‹ De la souverainetéChapitre 9 sur 52 · SON, DE LA JUSTICE, DU DBOIT · texte numérisé non relu

SON, DE LA JUSTICE, DU DBOIT

— Très-bien ! Monsieur ; vous répudiez : et le droit divin et le droit des majorités. Mais, tant que l'ignorance, sur la réalité du droit, n'est point évanouie ; tant, que la légitimité de la raison, delà justice ne peut être formulée, démontrée et sanctionnée, que par la force ; nier, la légitimité de la force ; c'est, nier toute espèce de légitimité possible. Vous conviendrez : qu'il est impossible d'être plus révolutionnaire, plus anarchiste , que vous l'êtes dans ce passage. Certes , si, au quinzième siècle, vous aviez été votre propre juge, dans une pareille cause, vous vous seriez condamné : à être brûlé vif.

Ce que nous venons de citer est à la page 73 du même ouvrage. Après avoir sauté quelques feuillets , vous trouvez :

— « Après tout, Messieurs ...»

— Cet aprhs tout signifie : que, ce que vous aye« dit, jusqu'alors, n'a été qu'un prélude, un amusement ; ou, si vous Taimez mieux, une préparation aux vérités que vous allez révéler. Nous écoutons.

BB LA SOUVERAINETi. 20 i

— « Après tout, Messieurs, quelt que toient les éTénements extérieurs, c*est Vhomme lui-même qui fait le monde, »

— Voilà, Monsieur, une terrible pierre lancée dans le jardin du bon Dieu. Robespierre disait : que celui qui Tcut anéantir Dieu, avant de pouvoir le remplacer, est un horrible scélérat. Je suis persuadé. Monsieur : qu^il n'y a pas, chez vous, plus de tendance vers Tanarchie, qu'il n'y en avait chez Robespierre; et, que puisque vous tendez à l'anéantissement du Dieu personnel, vous avez de quoi le remplacer.

-— « C*est en raison, diles-Tous, des idées, des sentiments, des disposUions morales et intellectuelles de rHomiE que le monde se règle et marche ; c*est de l'état intérieur de rHOMMB que dépend Tétat visible de la société, p

— Mais, Monsieur 1 vouloir que la société dépende de l'homme , abstraction faite de la force ; et cela , quand l'ignorance sociale ne permet pas encore : d'avoir une idée commune capable de dominer les passions ; et d'avoir des sentiments, des dispositions intellectuelles et morales faisant préférer le dévouement à Tégoïsme, à ce n'est par le seul bon Dieu, s'exprimant par une révélation considérée comme source de droit ; c'est : vouloir renverser le bon Dieu ; et, vouloir le renverser, avant d'être en état de le remplacer. Savez-vous, Monsieur, que Robespierre, par amour du bon Dieu, P^ amour de Tordre, vous aurait fait passer un vilain Çiart d'heure 1 Du reste , vous êtes revenu tout à fait ^sentiment de Robespierre, par votre fameuse théo- ^^ de la résistance. Je suis certain que, si vous le ren-

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— « Lorsqu'on a décidé, je Taccordc par supposition , dît de liaislre^

qu*on a droit de résister à la puissance souveraine et de la faire rentrer dans les limites, on n*a rien fait encore, parce qu'il reste à savoir quand on peut exercer ce droit, et quels hommes ont celui de Teiercer. Les plus ardents fauteurs du droit de résistance conviennent (et qui pourrait en douter?) qu^il ne saurait être justifié que par la tyrannie. Mais qu'est-ce que la tyrannie? Un seul acte, s'il est atroce, peut-il porter ce nom ? S'il en faut plus d'un, combien eu faut-il et de quel genre? Quel pouvoir dans l'État a droit de décider que le cas de résistance est arrivé? Si le tribunal préexiste, il était donc déjà portion de la souveraineté, et en agissant sur l'autre portion il Tanéantit; s'il ne préexiste pas, par quel tribunal ce tribunal sera-t-il établi? Peut-on d'ailleurs exercer un droit, même juste, même incontestable, sans mettre dans la balance les inconvénients qui peuvent en résulter? L'histoire n'a qu'un cri pour nous apprendre que les révolutions commencées par les hommes les plus sages sont toujours terminées par les fous; que les masses en sont toujours les victimes, et que les efforts des peuple^ p5uT créer ou accroître leur liberté finissent presque toujours par leur donner des fers : on ne voit qu'abîmes de tous côtés.

« Maie, dira-t-on, voulez-vous donc démuseler le tigre et vous réduira à l'obéissance passive? Ëh bien! voici ce que fera le roi : a 11 prendra vos enfants pour conduire ses chariots, et s'en fera des gens de cheval, et les fera conduire devant son char; il en fera des officiers et des soldats; il prendra les uns pour labourer ses champs et recueillir ses blés, et les autres pour lui fabriquer des armes. Il fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères à son usage; il prendra pour lui et les siens ce quMl y a de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos vergers , et se fera payer la dîme de vos blés et de vos raisins pour Jivoir de quoi récompenser ses eunuques et ses domestiques. Il prendra vos serviteurs, vos servantes, vos jeunes gens les plus robustes et vos bêtes de somme pour lés faire travailler à son profit; il prendra aussi la dime de vos troupeaux et vous serez ses esclaves. » (1 Reg., YIII, 11-17.J

« Je n'ai jamais dit, continue de Maistre , que le pouvoir absolu n'entraîne de grands inconvénients sous quelque forme qu'il existe au monde; je le reconnais au contraire expressément : je dis seulement qu'on se trouve placé entre deux abîmes. »

[Du Pape, 1 1, p. 217.)

— Sous rignorance sociale, les deux abîmes, le despotisme et ranarchié existent nécessairement : tant, que r examen reste compressible. Dès qu'il devieat

fiociaIefii6Bâ.iBcomp]pessible ; râbîme du deâpotisme «e eomble pea à tpeià ; c'eat-à-diro : que Tordre devient impoBsîlile par le despotisBObe^ Àkrs, l'axTarchie reste seule. Et, c'est l'excès de mal qu'elle cause , inévitablement, qui, SEUL, peut faire sentir la nécessilé : d'anéantir la souveraineté du peuple, source d'anarchie ; par l'anéantissement de l'ignorance sociale.

Maintenant, écoutez de Maistre. Il va commencer un passage en disant : cessons de divaguer ; et, ce passage ne sera qu'une continuelle divagation. Quand l'ignorance dit : soyons sage ; soyez sûr, qu'elle ne le sera pas.

— « Cessons de divaguer, dit de Mnistre, et prenons enfin notre parti ^e bonne foi sur la grande question de Tobéissance passive ou de la nonrésistance. Veut-on poser en principe — que pour aucune raison imagioable il n'est permis de résister à l'autorité ? »

— Puis, en note, de Maistre ajoute :

-- « Quand je dis aucune raison imaginable, il va bien sans dire que feidas toujours le cas oîj le souverain commanderait le crime. Je ne se^ *•*« pas même éloigné de croire qu'il est des circonstances, plus nomhrethits ^t'étre qtCon ne le croit, où le mot de résistance n*est pas synonyme de révolte» »

— Par exemple, comme en 1789, en 1830 et 1848. C'est-à-dire quand on est le plus fort. Voilà de Maistre archirévolutionnaire. Selon lui, les cas de donner des soufflets au souverain, sont beaucoup- plus nombreux qu'on ne le croit, dit-il. Quand vous avez un mauvais point de départ ; plus vous êtes logique , et plus vos

conséquences sont absurdes. Ensuite, comment trouvez-vous ce souverain , auquel on donne des soufflets , pour le renverser ? En vérité un souverain auquel il est possible de donner des soufflets, mérite bien que ses sujets lui crachent à la figure. L'étemelle justice ne reçoit jamais de soufflets. Les sots crachent en l'air ; et , les crachats leur retombent sur la figure.

DK LA SOOVBBAIIIKTÉ. 189

«( La paix n'est pas possible partout oà la soa- Teraineié u'est pas assurée. »

De Maistrs, Du Pape, t. Il, p. 64.

Une souveraineté qui n'est point assurée : n'est oint;. n'est plus; ou n'est pas encore souveraineté, a souveraineté religieuse hypothétique, n'est souveainelé : que, basée sur une foi, socialement acceptée omme vérité. Dès, que l'examen devient incompressible ; cette souveraineté s'évanouit. La souveraineté lu peuple, n'est que la force brutale ; et, ne mérite pas le nom de souveraineté. La souveraineté réelle, n est souveraineté pratique : que, basée sur la sanction religieuse démontrée réelle. Cette dernière n'a jamais encore existé.

A propos des souverainetés personnelles et individuelles, de Maistre cite un passage de Luther.

"* t Le chef des réfôrroaleurs, dit-il , a fait eu peu de lignes sa pro- '^*^ tle foi sur les souverains. Les premiers sont communément les plus V*^ fous et les plus lieffés coquins de la terre : on n'en saurait attea-

idées qai s'étendent au delà de leur propre existence (1], si leur horiion intellectuel est borné a eux-mêmes, iUs sont livrés au vent de leurs pas^ sions, de leurs Yolontés, s'ils n'ont pas entre eux un certain nombre de notions et de sentiments communs , autour desquels ils se rallient , il est clair, dis-je, qu't^ n'y aura point entre eux de société possible^ que chO' que individu sera dans l* association où il entrera un pkincipb db tkoublb

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