VI
« L*essence de Tesclavage consiste dans Tassujettissement à la voluulé de TLomme; et quiconque obéit à l'homme seul est esclave, cet homme fût-il Ini-mème. Il en est ainsi des nations, et Ut théo" rie de la souveraineté du peuple n'est que la ikéorie de la servitude. »
M. Ds LA Menxais , Essai sur Vindiffé' rencCy etc.
La souveraineté du peuple, négation de toute sanction religieuse, est la souveraineté de Tabsurde. Étoutez à cet égard M. de la Mennais :
— (c Philosophes, dit M. de la Meonais, qui exaltez avec tant d'orgueil la raison de Thomme. . . »
— Remarquez, je vous prie, que l'expression raison de rhomme n'est applicable qu'à l'époque d'ignorance, pendant laquelle la bonne raison n'a de sanction que la force, faisant passer pour bonne la raisoa du plus fort. En époque de connaissance, il est devenu incontestable : que Thomme seul raisonne. Et, alors la bonne raison n'est plus : la raison de tel ou de tel individu ; la raison de telle ou de telle humanité ; elle est l'expression de l'éternelle raison, rendue scieatifiquement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun.
DK LA «OCTCRÂllIBTf . 267
-~ « « .«.ii faut, CAnboHe IL de la Meann;:, que feus eoMpiiet étraagement sur son imbécillité. Quel langage à leur teair que le TÔtre I — « Niîl n*a droit de te commander, en conséquence reconnais un mittrê ; ton unique règle est la volonté, en con<équence obéis aux lois qui contrarient toutes tes volontés; ton seul de vuir e«t de te rendre, n''im|MMte comméat» heureux ici-bai», en cooaéqu>*n£e renonce à tous les intérêts, étouffe la Yoii du dé.-'ir, et celle même du besiân; sois juste à les détiens; soumets-toi sans murmurer aux plus dures privations, àTindigence, au travail, à la douleur, à la faim. Tu ne dois rien espérer après cette vie, en conséquence agis comme si tu eu attendais une autre. Respecte religieusement l'ordre établi couire toi, sais notre victime volontaire, et nous te payerons en relour d^un profond mépris. » — Pbilosophes! renJez grâce à rWiTeBteinrde la potence : hm seni-a troavé le fondement et la sanctien de votre manie. »
{Essai sur l'indifférence.)
-— Ce qu'il y a de très-curieux, c'est que les partisans de la souveraioeté du peuple veulent détruire la poienoe : qui, seule, peut maintenir leur système en équilibre. Que leur "volonté soit faite !
Pour tes uns, la souveraineté du peuple, n'a nul besoin de base. Il est vrai : que, la souveraineté réelle existe par elle-même. Mais, il y a deux souverainetés i^Ues, q^i existent par elles-mêmes : La force ; et la f^n. £t, comme deux souverainetés œ peuvent coexister, sous peine de non-existence., il faut touj<>urs : que l'une soit subordooiaée à l'autro^ sous peine d^anarchie, agonie sociale. Aussi, la souveraineté du peuple est-elle la subordination de la raison ^h force; pour eeux qui raisonnent et affirment: 91e, la Bouveraineté du peuple n'a nul besoin de hase.
Fsur les autres, la souveraineté du peuple est basée sur le droit naturel.
Écoutons M. de la Mennais, citant et commentant Spinosa à propos du droit naturel.
— - tt Par le droit de nature^ je n'entends rien autre chose que les lois selon lesquelles nous concevons que chaque dtre est déterminé naturellement à exister et à agir d'une certaine manière : les poisions, par exemple, sont déterminés par la nature. . • »
— Qu'il me soit permis d'interrompre ici, et pour un instant, la lecture de ce passage, dans le but de faire remarquer : que, rien n'obscurcit une discussion, comme une expression générique prise indifféremment pour exprimer l'une ou l'autre de ses espèces, quand ces espèces ont des valeurs diamétralement opposées. Prenons le mot nature pour exemple.
Il n'y a de possible que deux natures : l'une embrassant le règne de la nécessité ; l'autre le règne de la liberté ; l'une le règne de la force étemelle ; l'autre de la raison éternelle.
Si, le premier règne est unique, la liberté n'existe pas. Alors, le raisonnement est purement phénoménal, purement illusoire ; nous croyons raisonner, mais nous ne raisonnons pas en réalité : car, le raisonnement réel, bon ou mauvais, présuppose la liberté.
Si, le premier règne, le règne de la nécessité, n'est pas unique; si, le règne de la liberté existe; il y a, dès lors, deux espèces de natures : la nature nécessaire ; et la nature libre ; la nature physique ; et la nature morale ; la nature matérielle ; et, la nature rationnelle ; le droit de la nature matérielle ; et le droit de la nature rationnelle ;, ou, pour tout dire enfin : le
DE LA SOUTERAINETÉ. 269
droit de la force; et le droit de la raison. Concevezvous , maintenant , quel gab'matias doit résulter : quand, pour exprimer ces différentes valeurs, toutes essentiellement opposées, vous ne vous servez : que d'une seule et même expression?
Maintenant, reprenons notre citation.
— € Les poissons^ par exemple, sont déterminés par la natore à nager, et les grands sont déterminés i manger les petits : c'est pourquoi l'eau appartient aux pobsons, et les grands mangent les petits de droit naiureL 11 soit de- là qoe chaque Atib a vn souverain droit à tout ce qu'il mut. »
— Pardon, jeune lecteur ! Mais, si je ne vous indique point les sources de logomachie, vous arriverez à la fin, ébloui de miroitage ; vous aurez entendu de la musique; et, il ne vous restera rien dans Tintelligence; sinoA : Musique, que me veux-tu ?
Le mot ÊTBE est générique. 11 renferme les espèces : apurement phénoménal, être appartenant exclusivement à Tordre physique, à l'ordre de nécessité ; et, (tre non purement phénoménal; être appartenant à l'ordre présupposé existant ; être appartenant à Tordre de liberté. La première espèce comprend évidemment des êtres purement phénoménaux, purement apparents, purement illusoires ; la seconde comprend ^losivement les êtres réels, si des êtres réels existot. Concevez-vous tout ce qu'il y a de logomachi- <IQe,de gahmachique, pardon de l'expression, à vous Wvir tf un même mot : pour exprimer ces deux espèces?
<î« n'est pas tout. Le mot pouvoir est aussi gêné-
270 DE LA SOUTERAINETÉ.
rique. Il s'applique aux êtres qui peuvent en apparence ; et, aux êtres qui peuvent en réalité. Il est éirident : que, si la nature physique existe seule, aucun être ne peiU en réalité . Un gramme ne peut pas : touloir, ou ne pas vouloir peser. 11 pèse nécessairement. Si, au contraire, les deux natures existent, alors les seuls êtres appartenant à cette dernière nature peuvent en réalité. Concevez-vous ce qu'il y a de logomaehique à se servir indifféremment du mot pouvoir pour l'appliquer à ces deux espèces d^ètres, diamétralement opposés : et, surtout, quand l'ignorance sociale ne sait pas encore : non-seulement si ces deux espèces d'êtres existent; mais encore^ à supposer qu'elles existent^ ce qui les différencie Tune d« l'autre ?
Ici, c'est aux seuls jeunes gens que je m'adresse. Les autres, déjà pourris par les préjogés, diront: Tout cela, c'est de la philosophie, c'est de la métaphysique, peu nous importe. C'est comme s'ils disaient: Peu nous importe de raisonner juste ; continiions de raisonner à tort et à travers. Il appartient à la jeune génération de comprendre : que cela ne peut toujours continuer ainsi. Quant à nous, continuons notre citation.
— « Il suit de là que chaque être n un sowfrain droit àtaui c# qu*il PEUT. Et nous n'admettons à cet égnrd aucune difirrence entre Thomme et les autres êtres, ni entre les Iiomnics doués de raison et ceux à qui It raison est inconnue. »
Pardon, jeune lecteur. Voici encore une non-
Telle source de galimatias. Jl s'agit d'hommes à qui la raison est inconnue. Il est évident qu'ici le mot ration signifie la bonne raison. Voilà donc le mot raison deyenu générique et renfermant les espèces : bonne raison; et mauvaise raison. Mais, tant que vous ne pouvez point distinguer, d'une manière rationnellement incontestable, la bonne raison de la mauvaise raison, le mot raison, génériquement pris, ne signifie absolument rien de déterminé ; c'està-dire : rien de bon. Faites donc du raisonnement juste avec de pareils outils! La raison alors se trouve inconnue à tous ; et, vous vous trouvez, nécessairement, sous le droit naturel de la force^ par impossibilité de vous placer sous le droit naturel de la raison» Continuons de citer :
' — « Ainsi , pendant que les hommes vivent sous l'empire de la seule nature f celui qui ne connaît pas encore la raison, ou qui n'a pas encore acquis l'habitude de la vertu,,. »
— Encore pardon, jeune lecteur 1 U habitude exclut la liberté; et, la vertu implique la liberté. Voyez-vous une nouvelle source de galimatias ?
— ^ c. .« Tit selon les seules lois de ses appétits avec autant de dnHt que celui qui règle sa Tie sur les lois de la raison. »
— Dites-moi, jeune lecteur : Est-ce que vivre selon une raison non incontestablement déterminée par la raison; est-ce que vivre selon les lois d'une raison, seulement connue par ses appétits; n'est point toujours vivre selon ses appétits ?
Continuons de citer :
— « G*est-à-dire que de même que le sage a un souYcrain droit à tou ce que la raison lufdicte, ou le droit de YÎvre selon le droit de la raison, Vîgnorant ou l'homme passionné a un souverain droit à tout ce vers quoi ses appétits le portent , ou le droit de vivre selon les lois de ses appclits. »
— C'est toujours à vous que je m'adresse, jeune lecteur! Ces Messieurs voudraient-ils avoir la bonté de vous dire : ce qui distingue, socialement ^ le sage de l'homme ignorant ou passionné? En époque d'ignorance, c'est nécessairement la force. 11 est joli le critérium d'ordre, quand il n'est plus possible de lui donner un masque de raison!
Ce qui suit, va être clair, en tant qu'appliqué au droit naturel indéterminément dit :
— « i> droit naturel n'est doue point détermine pour chaque homme par la sainb baison, mais pab les désibs et le pouvoib. Considéré sobs le seul empire de la nature , chacun a le souverain droit de désirer ce que, éclairé par la seule raison (i) ou emporté par les passions, il juge LUI ÉTBE utile; et il peut licitement s'en emparer, soit par la force, soit par là ruse, soit par tout autre moyen , et tenir par conséquent pour eb- KEMi quiconque veut rcmpêcher de satisfaire ses désirs. D'où il suit que le droit de nature, sous lequel les hommes naissent et vivent en grande partie (2)^ n'interdit rien que ce qu^on ne désire ou ce qu'on ne peut^ et permet les contentions, les haines ^ la colère, la fraude, et absolument tout ce qui excite nos appétits. Ainsi le droit naturel n'est déterminé pour chacun que par sa force ; et nul ne peut être certain de la foi d'autmi
(1) Comment la seule raison? Est-ce qu*il n*y en a pas deux : la bonne et la mauvaise ?
(2) Pour être clair, il aurait fallu dire : sous lequel droU de la force brutale les hommes vivent nécessairement : tint qu'une révélation ne leur est point imposée par une foi, force masquée de raison ; ou par la raison réelle s'imposant par la nécessité sociale faisant chercher, découvrir et accepter la vérité pour souveraine uiiiquk.
DE LÀ SOUVERÀITIETÉ. 273
tant qu'il fCa de garant que sa promesse, puisque cLacun, pab lb droit DE If ATDRB, peut agir de ruse , et que les pactes n'oBLiGENT que par Tespérance d'un plus grand bien ou la crainte d'un plus grand mal. » [Spi- NOSA, Tract, theol. polit., cap. xyi, de jure uniuscujusque naturali et civili, p. 85. (Cilé dans V Essai sur V indifférence, 1. 1, p. 3i5.)]
« Quelle société , ajoute M. de la Mennais, pourra se maintenir lorsque les droils de chacun n'auront d^autre règle que ses désirs et d'autre limite que sa force^ à laquelle encore on donne la ruse pour supplément ? Ou plutôt^ comment concevoir, sous la notion de société , un assemblage d'êtres humains ennemis naturels les juns des autres, et sans cesse occupés à se nuire mutuellement? »
— Remarquez, je vous prie, que telle est la situation nécessaire : sous la souveraineté de la force brutale, sous la souveraineté du peuple , sous toute société : dès, qu'elle est privée de sanction religieuse commune, c'est-^à-dîre socialement acceptée comme vraie.
— a Dans cette horrible anarchie, continue M. de la Mennais, de volontés contraires et d'intérêts opposés, de forces inégales et de désirs inégaux, Vamaur de soi se confond avec la haine d'autrui ; et l'homme , assujetti à la seule loi des appétits, indépendant de toute autorité et libre de tout devoir, ainsi que le peuple souverain, comme lui, non plus^ n*a pas besoin de raison pour légitimer ses actes ; il sufQt qu'iL veuille et qu'il puissb : à ces deux conditions tout lui est permis. Le champ, la maison, la femme de mon voisin m'appartiennent de droit naturel, si je les désire et que je sois le plus fort. La nature n'interdit à l'homme que ce qu'il lui est physiquement impossible d'obtenir ; la borne de son pouvoir ou de ses convoitises est la borne de son droit. A-t-il fiiim de son semblable, il peut^ s'il en a la puissance physique, manger sa chair et boire sou sang, avec aussi peu de scrupule qu^il mange un morceau de pain et s'abreuTe de l'eau des fontaines. El l'on n'entrevoit pas même, au milieu de ce conflit de passions, la consolante possibilité de la paix, ou seulement d'une trêve, puisqu'aucun pacte n'est obligatoire, que chaque promesse peut cacher une embûche perfide, et qu'enûn nul n'est lié que par son intérêt, »
— Qu'il nous soit permis d'interrompre un instant cette magnifique description de la société, sous la sou- II. 18
Continuons de citer :
— « CcsUà-dire que de même que le sage a un souYerain droit à tou . ce que la raison lufdicte, ou le droit de yivre selon le droit de la raison, Vignorant ou l'homme passionné a un souverain droit à tout ce vers quoi ses appétits le portent , ou le droit de vivre selon les lois de ses appétits. »
— C'est toujours à vous que je m'adresse, jeune lecteur! Ces Messieurs voudraient-ils avoir la bonté de vous dire : ce qui distingue, socialement^ le sage de l'homme ignorant ou passionné ? En époque d'ignorance, c'est nécessairement la force. 11 est joli le critérium d'ordre, quand il n'est plus possible de lui donner un masque de raison!
Ce qui suit, va être clair, en tant qu'appliqué au droit naturel indéterminément dit :
— « i> droit naturel n'est donc point déterminé pour chaque homme par la sainb baison, mais par les désirs et le pouvoir. Considéré soui le seul empire de la nature , chacun a le souverain droit de désirer ce que, éclairé par la seule raison (1) ou emporté par les passions^ il juge LUI iTRB utile; et il peut licitement s'en emparer, soit par la force, soit par là rufe, soit par tout autre moyen , et tenir par conséquent pour n* NEMi quiconque veut Tempêclier de satisfaire ses désirs. D*où il suit que le droit de nature, sous lequel les hommes naissent et vivent en grande partie (2)^ n'interdit rien que ce qu'on ne désire ou ce qu'on ne peut^ et permet les contentions, les haines^ la colère, la fraude, et absolumentioot CG qui excite nos appétits. Ainsi le droit naturel n'est déterminé posr chacun que par sa force; et nul ne peut être certain de la foi d'autrni
(1) Comment la seule raison? Est-ce qu'il n'y en a pas deux : la bonne et la mauvaise ?
(2) Pour être clair, il aurait fallu dire : sous lequel droU de la force brutale les hommes vivent nécessairement : tant qu'une révélation' aê leur est point imposée par une foi, force masquée de raison ; on par I* raison réelle s'imposant par la nécessité sociale faisant chercher, déoQii* vrir et accepter la vérité pour souveraine unique.
DE LÀ SOUVERÀITIETÉ. 273
tant qu'il fCa de garant que sa promesse^ puisque cLacun, par le droit DE iTATURB, peut agir de ruse , et que les pactes n'oBLiGENT que par Tespérance d'un plus grand bien ou la crainte d*un plus grand mal. » [Spi- NOSA, Tract, theol. polit., cap. xyi, de jure uniuscujusque naturali et civili, p. 85. (Cilé dans V Essai sur V indifférence, 1. 1, p. 315.)]
« Quelle société, ajoute M. de la Mennais, pourra se miintenir lorsque les droits de chacun n'auront d^autre règle que ses désirs et d'autre limite que sa force^ à laquelle encore on donne la ruse pour supplément? Ou plutôt^ comment concevoir, sous la notion de société , un assemblage d'êtres humains ennemis naturels les juns des autres, et sans cesse occupés à se nuire mutuellement? »
— Remarquez, je vous prie, que telle est la situation nécessaire : sous la souveraineté de la force brutale, sous la souveraineté du peuple , sous toute société : dès, qu^elle est privée de sanction religieuse commune, c'est-à-dire socialement acceptée comme vraie.
— a Dans cette horrible anarchie, continue M. de la Mennais, de to* lentes contraires et d'intérêts opposés, de forces inégales et de désirs inégaux, Vamaur de soi se confond avec la haine d'autrui ; et l'homme , assujetti à la seule loi des appétits, indépendant de toute autorité et libre de tout devoir, ainsi que le peuple souverain, comme lui, non plus^ n*a pat hesoin de raison pour légitimer ses actes ; il suffît qu'iL veuille et qu'il puisse : à ces deux conditions tout lui est permis. Le champ, la maison, la femme de mon voisin m'appartiennent de droit naturel, si je 1« désire et que je sois le plus fort. La nature n'interdit à l'homme que ce <ia'il lui est physiquement impossible d'obtenir ; la borne de son pouvoir <)a de ses convoitises est la borne de son droit. A-t-il faim de son sem- It^e, il peut^ s'il en a la puissance physique, manger sa chair et boire Mm sang, avec aussi peu de scrupule qu'il mange un morceau de pain et l'abreuve de Feau des fontaines. El l'on n'entrevoit pas même, au milieu '^^« <leeecooQit de passions, la consolante possibilité de la paix, ou seulement d'une trêve, puisqu'aucun pacte n'est obligatoire , que chaque pro- "•«n peut cacher une embûche perfide, et qu'enfin nul n'est lié que par *^ktirêt. »
■^ Qu'il nous soit permis d'interrompre un instant celte magnifique description de la société, sous la soun. 18
VÊTaineté de la force Ixrutale, pour commenter ce passage : et qu'enfin mil n'est lié que par son intérêt.
11 paraîtrait ici : que , hors la souveraineté de la force 5 l'homme peut : n'être point lié par son intérêt. C'est une erreur.
L'intérêt , c'est le rapport à soi. La raison, c'est le rapport à soi. L'intérêt et la raison, c'est donc une seule et même chose. Mais, le soi, finit-il avec cette vie ; ou, cette vie n'est-elle qu'une continuation du soi, ayant eu des vies antérieures et devant avoir des vies postérieures ? Dans la première hypothèse, le bien-être ou le mal-être, dans cette vie, n'est point lié aux actions bonnes ou mauvaises commises dans une. vie antérieure; et alors, tout ce que dit M. de la Mennais, de la souveraineté du peuple, se trouve vrai ; parce que : chacun n*est lié que par son intérêt dans cette vie.
Venons à la seconde hypothèse. Si elle est réelle : ce qui est à démontrer d'une manière rationnellement incontestable 4 ett, doit être ainsi démontré , €0os peine de ne pouvoir actuellement être accepté socialement ; si, dis-je, cette seconde hypothèse est^Ue^ qaeiles en sont les conséquences?
La raison, alors , se trouve démontrée *: n'ètse .{Aïs une hypothèse, un phénomène; mais, tme réalité. La raison, alors, se trouve démontrée: être éteiaieUejiunsi que la justice, étemelle expression de l'étemclIleTaismi • La liberté, alors, se trouve également démoutcée • n'être plus une hypothèse, un phénomène; mais, unie réalité. Et les actions, résultats de lalib^?té, de la raison, se trouvent en rapport nécessaire:: avec l'étei^*'
BE hk SOUVl^AINETÉ. 27{{
nelle justice. Il est donc, alors, dans Yintérêt de celui qui commet les actions, de les rendre conformes à la justice, à la raison ; même, quand il serait le plus fort dans cette vie : parce que réternelle justice ne met point les actions en rapport avec cette seule vie; mais , avec l'éternité.
Mmntenant, laissons continuer M. de la Mennais.
j'm^ a Plus d'Ëtat donc, plus de famille, plus d'union, plus de sécurité, diMl. X»*liOiD]|ie tremblera de terreur à la rencontre de Thomme , plus ttrribie à ses yeux que le caïman du Gange et le tigre du Sahara. Que si quelquefois l'instinct rapproche au hasard deux individus de sexe différent, leur appétit «tisfaii, ils se regarderont avec effroi, et le plus faible e hâtera de Âiir dans k crainte d'être dévoré. »
{Essai sur V indifférence,)
— Tjél eat, nécessairement , l'état social : dès, que la théorie de la souvieraineté du peuple, négation de la «ouVjBïÉÛneté religieuse, se trouve vulgarisée; sous la protection d'yne science illusoire , faisant accepter â08 ftn^dogieB : pour des identités.
276 Vt LA 80DVERAIIIBTÉ.
« Toutes les qoeslîons qui tiennent à la morale ont dans notre propre cœur nne solation tonjonn prête, que les passions nons empêchent qaelqaefilig de saivre, mais qu'elles ne détruisent jamais ; et la solution de toutes ces questions aboutit tovrjflNm par plus ou moins de branches à un tronc eom^ mun, à noire intérêt bien entendu, principe delà» tes les obligations morales. »
D'Alembert, Éclaircittements sur les éU* ments de philosophie.
Tel est, en effet, le principe de toutes les actions, sous la souveraineté du peuple, négation de toute souveraineté religieuse. Aussi, dans l'examen que nous avons fait des travaux de M. de Girardin, avons-nous vu ce publicîste adopter hautement cette assertion de d'Alembert. Voyons! comment M. de la Mennais va la réfuter.
— « J*adn)ire^ dit Tillustre écrivain, qu'avec de Tesprît on puisse dire de si grandes soUises. Comment mon intérêt [pour ce qui est de cette vie), qui n^est relatif qu'à moi, peut-il mUmposer des obligations eiveif ' les autres ? Je ne crois pas qu^on ait jamais allié deux idées plus dispait* tes. Autant vaudrait soutenir franchement , comme Diderot , que notM 1 seul devoir est de nous rendre heureux : cela se comprend au moins* j Mais, quoi qu'il en soit au fond de la maxime de d'Alembert, considérefen les conséquences. D*abord qui vous garantit que la généralité desbooi" mes sauront toujours hien entendre leur intérêt, dans le sens on oetiaié» rêt est celui de la société entière , et dépend de tous les rapport! fH i^ peuvent exister entre ses membres? Que de connaissances, que dr Inmift i res, que d'expérience, que de réflexion , quelle profondeur et quelU ngacité d'esprit ne faut-il pas pour embrasser tant d'objels divers, les eak i
Dff LA SOUVERAINETÉ. 27&
Le prétendu état de nature est celui : où, chaque homme était souverain. Écoutons, M. de la Mennais, sur cet Éden philosophique !
— «Etat de nature, dit-il, indépendance absolue on absence de toute soeiélé. Pins d'autorité, plus de lois, plus de devoir ,^ plus de raison, plus de langage. La nuit dans Tentendement^ l'apathie dans le cœur, qui ne bot phis, le silence sur les lèYres... G^est la mort. Aussi Thomme n'a-t-il
jamais Técn dans Tétat de nature. »
{Mélanges,)
— C'est vrai. Domestiquement, les hommes n'ont jamais vécu dans cet état monstrueux. Mais, nationalement^les hommes y vivent depaisl'origine de l'humanité. Est-ce pour faire progresser la société, que les amateurs de souverainetés individuelles, veulent pla^ cer les hommes, domestiquement, à l'état de bêtes f^* roees : où, se trouvent encore les nations?
— « Les chartes, dit encore M. de la Mennais, sont pour les peuples ce qu'est TÉcrilure pour les réformés : c*est le protestantisme transporté dans la politique. En croyant obvier aux difficultés, on les multiplie. Chacun interprète à sa façon le texte sacré, y trouve ce qui lui plaît; et déjà n*avons-nous pas vu dans les chambres des disputes grammaticales ? Je ne sais même si on n'y a point cité le Dictionnaire de T Académie. »
(Nquv. mélanges.)
— Il n'y a point là de quoi s'étonner. En époque d'ignarahce sociale sur la réalité du droit, et d'incompressibilité d'examen, le dietionnaire, en fait d'ordre social, est nécessairement le plus sot des livres. La plus sotte des souverainetés, dominant alors nécessairement, doit, nécessairement aussi ^ avoir le plus sot des Kvres pour évangile.
— « Oa s'est imaginé de nos jours^ dit encore M. de la Mennais, qu^une feuille de papier^ qu'on appelle conslitulion, derait tenir lieu de tout aux peuples, de mœurs, de religion et de gouvernement. »
(Ibid,)
— Depuis que M. de la Mennais a écrit ce passage, on a fait d'immenses progrès. Non-seulement on veut se passer : de mœurs, de religion et de gouvernement;
mais aussi de constitution. C'est logique^ du reste
sous la souveraineté du peuple.
— « Quand, dit M. de la Mennais , un malade est sans ressource, on
fait une assemblée de médecins : il est juste qu'on ait le même égard pour
Ja société. »
{Ihid.)
— Quand un malade est riche, attaqué d'une maladie qui paraît mortelle, que personne ne connaît de remède, et que la probité est considérée comme une sottise ; chacun cherche à se faire accepter au nombre des médecins, afin de tout arracher au malade, jusqu'à son dernier écu. N'est-ce point logique : sous 'la souveraineté du peuple?
— « Les moindres inconvénients des discussions publiques sur les matières de gouvernement^ dit encore M. de la Mennais, est qu'elles répandent plus de doute que de lumières. »
— Comment voulez-vous qu'il en soit autrement en présence de l'incompressibilité de l'examen; et, de l'ignorance sociale?
— « Elles échauffent les passions, continue M. de la Mennais, excitent les murmures^ dégoûtent de ce qui est , précipitent dans les expériences,
Dff LA SOUVERAINETÉ. 27^
Le prétendu état de nature est celui : où, chaque homme était souverain. Écoutons, M. de la Memiais, sur cet Éden philosophique !
— «État de nature, dit-il, indépendance absolue on absence de toute société. Pins d'autorité, pins de lois, plus de devoir, plus de raison, plus de langi^e. La nuit dans Tentendement^ Tapathie dans le cœur, qui ne iMrt plus, le silence sur les lèYres... (Test la mort. Aussi Thomme n*a-t-il
jimais Técn dans l*état. de nature. »
{Mélanges,)
— C'est vrai. Domestiquement, les hommes n'ont jamais vécu dans cet état monstrueux. Mais, nationalement^ les hommes y vivent depaisl'origine de l'humanité. Est-ce pour faire progresser la société, que les amateurs de souverainetés individuelles, veulent pla^ eer les Inmimes, domestiquement, à l'état de bétes féroces : où, se trouvent encore les nations ?
— ' « Les chartes, dit encore M. de la Mennais, sont pour les peuples ce qu*est l'Écriture pour les réformés : c'est le protestantisme transporté dans la politique. En cropnt obvier aux difficultés, on les multiplie. Chacan interprète à sa façon le texte sacré, y trouve ce qui lui plaît ; et déjà QaTons-nous pas vu dans les chambres des disputes grammaticales ? Je ne sais même si on n*y a point cité le Dictionnaire de l'Académie. »
{Nquv» mélanges.)
— Il n'y a point là de quoi s'étonner. En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, et d'incompressibilité d'examen, le dictionnaire, en fait d'ordre social, est nécessairement le plus sot des livres. La plus sotte des souverainetés, dominant alors nécessairement, doit, nécessairement aussi, avoir le plus sot des Kvres pour évangile.
— « Oa s'est imaginé de nos jours^ dit encore M. de la Mennais, qu^une feuille de papier^ qu'on appelle conslitulion, derait tenir lieu de tout aux peuples, de mœurs, de religion et de gouvernement, n
(Ibid.)
— Depuis que M. de la Menoais a écrit ce passage, on a fait d'immenses progrès. Non-seulement on veut se passer : de mœurs, de religion et de gouvernement ;
mais aussi de constitution. C'est logique^ du reste
sous la souveraineté du peuple.
— « Quand, dit M. de la Mennais , un malade est sans ressource, on
fait une assemblée de médecins : il est juste qu'on ait le même égard pour
Ja société. »
— Quand un malade est riche, attaqué d'une maladie qui paraît mortelle, que personne ne connaît de remède, et que la probité est considérée comme une sottise ; chacun cherche à se faire accepter au nombre des médecins, afin de tout arracher au malade, jusqu'à son dernier écu. N'est-ce point logique : sous 'la souveraineté du peuple?
— « Les moindres incon?énients des discussions publiques sur les matières de gouvernement^ dit encore M. de la Mennais, est qu'elles répandent plus de doute que de lumières. »
— Comment voulez-vous qu'il en soit autrement : en présence de l'incompressibilité de l'examen 5 et, de l'ignorance sociale? '
— « Elles échauffent les passions, continue M. de la Mennais, excitent les murmures^ dégoûtent de ce qui est , précipitent dans les expériences»
ciH*
soumettent le souveraîu au jagement du peuple, préparent dès lors sa condamnation, et la TiiBimE, qu'on ne l^oublib jamais , est l'échapaud