la souveraineté du peuple lui est incompatible; c'est, alors, que cette souveraineté est absurde. Elle est absurde dites-vous. C'est vrai, Monsieur. Mais, ea
DE Lk SOUVERAINETÉ. 2S1
avez-Yous une autre à mettre à la place ? Elle conduit à Tanarchie dites-vous. C'est encore vrai. En avezvous une autre à mettre à la place? Et, pouvez-vous exister : sans souveraineté, sans résultat de souveraineté, sans formule de droit, sans Tombre d'une sanction de droit, sans droit? Quand on parle, il faudrait faire en sorte : que, ce ne fût point pour ne rien dire* Mais, continuez!
— « Et que deyient alors, dites-yous, la minorité ? »
— Ce qu'elle devient, Monsieur? Elle est écrasée. Voudriez-vous : que, la force n'écrasât point ce qui lui résiste ? Est-ce que la résistance n'est pas votre sys • tème ? Il n'y a que la raison, Monsieur, qui n'écrase personne; et, dont le joug est toujours porté : volontairement.
— « Non-seulement y dites-yous, elle n'a pas choisi le pouvoir qui a été élu... »
— Qu*est-ce que vous dites, Monsieur? Élire le pouvoir ! Vous perdez donc la tête ? Le pouvoir ne s'élit pas, ne se fait pas. Le pouvoir est éternel. C'est la force qui nomme ; et, ce n'est pas la faiblesse qui choisit. Faire le pouvoir I C'est aussi absurde que de dire : le bon Dieu s'est fait lui-même.
— « Non-seulement^ dites-yous, elle n'a pas consenti les lois qui oat été faîtes, mais elle a élu un autre pouvoir, elle a voulu d'autres lois, »
-—Eh bien t Monsieur, elle a eu tort : puisqu'elle
S32 DE LA SOUYEBAIRETi.
n'a pas été la plus- forte. Qu'elle batte, qu'elle étrangle la majorité, elle sera majorité, elle aura raison. YoiB êtes faient skigutier ! t0«s voulez raisonner ; vous n'ah vez de juge social du raisonnement que la force ; eC, vous ne voulez pas- : que, la force décide de la bonté de votre raisonnement ! t C^est de la véritable folie f ' Mais, le gouvernement de la folie, conduit à Panarchie, direz-vous pour la millième fois. C*est bienvTBH, vous répéterai-je, pour la millième fois. Avez-vous un remède à ce mal? Donnez-le. N'en avez-vous pas? Commencez par avouer votre ignorance*; puis, taisezvous; afin de pouvoir écouter. Cela vous convient peu. Alors; continuez 1
— « De quel droit , dites-vous , la majorité imposeraitrelle Tobéissaice? Pa drotl de la force? Mais la fobce.n'est jamais un mtoit. »
— En avez-vous un autre. Monsieur? Il est trèsjoli de venir chanter : que, fa force n'est pas un droit; quand, de votre propre aveu, il n'y en a jamais eu d'autre, depuis l'origine du monde* Il est màiae ^ de toute impossibilité^ qu'il y en ait. un autre : tant,, que l'igAorance sociale, suc la réalité du^droit, n'est. painib anéantie ;. Continuez I
— « Dira-t-on , ajoutes^^us, que la miaontétptatsarittinr? Mmà alors il n*y a plus de peuple ; car les majorités variant sans «cesse , si à chaque occasion la minorilé se retire, bientôt la société ne sera plos. v
— Et OÙ donc, Monsieur, se retireront-elles ces minorités? Dans la lune, sans doute* EtancoKlà, ce