‹ De la souverainetéChapitre 28 sur 52 · II · texte numérisé non relu

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site sociale oblige à formuler une expression de raison, qu'elle fait accepter comme réelle , en donnant à son auteur prétendu : tantôt le nom de dieu ; tantôt le nom de peuple. Le nom de dieu, appartient à l'époque d'ignorance sur VobHssance raisonnable, pour aussi longtemps que l'examen peut être comprimé; le nom de peuple appartient à la même époque, lorsque l'examen ne peut plus être comprimé.

Il est vrai : qu'en parlant ainsi , M. Proudhon se serait posé en socialiste rationnel ; ou , si vous l'aimez mieux, en philosophe réellement rationnel. Mais , la raison réelle^ qui implique liberté réelle , fait horreur à M. Proudhon ; il n'a d'amour : que, pour la raison automatique; pour la raison qui se pose et ne se prouve pas. Il veut absolument : être un bessort pknsaivt , une roue pensante , un pigi^on

PENSANT, etc., d'une IMMENSE MACHINE QUI PENSE AUSSI ET QUI VA TOUTE SEULE.

Vous concevez : que, contre un pareil raisonnement, la raison ne vaut pas un fétu.

— « Je n'entre point, continue M. Proudhon^ dans les recherches de haute psychologie ; je demande , en homme pratique , de quelle manière cette âme, raison ou volonté, telle quelle, du peuple^ se pose, pour ainsi dire, hors de soi et se manifeste? »

— De quelle manière cette âme du peuple se pose.^ Mon Dieu ! de la même manière : que , M. Proudhon se pose en homme libre; en homme pratique : par nécessité, ignorance , et vanité. Pourquoi , veut-il que l'àmé du peuple donne ses raisons ; quand , lui-même , ne s'en donne pas à lui-même ?

— « Qui est-ce, continue M. Proudhon, qui peut lui serrir d'organe? Qui a le droit de dire aux autres : C'est par moi que le peuple parle? Gomment croirai-je que tel qui du haut d'une escabelle harangue cinq eents individus qui applaudissent, est Torgane du peuple? Gomment l'élection des citoyens , voire même leur suffrage auamme , ft-Uil la vertu

de conférer cette espèce de privilège^ de servir de truchement au peuple ? Et quand vous me feriez voir, comme en un cénacle, neuf cents personnages ainsi choisis par leurs concitoyens , pourquoi devrai-je croire que ces neuf cents délégués, qui ne s'entendent point entre eux, c^est le souffle du peuple qui les inspiré? Et pour tout dire, comment la loi qu'ils vont faire peut-elle m*obliger?... » *

— Délicieux ! parfait ! Mais , la révolte , contre la seule loi alors possible ; c'est : la mort sociale. Est-ce là , ce que ' veut M. Proudhon. Si, ce n'est point là ce qu'il veut; il faut un remède. Et, il n'y en a point d'autre : que, l'oôéissance, actuellement déraisonnable^ au Dieu relatif à la force; ou, que ïobéissance raisonnable, au Dieu relatif à la raison. En un mot : c'est , l'obéissance à la souveraineté de droit divin ; ou , l'obéissance à la souveraineté de la raison ; en crachant, dans les deux cas, et comme le fait M. Proudhon : sur la souveraineté du peuple.

— « Voici, continue M. Proudhon, un président oU un directoire, personnification , symbole ou fiction de la souveraineté nationale : premier pouvoir de TEtat. •

« Voici une chambre, deux chambres, organes, Tune de l'intérêt de conservation, l'autre de l'intérêt de développement : deuxième pouvoir de l'État.

(c Voici une presse, éloquente, aguerrie, infatigable^ qui chaque matin verse à flots les millions d'idées qui fourmillent dans les millions de cervelles des citoyens : troisième pouvoir de l'Etat.

« Le pouvoir exécutif, c'est l'action; les chambres, c'est la délibération ; la presse, c'est l'opinion.

« Lequel de ces pouvoirs représente le peuple ? Ou bien, si vous dites que c'est le tout qui représente le peuple, comment tout cela ne s'accordet-il pas? Mettez la royauté ''à la place de la présidence , et ce sera la même chose. Ma critique tombe également sur la monarchie et sur lu démocratie.

<( l\ existe en France cinq ou six cents feuilles périodiques, émonctoires de l'opinion, et dont les titres témoignent hautement de la prétention des entrepreneurs de servir d'interprètes à la pensée générale : Le Siècle^ la Réforme^ la Liberté , le Progrès , la Presse , le Temps , l'Opinion , la Démocratie, l* Atelier ^ les Écoles, la Vérité, la France, le Monde, le Constitutionnel y le National j le Commerce, les Débals, le Courrier, le

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PopulairCy le Peuple , la Voix du Peuple^ le Peuple conslHuant , le Représentant du peuple, etc., etc., etc.

n Certes, je m'étonne qu'avec une telle publicité^ quand nous sommes si bien assortis d'écrivains à qui ne manquent ni Pérudition, ni les idées, ni le stjle^ nous ayons encore besoin d'une repréteutation y d'une assemblée nationale. »

— Il est évident : que, si tous connaissaient ce qui constitue V obéissance raisonnable ; que , s'il y avait , à cet égard, communauté d*idées, entre tous, comme il y a communauté d'idées entre tous sur la proposition utt est un ; il n y aurait nul besoin de Constituante; mais, jusque-là : plus vous aurez de journaux , et de chambres, et d'opinions , et de tout ce que vous voudrez; plus vous serez près de vous égorger mutuellement. Croyez-vous, alors : que, les éruditions , et les idées , et les styles vous serviront d'emplâtres ?

— « Or, comment se fait-il, continue M. Proudbon, qu'avec tout cela je ne sache positivement rien de ce qui intéresse le peuple , et que le devoir, la mission de la presse est de m^apprendre? QuW lieu de produire la lumière, la foule des publications augmente l'obscurité? »

— C'est, que la presse; c'est-à-dire : la société; ne sait absolument rien de ce qui intéresse le peuple. Pour faire un civet , dit la Cuisinière bourgeoise , ayez un lièvre. Eh bien , pour faire le civet social , la société n'a pas de lièvre. Et, les journaux : ne voulant point rester sans fricoter; n'ayant point de lièvre, vous donnent du maton ; et cela ne fait qu'augmenter les indigestions sociales , que M. Proudhon appelle : obscurité.

— «Je demande, continue M. Proudhon, quelle est la meilleure constitution politique, la loi du progrès, la marche du siècle, la pensée de Tcpoque, la valeur de l'opinion, l'avenir de la France et du monde? La république sortira-t-elle de l'atelier, de l'école ou du corps de garde? La démocratie est-elle à la paix ou à la guerre? Quelle vérité , quelle reforme doit sortir de toutes ces révélations du peuple? Qu'est-ce que la liberté?

« Snr tontes ces questions , le jonrnalismè disserte , mais il ne répond rien, il ni sait rien. »

— Dame! c'est très-peu. Si, au moins , le journalisme disait : Je ne sais pets. Mais, oui-dà ! Le journalisme sait tout. U a toujours quarante laperaux prêts à être transformés : en levrauts.

— « Que serait-ce , continue M. Proudhon , si j'avais demandé , par exemple, s'il est à Torganisation de la société une forme définitive, et quelle est cette forme ? Si nous sommes à bout de révolutions , ou si le mouvement révolutionnaire est éternel? Comment^ dans ce dernier cas, concilier cette agitation perpétuelle avec la liberté, la sécurité, le bienêtre? »

— M. Proudhon vient de dire : que le journalisme , et par conséquent lui-même, ne sait pas ce que c'est : que, LA LIBERTÉ. Alors, commeut veut-il : que, le journalisme, et par conséquent lui-même , puisse concilier : l'agitation perpétuelle ; avec , un : Je ne sais quoi ?

— « Si , continue M. Proudhon , tous les hommes doivent être égaux

malgré la nature, ou traités suivant leurs mérites, malgré la devise de la république? Quel doit être le salaire de l'ouvrier, le bénéfice de Tent repreneur, la contribution à payer à l'État^ le crédit à accorder aux citoyens ? Comment , la population croissant plus vite que la subsistance , nous échapperons à la fatalité de la misère? etc., etc. »

«Je pourrais étendre à Tinfini cet interrogatoire et rendre mes questions de plus en plus pressantes et difficiles. Pourquoi la presse , si la presse est la faculté parlante du peuple^ au lieu de répondre^ divaguet-elle? »

— Mon Dieu ! parce que, la presse est une sotte ; exprimant : la sottise sociale. Dans mes ouvrages , j'ai répondu à toutes les questions que M. Proudhon vient de faire ; et, cela : pour, toutes les sociétés possibles; et, pour toutes les phases sociales possibles. Je ne m'en trouve néanmoins pas grandi d'une seule ligne. J'ai eu le bonheur de m'instruire ; et , je n'en estiuie pas moins les ignorants invo-

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ne se manifeste qu'à de riires interTaUes , à des époqaM prédestîaées. Mais le peuple n'est pas pour cela uu faiilôme, et quand il se lève , nul ne peut le méconnaître. Le peuple s^est montré le i4 juillet, le iO août, en 1830 ; il vient de se révéler avec plus d*ardeur que jamais. Le peuple a parlé au serment du Jeu de Paume, dans la nuit du 4 août ; il était à Jemmapes, il combattait à Mayence et à Valmy...

« Pourquoi vous arrêter? Pourquoi choisir? Le peuple était-il absent le 9 thermidor et le 18 brumaire? Se cachait-il le 21 janvier et le 5 décembre? rj*a-il pas fait l'empereur comme il avait défait le roi? N'a-t-il pas adoré tour à tour et souffleté le Christ et la Raison? .. Voulez-vous remonter plus haut ? C'est le peuple qui a produit de son sang et dt ses entrailles un jour Grégoire VII et un autre jour Luther; qui a fait surgir Marins et César^ après avoir^ dans une série de révolutions, chassé les Tarquins, renversé les décemvirs, créé les tribuns pour balancer les con* suis, et donné par là le premier exemple de la bascule politique, du système doctrinaire ; c'est le peuple qui adora les Césars après avoir laissé assassiner les Gracqnes. »

— Tout cela est admirablement vrai. Alors, il faut : que, la souveraineté du peuple soit bien : une nécessité sociale; une nécessité absolue, pour une époque humanitaire; puisque, plus absurde qu'un fétiche, elle résiste à cet absurde évident. C'est, qu'une souveraineté est nécessaire; c'est, que pour toute l'époque d'ignorance sur Vobéissance raisonnable, il n'y a de souveraineté possible : que, celle de droit divin ; ou celle du peuple ; c'est, que la souveraineté de droit divin est le despotisme , et, que lorsque les pejaples sont fatigués du despotisme ; ils ne peuvent briser le joug : que, par la souveraineté du peuple. M. Proudhon ayant une égale horreur : et du despotisme ; et,- de l'absurde ; a inventé : la souveraineté de l'automatisme. Il a dit : « Tous... nous sommes des ressorts pensants, etc. » Et, il n'a pas réfléchi : que, prétendre raisonner, eu tant qu'automate, est aussi absurde, tout au moins : que, de se souiïiettre à la souveraineté de la force. Il est donc bien difficile de dire : Je ne sais PAS ! Du reste, M. Proudhon aura été utile à sa manière; car il est impossible de mieux plonger, dans le néant de rabsurde,ie fétiche de la souveraineté du peuple.

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Je passe ici une foule d'argamentations, toutes d'une grande force ; et, à cet égard, j'engage le lecteur à recourir à l'original. Quand il s'agit de prouver l'absurde; M. Proudhon est inépuisable. Pnisse-t-il être un jour de même force, pour prouyer la réalité ! Voici , qui est encore admirable.

— « Ce que j'admire^ dit M. Proudhon, au milieu de la confusioa des idées, c'est que la foi à la souTeraineté du peuple, loin de faillir^ semble, par cette confusion même, monter jusqu^à son paroxysme, n

— Je viens d'en dire la raison. C'est, l'impossibilité pour M. Proudbon, de prononcer le je ne sais paSj qui l'a empêché de reconnaître la cause de cette foi imbécile. Yoicî, maintement, qui est moins admirable. Et, c'est encore le 4nême narcotique, qui a empoisonné M. Proudhon.

-— « Dans cette obstination de la multitude à croire à Tintelligence qui vit en elle, je Tois déjà comme une manifestation du peuple qui s^affirme lui-même, ainsi que JéboTah, et dit jb suis. Je ne puis donc nier, je suis forcé de confesser, au contraire, la souveraineté du peuple. Mais , au delà de cette première affirmation.... »

— Nous avons vu, plus haut : que, M. Proudhon croit à la souveraineté du peuple, comme il croit en Dieu. Si, M. Proudhon n'était point narcotisé, je dirais, qu'il se moque de ses lecteurs. Hélas ! non ; M. Proudhon écrit ce qu'il pense. Mais, sa pensée est toujours esclave; elle obéit à différents msdtres ; et, elle se trouve varier selon qu'elle est sous l'influence : soit d'un narcotique : soit d'un excitant

— a Mais, au delà de cette première affirmation , dit-il^ et quand

s'agit de passer du sujet de la pensée à son objet, quand il s'agit, en d'autres termes , d'appliquer le critérium aux actes du gouvernement, qu'on me dise où est le peuple?

« En principe donc, j'admetà que le peuple existe, qu'il est souverain, qu'il s'affirme dans la conscience des masses. Mais rien jusqu*ici ne me prouve qu'il puisse faire au dehors acte de souveraineté, qu'une révélation extérieure du peuple soit possible. Car^ en présence ob la domimatich

4S8 DE LA . fiOUVIBAlMETi.

DES PRÉJUGis, de la contradiction dea idéea et dea intérêta, d«f «ptriSnements de la multitude, je demanderai toujours ce qui établit l'autlienticité et la légitimité d'une pareille réTélatîon, et c^est à quoi la démocratie ne peut répondre. »

^ Si, en écriyant ces lignes, M. Proadhon ne s'était point trouvé narcotisé, il se serait demandé :

— Pourquoi les préjugés ooMiifENT-iLSy relatiyement, à la souveraineté; relativement, à Tobéissance raisonnable?

— Et, il se serait réponda :

— ^ A cause de Vignorance sociale sur I'obeissaitge bai-

801INABLE.

— Et, commentVobiissanee raisonnable peut-elle exister; exclusivement exister ?

— En formulant la règle qui doit être obéie, d'une manière rationnellement incontestable vis-à-vis de tons et de chacun ; en prouvant de la même manière, qu'elle est dans Tintérèt de tous et de chacun, sans aucune exception possible ; et, toujours de la même manière, que la règle est sanctionnée, aussi, d'une manière absolument inévitable; et, toujours sans l'ombre d'une exception possible.

— Mais, cela est impossible, dira M. Proudhon. Et, cette objection d'impossibilité vous prouvera, chez M. Proudhon, Timpossibilité de dire : Je ne sais pas. Ce n'est point à la question, de possible ou d'impossible, que M. Proudhon doit répondre ; c'est à celle-ci :

— L'obéissance raisonnable^ en présence de Tincompressîbilité de l'examen, est-elle nécessaire, absolument nècessaire ; c'est-à-dire : sous peine de mort HUMAwrrAiRE?

Et, si la conscience de M. Proudhon jouit d'un instant de lucidité ; si, le préjugé peut cesser un instant de dominer sur lui^ comme lui affirme très-justement : que, le préjugé domine le monde ; M. Proudhon dira :

— En mon âme et conscience, oui, Vobéissance raisonnable^ est devenue nécessaire^ absolument nécessaire : sous

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