AUTOMATE
M. Proudhon tient tant : à ne pas être intellectuellement un aveugle ; à ne pas être un automate : que, pour éviter, à cet égard, toute logomachie, toute équivoque ; pour, que Ton sache bien : que, selon M. Proudhon lui- • même, ce n'est nullement la souveraineté du peuple, la souveraineté d'un peuple qui pense et agit comme un seul homme sans savoir pourquoi, qui doit être substituée à la souveraineté de droit divin, à la souveraineté de la révélation; M. Proudhon tient tant, à cet égard, qu'il dit, en toutes lettres :
— « La souveraineté de la raison ûyant été substituée à celle de la rêtélation ...»
— Il s'ensuit : que, selon M. Proudhon lui-même ; c'est, la souveraineté, non du peuple, mais bien la souveraineté de la RAISON, qui doit être substituée à la souveraineté de la révélation. £t, la souveraineté de la raison est précisément l'opposé de la souveraineté du peuple. Car, la souveraineté de la raison, loin de rendre le peuple SOUVERAIN, le rend, au contraire, sujet de la raison. Sous la souveraineté de la raison, le peuple, à la vérité^ pense et agit comme un seul homme ; et même, t7 pense et agit alors comme un seul hommcj sous peine de folie : pour ce qui concerne le droit ; pour ce qui concerne l'obéissance raisonnable. Car, loin de penser comme un seul homme j sans savoir pourquoi; il pense et agit comme un seul homme; parce qu'il sait : que l'expression de la raison réelle est une par essence ; parce qu'il connaît cette exprès^
478 DB LA SOUVXHAINETâ.
slon; et parce qu'il sait : qae, ce qae la raison ordonne est base sur one inévitable sanction; et, qu'ainsi, son
OBÉISSANCE EST inC01TESTABI.BHENT AAIS01fnAgt.E.
Dès lors, je conclus de nouveau : que, M. Proudhon ne jonissait pas de lui-même, quand il voulait substituer à la souveraineté de la révélation, la souveraineté d'un peuple aussi peu raisonnable qu'une bûche.
Au commencement de ce chapitre, nous avons dit :
— a CousUion» eocore une fois : que, U. Pioadhon, »uis nullement t'en douter, prockine : la nécessité de la souTerainelé de la raison, naine icimH/lquemmt IncoDteslable \is-i-TJi de loua el de chocuo. »
— Les citations de M. Proadhon, que nous venons de donner, prouvent notre proposition d'une manière également incontestable. G'(;st, sans nullement s'en douter : que, M. Proudbou proclame la nécessité de la souveraineté de la raison, rendue incontestablement scientifique, yis4-vis de tous et de chacun.
— « La démocratie , dit M, ProudhoD , affirmant la souTeraïiieté dn peuple , est comme la théologie à genoui devant le saint ciboire : ni Tune ni l'autre ne peuvent ,proD>er le Cbrlal qu'elle tdore, et encore mains le manifester. >
— Et, la république automatique de M. Proudhon, affirmant la souveraineté d'un peuple automate, est encore bien moins capable : de prouver et de manifester ce qu'elle adore.
Quand on veut attaquer, par le raisonnement; il faudrait savoir se mettre, soi-même, à l'abri des traits du raisonnement.
Je conclus, d'après M. Proudhon :
La soovEnAiBETÉ DU i>ei;fi:,b bst JiHAEChique fah
El, cette conclusion est le résultat logique, auquel si trouve inévitablenient coudait : quicouque, considère la Bouveraineté da peaiAe, taamé iA^t socuts.'^
DB LA aOCVERÀIHBTÉ. 479
vn.
«< Dans les États du Snd (États-Unis d* Amérique), la moitié de la population y est composée de prolétaires dans toute F acception du mot, e*ê§P'h''dire cTbsglavu. »
M. MiCH£L CniVALisa, Lettres sur l'Amérique du Nord,
Ainsi ^ Tioévitable résultat de la souveraineté du peuple; est : l'esclayage des masses.
Ici , nous devons faire une observation bien essentielle ; c'est : que, les hommes éminents de tous les partis, de toutes les couleurs, je dirai de toutes les religions, sont unanimes : pour répudier la souveraineté du peuple en théorie; et, pour se battre à mort; afin de conserver cette souveraineté en pratique. En effet : pas un seul ne pense à rétablir la souveraineté de droit divin, consistant essentiellement : dans Finfaillibilité d'un pape; et, dans sa domination absolue sur les pouvoirs temporels.
Cependant, il n'y a eu de possible jusqu'à présent : que, souveraineté de droit divin; et, souveraineté du peuple.
Que devraient conclure, de cette contradiction absolue, les hommes éminents de tous les partis, de toutes les couleur», de toutes les religions ?
Que^ les souverainetés de droit divin et de droit popu-^ laire , doivent être également répudiées ; et , comme il est isipoeaible^ que l'ordre, vie sociale, puisse exister, eu ddiors de toute souveraineté; qu'il faut : qu'une autre ■B—iwinU poîise être établie.
I IRi qaéUe peut être cette autre tGaveraineté? U fe«t k
18U DE LA 80UVEBA1NETÉ.
savoir dès l'abord. Car, s'il en est des milliers ; mille humanités pourront s'égorger, avant de parvenir à se soumettre : à une seule et même souveraineté.
Et , cette unité de souveraineté est cependant nécessaire : puisque, la co-existence de deux souverainetés en contact nécessaire , équivaut : à la négation de toute souveraineté ; à Tanarchie.
Voyons , dès lors , combien d'espèces de souverainetés sont possibles.
Il n'y a, dans le monde : que^ forge; et, raison.
Ainsi, il n'y a de souverainetés possibles : que^
1» La souveraineté de la force , sous un masque de raison.
C'est, la souveraineté de droit divin;
2^ La souveraineté de la force brutale : quand, à cause de rincompressibilité de l'examen , la force ne peut plus se masquer de raison.
Cette souveraineté de la force brutale ; est : la souveraineté du peuple.
£t , celle-ci existe, nécessairement, absolument : dès que la souveraineté de droit divin n'est plus possible; et, que la souveraineté de la raison, n'est pas encore possible.
Et, je le répète : la souveraineté de droit divin n'existe plus : dès, que le pape du droit divin cesse d'être : infidllible; et, dominateur absolu des pouvoirs temporels;
3® Enfin, la souveraineté de la raison.
— Une quatrième espèce de souveraineté est absolument impossible.
Et, en quoi consiste la souveraineté de la raison? Voilà, dès l'abord , ce à quoi , il faut répondre : d'une manière rationnellement incontestable.
Pour être souverain , pour régner, pour donner la rè^e et 1a sanction de la règle ; il faut exister.
Quelles sont, pour les souverainetés, les seules conditkmik fomUàm d'unmics?
U y en a deux, exclusivement deux.
Ces souyerainetés sont exclusivement :
Ou, PERSOIÏlf ELLES ; Ou, ÉTERIÎELLES.'
La souveraineté de droit divin est essentiellement personnelle : dans le révélateur; et, dans le pape, interprète infaillible de la révélation.
La souveraineté du peuple est essentiellement personnelle.: dans les individus qui se disent souverains.
Il n'y a, nous le répétons : que, trois espèces de souverainetés possibles : deux sont personnelles : et , ne sont plus possibles ; la troisième , la souveraineté de la raison^ ne peut être personnelle. La souveraineté de la raison doit donc être : éternelle.
Comment, la souveraineté de la raison peut-elle être éternelle? Et, comment la sanction, de cette souveraineté, peut-elle être inévitable : même par la force ?
Avant, de parler de la raison , comme souveraine; il faut savoir auparavant :
Si, la raison existe : en réalité; et, plus que phéno-
MÉNALEMENT.
Pour le savoir, il faut établir, dès l'abord, quelles sont les conditions : pour, que la raison existe : en réalité; et, plus que phénoménalement.
La raison réelle , présuppose la liberté : de T'être , en apparence raisonnable.
Quelles sont les conditions de la liberté réelle?
L'indépendance absolue de l'être capable de raisonner dans des conditions données ; abstraction faite de la soumission volontaire à la raison souveraine de l'être devenu capable de raisonner ; soumission qui, encore , caractérise la liberté.
£t, quelles sont les conditions de cette indépendance absolue ?
1® Que, Tanthropomorphisme ne soit pas une réalité. lu 31
Si l'àme, de TcHre en apparence raisonnable, est créée; en supposant qu*il y ait des âmes ; l*àme n'est pas indépendante, n'est pas absolue ; elle est : relative à son créateur ; elle est : dépendante de son créateur ; cet être , en apparence raisonnable , n'est pas libre en réalité; il n'est libre :
que, PHÉBOMEMALEMEIfT ;
T Que , le panthéisme ne soit pas une réalité.
Si, Tàme, de Tètre en apparence raisonnable, est une résultante de la matière ; ce , qui est la négation de toute àme immatérielle ; rien , dans cet être , n'est indépendant, n'est absolu; tout, y est dépendant : de Tensenible matériel ; tout , y est relatif. Cet être, en apparence raisonnable, n'est pas libre eu réalité ; il n'est libre : que , phénohénalememt. Dans cette hypothèse, M. Proudhon aurait eu raison de dire :
•» (( Tous, tant ^e nous fifons, nous sommes, sans nons en apercefoir, et s»lon les mesures de nos facultés et la spécialité de notre industrie, des RESSORTS PENSANTS, deS RODES PENSANTES, deS PIGHONS PEHSANTâ, des POIDS PENSANTS^ CtC, d*unc IMMENSE MACHINE QUI PERSK AUSSI ET QUI VA TOUTE SEULE. X>
— M. Proudhon, dis-je , aurait eu raison de parler ainsi; s'il n'était absurde de supposer la raison : chez, un automate.
Remarquons maintenant : que, Findépendance absolue ne peut exister : chez Vétre en apparence raisonnable; puisque , la seule apparence de raison , exige un organisme dérivant de la matière : relative , par essence.
Dès lors, pour que l'indépendance absolue puisse exister,
chez l'être en apparence raisonnable; il faut : que, chez
cet être , il y ait un être : evdépendant de toute création ;
c'est-à-dire : éternel; indépendant de toute matière;
.^^'est- à-dire : immatériel.
Cet être : absolu, éternel , immatériel; qui doit exister, chez rêtre eu apparence raisonnable , pour que la raison
puisse y exister ; appelons-le : ame ; sans , pouvoir encore affirmer : s'il existe iiEMXEMEirr.
Mais y auparavant , que peut être Vâme : si , elle existe
iUÊELLEMEin?
Pour le savoir^ demandons-nous : quelle est la base nécessaire; absolument nécessaire; de toute raison possible : soit, apparente; soit, réelle.
Cette base, absolument nécessaire, est : la sensibilité : soit , apparente ; soit , réelle.
Ainsi , partout où il y aura sensibilité réelle , il y aura AME réelle ; et , par conséquent , raison réelle ; s'il est possible de prouver : que , la sensibilité : ne dérive point de l'organisme ; ne dérive point de la matière; mais , qu'elle est immatérielle; ce qui implique : éternelle; et, partout où il n'y aura que sensibilité apparente, il n'y aura pas âme réelle ; il n'y aura, par conséquent, que : raison apparente.
Et , comment est-il possible de savoir : si , la sensibilité, qui existe incontestablement chez chacun de nous : qui, raisonnons au moins en apparence; et, qui croyons raisonner en réalité; comment, dis-je, est-il possible de savoir : si , notre sensibilité dérive , ou ne dérive pas , de Torganisme, de la matière? en un mot : si, notre âme est matérielle; ce, qui rendrait notre raison exclusivement apparente, phénoménale; ou , si, elle est immatériellk ; ce , qui seul peut rendre notre raison , une raison réelle ; une raison : plus, qu'APPARENTE ; plus , que phénoménale.
— Résolvons cette question.
Si, la sensibilité est universellement répandue, sur toute la série des phénomènes; la sensibilité dérive : de l'organisme , de la matière. Dans ce cas , la raison est exclusivement : APPARENTE, PHÉNOMÉNALE.
Si , la sensibilité est exclusive à l'homme ; la sensibilité ne dérive pas : de l^organisme ; de la matière. Dans ce cas , la
i84 DE LA SOUVERAINETÉ.
ruisou est : plus, i|u*ArFAhiiiiT£; plus, que pu£ivom£:male; les (Imes étant alors : imjmlatérielles; par conséquent: