‹ De la souverainetéChapitre 17 sur 52 · H 8AH8 EUX. P · texte numérisé non relu

H 8AH8 EUX. P

— Qu'en dite^vous ?

Vous croyez, peut-être : que, cette étounlerie est échappée à un homme qui ne sait ce qu'il dit ! Erreur. A la page o31, du même volume, vous trouvez :

— « Il est permis d'élever la question de savoir si une société peut exister sans aucun gouYemement. »

— Vous vous imaginiez, peut-être : que, l'absence d'autorité, de religion, de gouvernement et même de bon sens, appartenaient aux prétendus socialistes, tels et tels? Erreur, vous dis-je. Ces doctrines appartiennent en pi'opre à TAcadémie des sciences morales et politiques, dont J.-B. Say est le coryphée.

Vous allez me dire que j'exagère ; et, que J.-B. Say n'a nullement parlé de religion. 11 faut, alors^ que je me justifie.

— « Les mœurs et les coutumes des nations, dit J.-B. Say, leurs lois, leur religion , imfluknt au plus haut degré sur le sort des peuples : cependant elles ne sont pas une des causes essentielles de leur existence. »

[Cours comp.y t. H, p. 536.)

— En lisant ce passage, tâchez d'oublier : que, selon J.-B. Say, le point de droit, c'est-à-dire la religion et les lois, n'ont presqu'aucune influence sur le sort de l'homme. Ce sera facile : du moment qu'elles ne sont point conditions essentielles à l'existence des nations.

Si, quelqu'un accuse J.-B. Say, d'être partisan delà souveraineté du peuple, je nie l'accusation et ; je, prouve ma négation.

Bfi LÀ SOUVERAINETÉ. 303

La fiouveraineté du peuple a pour résultat nécessaire un gouvernement. Or J.-B. Say ne veut pas de gouvernement. Donc, il ne veut pas de souveraineté du peuple.

En parlant d'un gouvernement quelconque, il dit :

— « Quant à ses bienfaits, on ne peut les vanter sans hiaisurie : quel iiîttiifHit peut répandre radministration, si ce n*est aux dépens .des administrés? »

(im., p. 214.)

— Ètes-vous convaincu? Ainsi, T Académie, des Sciences morales et politiques, est l'adversaire de tout gouvernement possible. En connaissez-vous un : dont, elle ail été l'amie ?

Du reste 'J.-B. Say : savait, qu'il défendait une mauvaise cause; et, il a préparé sa défense, de la ma nière suivante :

— a II n'y a pas, dit-il , de mauvaise cause en faveur de laquelle on ne puisse apporter quelques bonnes raisons, a

(Traité d'^cmomiBpolUifuejf^ 193.)

— C'est, la négation du raisonnement. Mais^ après ^w nié le droit, il est logique : de nier la raison.

Définitivement, J.-B.. Say, est-il partisan de la souveraineté du droit divin, ou, de la souveraineté du peuple ? Le passage suivant pourra nous aider à réfiondfe la question.

~* « Des gens qui ne sont pas tout à fait fous, dit J.-B. Say, ont <^éciié que toute souVet^aioté vient de Dieu ; d^autres ont prétendu qu'elle venait da peuple : d'où uM double série de conséquences op^ées qui

304 DE hk SOUVISRAtlIETÉ.

abontissent, les unes au plus ^and bien de ceux qui se disent les intefprètes de la dÎTinité, les autres au plus grand bien des nations. »

(J,'B, Say à Dupwtj de Nemours,)

— Il paraît : que, J.-B. Say est partisan de la souveraineté du peuple ; et, veut arriver au plus grand bienêtre des nations : par l'absence de droit, de lois, de gouvernement et de religion. C'est un singulier chemin. Peut être, néanmoins, ne le croyait-il point absolument bon. Car, dans la même lettre, nous trouvons également :

— tt On dit que ce n*e$t qu*A force de faux pas que l'on apprend i marcher droit; mais comment se fait-il qu*aprèstant de faux pas, depuis quatorze ou quinze siècles, nous ne sachions pas encore comment Ton peol se tenir sur ses jambes? »

— Hélas ! Je dirais bien le pourquoi à l'Académie des sciences morales et politiques représentant J.-B. Say : c'est, que pour marcher droit, socialement, il faut commencer par ne pas nier le droit. Mais, ce serait inutile ; il n'est tel sourd : que, celui qui ne veut pas entendre.

Passons à un autre membre de la même académie.

— «r Tous ces systèmes d*opposition et de balance , dit Destntl de

Tracy, ne sont jamais, je le répète, que de vaines singeries ou une guerre

civile réelle. »

{Commentaire de VEsprit des foû, p. 166.)

- — Voilà : un académicien qui ne paratt point partisan, de la souveraineté du peuple.

Dfi LÀ SOUVERAJNETÉ. 305

— <f Le principe des gouvernements fondés sur le droit des honunes,

■dit-il encore, est la raison. »

[Ihid., p. 200.)

— Je suppose que l'auteur a youIu dire la bonne

raison ; car, ïa singerie balance est aussi une raison. Alors, comment distingne^t'^m la bonne raison de la

mauvaise ? Si, c'était par la force; <5e s€ffBit retomber,

gouift la souveraineté du peuple : que , l'auteur parait

«Toir en horreur.

— « H n'y ft^ dit eacore ootre académicien , que les gomvemements

fondés sur la raison qui puissent désirer que l'instruction soit saine ,

forte et généralement répandue. »

{Ihid., p. 200.)

— Je pourrais demander : comment, l'instruction

doit être pour être saine; et, si enseigner : "que droit,

kî^ goofememeiit et religion ne sont pas essentiels à

feiisteiice de l'ordre , est une instrtiction forte : (piMl

«oit convenable de répcMtidre généralement. Je n'en

Icrai rieb, de crainte d'obtenir une réponse peu ortho-

imuB. L'essentiel est de savoir : que, notre académicien

n'est point partisan de la souveraineté dn peuple ; à

«on insu , peut-être ; mais, n'importe.

Je dis à son imm ; car, le digne académteieB ne savait pas trop ca qu'il voulait.

-^ « La démocratie, dii-il, est Tétai àê nature l>rttte« i»

"^ Yoilày une e^f^e de répudiattou de la souveraâr- ^^té du peuple. Puis, il ajoute immédiatement : n. 20

•— a La représentation est celui de la nature perfectionnée , qui n^est ni déviée, ni sophistiquée, et qui ne procède ni par système ni par expédients. »

{Comment, de VEsprit des lois, p. 20.)

— Ceci est rexaltation de la souveraineté du peuple. Un homme, sans instruction, s'étonnerait d'entendre affirmer : que, décider du bien et du mal, à coups de boules, n'est ni un système ni un expédient. Mais, c'est ainsi que l'on s'exprime : quand on est doué d'une haute instruction ; et surtout : quand on est membre d'une académie de sciences morales et politiques.

— <t Les nations, dit Destutt de Tracy, sont les unes à Tégard des autres dans Tétat où seraient des hommes sauvages, n^appartenant à aucune nation et n*ayant entre eux aucun lien social. »

(/Wd., p. 115.)

— Certes, l'auteur n'est point partisan de la souveraineté du peuple, entre les nations ; c'est une espèce de preuve : qu'il n'en est point partisan, au sein de chaque nation. Savez-vous ce qu'il indique pour remédier à la souveraineté du peuple , entre les nations ? C'est, dit-il :

— K D* établir entre elles un tribunal et une force coercitive commune. »

(Ibid., p. 116.)

— Pas davantage I Un droit commun ; et, une sanction inévitable. Et cela : au sein des nations autonomes ! Destutt de Tracy eût été digne : d'être membre du congrès de la paix.

A propos du pouvoir exécutif, Destutt de Tracy s'écrie :

— « Pour ce pouToir,. j'ose affirmer, quoique Ton en ait dit, qu'il est absolument indispensable qu'il ne soit pas tout entier dans une seule main. »

— Une pareille idée doit ouvrir les portes de toutes les académies de sciences morales et politiques. Ij'étiquette de réception devrait être : de faire arriver l'élu en carrosse à six chevaux, ayant six cochers sur le siège.

Après cela, étonnez-vous : que, le gouvernement représentatif soit l'état de la nature perfectionnée , qui n'est ni déviée ni sophistiquée ; et, qui ne procède : ni par système, ni par expédients 1

Destutt de Tracy est aussi fort en morale qu'en po^ litique.

fr

— « Le premier pas, dit-il, à faire en morale est sans doute d'empêcberles grands crimes, et le moyen le plus efficace est de les punir. L'important n'est pas que les peines soient très-rigoureuses, mais qu'elles

soient inévitables. »

(Comment, de l'Esprit des lois,)

— C'est , le complément de la bagatelle du droit commun. Et cela : sous le triomphe du gouvernement représentatif, règne de la force brutale !

Savez-vous : sur quoi Destutt de Tracy fonde sa sanction inévitable ? Sur l'organisation de la gendarmerie.

Est-ce que l'auteur veut rendre la gendarmerie, l'interprète de la raison : sur laquelle il veut baser son

306 DE LA SOirVERAmETÉ.

gouyernement ? La proposition suivante tend à le faire croire .

— « L'erreur de morale qui consiste à penser... que si Tàme meurt avec le corps nous n'avons aucun intérêt à être honnêtes gens, est absolument de même gei\rc que l'erreur de physique qui consiste à croire que la terre est immobife, ou que Tair n'est pas pesant. »

— Allons I Je me suis trompé. L'auteur, bien décidément, est partisan de la souveraineté du peuple. Mais alors, que diable nous parle-t-il de raison? H nous sera donc impossible de trouver, à TAcadémie des sciences morales et politiques, un seul homme qui ne dise point alternativement : oui et non sur le même sujet.

« Quand Rousseau a défini la loi : 1 expreuion de la volonté générale, il lui a enlevé tout ce q^ eu fait la vertu et la sainteté. En effet, si la loi n'est que l'expression de la volonté générale, elle ne représente plus un principe , mais un simple fait , elle n'a donc d'autre autorité que celle que lui communique le fait qu'elle représente; c'est-àdire qu'elle n'en a aucune. La définiiion de MouS" seau tue la loi. Mais heureusement, pour le salut de nos lois et de nos institutions , eette définition est fausse. La loi n'est pas l'expression de la volonté générale , mais de la justice La

meilleure définition de la loi est celle-ci : l'expression de la justice ; mais si on veut conserver la définition de Rousseau , il faudra la modifier en ces termes : la h» est Fexpressioa de la volooté générale , pourvu que cette velonté soit elle-même l'expression de la justice. »

M. Coirsii^r, Cours ttkistoire de la philosophie morale, vin® leçon, p. 300.

Que Dieu soit loué ! Voilà un membre de TAcadéïûie des sciences morales et politiques, depuis grand îûaîlre de TUniversité et ministre de l'instruction pu- I^lique sous la souveraineté du peuple, protestant hautement : contre cette souveraineté de la force brutale.

M. Cousin est-il partisan de la souveraineté de droit ^vin? Examinons.

'^ • Qui a enseigne ces droits à Tbommâ? dit M. Cousin. Comment ^t sjHtt quelle forme s'en est faite la révélation? Wwtj a rien de plus sioH

pie à comprendre. Dieu n^est pas descendu sur la terre pour proclamer lui-même ces droits devant Thumanité attentive ; non-seulement il n*a pas parlé, mais il n'a conféré à aucune puissance humaine le privilège de parler en son nom et d'enseigner ces droits sacrés ; il a fait mieux, il les a gravés de sa main au fond de toute conscience, il a illuminé tout homme Tenant en ce monde d^uiie lumière à la clarté de laquelle chacun peut les reconnaître quand le temps est venu, et cela sans le secours de Texpérience ni des livres. Le vrai révélateur des droits de Vhomme , c'est la raison; la raison, puissance sovYKtiJiiinE^ mais invisible, qui ne revêt aucune forme, nMiabite aucun lieu, mais qu'il faut bien se garder de nier, car elle est dans Tfaumanité comme Dieu est dans Tunivers , partout et nulle part. »

{Cours d'histoire de la phil. mor., viii* leçon.)

— Concluons :

M. Cousin répudie : et la souveraineté de droit divin ; et la souveraineté du peuple. Il proclame : la souveraineté de la raison.

Je pourrais demander à M. Cousin, comment on distingue la bonne raison de la mauvaise ; et comment il est possible de nous assurer : que, ce que nous croyons raison réelle , bonne ou mauvaise, ne soit raison qu'illusoirement. Je pourrais même prouver : que, selon M. Cousin, le critérium de la raison est la force. Mais^ quand on a un allié, dans un camp ennemi, il ne faut lui chercher querelle , qu'à la dernière extrémité.

Le passage suivant n'est, pour ainsi dire, qu'une répétition du premier que nous avons cité. Mais, quand un homme comme, M. Cousin, vient à se répéter; il est permis de l'imiter.

— « Nous avons vu Rousseau et d'autres publicistes, dit M. Cousin* défmir la loi : l'expression de la volonté générale. C'était poser comnie principe même de la loi ce qui n'en est qu'une condition accidentelle ' condition qui , même lorsqu'elle devient indispensablej ne constitue poia t

l'essence de la loi. Ea effet, le vrai principe de la loi est la justice ; la ou LA JUSTICE MANQUE , IL N*T A PAS DE LOI : il ne restc qu*une vaine et impuissante formule , que cette formule ait été proclamée par un seul ,

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