BU
—Bien, Monsieur ; traînez la souveraineté du peuple dans la boue. Vous ne la salirez jamais : autant qu'elle le mérite. Mais, en avez-vous une autre à mettre en place? Continuez !
— « Us le professent cependant, dites-vous ; ou s'ils n'osent , ils l'invofMot'aa fond du cœur et en déduisent tout« leur politique. »
— Et vous, Monsieur, qu'avez-vous invoqué pendant Umt le temps que vous avez gouverné ? La force n'est-
236 DE LA SOUyKRÀlRFTÉ.
il pas vrai? Vous voyez bien : que vous leur resseniblez» Coutiiiuez !
— a Voici le fait, » dites-yons.
— Ah I voyons le fait.
— « Pendant bien des siSclef, drtes^TOocr, le gouTernement des nations modernes n'a eu pour principe que des intérêts priTés. »
— Par une bonne raison, Monsieur : c'est, que tant que la force règne, il n'y a de règne possible que l'intérêt des forts. Et, l'intérêt des forts est uaintérêt privé : parce que l'essence de la force, de la plus grande force, est d'être relative à uno u à quelques-uns. C'est, seulement, lorsque la raison règne, qu'il a'y a plus, socialement, d'intérêts privés : parce que l'essence de la raison est d'être absolue en elle-mênae ; et, paiL conséquent d'être, quant à ses appUeati^n» sodar les, relative à tous ceux qui raisonnent.
— €( Le grand nombre, continuez-vous, était non-seulement gouYemé, mais possédé par le petit nombre , qai , seul mtitre ëb h livrée, s'attribuait aussi Hout le droit.. »•
— C'est, précisément, en cela que consiste : l'ocdoe. de l'époque d'ignorance. Quand la force passe aui masses, les forts s'égorgent entre eux;, et coniÎEuifiDt à s'égorgerr: par cela seul que la force ne^ pwitr ptar appartenir à une minorité. Que voulez-vous que fassent des' forte, qui ne reconnaissent de droit que la force; et, qui n'ont plus d'întâ'êt à rester unis, puisque
DS LA SOUVEBAINETé. 237
n'y a plus de masses se laissant exploiter? Que youlez-Yous. qu'ils fassent, je le répète, si ce n'est : de s'égorger entre eux.
— > «c Par degré, ajontez-Tous, la force s^est répandue hors de Tétroite enceinte où elle résidait; la sphère des richesses, des lumières, de toutes les supériorités réelles s'est élargie. »
— ^qiériorités réelles ? Qui en est le juge , quand klorceiesftiseule juge? La force n'est-il pas vrai? Cou tinuez 1
— - cXie dcoit xla |»etit nombre, ajoutes-voas, a été dès lors mis en qnestioB. Et mmmie:im droit ne peut être attaqué que par un droit... »
— Il fallait dire : « Et comme une force ne peut a être attaquée que par une force. » Est-ce que jamais le droit attaque le droit ; la raison, la raison ; la justice, la justice? Vous avez,' Monsieur, un tel amour du manichéisme : que, vous feriez battre le bon Dieu avec lui-même. Continuez !
— «... c'est 'dans ie grand nombre , dites-^ons , quon en a cherebé un pour battre en ruine celui du petit nombre. »
^— C^st-à-dire : que la force brutale s'est substituée à la force masquée de ^sophisme, devenue incapable de iaâcHipker de sa rivale. Continuez !
— -ttÂiosi, dilet-Toas, est née la théorie de la souTeraineté du peuple.»
— Tpè84)ien, Monsieur I C'est dire : que, la sou-
Teraineté du peuple; c'est la souveraineté de la force brutale. Et après ? Continuez, s'il vous plaît!
— « Elle a été, dites- vous, le prétexte ratioanel d^une nécessité pr»tique^un point de ralliement offert aux forces (norales, et, pour terminer au uom d'une idée^ une question déjà résolue dans le fait. »
— Soyez clair, Monsieur, et répétez : la souveraineté du peuple, c'est la souveraineté de la force brutale. Le galimatias, en présence de l'incompressibilité de l'examen, est toujours inutile. Continuez!
— « C'est, dites-vous, une expression active, provoquante , un cri de guerre, le signal de quelque grande métamorphose sociale , une théorie de circonstance, de transition» »
— Très-bien, Monsieur! Mais, transition au sein de l'anarchie. Est-ce pour que cette anarchie dure le plui^ longtemps possible, que vous aimez à irriter le mal.^ au lieu de chercher à le guérir ? Continuez l
— « Quand, dites-vous, la circonstance n*est plus, quand la transition s*est opérée , la théorie tombe , c'est-à-dire que les mots qui l'expriment ne réveillent plus les mêmes idées, n'emportent plus le même sens. »
— C'est vrai : quand, la théorie de la souveraineté du peuple est tombée; c'est, que la raison a triomphé : par l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit. Alors, le mot droitj qui renouvelait l'idée d'une expression formulée par la force, ne réveille plus* que , l'idée d'une expression formulée par la raison- Vous voyez : que, le mot droite n'a plus le mêm^ sens. Mais, jusque-là, on continue à s'égorger. Vou^ ^
SE LA SOUTERAINETÉ. 230
Monsieur, vous continuez à dire des choses peu raisonnables 1
— « De quoi, dites-Tons, s*agissajl-il dans notre réfolotîon? De Taincre une minorité. SouTeraineté do peuple a tooIo dire, dès-lors, pouvoir absolu de la majorité snr la minorité. »
— Oui , Monsieur. Comme souveraineté de droit divin a voulu dire : pouvoir absolu de la minorité sur la majorité. Après ?...
— « Que la réTolntioo soit faite et la rictoire assurée , i» dites-fonf .*.
— Quelle victoire , Monsieur? Celle de la majorité sur la minorité, n'est-il pas vrai ? Que le pouvoir soit passé aux masses, à la démocratie? Eh bien I Alors les masses s'égorgent entre elles : parce qu'il n'y a plun de nôson, pour que les forts soient d'accord entre eux. EUe est jolie cette fin de révolution I C'est, précisément, le résultat, le triomphe de la révolution de février, d<mt vous vous plaignez maintenant ; et, qui n'est, en ^et, que le prolc^e d'une révolution nouvelle^ ré- ^daticm désormais inextinguible, si ce n'est ? par Taiiéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit.
« Qoe la rérolation aoit finie et la victoire assurée , on parlera encore de la souTeraineté da peuple, mais par là on désignera et rédamera le gmyemement des intérêts généravx par oppoûtinsa gouvernement de tels on de tels intérêts privés. »
M. GuizoT.
— Vous voulez dire, Monsieur : qu'un gouvernement, établi dans l'intérêt de tous, sera demandé. Et, qui rétablira, s'il vous plaît? Les forts, n'jest-il pas vrai ? Et, qui le sanctionnera, s'il vous plait ? La f»oe, n'est-il pas vrai ? Et, vous] voulez que les forts gouvernent dans l'intérêt des faibles ! Et eela, qua&d la force est encore le seul juge possible du droit ? AUons, Monsieur! vous plaisantez.
Il y a plus : si les forts, sous la souveraineté de b £orce, gouvernaient dans l'intérêt de tous, suppoflîâm disarde, ils . gouvemeraiefit encore : pour le mA àe tous. Car, tant que l'ignorance n'est point anéaBtw, il prétendue science consiste : à savoir qu'il n'y a de droit que la force. Gouverner dans le prétendu intérêt de tous, c'est alors : Bonner à tous la connaissaneey qu'il n'y a de droit que la force. Voyez : quel beau charivari résulterait, de cette connaissance généralisée! Mais, continuez 1
nm Li S0CTERii5rrÉ. 141
— « C'est, en effet, difes-voos, toot ce q^'enfeadeiil pair ces bmIs la luHiuiies mêmes qui se croient le pKns leraenient siUrhés i la
— C'est possible, Momiear. Mais, ils sont aussi eofants que vous ; aussi enfants que ceux qui demandent la lune à maman. Les adorateurs de la sainte Trinité entendent parfaitement que trois ne font qu'im. Fautil en conclure que trois ne font qu'un ? Non. Il faut im e<Hiclure qu'ils sont fous ; c'est-à-dire : qu^ils raisonnent mal ; et, rien de plus.
— « Presseiles , continuez-Toos, de ramener la tkéorie à des termes précis y de Vadopter dans sa rigueur, ils céderont de poste en po^te, se perdront en explications , en palliatifs , eo détours ; et celte prétendue souveraineté du peuple, si terrible par les snoYenirs de goerre qni s*aftaclient i son nom , f« réduira dans leurs propres mains à n*étre plus que la dominatton sage et régulière des intérêts dominant en effet dans le «OMvef ordre social, »
— La domination d'intérêts dominants qui ne domine personne est une expression qui ne dit rien, une manière de se perdre en explications, en palliatifs, en "^l détours. Mais, supposons que cela signifie une dominati(mdans l'intérêt de tous. Quel est, s'il vous plaît, cet intérêt de tous ? Est-ce de faire exploiter les majorités par les minorités? C'est possible. C'est même néceiBaire en époque d'ignorance, et tant que cela reste ^^ possible. Hais, ce n'est plus possible, dès que les maiorités dominent nécessairement. Quel est alors l'intérêt de tous? C'est d'anéantir la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force brutale. Mais, wmment cela est-il possible ? Par l'anéantissement de 11. 16
lisèi
240 DE Lk SOUVERAIMETi.
•> Que la réf olutioo soit finie et la YÎetoîre assurée, on parlera encore de la souTerameié da pcnple, mais par là on désignera et rédamera le gwvemement des intérêts généranz par oppantioBai gouYemement de teb on de teb intérêts privés. »
M. GuizoT.
— Vous voulez dire, Monsieur : qu'un gouvernement, établi dans Tintérét de tous, sera demandé. Et, qui rétablira, s'il vous plaît? Les forts, n'est-il pas vrai ? Et, qui le sanctionnera, s'il vous plaît ? La fwee, n'est-il pas vrai ? Et, vous]voulez que les forts gouvernent dans l'intérêt des faibles 1 Et eela, qua&d la force est encore le seul juge possible du droit ? AM0ns, Moa" sieur 1 vous plaisantez.
11 y a plus : si les forts, sous la sotuveraiiieté dek force, gouvernaient dans l'intérêt de tous, suppaâtHNi absurde, ils . gouvemeraieait encore : pour te mA de tous. Car, tant que l'ignorance n'est point anéantît, -h prétendue science consiste : à savoir qu'il n'y a de droit que la force. Gouverner dans le prétendu intérêt de tous, c'est alors : Bonner à tous la connaissance, qu'il n'y a de droit que la force. Voyez : quel beau charivari résulterait, de cette coDnaisgance générab'sée 1 Mais, continuez!
DE LA SOUVEBàlNETË. 241
— « C'est, en effets dites-Tous , tout ce qu'entendent par ces mots let boBunes Boêmes. qui se croient le plus fermement atUchés à la tibéork. »
— C'est possible, Monsieur. Mais, ils sont aussi enfants que vous ; aussi enfants que ceux qui demandent la lune à maman. Les adorateurs de la sainte Trinité entendent parfaitement que trois ne font qu'un. Fautil en conclure que trois ne font qu'un ? Non. 11 faut tt «(Mtclure qu'ils sont fous ; c'est-à-dire : qu'ils raisonnent mal ; et, rien de plus.
— « Pressez-les , continuex-Tons, de ramener la théorie à de« termes précis j de Vadopter dans sa rigueur, ils céderont de poste en poste, se perdront en explications, en palliatifs, en détours; et cette prétendue souTeraineté du peuple, si terrible par les souienirs de guerre qui s'attachent à son nom^ $e réduira dans leurs propres mains à n'être plus que la domination sage et régulière des intérêts dominant en effet dans le nomél ordre social, »
— La domination d'intérêts dominants qui ne domine personne est une expression qui ne dit rien, une manière de se perdre en explications, en palliatifs, en détours. Mais, supposons que cela signifie une domination dans l'intérêt de tous. Quel est, s'il vous plaît, cet intérêt de tous ? Est-ce de faire exploiter les majorités par les minorités? C'est possible. C'est même nécweaire en époque d'ignorance, et tant que cela reste possible. Mais, ce n'est plus possible, dès que les mantes dominent nécessairement. Quel est alors l'in* ^t de tous? C'est d'anéantir la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force brutale. Mais, comment cela est-il possible? Par l'anéantissement de II. 16
rignoraiîce, n'est-il pas vrai ? Et , comment peut-on anéantir Tignopance ? Ou, si vous ne le pouvez, comment est-il possible d'avoir une domination sûre et régulière, sous la souveraineté de la force brutale : quand il n'est plus possible de masquer la force sous un sophisme ; quand la force est passée aux majorités; quand les majorités n'ont d'autre intérêt possible que de s'égorger, etc., etc. ? Vous voyez. Monsieur : que, tout ce que vous avez dit, a été parler pour ne rien dire ; ou, seulement pour prouver : que, vous avez en horreur : le système des majorités, le système représentatif, le système de la souveraineté du peuple, qui renferme aussi bien : la monarchie constitutionnelle que la république démocratique.
— (( Vuilà, coDtinucz-vous, (out ce qu*il y a de légitime et aussi tout ce qui reste aujourd''hui de puissant dans un principe en lui-même ahaurde et barbare, »
— Très-bien, Monsieur ! la souveraineté du peuple est absurde et barbare. Répétez-le mille fois, je vous approuve. Mais, en avez-vous une autre?
— « G*esl par là, continuez- vous; que le pouvoir se peut manier... »
— Ah ! vous voulez manier le pouvoir 1 Et, vous ne voulez pas : que, ce soit le pouvoir qui vous manie î Ainsi, vous voulez être le maître du pouvoir; et, non point lui obéir! Voyez-vous, Monsieur : que, vouspei*dez la tête !
•^ « Que le pouvoir, dites- vous, se peut. . . »
— Le pouvoir, avoir de la difficulté! Mais, Monsieur, un pouvoir qui éprouverait une résistance, cesserait d'être pouvoir; tant, que la résistance existerait. Votre Dieu, personnification de la justice , si^ ainsi que le disent tous les théologiens, il a besoin d'être juste, est lui-même : soumis au pouvoir qui le force à être tel; et, dès lors, il cesse d'être Dieu ou pouvoir. Que de logomachies !
— « ...et s*implanter; continuez-vous, au sein même d'une doctriae qui semble ne devoir enfanter qne l'anarchie. »
— Et, comment donc ferez-vous enfanter, autre chose que l'anarchie, à la doctrine de la force implantée : au sein des majorités triomphantes ?
— « Que rautorité, dites- vous, renonce à prétendre exister isolément et pour elle-même. »
— Que signifie ce galimatias ? Est-ce encore du manichéisme? L'autorité n'a jamais besoin de renoncera rien; l'autorité, c'est : la force dominante; ou la raison dominante ; et, dans les deux cas : elle soumet tout; et, ne se soumet à rien. Elle serait jolie, votre autorité, si elle avait à se soumettre I
*^ t Qu'elle consente, dites- vous. . • »
•-- Vraiment 1 il faut que l'autorité consente! ou,
sinon, n'est-ce pas? vous la ferez fouetter. Elle doit
*^oir joliment peur de vous !
844 SB LA SOUYERAIMETf.
— « Que Taulorité, dites- vous , consente à puiser son droit dans la conformité de ses actes avec la raison, la justice, le bien commun, »
— Et, quel est le juge social de la raison, de la justice et du bien commun? La force, n'est-il pas vrai? Et, comme le serpent qui se mord la queue, vous Youle£ rester éternellement enfermé dans le cercle vicieux d'ignorance et de vanité ? Osez donc en sortir. Monsieur ; personne plus que vous n'est digne d'avoir cette audace .
— ce Qu'elle se résigne, continuez-vous, à prouver la légitimité de son origine. . • )»
— Comment, l'autoidlé a une origioa ? Alers «Ub n'est donc qu'une .sotte, une impudente et une menteuse. C'est celle, à qui elle doit son origine, qui est l'autorité.
— <c... la légilimitc de son origine, continuez-Tous, par Texcellence de sa nature. »
— Et, quel est le juge social de cette excellence? Toujours la force, n'est-il pas vrai? Savez-vous que cela devient ennuyeux 1
— (( Ne lui en demandez pas davantage, r> ajoutes-vons.
— Pas davantage est encore très-joli I Vous loi demandez de contenter tout le monde ; et cela : quand, il n'y a pas deux bommes qui aient les mêmes opinions ; et, qu'il n'y a pas encore de vérité commuBe. «Queue lui demandez-vous un bâton n'ayant qu'un tout?
Mi BA OTffTmlJlIBTÉ. itS
«» « On ot i^mmmm pomt àm U iwyefiatlé ila fMfilt, eontiniiez- TOUS» contre une souiendiieté (|ui EecenoAiUm qu'elle ne doit s'ejLercer qae selon la lénté et sous la coaditioa de coa?aiacre le public. »
— Milie pardons^ IBansieur, si je vais toucher à la persennalké! Vous arczété ministre dirigeant; et, vous avez été IHummé au soleil de juillet. Pourquoi donc s'estr-on révolté contre votre souveraineté pseudo-doctrinaire?
Convaincre le public, en époque d'ignorance, en époque où la force est le seul juge social possible du droit, de la justice, de la raison ! Et cela aii moyen de sopbiffiEQâB luttaat cootre l'incooiprefisibilité de l'exalaea 1 Ah l Monsieur ; c'est à mettre dans un musée 1
— « En professant, sur sa propre destination, de telles maximes, coutinuei-Tous, le pouToir sura encore beaucoup à lutter, je le suis. »
— • Vraim6nt 1 ah ! le pouvoir lutte ! Dans ce cas, il 6st encore joli ce pouvoir. C'est toujours le manichéisme que vous professer. C'est le bon Dieu luttant cootM le diable ; ce qui , vis-à-vis de la raison , les ^ Ums les deux également ridicules. Allons 1 vous ^ezbien! continuez!
"- « La ihàoà» de Ut soiwemioeté du peuple n^a pas, dites-voas, servi ^^leD^lJ|le maxime de guerre, sans laisser de fâcheuses traces de ses ^**H^i;'OQ en retrouvera i*empreiute dans les préjugés populaires, et jm^oa dans les ojpîmons d'hommes qui s'en croient bien éloigiiés. »
■*- ?ar exemple, comme chez vous, Monsieur.
"^ tEHt nmif-a iansé, cwitinnes-Tons, je ne sais quel respect hon-
246 DB Là 80UVERA1NBTÉ.
— Et, quand la force est chez la multitude ; qu'elle ne sent pas encore le besoin de vérité ; et, que même \ous n'avez pas de vérité à lui donner ; à quoi vous servira d'aller lui rompre en visière ? Pouvez-vous être plus fort que la force? 11 faut, Monsieur, que la force se suicide, après que l'absolu besoin de vérité a été socialement senti et reconnu. C'est , seulement alors, que, la raison peut dominer.
— «... qui, continuez-vous, skeiybht et DicRADSiiT le langage et jmqu'à la pensée de heaucowg d*amis de la libertés »
— Monsieur! l'erreur, et la vanité qui fait tenir l'erreur pour vérité, énervent et dégradent le langage et la pensée de ceux qui ont les meilleures intentions. Les amis de la liberté, qui prétendent pouvoir être socialement libres, tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie ; sont des vaniteux, d'autant plus dangereux : qu'ils ont plus d'instruction ; de probité ; et de réputation.
Vous-même, Monsieur, allez exposer : combien il est difficile de se guérir de la vanité se refusant à reconnaître son ignorance.
— « Nos idées, dites-Tous, en matière de droit et dMnstitiitioiis politi— ques en sont souvent infectées (du respect honteux pour le nombre) » même après avoir abandonné le principe^ nous n'en avons pas dépMÙU^
toutes les conséquences : elles se reproduisent dans les habitudes de no
tre jugement, et^ quand l'occasion s'en présente, nous essayons pénible — ment de la faire rentrer dans les lois. Ce mal est grand, il faut le gnérîr. '^
— C'est vrai , Monsieur, le mal est grand. Mais? quand on connaît aussi bien son mal ; et, que Ton b
DE L\ SOLVEflAlXETÉ. 247
la force que vous avez ; on est bien coupable de ne pas se guérir !
— a Mais, ajoutcz-voits, à (fuoi donc est appelé le pouvoir? »
— Hélas! Monsieur; vous avez été, ou plutôt vous vous êtes cru pouvoir; et, vous ne vous êtes pas guéri. Puis , vous ajoutez encore :
— tt Je suis ventty dit le Christ, pour ceux qui sont malades, non pour ceux qui se portent bien. La mission du pouvoir est la même. C'est surtout avccles maladies sociales qu'il a, à traiter. Son art consiste à trouver dans la société elle-même le point d*appui dont il a besoin. »
— Pour guérir les autres de Terreur, il faut, Monsieur, comnien.cer par posséder soi-même la vérité : el, vous-même vous reconnaissez : être encore dans h* chaos. Quant à la maladie sociale, l'ignorance, elle est incurable : tant, que l'excès d'anarchie n'a point fait sentir l'absolu besoin de vérité. Quant au pouvoir, il n'a jamais besoin d'appui; car, il est éternel. C'est, au contraire, sur lui, que la société doit se baser : pour ne point périr.
Commencez-vous à reconnaître. Monsieur, que vous êtes encore bien infecté : d'un respect honteux, pour le nombre ; et, d'une fausse humilité, devant la multitude des faux savants ?
^« Or ici, continuez-vous, ce point d*appui est clairement indiqué. »
^ Vraiment ! Monsieur : eh bien ! où est-il donc ? %ons! donnez-le.
250 DE LA SOUVERÀIffETÉ.
Et, comme la force seule peut décider; quand cette délégation de souveraineté est, oui ou non, légitime; il s'ensuit : que, la souveraineté déléguée est aussi absurde, que la souveraineté dont elle émane. Maintenant, faites donc des constituantes ! (Vest aussi spirituel que le gouvernement direct.
— « En droit, dites-vous, cette souveraineté ... »
— Mais, Monsieur; vous voulez juger de la souveraineté par le droit ; et, c'est la souveraineté qui seule peut formuler le droit. Concevez-vous : dans quel gâchis vous vous fourrez? Par où donc en sortirez-vous ? Par la force, n'est-il pas vrai? Et, toujours par la force. Alors, il était inutile de tant écrire. Dire : il ny à d'expression réelle de la raison que celle formulée par la force ^ eût été suffisant. Vous eussiez été parfaitement clair; et, qui plus est, conséquent avec vous-même. C'eût été une nouvelle traduction de : \a