‹ De la souverainetéChapitre 14 sur 52 · MORALE EST INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGIAUSES · texte numérisé non relu

MORALE EST INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGIAUSES

— « En droit, dites-vous^ cette souveraineté n'a pas plus de titres au pouvoir absolu que toute autre »

Comment, Monsieur! la souveraineté de la raison, de la justice, du droit, n'est point absolue? Elle est donc relative? Et, relative à quoi, s'il vous plaît, si ce n'est à elle-même ? Relative à la force alors : car, en. fait de justice, il n'y a que raison absolue et raisors: relative à la force. Je vous fais mon compliment ^ Monsieur! votre raison et votre justice : sont celles àvi bourreau.

Tout ce qui précède, Monsieur, prouve que vous êtes rennemi acharné : non-seulement de la république démocratique; mais aussi de toute monarchie constitutionnelle. Cela prouve également : que, sur Tordre, la liberté, la souveraineté, la raison, le droit, la justice, la vertu, le crime, etc., etc., vous n'avez pas même l'ombre d'une idée claire. Le passage suivant ira jusqu'à démontrer : que, vous-même êtes persuadé de ce que je viens de dire.

Après cela, comment est-il possible que vous ayez pu consentir à vous charger : des affaires de votre pays; et, du sort de TEurope ?

Je vais d'abord citer le passage annoncé :

— «La France de la révolution, dites-vous, n'est point assise, ni coMtiUiée. V incertitude et la confusion régnent encoi'e dans son sein. Le Mm et te mal, le vrai et le faux, les éléments de V ordre et les semences iê VasuHrchie y fermentent encore pêle-mêle et au hasakd. Elle n'offre plus eafin, i tous les intérêts qui \u\ appartiennent de droit, les avantages (Ton ordre de choses complet, réglé ; et il en est qui se séparent d'elle pour chercher ailleurs, même avec péril , ce qu'elle ne leur procure point. »

— Ainsi, Monsieur, la France est dans la plus complète ignorance. Vous le savez ; et, vous reconnaisses en outre : que, vous n'en savez pas plus qu'elle. Car, pendant que vous avez tenu les rênes du pouvoir, ▼0118 ne lui avez rien appris. Comment se fait-il, je le i^^^ète : que, vous ayez osé accepter la direction : du timon de TÉtat?

J'ai dit : que, ce serait moi qui donnerais la réponse

à cette question. Eh bien! non, Monsieur. Je préfère que ce soit vous-même.

— ff Tant, dites-Yous, qu*aucune cause extérieure et violente ne vient ééniDger le cours spontané des choses, c'est lb bràvb qui comANDB, l*b1-

BILB QOI GOUVEaHB. »

— Appuyé sur cette doctrine , vou? vous êtes dit :

a La paix' partout et toujours. Je sacrifierai doue tout à l'étranger. Alors, je n'aurai à craindre aucun choc extérieur et violent.

« De plus : les hommes, en France, peuvent y être considérés comme des machines. Rien donc ne viendra y déranger le cours spontané de ces mouvements perpétuels.

« En outre : je suis brave, et habile. Donc je coinmanderaî et je gouvernerai. »

Les prémisses de ce raisonnement une fois admises^ les conclusions en étaient irréprochables. 11 ne pou» vait y être question : ni de souveraineté, ni de justice: souveraineté et justice étant des babioles dont oa parle uniquement, pour accélérer ou ralentir le mouvement des machines dont l'essence est de suivre : le cours spontané des choses.

— - « Parmi les hommes livrés à eux-mêmes et aui lois de lenr ture, coSitinuez-vous, le pouvoir accompagne et révèle la supériorité, £a se fusant recoonaitre, elle se fait ubéir. »

— Alors, VOUS VOUS êtes encore dii :

<c J'ai le pouvoir, donc je suis supérieur* Je ma* fiîi obéir, donc ma supériocité est reconnue, m

DE LA SOUTERAIIVETÉ. 253

Ce raisonnement est toujours on ne peut plus juste : c'tBst !a théorie du fait accompli. Seulement, cette théorie a un corollaire auquel vous n'avez point pensé; le voici :

9 En Février, le pouvoir a cessé de m'accompa- • gner. 3*aî cessé de me faire obéir. Donc, ma chute a révélé mon infériorité : en fait de bravoure et d'habileté. »

— « C'est là, eontinnez-Yous, Torigine bu pouyoib : il n*t m a point r. »

— Cela signifie : le ponvorr, c'est la force. Toute raison qui s'oppose à la force doit être écrasée ; la

EÀISON EST ÀNARCHIQUE PAR ESSENCE.

Voilà, Monsieur, votre théorie. Elle est la seule sur lacjuelle l'ordre, la société puissent se baser, tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie; et, que la force peut se transformer en droit, au moyen d'une révélation, par la compression sociale de l'examen. Mais, maintenant : l'examen est devenu incompressible ; la force ne peut plus se transformer en droit ; vous ne voulez pas de souveraineté du peuple ; et tout en voulant la souveraineté du droit, ^ous niez la réalité du droit, en affirmant : que, la mo-

^ALB EST INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGlErSES. AlorS ,

Monsieur, que voulez-vous ? Il est évident que vous ne k savez pas vous-même. Savez-vous que c'est une <^ko8e bien hardie, que d'avoir la prétention de diriger ^ peuple, sans savoir où le conduire, si ce n'est à

254 DE LA SOLVERAIMETÉ.

l'anarchie ! Vous ne seriez point arrivé là, Monsieur, si vous n'aviez déclaré : que, la morale est indépendante DES IDÉES religieuses ; c'est-à'dire : qu'elle n'est sujette à aucune responsabilité pour le fort.

Néanmoins, et malgré votre théorie, donnant la force comme critérium de supériorité, la société vous doit de la reconnaissance : pour les excellentes choses, que vous avez dites, contre la souveraineté du peuple.

Maintenant j'ai rempli ma parole; j'ai prouvé :

« Que, vous n'êtes nullement partisan du système « représentatif : pas plus de celui relatif à la monar- « chie ; que de celui relatif à la république. »

J'en demande acte à votre loyauté.

DE LA SOi;VERAI^ETÉ. S85

« Ai-je besoin de dire que s^il n'y avait uue justice antérieure et supérieure à la justice légale, il n'y aurait point de justice légale ? Montesquieu a fait de cette vérité première la première idée de son livre. « Dire qu'il n'y a rien de juste ou d'injuste « que ce qu'ordonnent ou défendent les lois positi* •< ves, c^est dire qu'avant qu'on eût tiacé de cer* <• cle, tous les rayons n'étaient pas égaux. »>

« Il serait bizarre que la justice légale n'esdstaut quen vertu de la justice naturelle, celle-ci cessât d'être dès qu'on aurait écrit l'autre. »

M. GuizoT, De la peine de viort.

Serait-il possible : que, quelques-uns de mes lecteurs vinssent à me dire : Vous n'en finirez donc point avec M. Guizot? Et, pourquoi donc en finirais-je, tant que je trouve à extraire -des ouvrages de M. Guizot, wiieux que je ne pourrais donner moi-même? Est-ce que la vérité, sous la plume de M. Guizot, n'a pas plus d'autorité sur vous-mêmes, qu'elle n'en aurait sous ma plume? Voudriez-vous : que, la sotte vanité, ^e n'écrire que sous mon nom, pût me porter à u'être point, aussi utile au public que je puis l'être? Jamais !

Ce que M. Guizot affirme est incontestable, sôus t^iue de folie. Mais, où est le critérium social de la Wice naturelle : lorsque la révélation ne peut plus '^ donner ; et, que la démonstration rationnellement

incontestable, basée sur la nécessité sociale, socialement reconnue, ne le peut encore? La force brutale, n'est-il pas vrai ? la souveraineté du nombre ? la souveraineté du peuple ? Eh ! Monsieur, la souveraineté du peuple, dont vous ne voulez pas plus que Montesquieu, est cependant inévitable dès que Ton déclare, comme vous et Montesquieu : que, la morale est indépendante des idées religieuses.

Ce qu'il y a de pire, dans la situation actuelle, c'est l'hypocrisie religieuse. Jadis, elle n'existait que chez quelques individus; actuellement, elle est sociale. Chaque parti cherche à s'appuyer, publiquement, sur une sanction religieuse, dont les individus se moquent domestiquement. Il n'y a guère que M. Proudhon et M. de Girardin qui aient le courage de leur opinion ; qui osent nier : la sanction rehgieuse et sa nécessité. Le bon moyen, de résoudre une question, est de la mettre franchement sur le tapis. J'aime mieux ce journal où tous les jours on * parle du bon Dieu, et dans lequel un jeune homme s'est moqué de moi, à» propos de la nécessité d'une sanction religieuse ; qnô ceux qui n'osent dire clairement : ni oui ni non sur cette question.

11 ne faut nullement s'étonner si le jeune homme, dont je parle, se moque de la sanction religieuse. A sa place^ j'en aurais probablement dit autant que lui. Il a été élevé : dans les écoles de l'anthropomorphisme d'abord; puis, du matérialisme. 11 est trop jeune, pour avoir étudié l'histoire avec fruit. Et, il a lu, dans tm livre attribué à un grand homme, les phrasés suivantes:

^- « Le pouvoir religieux fut utile et funeste, mais pins souTent peutêtre malencontreux que bienfaisant (i). >»

— Et encore :

— a Toutes les fois qu*un préjugé périt, le principe théocratique se détériore dans l'opinion vulgaire ; et dès qu'un pouvoir plus naturel et mieux défini^ dès qu'en un mot la BOTAUTi surgit, la crainte de Dieu flé^ ckit sensiblement devant la crainte plus immédiate des lois. »

— Et encore :

— « An moyen âge il y avait unité, parce que l'élément religieux prédominait et que partout sa compétence était la mAxx : mais les siècles l'ont rompue, démembrée. Ne craignons donc point de briser ce qui n'e$t plus, et au lieu de cbercber à soutenir une ruine, refaisons et ne replâtrons pas. »

— Et encore :

— a Autrefois, lorsqu'une idée religieuse était dominante^ le pouvoir théocratique était régulateur : présentement il doit être réglé. »

— Et encore :

— « Toutes les fois que la religion s'est substituée à l'autorité sécu-;lière, die a été funeste au monde. »

— Et encore :

— « Les idées religieuses n'ont jamais plus de puissance d'action que lorsque l'humaniié est abrutie, grossière et misérable. Ghes une masse civilisée, l'idée r^igieuse est vague^ intime et passive. »

(1) Rome et ses papes, par F. G., 1829, cbez Brièrc; ouvrage que le public et les dictionnaires attiibuent à M. Guizot; et, qu'il n'a point désavoué , que je sache.

— Comment voulez-vous qu'un jeune homme^ en rapprochant ces passages àfi : la morale est indépen^ tlante des idées religieuses : n'y attache point l'autorité du nom de M. Guizot? Ce n'est point ce jeune homme qui s'est moqué de moi, c'est le disciple de M. Guizot; et, je le répète, je remercie ce jeune homme, d'avoir eu le courage de son opinion. Si, M. Guizot avait ce même courage, je l'en estimerais davantage.

Nous allons voir maintenant : un homme d'église, un grand théologien, un grand écrivain devenu depuis : un grand philosophe, un grand publiciste, constituant et législateur.

— « Le bonheur, pour la société comme pour Thomme, dit M. de la Mennais, n*est qiic la tranquillité de l'ordre, »

(Essai sur l'indifférence,)

— C'est là une vérité fondamentale. Mais, la tranquillité de l'ordre est-elle possible : soit, sous la soa— veraineté de droit divin, quand l'examen est devenxi socialemen t incompressible ; soit, sous la souveraineté du peuple, expression de la force brutale? Cela est tellement impossible: que, M. delà Mennais, toujours fidèle à sa conscience, a répudié ces deux souverainetés.

*-^ « Paiiout, » dit M. de la Mfini»is, qui Mit parfinteflMBi ^ai «1^ hors de l'ordre, par conséquent de la paix, il n'y a de possible qtt^afsû^ sociale, « partout, dit-il, Tunité est l'essence de l'ordbv, car l'objet Jl^ Tordre est d'unir ; et la société même, dons sa notion la plus giùéni^v n*est que la réunion des êtres semblables. Oi^ il ii*j a pdat d'unitéf il T a séparation, opposition^ combat, désordre, et malheur. »

DE UL SOUVEBAimBTi/ 289

— C'est, d'une évidence telle : qu'il faudrait être moralement aireugle de la manière la plus absolue, pour ne point la reconnaître et accéder à cette vérité. Mais, c'est ici le cas de répéter : ce que dit M. Guizot, à propos de certaines vérités évidentes :

— « n y a , dit-îl f de§ mérités 8iin|iles que personne ne eonteitte, qa'admet soudain le bon sent, et qui cependant ne semMent admiitef qna pour être aussitôt oubliées. On dirait que, parce qu'elles sont simples, elles sont stériles, et qu'en les adoptant, sans débat, on est dispensé de faire attention à leurs conséquences, d

— Ce passage, je le rappellerai toutes les fois que j'en aurai l'occasion ; et, cette répétition cessera seulement d'être utile, lorsque ce passage aura cessé d'être vrai : ee qui ne peut être, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie/

^ « P«Br qnMl y ait nnîté sociale, continue M. de la Mennais, il faut ^ chaque partie soit ordonnée par rapport au tout , chaque individu fUir rapport à la famille, chaque famille par rapport à la société partîculi^ dont elle est membre, chaque société particulière par rapport à la |nnde société du genre humain; et le genre humain lui-même par rapport à la société générale des intelligences, dont Dieu est le suprême

■Marque* »

(Essai sur V indifférence.)

~ C'est, parfait de vérité. Mais, comment M. de la Mennais veut-il : que, chaque société particulière soit ordonnée, par rapport à la grande société du genre hunudn : tant qu'il y a des souverainetés de droit divin ; des souverainetés du peuple ; par conséquent des nationalités ? Et, comment le genre humain serait-il lui-

luftme ordonné, par rapport à la société générale des

260 DE. LA SOUVERilNBT^.

intelligences : tant, que ce qui est ordonné par le Dieu réel, la raison réelle, la justice étemelle, n'est point rationnellement, scientifiquement, connu de tous et de chacun? C'est encore ici le cas de répéter avec M. Guizot : Il y a des vérités simples j etc,

— « Point d*ordre social, dit encore II. de la Mennais, sans le sacrifice des intérêts de chacun à l'intérêt de tous. »

— Un temps d'arrêt, s'il vous plaît.

Pour être clair, il aurait fallu dire :

— « Point d'ordre social sans le sacrifice des intérêts déraUùimables de chacun à l'intérêt raisonnable de tous. »

— Si, M. de la Mennais s'était exprimé ainsi, il aurait reconnu, jie suite, qu'on lui aurait demandé : ce qui distingue les intérêts raisonnables de tous, des intérêts déraisonnables de chacun. Et, comme la souveraineté de droit divin, et la souveraineté du peuple, sont également incapables de donner cette distinction , il en aurait déduit : la nécessité de la souveraineté de la science ; la nécessité d'anéantir l'ignorance sociale. Mais, il y a des vérités simples^ etc.

— « Or, continue M. de la Mennais, ce sacrifice est sans raison, c'esl* à-dire absubdb a demandbb et impossible a obtenir, quand c'est rbomne qui le demande à Thoinme, parce qu'il ne peut rien offrir en compensation, et que ce sacrifice, qui n'est autre que la yejrtu, serait éridemmei^ LA PLUS inconcevable FOLIE, s'il u'existoît une société plus cacdlenls et ~ plus durable où il recevra sa récompense. »

(Essai sur Vindifférence»)

— C'est parfaitement vrai; c'est évident ; c'est une

yérité simple. Mais, cette société plus excellente, où la vertu recevra sa récompense, existe-t-elle ? Un jeune homme m'a fait dire : que, je prêche la croyance en cette autre société. S'il m'avait fait .l'honneur de me lire, il aurait vu : que , sous l'autorité de Gicéron, de saint Augustin, et de tout ce qui a le sens commun, je dis précisément : que , tout croyant est un sot. Si, alors : la vertu sans religion est une sottise, comme le dit M. de la Mennais ; si, la vertu est nécessaire à l'existence sociale ; si , la , base unique de la vertu non stupide, ne peut être que la religion ; si, la religion ne peut elle-même être basée : que, sur la croyance ou sur la science ; si, désormais toute croyance est une sottise ; si, la souveraineté de droit divin, et la souveraineté du peuple sont également : les négations de la religion et par conséquent de la vertu ; il faut donc : que, ces deux souverainetés soient anéanties, par l'intronisation de la souveraineté scientifique; sous peine d'anéantissement : de notre humanité. Mais :

— « n y a des vérités simples, etc. »

— Le passage suivant est admirable !

— « La force^ dit M. de la Mennais, est la puissance de contraindre; raatorité est le droit d'ordonner. Du droit d'ordonner résulte le devoir d'obéir, de la puissance de contraindre résulte la nécessité de céder. Il y a Ymffni entre ces deux notions. Pour les confondre, il faut bouleverser le langage même; il &ut dire que le vent qui déracine un chêne exerce un droit, et que le chêne en tombant remplit un devoir

« La force, puissance physique, maintient l'ordre dans le monde physique, parée qa^ell^ agit toujours selon certaines lois immuables

26t2 M Là SOfJVBRAIJIITÉ.

La force met le désordre daas le manda moral, paroe que^ «Mtre ief à'agenis libres et imparfaits, elle ne sert souvent qu'à réaliser des toloirtés imparfaites on déréglées, t»

— Il y a ici une tache ; et, nous alloua la îbxvb disparaître avant de continuer.

Un agent libre est nécessairement imparfait. S'il était parfait, il ne pourrait ^faire le mal, et cesserait d'être libre. La perfection de la liberté est d'être imparfaite.

Une volonté est nécessairement imparfaite. Si elle était parfaite, elle ne pourrait vouloir le mal ; et cesserait d'être volonté, étant dirigée par la nécessité. La perfection de la volonté est d'être imparfaite , au point de vue que nous venons d'exposer. Ce qui, ici, a induit M. de la Mennais en erreur ; c'est, son anthropomorphisme qui lui fait supposer : que, le Dieu anthropomorphe ; peut être libre et avoir une volonté.

— « De plus, continue M. de la Mennais, faire de la force la hase de Tordre social, cVst tirpposer que Thomme est un être purement matériel, c'est le ravaler au^iessous des animaux , qui oofmaisstnt ime ■■Im lli que la force, puisqu'ils y résistent en obéissant à Tinstinct. »

[Essai sur V indifférence,)

— Autre tache, et j'en suis fâché. Si, les animaux connaissent y ils sont des hommes. Quant à rtnsftnci^ ce n'est que l'expression : de la force éternelle^ des lois éternelles de la matière. Ainsi : obéir à Finstinct, n'est Qulkfment : résister à la force.

Arrivons maintenant à l'essentiel, à ce qui est admirable dans ce passage. M. de la Meanais veut que la force soit distinguée de l'autorité. Il a raison. Mais, la souvef^&elé de droit divin n'est que La force ayant ub

masqua de raison; et, la souveraineté du peuple n'est que la force brutale. La distinction donnée par M. de la Mennais, comme nécessaire, implique donc : Tintronisation de la souyeraineté scientifique, ou l'anéantissement de l'ignorance sociale ! Voilà ce à quoi M. de la Mennais aurait dû conclure . Mais :

— «i II y a des vérités simples, elc, »

— Ce qui va suivre est également admirable. Il n'y manque que l'adresse de M. Proudhon. Elle s'y fût trouvée implicitement^ si M. Proudhon avait, à cette époque, émis son système contractuel.

— «Tout pacte, dit M. delà Mennais, implique essentiellement l'idée <l'ueMnc(ion qui le rende obligatoire. Où trouvera-t-on cette saoctioa, fondement nécessaire de Vobligation morale et sans laquelle il n'existe pas ^vrai contrat? Le concours des volontés qu'on fait tant valoir n*esl ici ^aucun secours. La volonté de l'homme n'est pas obligatoire pour luimême, comment serait-elle obligatoire pour autrui? Celui qui cède sa ■OQTeraineté ou Tcxercice de sa souveraineté, au fond ne cède donc rien, puisqu'il peut (et Rousseau Tavoue) reprendre , dès qu'il voudra, ce qu^il > cédé. Celui qui reçoit le gouvernement ne reçoit rien qu'une faculté ^poraire, une puissance physique de régir, qu''on.peut lui ôter à cha- ^e instant; et il n'est tenu d* aucune condition, puisqu'il ne saurait être obligé ni par la volonté d'autrui ni par la sienne même. Je ne vois donc résulter du prétendu contrat social aucun devoir, ni aucunr droit, ni par conséquent aucune autorité véritable; je ne vois qu'un déplacement de la force, qui reste en dernier ressort seul arbitre de la société. Si le peuple a plus de force, il renversera le souverain dès qu'il en aura la vo- *<>fllé; et les partisans de la souveraineté du peuple lui accordent tous ce ^oil, qu'ils ne sauraient lui refuser dans leurs principes. Si la force^ au contraire, est du côté du souverain, il resserrera les liens du peuple au gré "**tt caprices ou de ses craintes, comme on serre la cbuine d'un animal •î^roce de peur d'en être dévoré.

* Au lieu de la tranquillité de l'ordre, le pacte qu'on suppose n'établit ^"^ qu'un conQit de volontés arbitraires ; et en détruisant la notion du «'oit et du devoir, ou le principe de l'obéissance, il constitue en état de

guerre le pouvoir el lei saieCs. Q«aad U fiwce da soaveraia prévaut, oo a le dctpotiwc; qaaod U force da peaple remporte, on a raatrcbie : el U fkmt qt^mm eu de^ix prémU tôt om tard, Tosle lotte doot le pouvoir ert Tobjel ert trop violeale pour ducr toagtemps, et poBdantqa^elle <!are, l'État est en proie i tons les laaiix qni peaveot accabler ub peaple. Cest œ ^ read le despotisme préCénlile à raaarcbie : car ranarehie ii*est que le ckoe de toas les p jovoirs pirticuliers doot chacua cherche k

— Cette définitioQ est parfaite. Pardon de Tinterruption !

— « Et, contîoae M. de U Mennais, jasqa*i ce qa'iia prévale , le Je- «i^rdre est an comble, et rmiqœ loi est la destruction. »

•— Voilà cependant l'abîme vers lequel nous marchons, nous roulons à toute vitesse, avec une stupidité qui ne peut se comparer : qu'à Thébétude caractéristique de certaines maladies physiques. Et, ceux qui ont le plus à perdre, sont les plus stupides. Quand vous leur parlez de remède : ou ils vous rient au nez ; ou ils disent : que, tout le monde en sent la nécessité. Vous croyez : que, ceux-ci vont examiner le remède , si un remède est proposé ! Allons donc ! c'est ceux-ci qui s'en occupent le moins.

— « Dans ce combat terrible^ continue M. de la Mennais , de chacuu contre tous, tou$ périraient s'ils n'étaient vaincus. •

— Vaincus par qui ? Par le despotisme, qui en époque d'incompressibilité d'examen, conduit nécessairement à l'anarchie. Et, le combat, entre les deux souverainetés de l'ignorance, se prolonge jusqu'au règne : soit de la vérité ; soit de la mort.

~- « Sous Tempire du contrat social , dit encore M. de la Mcnnaîs, il u'exbte donc, dans la société, d'autres droits ^ d'autres deToirs que la volonté du plus fort. L'on n'attribue au peuple le pouvoir souverain que parce qu'il possède la plus grande force physique ; et cette force est si bien Tunique droit, que le peuple, dit Jurieu, n'a pas besoin de raison pour valider ses actes j ou , comme s'exprime Rousseau , que la volonté générale (ou la volonté du peuple) est toujours droite (Contr, social y liv.ui, ch. 5). Ainsi les idées de pouvoir, de droit, d'ordre et de justice viennent se confondre et se perdre dans l'idée de la force , loi générale et unique raison de la société, n

(Essai sur l'indifférence,)

— Essayez donc de trouver, dans le fatras du journalisme de Tépoque, un morceau de cette valeur 1

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