APPRÉCIATION DBS RÉSULTATS THÉORIQUES ET PRATIQUES
DÉRIYAirr NÉGESSAIREIIENT DE LA SOUVERAlItETÉ DU PEUPLE, CONSIDÉRÉE COMME BASE SOCIALE.
« Tout gouTemement qui permet qn'on discate son principe est un goaTernenieat qui ne saurait vivre. »
GÉHÉRAi. Cavaionac, DUcuss. sur la eomêUt., 14jaiUet 18&1.
Cette proposition, pour toute l'époque d'ignorance , est vraie : comme un axiome de géométrie. Mais, elle n'a qu'une seule base solide, quand le principe n'est point incontestablement rationnel; c'est : V exercice d'une inquisition pour la foi ! Voilà, le général Gavaignac Voulant rétrograder aux AUTODA-FÉ. C'est logiquc; c'estla conséquence inévitable : de toute fausse souveraineté ; de tout principe non absolument raisonnable. Mais, ]e général oubliait une chose; c'est : qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen, il est de toute impossibilité d'empèclier la discussion d'une base sociale. Le principe, de la société actuelle, est la sou- ' veraineté du peuple. Et , comme rien au monde n'est plus, contestable, comme rationnel, que le mot principe; il faut en conclure : que , toute société , basée sur la souveraineté du peuple , ne saurait vivre ; et , qu'il est de l'intérêt , de cette même société, de se baser sur un principe, qui puisse être discuté sans danger. Or, la souveraineté scientifique
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est seule possible à cet égard. Est-ce la souveraineté de la science que désirait le général ?
-— a Nous avons déjà eu occasion , dit encore le général Gavaignac^ de nous élever contre e principe de ia toute^puissance des faits, »
— Le principe , de la toute puissance des faits , n'est autre : que , la souveraineté de la force brutale ; la souveraineté du peuple.
— « Avec ce principe-là , continue le général , est-on sûr de la loi? »
— Sans aucun doute ; on en est sûr : tant, qu'on reste le plus fort.
— <c La loi d'aujourd'hui , continue le général , sera-t<elle celle de demain? Les représentants de la pensée nationale d'aujourd'hui seront-ils les représentants de la pensée de demain? »
— Il y a dix mille à parier contre un; que, ces pensées seront différentes.
^ « Et, que faire, continue le général, en présence d*un f5 mai? »
— Que faire ? Être le plus fort ; ou , subir la loi du plus fort ; en attendant : qu'on puisse redevenir le plus fort ; pour être, ensuite , chassé par un plus fort. C'est une attente bien rationnelle !
«- « Attendre , dit M. le duc de Broglie , est sage ; à la condition : d'attendre quelque chose ; mais, attendre pour attendre, par pure insouciance ou par pure irrésolution , faute d'avoir assez de bon sens pour se décider, et assez de courage pour se mettre à l'o&uvre ; attendre ainsi est le pire de tous les partis, et le plus certain de tous les dangers. »
{A la Chambre des pairs,)
— M. le duc ne réfléchit pas : que , quelque bon sens,
et quelque courage que l'on puisse avoir ; il est impossible : de se mettre à une œuvre, que Ton ne connaît pas. L'œuvre consiste : à anéantir la souveraineté du peuple. M. le duc le sait-il? La France le sait-elle? L'Europe le sait-elle? Le monde le sait-il? L'œuvre consiste : à anéantir la souverai*neté da peuple , par l'intronisation de la souveraineté rationnelle. M. le duc sait-il : comment, il est possible d'introniser cette souveraineté? La France le sait-elle? etc., etc. Jusque-là, il n'y a de possible : que, guerre entre les familles d'une même nation ; et, guerre acharnée , guerre à outrance, entre les nations.
'— « Guerre pour guerre, dit M. de Falloux! sang pour sang! meurtre pour meurtre ! Et vous aurez ^ à la fin de ce siècle ensanglanté , tant de luttes et de batailles, que personne de nous ne peut en prévoir Tissue ni le dénoûment final. »
(M, DE Falloux. Assembléû nat législ., 14 juill. 1851.)
— Et, la cause du mal, M. de Falloux? Et, le remède? Que voulez- vous faire : tant, que vous ne connaissez : ni Tune , ni l'autre ? Vous voulez donc aussi attendre ?
— a C'est la France, s'écrie encore M. de Falloux, qui vous dit à vous, ses médecins et ses amis : Donnez-moi un remède contre Yanarchiej mais que ce remède ne soit pas le despotisme. »
{Id.f ibid.)
-— Si, M. de Falloux , avec sa belle intelligence, s'était donné la peine de réfléchir, en s'isolant de ses préjugés, il aurait reconnu; qu'en présence : de l'ignorance sociale, sur l'obéissance raisonnable; et, de Tincompressibilité de l'examen ; l'anarchie ne peut être anéantie : que, par un despotisme plus ou moins éphémère, conduisant à une nouvelle anarchie. Il aurait reconnu : que, la cause unique du mal est la souveraineté du peuple ; et , que le remède unique, à ce mal , est : l'anéantissement de cette même souveraineté; par l'intronisation : de la souveraineté rationnelle.
Hélas ! personne ne veut du despotisme ; personne ne vent de Tanarchie ; tous veulent la liberté , et , personne jusqu'à présent, n*a indiqué, d'une manière rationnellement incontestable : que , la liberté peut exister, en réalité, chez l'homme ; que, ses conditions d'existence sont ; telles et telles ; tant , pour les individus que pour l'humanité ; et, que la souveraineté du peuple est la négation absolue : tant, de la liberté des individus ; que, de la liberté sociale.
*- «( La liberté^ dit M. Laurentie, en nos temps ^ comme en tous les temps, a pour condition une autorité qui la règle. »
—Très-bien ! c'est dire : que , la liberté est la soumission volontaire , la soumission , indépendante du joug des passions , à une AUTORITÉ , que Ton considère : comme, Yéternette raison. Sous, toute souveraineté de droit divin ; la liberté existe : tant que cette souveraineté est considérée : comme, éternelle raison. Dès, que cette souveraineté cesse d'être considérée comme telle -; la liberté n'est plus possible : que, par l'intronisation de l'éternelle raison : démontrée, exister réellement. Entre les souverainetés de droit divin; et, la souveraineté de l'éternelle raison 5 la souveraineté du peuple existe nécessairement; et, cette souveraineté est la négation de toute liberté : tant individuelle que sociale.
— a Et, continue M. Laurj^ntie, puisque Tautorité manque en Europe, il faut en Tenir à chercher pourquoi elle manque ; et , pourquoi elle est mcd suppléée par la force. C'est la , toute la question de salut. »
— C'est admirable d'observation. Mais, M. Laurentie a-t-il fait cette recherche ? Jamais , jamais, jamais !
L'autorité manque, en Europe et dans le monde, parce que : en époque d'ignorance sociale sur la réaUté de l'autorité; l'autorité ne peut epster : que, sous Thypothèsc de la réalité du droit divin ; cette hypothèse j Tincompres-
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8ibilité de Texamen vient la détraire ; et , Tautorité cesse uécessairemept d'exister : jusqu'à ce que la souveraineté rationnelle y rendue scientifiquement incontestable, soit elle-même intronisée : par la nécessité sociale. Jusque-là, la force brutale , la souveraineté du peuple , seule possible alors, non-seulement supplée mal à l'autorité ; mais encore, en est la' négation perpétuelle. Toute la question de salut est, en effet, dans la question d'autorité; et, j'en ai donné une solution complète. Mais, qui y adhérera, quoique rationneUement incontestable, avant d'y être forcé : par la nécessité sociale? Personne.
— (( ËTiter la guerre, continue M. Laurentie^ c'est beaucoup. »
— Gomment , c'est beaucoup ! ce n'est pas beaucoup ; c'est tout. Mais, il est aussi impossible d'éviter les guerres, sous les deux fausses souverainetés ; qu'il est impossible de faire un bâton n'ayant qu'un seul bout. C'est, seulement, sous la souveraineté rationnelle, anéantissant les nationalités ; que, les guerres cessent nécessairement : d'exister.
— « Mais, continue M. Laurentie, le complément politique, c*est de réhabiliter le droit, non par le glaive , mais par Tassentiment public de tous ceux qui ont mission d'éclairer le peuple. »
— Voyons, Monsieur, pas de pétition de principe. Le droit existait , hypoihétiquement , sous les souverainetés de droit divin. L'incompressibilité de l'examen a anéanti l'hypothèse ; et , par conséquent le droit. La souveraineté du peuple est la négation du droit réel. Vous voyez bien que le droit ne peut être réhabilité : que , par la démonstration scientifique de sa réalité ; et, cette démonstration constitue : la souveraineté de la raison.
Vous voulez : que , le droit soit réhabilité , par l'assentimeat public de tous ceux qui ont mission d'éclairer le
peuple. Ici y Monsieur, nouvelle pétition de principe. Pour éclairer les autres, sur le droit; il faut être soi-même éclairé. Or, tant que la souveraineté du peuple existe ; personne, n'est éclairé sur le droit; puisque, cette souveraineté : est la négation du droit.
-^ ce Qu'a-t-on fait en Europe , continue M. Laurentie? On a laissé flotter les opinions et les consciences. »
— C'est, inévitable : en présence de l'ignorance sociale sur la réalité du droit ; et , sous une souveraineté négatrice de la vérité.
— « On a^ continue M. Laurentie^ admis tour à tour les faits violents de pouvoir et de dépossession. On a adoré le succès;.^. »
— Pour Famour de Dieu, cessez d'étaler des faits, si vous ne voulez remonter aux causes! Tout ce dont vous vous plaignez, dérive nécessairement ; nécessairement, entendezvous? de la souveraineté du peuple; de la souveraineté de la force brutale. Le contraire, sous cette souveraineté, est encore aussi impossible : qu'un bâton à un seul bout.
— « ... politique, continue le publiciste, cent fois pire que la guerre, puisqu'elle corrompt les âmes, et que la guerre les passionne et les exalte. »
— Sous la souveraineté du peuple. Monsieur, il n'y a de politique possible : que, celle de la guerre, patente ou lar tente.
— a Que cette politique ait une fin ! » s* écrie M. Laurentie.
(Union du 29 novembre 1850.)
— On ne guérit aucune espèce de mal. Monsieur, en faisant uniquement des vœux pour sa guérison. On guérit le mal : en étudiant sa cause ; en anéantissant cette cause ; et , aussi les ravages qu'elle a pu faire.
-— a Le bel état, dit encore M. Laurentie, que celai d'an pauplâ qui, à supposer la marche de son gouTernement régulière et calme ^ serait condamné^ tous les quatre ans, à mettre en question ses lois, sa constitution, sa lïel On appelle cela une République! Ou bien^ en admettant le droit de révolution permanepte , comme Tcxercice naturel de la liberté , quelle perspective que relie d'une succession d^épreuves, qui vous font passer : de Tutopie communiste à la réalité de Tétat de siège ; de la guerre des barricadef à la justice des pontons ; et puis qui vous ramène de Tordre (i) au socialisme (2), qui de M. Faucher va à M. de Girardin, qui paaie ainsi par tous les soubresauts de la fantaisie ,' comme pour défier l'esprit positif des politiques d'action et l'esprit chimérique des son^e-creuz ! »
— Toujours j toujours , l'exposition des faits; et , jamais, jamais y le plus petit effort pour remonter aux causes ! Essayez donc qu'il en soit autrement, sous la souveraineté du peuple ! £t y vous aurez trouvé la solution : du bâton à un seul bout!
•^ « La Franco, continue M. Laurenlie, est sujette; et de qui, grand Dieu ! Est* il un audacieux, un sectaire, un cynique de révolution qui n'aspire à lui mettre le pied sur la gorge? Chacun couvre son dessein de cette belle parole de suffrage universel! Magnifique piperie dont les uns font sortir la dictature, les autres la jacquerie. Voilà la France telle que nous la font les révolutions des démagogies : condamnée tour à tour à l'anarchie ou à la servitude, et toujours à la ruine. »
(Union, 19 octobre 1851.)
— ' Tout cela est vrai , Monsieur ; mais , la cause , la cause? Sous la souveraineté du peuple, la seule possible, en présence de Tincompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale sur la réalité de la souveraineté, essayez donc qu'il en soit autrement ? Alors , la dictature vous sauve momentanément de l'anarchie ; et , ce moment vous laisse, une lueur d'espoir, pour l'intronisation de la souveraineté rationnelle ; lueur, qui ne peut jamais exister : au sein de l'anarchie.
(1) C'est du despotisme qu'il fallait dire.
(2) C'est à l'anarchie, qu'il fallait dire.
•— « L'incertitbde est partout^ r> dit eDcore M. Laurentie.
— Comment voulez- vous. Monsieur, que Fincertitude ne soit point partout; quand, on existe sous la souveraineté du peuple, négation de toute vérité? Sous la souveraineté delà science, au contraire, la certitude est partout. L'ïiumanité, au sein de Fincertitude, est comme Tantale au sein des eaux. L'incertitude ou Tignorance, caractérise l'époque d'expiation. La connaissance de la vérité , en est le terme.
— a L'idée du fait matériel , continue M. Laurentie, et la seule qui soit saisissable à des esprits dominés par le sensualisme et par fégoïsme. »
— Sous la souveraineté du peuple, négation de toute immatérialité ; l'égoïsme relatif à cette vie seule et unique, c'est-à-dire le sensualisme , peut seul dominer des esprits pour lesquels , les faits matériels, les apparences, sont exclusivement des réalités.
-— « Touie idée morale, continue M. Laurentie, est bannie de la politique. »
— Une idée morale , est une idée de dévouement. Sous la souveraineté du peuple , le dévouement est une sottise. Or, personne ne veut être sot. Vous voyez : que , sous la souveraineté du peuple , toute idée morale doit être bannie : non-seulement de la politique ; mais encore de tout commerce entre les individus.
— (( L'habileté^ continue M. Laurentie , c'est l'art des agencements et des surprises. Les hommes et les partis s'appliquent à se tromper, et tous aiment la tromperie, c'est toute la force politique du temps présent i» .
— C*est bien juste. Quand , la sincérité n'a aucune sanction , qui ne soit inférieure à la force ; la tromperie , qui
est une force; et, la plus grande tromperie , qui est la plus grande des forces; doit être considérée : comme la yertu supérieure à toute autre.
— tt Triste temps , continue M. Laurentie , où nulle opinion n*est sûre d*elle-même... »
— Aucune opinion, n'est jamais sûre d'elle-même; par cela seul : que , toute opinion est toujours : une impertinence, un préjugé, une sottise. Sous le règne de la foi, il n'y a pas d'opinion , tout est tenu pour vérité. Sous le règne de la science : toute vérité est démontrée vérité ; toute erreur est démontrée une erreur. C'est exclusivement sous la souverainté de la force brutale , négation de toute vérité, qu'il y a des opinions; et, que peut exister : le règne des opinions.
— «... où, continue M. Laurentie, Ton court à la Montagne pour faire de Tautorité et à l'anarchie pour faire de la liberté ; où , tout se mêle, les devoirs et les erreurs ; où la témérité est peureuse et TaTenture cachottière; où le coup d'État se délibère en tremblotant, et la défense se prépare en demandant grâce ! »
— C'eçt juste, c'est raisonnable, c'est naturel, cela ne peut être autrement : sous la souveraineté du peuple.
, -zsr 0i Qu'il fait beau, dans cette décadence, continue M. Laurentie, nous parler du principe d'autorité. »
— Pourquoi pas, Monsieur? Est-ce que la force n*est pas la seule autorité ; quand nulle autorité n'est supérieure à la force ; ce qui est le cas : sous , la souveraineté du peuple ?
— c( L^autorité! continue M. Laurentie, quand nulle loi n'est sacrée, nul pouvoir incontesté, nulle souveraineté possible.,. »
— Voyons, Monsieur, restons logiques. La loi du plus fort est toujours sacrée : tant, qu'aucune autorité n'est supérieure à la force. Le pouvoir du plus fort, dans le même cas, n'est jamais contesté; et la souveraineté de la force est toujours possible; et seule possible : quand, aucune autre souveraineté ne lui est supérieure.
— « ... quand, enfin, continue M. Laurentîe^ il ne reste partout que la peur, et que tout le monde est à genoux, n
(Union, 22 novembre 1851.)
— ^^ C'est juste, c'est raisonnable et exclusivement raisonnable. Sous la soi^veraineté de la force, il ne doit rester, partout, que la peur; et, tout le monde est à genoux : devant la force.
Tout cela est clair, comme eau de roche. Et, pourquoi M. Laurentie, avec sa belle intelligence, n'a-t-il rien vu à travers le prisme de la vérité? C'est ^ que, pour lai, il n'y a que deux souverainetés possibles : celle de la force brutale ; et, celle du droit divin, ou de la force masquée de sopbismes. Il entrevoit fort bien : que la souveraineté du peuple est la source de toute anarchie possible; mais, la cataracte, de droit divin , l'empêche de voir : qu'en face de l'incompressibilité de Texamen , l'exercice du droit divin , c'est le despotisme ; et , que sous cette même incompressibilité , le despotisme conduit, inévitablement, à l'anarchie.
Passons d'un anthropomorphiste à un panthéiste.
— « Dans Favenir^ dit M. E. de Girardin , soit qu'on parie de la monarchie ou de la république, on ne dira plus constitutionnelle, mais
BAnONNBLLE. »
t (Presse du 7 avril 18S1.)
— Tant, que la société ne sait pas d'une manière scientifique : que le raisonnement réel , le raisonnement plus
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que phénoménal implique la liberté réelle , ches celui qui raisonne ;
Tant^ que la société ne sait pas : que la liberté réelle, implique un raisonneur réel , un raisonneur absolu, éternel, immatériel, indépendant de toute création et de toute matière ;
Tant , que la société ne sait pas : que , ce raisonneur réel , absolu , étemel , immatériel , ne peut être : que , la sensibilité , chez celui qui parait raisonner ;
Tant , que la société ne sait pas : que chaque sensibilité réelle , est une individualité éternelle , immatérielle , absolue, etc.,
L'épithète rationnelle , de M. de Girardin , n'a pas plus de valeur, que Tépithète constitutionnelle. Si , le panthéisme existe, tout homme est un automate, un ressort pensant, un pignon pensant, une roue pensante...; d'une immense machine qui pense aussi, et va toute seule; ainsi, que l'ont fort bien dit : MM. Proudhon, Lemaire et C*«. Alors, le rationnel n'est évidemment : qu'un phénomène, une apparence; car, un automate ne raisonne jamais : en réalité.
— ^ ce L'ordre, dit ailleurs M. de Girardin, c^est rappUc&tion coniUnte des lois de la justice, de la morale et de la raison , à la conservation des sociétés. y>
{Les Cinquante'deuXf n^ xiii.)
— Sous là souveraineté du peuple , négation deâ lois de la justice, de la morale et de la raison, l'ordre ne peut donc exister. Et , pour que Tordre réel , l'ordre perpétuel puisse exister; il faut : que, les lois de la justice, de la morale , de la raison, et qui plus est, leur étemelle sanction, éternellement supérieure à la force ; puissent être démontrées : réelles. L'ordre dépend donc de l'anéantissement de la souveraineté du peuple ; et , de l'intronisation de la souveraineté rationnelle. C'est, M. de Girardin, lui-même, qui le dit implicitement.
«— « It ne faut pas s'y tromper, dit encore M. de Grirardin , le régime dans lequel on ^it en France n'est pas celui de la liberté , c'est celui de la FORCE. Peu importe que ce régime ait changé de nom, et qu'au lieu de s^appelér souveraineté du roi, il s'appelle souveraineté du peuple. Il n'en continue pas moins d'être le régime de la force, yt
— ^Voilà, qui est admirable d'observation. Mais, il aurait fallu ajouter : que, le régime de la force existe nécessairement : tant qu'une autorité , éternellement supérieure à la force, n'est point , scientifiquement , démontrée exister en réalité. Il aurait fallu dire encore : que, toute souveraineté personnelle, sous quelque nom qu'elle puisse se masquer, ne peut être : qu'un dérivé de la force.
— « La souveraineté populaire, continue M. de Girardin, qui n'est pas le respect scrupuleux de la souveraineté individuelle... p
— M. de Girardin ne réfléchit pas : que, la souveraineté populaire est une souveraineté personneUe, relative à l'ensemble des individus ; et , que cette souveraineté de tous est en opposition complété, avec la souveraineté de chacun^ également personnelle. Avec un peu de réflexion, il était cependant facile de reconnaître : que , la co-existence de ces deux souverainetés est auâsi incompatible avec l'existence de l'ordre , et entre elles ; que , chacune d'elles est, elle-même, incompatible avec l'ordre. Cette erreur de M. de Girardin , comme de la génération actuelle , provient de la croyance : qu'il n'y a , de possible , que deux espèces de souverainetés : la souveraineté de droit divin ; et, la souveraineté du peuple.
— « .«. est, continue M. de Girardin, un despotisme qui ne diffère du despotisme monarchique que par le costume : casquette au lieu de couronne, veste au lieu de manteau. L'arbitraire de la multitude est-il donc moms lourd à supporter que l'arbitraire d'un seul? »
— L'arbitraire d'un seul, c'est le despotisme; l'arbitraire de tous, c'est l'anarchie; et, le despotisme est d'autant supérieur à l'anarchie; qu'un ordre quelconque est préférable au désordre. Il est vrai, qu'en époque d'incompressibilité de l'examen, tout despotisme devient presque aussi éphémère : qu'une anarchie.
— (( Offre-t-il donc , continue M. de Girardin , plus de garantie de savoir et de justice? »
(Abolition de V autorité,)
— Sous la souveraineté du peuple , sous la souveraineté de la force, toute garantie de savoir et de justice, est absolument impossible ; puisque cette souveraineté est précisément : la négation du savoir réel , de la justice réelle ; et, le sacrifice du savoir réel, de la justice réelle, au savoir, à la justice relatifs à la force.
Dans l'ouvrage intitulé , par M. de Girardin, abolitioin DE l'autorité , nous trouvons :
— <K Plus d'abusive autorité. »
— Il est donc une autorité, qui n'est point abusive? Alors, il fallait intituler ce travail : Abolition de toute autorité abusive; et, prouver : que, l'autorité réelle; l'autorité de la raison ; l'autorité du savoir réel ; n'est point une utopie> le non-être, le néant. C'est ce que j'ai fait : dans l'exposition de la science sociale.
La foi , la croyance de M. de Girardin , eu l'impossibilité de la souveraineté rationnelle, de la souveraineté du droit, lui fait souvent dire des choses directement contraires à sa pensée. Nous avons vu M. de Girardin répudier tout règne de la force. Et, cependant, il dit :
— oc Je ne crois pas aux gouvernements de droit; je suis pour les gouvernements de fait. »
(21 mai 1851.)
DE LA SOUVEHAINËTÉ. 4l3
— M de Girardin ne réfléchit pas : que , tout gouvernement de fait , isolé du droit , n'existe que par la souveraineté de la force. Sous la souveraineté rationnelle, le fait et le droit ne sont jamais séparés.
Le passage précédent est Fapologie de la souveraineté du peuple. Le passage que nous allons citer en est la répudiation. Les meilleurs esprits sont sujets à ces oscillations, aussi longtemps qu'ils restent imbus du préjugé : qu'il n'existe pas d'autre souveraineté : que, celle de la force.
— « La République, dit M. de Girardin, était Taffirmation de la sou- Teraineté du peuple. Mais , qu^est-ce qu'une souveraineté qui se délègue ^t ne s'exerce pas? C'est une souveraineté qui n'existe que de nom, ou qui abdique de fait.
« Si la souveraineté du peuple peut se déléguer légitimement, rationnellement, impunément, pour quatre années , par voie d'élection , elle peut , non moins conséquemment , se déléguer de mâle en mâle ; ou, à défaut de mâle, à la fille aînée par voie d'hérédité.
« Ou la souveraineté du peuple n'est qu'un mot , ou elle est un principe. Si elle est un principe, qu'elle le prouve en s'exerçant, comme on prouve le mouvement en marchant.
a Si elle ne peut pas s'exercer, si elle ne peut pas se déléguer, alors c'est qu'elle n'est qu'un mot* »
(26 février 1853.)
— Certainement , la souveraineté du peuple n'est qu'un mot; et, ce mot signifie : souveraineté de la force. Ce mot est la source de tous les malheurs, qui affligent notre société. Et , ce mot règne nécessairement , irrévocablement ; tant, que la souveraineté scientifique ne fait point rentrer, dans les enfers : la souveraineté du peuple , la souveraineté de l'ignorance, d'où elle est sortie : pour l'expiation de l'hu-^ manité.
<( Il D*jf a qu'on véritable législateur claus les temps modernes, cW l'expéneoce. »
M. Thi£r8, Hist, du comul, et de femp.
Le législateur, celui qui donne la règle, c'est te souverain ; c'est Dieu, ou c'est le peuple; c'est la force masquée de sophismes ; ou, c'est la force purement brutale : tant, que la raison réelle, à cause de l'ignorance sociale, ne peut être intronisée. En disant l'expérience est le législateur, M. Thiers, en théorie, répudie les souverainetés de droit divin et du peuple ; mais, il ne se doute point : que par cette expression, il confirme la souveraineté du peuple en PRATIQUE. En effet : l'expérience de personne ne peut être législateur; et l'expérience de quelqu'un ou de quelquesuns, considérée coname législatrice, n'est autre, en pratique : que, l'expérience des plus forts; l'expérience delà force brutale ; la souveraineté du peuple enfin.
Que de peines on se donne, pour se cacher la vérité à soi-même 1 II eût été si facile de se dire : La souveraineté de droit divin, c'est le despotisme ; la souveraineté du peuple c'est l'anarchie : patente ou latente* Mais, on vous eût demandé : quelle est la souveraineté de l'ordre ? Alors, il aurait fallu répondre : je ne sais pas. Et, il est si dur d'avouer son ignorance I !
-^ « La multitude, dit M. Thiers , qui se range toujours à la suite des agitateurs... »
— Yoilà^ encore, la souveraineté du peuple, répudiée
en théorie; et ^ M. Thiers n'a pas d'autre base pratique : que, cette même souyeraineté.
Quel supplice ! que d'être continuellement obligé : d'exécrer ce que l'on adore; et d'adorer ce qu'on exècre ! C'est le supplice, infligé à l'ignorance, par l'étemelle justice.
— «Ces hommes... dit encorç M. Thiers, subissaient, comme toutbs LBi A8SXMBLÉBS, la domination des esprits les plus violents., »
— C'est encore la répudiation de la force brutale, en THEORIE; et, M. Thiers n'a que cette base, pour la pratique.
•-— «Qu'est-rce qu'un droit? » se demande M. Thiers.
— Et, il se répond : avec autant de clarté que de précision :
— « C'est ce qui est du aux hommes. Or, tout le bien qu'on peut leur faire leur est dû ; toute mesure sage du gouvernement est donc un droit. )»
-— Et, le juge de ce qui est dû? Et, le juge de la mesure |k sage? C'est le plus fort; n'esl-il pas vrai.»^ C'est, répudier la souveraineté du peuple en théorie ; c'çst, invoquer la souveraineté de la raison ; et, n'avoir de base : que la force brutale. Quel supplice que l'ignorance !
— « Vouloir, dit encore M. Thiers , opérer la transaction avant le combat , c'est vouloir la paix avant la guerre. Cette vérité est triste, mais elle est incontestable ; les hommes ne traitent que quand ils ont épuisé leurs forces, »
— C'est incontestable, pour toute l'époque d'ignorance.^ sur la réalité du droit. Alors, les forts dominent les faibles ; jusqu'à ce que ceux-ci deviennent forts ; et le combat recommence : jusqu'à égorgement général de l'humanité.
C'est, pour éviter cet égorgement : que, la souveraineté de droit divin est inventée ; et, lorsque celle-ci n'est plus possible, regorgement recommence, et durerait jusqu'à extinction humanitaire : si, la souveraineté rationnelle ne venait mettre fin à l'égoi^ement.
Chez M. Thiers, c*est toujours la répudiation, en théorie, de la souveraineté du peuple ; l'aspiration vers la souveraineté de la raison ; et l'obligation pratique de se replacer : sous le joug de la force brutale.
« Tantale , dans les eaux , a soif et ne peut boire. »
— « L'empire de la loi, dit encore M. Thiers, a sa mesure... »
— Sans aucun doute, H. Thiers va nous donner cette mesure. Écoutons ! Gela devient grave.
— «... et cette mesure, continue M. Thiers, c'est Yintérét que les hommes ont à la respecter. »
— Et quand, en époque d'incompressibilité d'examen, cet intérêt n'est point rationnellement incontestable ; ce qui
0 existe, en époque d'ignorance sociale; ceux qui croient ^ avoir intérêt à violer la loi, lui crachent à la figure. Ce que dit, ici, M. Thiers ;, est-ce encore une aspiration : vers, la ^ souveraineté de la raison ?
Vous allez voir : que M. Thiers fait, en effet, très-peu de cas de la légalité : quand, l'intérêt des forts n'y est pas.
— « La majorité, c'est-à-dire la légalité! Faible ressource, s'écrie-t-il, contre la force, et qui sert tout au plus à l'irriter davantage. »
— Voilà, la souveraineté de la force, de nouveau maudite, en THÉORIE ; mais en pratique ! Vive cette souveraineté. Vous croyez : que, je plaisante. Eh bien ! Écoutez :
« — Je suis, dit M. Thiers , converti au suffrage universel. C'est une
DE LA SOUVEUAIjyETÉ. 417
chose qui me parait vérifiée; elle est suffisamment bonne. Le seul mcoNvÉNiEifT que je trouve au suffrage uni versel^ c'est qu'il ne laisse plus rien A faire. 0
— C'est vrai; le suffrage universel, considéré coin me source du droit, ne laisse rien à faire à la raison.
Et, voilà toutes les aspirations de M. Thiers, vers la souveraineté de la raison, mises à néant.
Voici, cependant, un passage de M. Thiers qui fait présumer : qu'à son avis, la force du peuple, la force brutale, n'est pas tout à fait celle de la raison.
Dans son Histoire de la Révolution^ nous trouvons :
— « Citoyens, leur répond Hérault de Séchelles, la force de la raison
et la force du peuple sont la même chose. De bruyants applaudissements accueillent cette dogmatique absurdité. »
— M. Thiers ne veut pas de la souveraineté de droit divin; M. Tfiiers ne veut pas de la souveraineté du peuple; quelle souveraineté veut donc M. Thiers? II y a toute apparence que la souveraineté de son choix est celle de ses passions. C'est là, l'essence des souverainetés individuelles. O galimatias de l'époque d'ignorance !
Vous allez voir : que, M. Thiers aime beaucoup la passion , c'est-à-dire la force, en fait de salut social.
— « La passion, dit-il, n'est jamais ni sage ni éclairée; mais c*t'st la passion seule qui peut sauver les peuples dans les grandes extrémités. )>
— ^Ainsi,dans les grandes extrémités, les chefs de peuples doivent se moquer de la sagesse et de la lumière. Pourvu qu'ils soient bien en colère, cela doit suffire : pour sauver le peuple.
Plusieurs lecteurs vont se trouver peines de voir M. Thiers aussi grand partisan de la force brutale. Voici, qui pourra les consoler.
-^ a Ceux, dit Id. Thiers , qui ont accasé ift révolution de ne pas s'a-
clapter aui localités, de ne pas varier avec elles, n*oiit pas compris Vimpossibilité des exceptions et la nécessité d'une règle uniforme et absolue dans les grandes réformes sociales. »
— Voilà, la nécessité de la souveraineté de la raison réelle, de la souveraineté de la raison absolue , énoncée de la manière la plus claire possible. Hais, M. Thiers a-t-il bien réfléchi aux difficultés : d'établir une règle absolue et universelle , au sein de fractions humanitaires en contact inévitable ; et toutes autonomes ?
M.Thiers aime beaucoup à papillonner autour du flambeau de la révolution; c^ flambeau fùt-il même une torche. Aussi, court- il souvent le risque,, de s y brûler les ailes. En parlant des Girondains, il nous dit :
— « Leur opposition a été dangereuse, leur indignation impolitique; Us ont compromis la révolution, la liberté et la France, »
— Puis , quelques lignes plus bas , il ajoute :
— « Cependant, qui ne fondrait afoir rempli lenr rôle? qui ne fondrait avoir commis leurs fautes?^»
— Toute lu légèreté de M. Thiers est dans ces quelques lignes. Compromettre la révolution, la liberté et la France, lui paraît : un modèle à imiter.
Voici , un passage qui n'est pas tout à fait en harmonie, avec celui dans lequel M. Thiers nous yante : la parfaite excellence du suffrage universel. Quand on a ainsi des passages approbatifs de toutes les opinions; on est toujours sur d en avoir un : en faveur de Topinion dominante.
— « Depuis ces temps , dit-il . où Tacite la vit applaudir au génie des empereurs, la ^ile popuLice n'a pas changé. Toujours brusque en ses mou- Tements , tantôt elle élère Tau tel de la patrie, tantôt elle dresse des échafeuds, et n*e$t belle et noble à voir que lorsque , entndnée du» les armées, elle se précipite sur les bataillons ennemis. »
— Même, quand sa eause setait aussi crimindte que
possible , n'est-il pas vrai ? Sans aucun cloute , la force victorieuse, change toujours le crime len vertu. Voir écraser la vertu impuissante , est toujours un spectacle bien noble ! pour un partisan de la force.
-*< Cl Que le despotisme , continue M. Thien , n'impute pas ses crimes à la liberté ; car, sous les moDarchies , elle fut toujours au^si coupable que sous la république. »
— Ainsi , selon M. Thiers : les monarchies sont des sources de despotisme ; et , les républiques , des sources de liberté. Je voudrais savoir : si, M. Thiers est encore de cet avis ?
— (( Mais, continue M. Tbiers , invoquons sans cesse les lumièreb et rinstruction pour ces barbares pullulant au fond' des sociétés, et toujours prêts à les souiller de tous les crimes à Tappel de tous les pouvoirs, et pour le déshonneur de toutes les causes. »
— Il serait plus utile d'invoquer les lumières et l'instruction pour les pouvoirs qui excitent aux crimes; que, pour les malheureux qui subissent l'influence de ces excitations. Puis , comment concilier ; l'invocation des lumières et de l'instruction; avec le vœu : de voir fermer les écoles primaires ?
Nous avons vu M. Thi«rs s'écrier : que, la légaUté est une faible ressource contre la force; M. Thiers va nous dire : que la légalité est toujours une faible ressource.
— « La légalité, ditwl, est une illusion après une révolution comme la nôtre. »
— C'est comme s'il disait : que, la légalité ne peut être qu'une illusion, sous la souveraineté du peuple. Car, sous la souveraineté du peuple; sous la souveraineté de la force brutale; la société reste en révolution : jusqu'à ce que cette
souveraineté soit anéantie : par la souveraineté de la raison.
20 DE LÀ SOUVËKAIiNETÉ.
Mais , M. Thiers est idolâtre de la soaveraineté du peuple,
tout en lexécraut DéanmoiQK : parce qu'il ne peut croire :
que , la souveraineté rationnelle soit possible. Alors , H.Thiers
veut donc : que la légalité soit toujours une illusion ? C'est
^pèu consolant.
Voici j encore , une conséquence de la souveraineté du peuple , qui ne console pas davantage.
— « Ainsi ^ dit M. Thiers, fut dissous l'ancien Directoire. Toutes les factions qu'il aVait essayé de réduire s'étaient réunies pour Tabattre, et avaient mis leur ressentiment en commun. U n''était coupable que d'un seul tort, celui d'être plus faible qu'elles, tort immense, il esterai, et qui JUSTIFIE la chute d'un gouYemement. »
— JusTiFu:! quelle immoralité! Il est impossible de porter une condamnation plus infamante , contre la souveraineté du peuple ! !
Le passage suivant est un des plus profonds que M. Thiers ait écrits. Ce passage a des taches; nous les indiquerons.
— « Les années , dit-il , épuisent les partis , mais il en faut beaucoup pour les épuiser. Les passions ne s'éteignent qu^ayec les cœurs dans lesquels elles s'allumèrent. »
— C'est vrai. Mais, sous la souveraineté du peuple, sous la domination des passions ^ de nouvelles passions s'allument au sein de la jeunesse, comme les vieilles s'éteignent au sein de la vieillesse.
— n II faut, continue M. Thiers, que toute une génération disparaisse. »
— Une génération, c'est au moins trente années. M. Thiers sHinagine- t-il qu'en présence de rincompressihilité de l'examen, et de Tignorance sociale, les passions relatives à
Tordre social, auront disparu ? Elles auront dcmblé.
— « Alors , continue M. Thiers , il ne reste que les intérêts légitimes »
DE LA SOUVBRAIK^ËTÉ. 421
— Légitimes! à une époque où M. Thiers déclare : que, la légalité n'est rien! 0 faiseurs de systèmes, de romans, d'utopies ! combien il \ous est facile d'élever vos châteaux : quand, les passions vous aveuglent sur les impossibilités; et, que la raison ne vour sert : qu'à vous illusionner ! -
— « ...elle temps, contiDue M. Thiers, peut opérer entre ces intérêts une conciliation naturelle et raisonnable. » .
— Une conciliation! de la raison! sous l'empire des passions ! sous la souveraineté du peuple ! C'est, vouloir des ananas, sans serres chaudes, sous l'un des pôles. Mais, M. Thiers sait grouper : les chiffres et les paroles; et, les niais s'écrient : Voilà le remède !
— « Mais, continue M. Ttiiers, ay^nt ce temps, les partis sont indomptables par la seule puissance de la raison. ^)
— M. Thiers oublie : que , la souveraineté du peuple est la négation de la raison rendue incontestable ; la négation du droit réel. Sous la souveraineté du peuple, il n'y a pas de raison proprement dite; il n'y a que des opinions, qui ne peuvent être raison , droit , que sous la sanction de la force brutale. La raison réelle peut seulement être puissance, lorsqu'elle est socialement souveraine. Auparavant, la raison , dit Voltaire , est toujours mise à mort , par son implacable ennemie : Topinion.
— A Le gouvernement , continue M. Thiers , qui veut leur parler le langage de la justice et des lois leur devient insupportable. )>
— C'est naturel. M. Thiers dit lui-même : quVn époque de révolution, la justice et les lois ne sont rien. Et, l'époque de la souveraineté du peuple, ne peut être : qu'une continuelle révolution.
— « Et , continue M. Thiers, plus il a été modéré , plus ils le méprisent comme faible et impuissant. »
432 DE hk SOUVERAINETÉ.
— C'est juste : puisque la seule force ptouve alofs : le droit, la raison» I/époque de la sonveraiDeté da peuple est une endémie de fièvre cérébrale. Essayez donc de guérir la fièvre cérébrale : avec des homélies ou des harangues?
— « Veut-il, continue M. Thiers , quand il trouve des cœurs sourds à sa Yoiz, employer l'a force, on le déclare tyrannique^ on dit qa'à la faiblesse il joint la méchanceté. » ■
— C'est juste. Et, alors, la force bi*utale en décide. Et, ce manè^ social continue : jusqu'à ce que la nécessité sociale fasse etterminer : la souveraineté de la force brutale.
— « En attendant les effets du temps , continue M. Thiers , il n'y a qu un grand despotisme pour dompter les parais irrités. »
— C'est vrai. Mais il y a : despotisme de la force dominant la raison ; et despotisme de la raison dominant la force. Or^ il est évident : que , le despotisme de la raison dominant la force , peut seulement exister : lorsque la raison, scientifiquement démontrée, est connue par le despote.Voyez ce que j'ai dit, à cet égard, p. 462 et 463, t. V, de mon ouvrage intitulé Science sociale. Si , M. Thiers peut prouver que j'ai tort : il rendra un grand service à la société. S'il prouve que j'ai raison : il lui rendra un service plus grand encore.
Si, H. Thiers, donne des conseils, au despotisme de la force brutale , pour vivre le plus longtemps possible; il en donne aussi à l'anarchie, pour tuer le despotisme, aussi promptement que possible.
-^ « Il faut toujours, dit M. Thiers, quand on vetU faire une révolutin^ , DÉcnnsBB l'illégal autant qu*<m le péut^ sè sërtii Ms Ttlmfcs
d'une constitution pour la détruire et des membres D^ÛIt GOUVtBFBMENT POUR LE RENVERSER. »
— Vous conviendrez : qu'avec des conseillers, comme
DE Lk SOUVERAINETÉ. 423
M« Thiers , il est bien difficile : qu'un despotisme de force brutale , ait une durée plus qu'éphémère !
Des conseils^ on peut les prendre ou les laisser. Il n'en est pas de même des maximes ; surtout ; quand elles sont fausses, ou criminelles ; et quand elles sont données par des hommes que leurs talents ont placés depuis au faîte , pour ainsi dire, de Téchelle sociale. Alors , et principalement en époque de négation de droit commun , les prétendus souverains peuvent prendre ces maximes pour leur droit individuel. Voici cette maxime :
— m Des républicaÎDS qui croyaient voir un nouveau César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans être des assassins. Il y a une grande fai~ blesse à les en justifier. »
(M. Thiers, Hist, de la R^olutivnj t. X, p. 478, 2e édit.)
— Cette maxime est : très-souveraineté du peuple ; trèssouveraineté individuelle, et, c'est pour cela qu'elle est horrible. On a reproché ces maximes aux jésuites. Valentelles mieux dans la bouche des philosophes ?
— « Ce n'était pas la liberté , dit plus loin M. Thiers, qu'il venait continuer (Bonaparte après le 18 brumaire) ; car elle ne pouvait exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la révolution dans le monde... Voilà quelle tâche profonde il allait remplir; et pendant ce temps , la nouvelle société allait se consolider à Tabri de son épée, et la liberté devait venir un jour. Elle n'est pas venue, elle viendra. »
— J'en accepte l'augure ; et , je suis certain qu'elle tiendra. Mais , il ne suffit pas qu'elle vienne ; il faut encore qu'elle soit unanimement et incontestablement reconnue comme telle ; sinon , madame la liberté pourra fort bien être une torche de guerre civile. Or, pour qu'elle soit ainsi reconnue , il faut : que ,. son signalement soit donné à l'avance; et, qu'à lavance, il soit unanimement accepté; sous peine, je le répète : de guerre civile.
Eh bien ! le signalement que H. Tbiers donne à madame la liberté, est d'être : la souveraineté du peuple; la souveraineté de la force brutale. Quant à moi, je regarde cette liberté, comme le plus avilissant des esclavages. Et, tout cet ouvrage est une preuve : qu'à cet égard, les gens de mérite, de tous les temps, de tous les lieux, et de tous les partis, M. Tbiers y compris très-souvent; pensent comme moi; ou plutôt : que je pense comme eux. De là, guerre civile. Elle est jolie, la liberté de M. Tbiers!!
UË LA SOCVERAINBTÉ. 4^25
« A qui est-il donné de distinguer entre le caprice et la volonté du peuple souverain ? Je n'en sais rien. »
M. OE MONTALEMBÉRT.
M. de Montalembert préfère la souveraineté de la révélation. Mais, ici, il y a plus encore que de demander à distinguer la révélation vraie de la révélation fausse : ce qui déjà est immense , aussi immense que de distinguer le caprice de la volonté du peuple; il y a la question de savoir : si , la révélation divine est possible. Il est vrai , du reste, qu'il est possible et raisonnable d'en dire autant : de la révélation populaire.
Nous avons vu Royer-Collard affirmer : qu'il n'est qu'uûe seule souveraineté qui mérite ce nom , la souveraineté de la raison. Et, nous le répétons : qu'est-ce qui distingue la raison réelle de la raison illusoire ?
Voilà, trois ignorances parfaitement reconnues : celle relative à la souveraineté du droit divin ; celle relative à la souveraineté du peuple ; et celle relative à la souveraineté de la raison.
Et , il n'existe pas une quatrième souveraineté ;
Etj une souveraineté quelconque; mais, socialement acceptée comme réelle ; est cependant nécessaire : à l'existence de Tordre, vie humanitaire.
Cette nécessité , d'une souveraineté , est tellement incontestable : que, M. Proudhon, le plus fougueux antagoniste de toute souveraineté , dit lui-même , en mille endroits de ses ouvrages : que , la souveraineté est la nécessité sociale réelle.
436 DE LA tOUVfellAlNBTÉ.
Eb bien ! parlez de cette ignorance , relative aux trois soayerainetés , les seules possibles ; et , de la nécessité d'ane souveraineté acceptée socialement comme réelle; parlez de cela y dis-je : non point à cette tourbe imbécile d'hommes d'État en herbe , qui tous se Croient capables , sinon , de diriger; mais , tout au moins de conseiller la société; parlezeH 9 diâ-je : à des hommes d'État réels , qui ont passé leur vie à manier Içs affaires, à manier le pouvoir! Tous, éluderont la question; ou vous répondront par des lieux communs. Aucun ne verra ou ne voudra voir : le danger dans lequel la société se trouve ; et , l'absolue néœteité d'en sortir; sous peine : d'un effroyable cataclysme* Et, ne croyez point : que, s'ils évitent de répondre. Ce sera: parce que vous-même ne serez point l'an d'entre eili; parce que vous-même n'aurez pas manié le pouvoir. fA , en famille, l'un d'eux s'avisait d'interroger ses collègues à cet égard, tous éviteraient également de répondre; totm n'ont qu'un but à leurs efforts ; c'est : d'éloigner le cataclysme jusqu'au lendemain; et, ce lendemain est celui : du jour, où ils n'existeront plus*
A ces désespérés , à ces damnés d'un enfer qu'ils considèrent comme éternel ; parlez^leur de remède ; avec calme ; avec les raisons les plus claires, les plus incontestables ; et, plus vous aurez raison; plus ils vous auront en horreur.
— « Le suffrage universel, dit ailleurs M. de Moutalemberki peut êtrt considéré comme le plus grand danger de la liberté. C'est un mécanisme par lequel la foule, maîtresse pour un jour, peut se rendre esclave pour des siècles et rendre tout esclave comme elle. »
— Ici , M. de Hontalembert est dans l'erreur. Quand la souveraineté du peuple est nécessaire, ou même seulement possible, la société ne peut rester : ni des siècles; ni nn sièi^le; ni un quart de siècle sans révolution. Mais, toute révolution alors ne peut amener : qu'une souveraineté de droit divin ; ou, qu'une nouvelle forme de souveraineté pSh
D£ L\ SOUVERAmËTÉ. 427
pulaire« Et, vous osciller : du despotiême à l'âttârchie; et, de l'anarchie au despotisme ; jusqu'à ce que la souterainetë de la raison soit devenue : nécessaire et possible.
*-^ « C'est, continue M. de MontalembeH , uti letiet* qui peut être manié par la main la moins habile et la moins scrupuleuse , mais qui donne à cette main un ascendant irrésistible. C'est^ en outre, un masque immense derrière lequel toutes les servilités , toutes les bassesses^ toutes les défaillances peuvent chercher un abri commode et sûr. C'est une mer où vont se perdre toutes les combinaisons et toutes les règles de la politique ancienne, mais où le mensonge^ le préjugé^ rignorancé peuvent aussi centupler leur énergie. La sagesse et la dignité humaine y sont toutes deux condamnées à de rudes épreuves. Talent , vertu , renommée, courage, intégrité, expérience , tous les titres à l'ancienne popularité, toutes les forces diversement énergiques, tot^t cela est noyé dans les flots du suffrage universel ^ comme le serait un flacon de iriu généreux versé dans un étangé
« Aussi , je ne sache pas qu'aucun ami sincère et intelligent de la liberté ait jamais désiré ou réclamé le suffrage universel. Il a été inventé par les républicains d'accOt*d avec quelques fouâ mohârchiques. Selon 1 usage, rinveution a tué les inventeurs. »
— ' Hélas î Monsieur. Vous voyez bien qu'elle n'est pa» tuée. Il y a plus : en présence de l'incompressiblité del'exa^ men, la souveraineté du peuple, dont le suffrage universel n'est qu'une forme, ne peut être tuée t qde, par la Nécessité sociale^ rendant possible : Tanéantissement de Tignoraûce sur la, souveraineté rationnelle.
Il est rare^ dans notre époque^ de voir un protestant politique, mettre un remède à côté de la plaie qu'il vient de découvrir. M. de Montalembert cherche à éviter ce reproche.
— « Pour moi, dit-il, la liberté politique^ c'est le gouvernement de discussion ^ le gouvernement de tribune , le gouvernement des assemblées. *
— M. de Montalembert se doute-t-il : qu'en s'exprimant ainsi, c'est la souveraineté de droit divin qu'il répudie ? Le gouvernement de discussion, le gouvernement de tribune^
le p;ouvernement des assemblées, c'est le gouvernement de la souveraineté populaire. Eh bien ! Écoutons M. de Montalembert.
— « Tout peuple, dit-il , qui se croit souTerain au nom de la démocratie, paye de sa liberté la rançon de sa prétendue liberté. »
— ^Voilà, M. de Mohtalembçrt s'imaginant : que, la souveraineté du peuple peut s'exercer autrement qu'au nom de la démocratie . Dès, que la souveraineté du droit divin n'existe plus, parce que les rois ont secoué le joug du pouvoir spirituel; eux seuls sont peuples; et, la seule force brutale règne entre eux. Quand, les nobles ne reconnaissent plus le pouvoir absolu des rois ; les nobles sont le peuple ; et, la seule force règne entre eux. Quand, les bourgeois ne reconnaissent plus le pouvoir des nobles ; les bourgeois sont le peuple ; et, le cens existe à plus ou moins de francs \ et, c'est encore la seule force qui règne entre les bourgeois. Quand, les prolétaires ne reconnaissent plus le pouvoir des bourgeois; les prolétaires sont le peuple; et, la seule force règne entre eux, comme au sein des nationalités.
— a Dès que la démocratie l'emporte, dit encore M. de Montalembert, on peut annoncer avec certitude : que c'en est fait de la liberté. »
— Et, dès que la démocratie, c'est-à-dire la souveraineté du peuple ne l'emporte plus ; dès que la souveraineté du droit divin l'emporte; on peut annoncer, avec une égale certitude : que, c'en est fait de la liberté.
La liberté sociale réelle est dans l'avenir ; aussi longtemps : que, les souverainetés de droit divin et du peuple restent possibles ; la liberté sociale ne l'est pas encore.
— « Pour se maintenir, dit M. de Montalembert , la démocratie condamne tout ce qui veut vivre et agir à abdiquer toute valeur personnelle, et à se plonger en adoration servile devant le fantôme de la raison et de la vertu des masses. »
— Pour se mainteiiir, peut-on dire à M. de Montaleinbert, Tautocratie papale condamne tout ce qui veut vivre et agir : à abdiquer toute valeur personnelle ; et, à se plonger, en adoration servile, devant le fantôme de la raison et de la vertu de la révélation.
Quand donc, pour le bonheur de l'humanité, les souverainetés de droit divin et de droit populaire, se serontelles égorgées mutuellement?
— « La démocratie, continue M. de Montalembert^ réduit le genre
humain en poussière; et, comme le dit Benjamin Constant, quand l'orage vient, la poussière devient de la boue. »
— C'est vrai. Mais, en présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, la démocratie, la souveraineté du peuple, reï^te seule possible ; et, la boue reste le seul milieu possible pour la société; jusqu'à ce que l'intronisation de la souveraineté scientifiquement rationnelle, ait renvoyé aux enfers de l'ignorance : et, les souverainetés de droits divins; et, les souverainetés populaires.
Les partisans de la souveraineté de droit divin sont essentiellement opposés à la souveraineté populaire. C'est naturel. Ce qui le paraît moins ; c'est, que les plus grands ennemis de la souveraineté du droit divin; sont, également, les ennemis de la souveraineté du peuple. Cette dernière souveraineté n'a pour elle : que, les intrigants, les fripons et les niais. Car, ceux qui l'acclament et la subissent : par nécessité sociale : parce que actuellement elle est encore la seule possible ; ne peuvent être comptés : parmi ses partisans.
Nous allons voir M. Proudhon, penser comme M. de Montalembert; c'est-à-dire : acclamer et répudier la souveraineté du peuple, sans avoir une idée claire : de ce qu'il répudie ; ou, de ce qu'il acclame.
430 BB Là 801}?ERA1M£TÉ.
— « Maintenant, dit M. Proudhon, que la religion est en plein discrédit, la philosophie indécise ; que la souveraineté nationale, représentée par des mandataires plus ou moins yéridiques, trébuche comme un paysan ivre ; tout est confondu en morale, tout est redevenu arbitraire et de nulle Yaleur, hors un point qui est de bien vivre et d'avoir de l'argent. La morale y voyez-vous , c'est de n'avoir qu'une femme légitime sous peine des galères, et vingt maîtresses si vous pouvez les nourrir; la morale , c est de vous battre en duel , à peine d'infamie , et de ne pas yous battre, à peine de cour d'assises ; la morale , c^est de vous procurer le luxe et les jouissances (voyez le programme de l'Académie des sciences morales et politiques pour Tannée 1846) à tout prix, sauf à échapper aux cas prévus par le Gode pénal. Mon plaisir, c'est ma loi, je n'en connais point d'autres. Pour que nous retrouvions une morale positive et obligatoire, il fiut que la société se reconstruise de fond en comble ; et pour qu'elle se reconstruise, il faut qu'elle se démolisse. »
(Confession d*un révolutionnaire.)
— C est exclusivement sous la souveraineté du peuple : que, la religion est en plein discrédit ; que, la souveraineté rationnelle trébuche, etc., etc.
— a La souveraineté du peuple , sous le nom de libre examen , introduite dans la foi, dit le môme publiciste, comme elle l'avait été dans la
. philosophie , il ne pouvait pas plus y avoir de confession religieuse que
de système philosophique. »
[La KévoXaiion sociale^ eto, )
— La souveraineté du peuple n'est, en effet : que l'absence d'unité religieuse; et, l'absence d'unité philosophique.
— « Que les feuillants, dit encore M. Proudhon, les constitutionnels, les jacobins , les girondins ; ({ue la plaine et la montagne se réconcilient donc; que le National et la Réforme se donnent la main, ils sont également anarchistes : la souveraineté du pedple me signifie qub cela. )»
— Il est difficile d'énoncer une vérité, ayant moins d'exceptions, que celle que vient de proférer M. Proudhon.
— « Nous sommes, dit encore M. Proudhon, réfutés par notre propre principe ; nous afons été vaincus, parce que, à la suite de Rousseau et des
DE LA SOUVERAiMETÉ. 431
plus détestables rhéteurs de 95, nous n'avons pas ▼ouln reconnaître que la monarehie était le produit direct et presque infaillible de la spontanéité populaire; parce que, après afoir aboli le gouvernement par la grâcê de DieUj nous avons prétendu , à Taide d'une autre action , construire le gouverneinent par la grâce du peuple ; parce qu'au lieu d*être les éducateurs de la multitude y nous nous sommes faits tes esclaves. »
— l.es éducateurs du peuple ! Et, quelle éducation lui auriez-\ous dofac donnée? Celle, de répudier toute souveraineté ? Celle, de se mettre à genoux devant l'anarchie ? Le peuple est moins insensé que de pareils éducateurs. Quand il est fouetté, d'un solstice à un autre, par Tanarchie ; il a hâte de se mettre à genoux devant un despotisme quelcon-^ que, pour pouvoir cracher sur l'anarchie. Pour bien éduquer le peuple, il faut pouvoir lui inculquer : l'obéissance raisonnable* Eu êtes* vous capable?
— « La démocratie, dit encore M. Proudhon, en tant qu'expression politique des classes inférieures, formule de toute souveraineté, a donné sa mesure : elle est absurde. »
{Des réformes à opérer, etc)
— Pas de démocratie ; et pas d'autocratie ! Alors, que voulez- vous ? Ce n'est pas le tout de dire : C'est mauvais ! ^ il faut dire encore : Voilà, ce qui est bon. Et, surtout, le prouver : d'uue manière rationnellement incontestable.
— « Il y a pour la France, privée dUnstitutions légitimes, il y a, dit encore M. Proudhon, nécessité d'une solution; car, si le problème politi* que^ tel que Ta posé, depuis 1789, la lutte des partis , et que le pose aujourd'hui leur égal épuisement , n*est résolu, la société française est menacée de mort. »
(Ihid.)
— Il ne suffit point de dire : que des institutions ne sont point légitimes; il faut dire : en quoi consiste la légitimité ; et, comment il est possible d'établir des institutions légitimes. Sinon : c'est mâcher à vide.
— « Dépourvue (la France], dit encore M. Proudbon, de conscience et de spontanéité, masse désorganisée , corps sans âme , son existence anor* maie devient un péril pour tous les peuples qui, attendant de sa parole la loi de leur progrès , et de ses armes la protection de leur indépendance , ne trouveraient chez elle que la contagion et la servitude, de Thypocrisie et de l'immoralité.
« Solution ou dissolution , en deux mots , telle est pour nous Talternative. »
(/d., fWd.)
— Soit ! Eh bien ! La solution ?
— « Or, continue M. Proudhon, la solution est trouvée. »
— Que grâces en soient rendues à M. Proudhon : la solution est trouvée ; et la société ne périra pas.
Mais, avant de présenter ce que H. Proudhon , donne comme solution ; voyons ce qui , selon lui , la rend nécessaire.
— (( Plus qu'aucune autre en Europe , la nationalité française est vulnérable et fragile. Sa vie politique est devenue artificielle et n'a de principe que la force. Les sources qui jadis Falimentaient sont taries; les innombrables réservoirs oiî elle s'élaborait, se renouvelait , se multipliait sans cesse, ont disparu. Ses diverses parties ne tiennent pas Tune à Fautre. Supposez la France vaincue par une coalition de TEurope , il su£6irait de détruire les trois quarts des maisons de Paris et de ramener la capitale aux proportions d'un chef-lieu de département, pour faire de la France ciuq ou six petits États comme les petits cercles allemands , et rendre le partage, au bout de quelques années, irrévocable. »
— Irrévocable ! Parce qu'une coalition européenne aurait, d'après l'avis de M. Proudhon, rasé les trois quarts des maisons de Paris; et cela, en présence de la révolution, en présence de Tincompressibilit^ de l'examen , et de l'impossibilité , pour un despotisme quelconque , d'avoir une existence plus qu'éphémère ! Il faut avoir une bien grande envie de faire valoir sa solution , pour parler ainsi :
Mais, voyons cette solution I
— « Vivre sans gouvernement , dit M. Proudhon, abolir sans réserve, d'une manière absolue, toute autorité, faire de l'anarchie pure, cela leur semble inconcevable, ridicule : c'est un complot contre la république et la nationalité. Eb ! que mettent-ils à la place du gouvernement^ s'écrientils, ceux qui parlent de le supprimer?...
c( Nous ne sommes pas embarrassé pour répondre. »
— M. Proudhon n'est jamais embarrassé; mais, écoutez sa réponse !
— ((Ce que nous aurons^ dit-il, à la place du gouvernement, c'est l'organisation industrielle. »
— L'organisation industrielle de M. Proudhon, vous le verrez bientôt, c'est l'équilibre des sociétés anonymes ; c'est la domination du capital au nec plus ultra de puissance ; c'est la souveraineté du peuple à son apogée
— « Ce que nous mettrons à la place des lois, continue M. Proudhon ce sont les contrats. Point de lois votées ni à la majorité , ni à l'unanimité; chaque citoyen, chaque commune ou corporation fait la sienne. »«
-^ Et , tous ces contrats sont privés de sanction autre que le coup de poing; parce qu'il n y a : ni gouvernement; ni tribunaux; ni bourreaux; ni paradis; ni enfer. Il est vrai : que, l'automatisme remédie à tout.
— « Ce que nous mettrons à la place des pouvoirs politiques, ce sont les forces économiques, continue l'auteur du contrat industriel. »
— Mettre des forces abstraites, pour remplacer le pouvoir politique , personnel par essence ; c'est comme, si on disait : en place du pouvoir politique , en place du gouvernement, nous aurons : le vent du nord , le vent du sud ; enfin les ' trente-deux aires de vent.
— « Ce que nous mettrons^ continue M. Proudhon, à la place des anciennes classes de citoyens, noblesse et roture, bourgeoisie et prolétariat,