AUTOMATISME
— ce Je Yois, dit-il, dans les esprits une assez grande fermentation en France, etks noms de Descartes et de Newton semblent être les mots de ralliement entre le» deux partis. Ces* guerres civiles ne sont point faites pour des philoaoplies. Il ne s'agit point de combattre pour un Anglais contre un Français , ni pour les lettres de Talpbabet qui comprennent le nom de Newton contre celles qui composent le nom de Descartes. Ces noms ne sont réellement qu'un son ; il n'y a nulle relation entre un bomme qui n*est plus et^ce qu'on appelle sa gloire. 11 n'appartient pas à ce siècle éclairé dje suivre tel ou tel philosopbe ; il n'y a plus de fondateurs de secte. UuiviQUE fondateur est une déhonstbation. »
(Lettre à M. de Maïupertuis,]
— Résumons^.
Voltaire est ennemi de la souveraineté religieuse hypothétique.
Voltaire est ennemi de la souveraineté du peuple.
Voltaire est ennemi de la souveraineté religieuse réelle, qu'il nie : en lui superposant, dans toutes ses œuvres, la souveraineté du néant : dont, le panthéisme est l'expression .
Voltaire est Tapôtre de l'anarchie.
Nous prions nos lecteurs de se rappeler : ce que nous venons de prouver, sur Voltaire ; lorsque, nous examinerons M. de Lamartine.
« Si l'on se donnait la peine de lire attentivement le livre du Contrat social^ il n'y a pas une page oJ!i Ton ne trouvât des erreurs ou des contradictions. »
YoLTAïAE, Idées républicaines^ ch. xxxviii.
— Beaucoup de personnes ; et, surtout celles qui n'auront point lu, attentivement, le Co7itrat social; accuseront ici Voltaire de partialité. Il faudrait cependant ne pas oublier : qu'en fait de critique ; qu'en fait de logique de destruction; Voltaire était le premier homme de son siècle ; il était : le Proudhon de son époque .
Voyons, si, Rousseau, dans les circonstances où il se trouvait, devait nécessairement mériter la critique que Voltaire fait, de ce que les littérateurs appellent un chef-d'œuvre ; et, qui n'est vraiment : qu'un chefd'œuvre de littérature.
— « Sitôt, dit Jean-Jacques^ qu'on accoutume les gens à dire des mol$ sans les entendre , il est facile^ après cela, de leur faire dire tout ce que Ton yeut. »
{Emile.)
— Rousseau s'est accoutumé : à dire des mots sans
DE LA SOUTEHÀimSTÉ. 29
les entendre. Dès lors, il a été facile, à la vanité, de lui faire dire : toutes les sottises possibles.
Les mots principaux, que Rousseau prononce sans les entendre, sont : Dieu et nature.
Nous venons de voir Voltaire affirmer que, « le mot « nature est une expression vague qui ne signifie « rien. »
En effet : il y a deux natures : la nature matérielle ; et, la nature morale ; en supposant : que, le raisonnement soit une réalité.
Si, la nature morale existe; elle a pour expression le raisonnement r'bon ou mauvais.
Tant, que le bon raisonnement ne peut être incontestablement distingué du mauvais ; le mot nature^ appliqué à Tordre moral, est nécessairement vague et ne signifie rien.
Rousseau appliquait le mot nature à Tordre moral ; Rousseau se servait de ce mot sp.ns Tentendre; et, cette indétermination a été une des causes des sottises : que, la vanité lui a fait dire.
Arrivons au mot Dieu.
— « Tous les peuples du monde, dit Rousseau, sans excepter les juifs,
se sont fait des dieux corporels. Nous-mêmes, avec nos termes d'esprit,
detrinité, de personnes, sommes pour la plupart de vrais anthropo-
morphistes. »
(Emile.)
— Voilà, Jean-Jacques qui répudie, et avec raison : tout Dieu personnel . Mais, le Dieu personnel répudié, reste le Dieu impersonnel. Voyons ce que ce mot peut signifier : rationnellement.
Ce mot n'a que deux significations possibles :
1"* L'âme universelle de la philosophie, le mouvement, la vie. C'est, le panthéisme; c'est, la négation des individualités réelles. C'est, l'affirmation : que, toute individuahté est purement phénoménale; qu'il n'y a aucun rapport moral d'une vie à une autre ; c'est le matérialisme ; c'est l'athéisme : dans le sens de Dieu signifiant : sanction éternelle; justice éternelle.
2"* Sanction éternelle, justice éternelle.
Se servir du mot Dieu^ dans le premier sens impersonnel; c'est, parler sans se comprendre ; ou, si on en comprend la valeur; c'est, se donner comme capable de raisonner réellement, après avoir déclaré : que, le raisonnement n'est qu'apparent; que phénoménal ; qu'illusoire. C'est absurde. C'est ce que Rousseau a fait, sans le savoir.
Se servir du mot Dieu, dans le second sens ; avant d'en avoir démontré la réahté, par la démonstration de l'éternité, de l'immatérialité des âmes; c'est, se servir d'un mot dont on ne comprend pas la valeur ; ou, dont la valeur n'est qu'hypothétique jusqu'à démonstration. C'est, ce que Rousseau a encore fait,
Rousseau, niant la souveraineté religieuse hypothétique ; et, se sentant incapable de démontrer la souveraineté religieuse réelle ; a donc dû établir : la souv^ raineté du peuple. C'est, ce qu'il a fait dans le Contrat social. Mais, à chaque instant; et, malgré lui ; son bon sens le fait cracher sur cette souveraineté.
— « Il ne suffit pas, dit Rousseai;^, de considérer Ut moyens que Von
0E Ijk SOUVSRAINETÉ. 31
veut employer^ si on ne regarde encore les hommes dont on veut se servir, »
— Ici, il s'agit de vices et de vertus. Et, Rousseau oublie ce que nous venonà de voir Voltaire proclamer : que, les gouvernements font les vices et les vertus. Si, des hommes sont brigands, il s'agit de les empêcher de rester brigands ; et, non de faire des lois pour organiser les brigandages. Il est vrai : que, là se trouve la difficulté. Des lois morales découvertes, ont la justice étemelle, pour sanction nécessaire. Mais, en attendant : que, ces lois et leur sanction soient découvertes ; il faut des lois faites; et, à celles-ci, une sanction supposée étemelle. Or, en époque d'incompressibilité sociale de l'examen, il est impossible de faire accepter, comme réelle, une sanction hypothétique.
— « Or, continae Roussean, quand loate une nation ne sait plus s'occuper que de niaiseries , quelle attention peut-elle donner aux grandes choses?. ...»
— Doucement I Voilà encore Jean-Jacques, qui se sert de mots, dont il n'a point déterminé la valeur. Quelles sont les grandes choses, s'il vous plaît? Tout ce qui est hypothétique est douteux . Le doute^ dit fort justement M. Guizot, profite toujours à la négation. Le doute, relativement à la sanction éternelle, existe actuellement. En pratique, c'est donc la négation de la sanction étemelle. Reste la sanction temporelle, la force. Dès lors, les grandes choses sont d'être le plus fort à tout prix ; d'avoir du vin, des chevaux, des femmes, de la fiiTisâque, etc.
«- « Et dans un pays , continue Rousseau , où la musique est devenue une affaire d'État, que seront les affaires d*Ëtat, sinon des chansons? »
— Eh bien 1 faites que les grandes choses ne soient plus des chansons ; détruisez le doute ; prouvez : que, la justice éternelle existe ; et, vous aurez donné le remède. 11 est vrai : que, ce sera inutilement : tant, que la nécessité n'en aura point été socialement sentie.
^- « Qoiand on voit , continue Rousseau , tout Paris en fermentation pour une place de baladin ou de bel esprit^ et les affaires de TAcadémie ou de rOpéra faire oublier Tintérêt du prince et la gloire de la nation , que doit-on espérer des affaires publiques rapprochées d*un tel peuple et transportées de la cour à la ville? Quelle confiance peut-on avoir au scrutin des conseils , quand on voit celui d'une Académie au pouvoir des femmes? »
— Des femmes, qui ne douteraient pas ; vaudraient mieux que des hommes qui doutent. Et, des femmes qui ne douteraient point, et avec raison, ne mettraient pas le droit au scrutin.
— a Seront-elles moins empressées , continue Rousseau , à placer des ministres que des savants? ou se connaîtront-elles mieux en politique qu*en éloquence? U est bien à craindre que de tels établissements, dans un pap où les mœurs sont en dérision .... »
— Encore des mots, dont la valeur est indéterminée ; ou, dont l'application est mauvaise, si le sens est déterminé. Par mœurSy Rousseau entend bonnes mœurs; et, par bonnes mœurs, il entend le sacrifice de ses passions. Soit. Mais, dès que la sanction religieuse est anéantie, pourquoi donc les mœurs ne seraient-elles
DE Là SOUVERàIMETÉ. 33
point en dérision? Sous la souveraineté du peuple, expression de la négation religieuse, avoir des mœurs, sacrifier ses passions quand on peut les satisfaire, est d'un sot. Or, Tessence de l'homme est de raisonner; et, personne ne veut être sot. Prouvez : qu'il est sage d'avoir des mœurs ; et, chacun en aura. Je répète :
— « Il est bien à craindre,. dit Rousseau , que de tels établissements . (faYorables à la souveraineté du peuple] , dans un pays où les mœurs sont en dérision, ne se fissent pas tranquillement, ne se maintinssent guère sans troubles et ne donnassent pas les meilleurs sujets. »
{Siir la polysynodie,)
— Eh bien ! anéantissez la souveraineté du peuple ; \ous aurez des mœurs ; et, la polysynodie ira rejoindre sa mère.
Dès, que des nationalités réelles, autonomes, sont en contact ; la souveraineté du peuple, la souveraineté delà force brutale existent nécessairement entre elles. Rousseau, dans le passage suivant, expose : que, cette souveraineté, n'est réellement, que celle des bêtes.
— «Si, dit-il, Tordre social (actuel) était, comme on le prétend, TooTragede la raison plutôt que des passions, eût-on tardé si longtemps avoir qu'on en a fait trop ou trop peu pour notre bonheur; que chacun de nous étant dans l'état civil avec ses concitoyens, et dans Tétat de na-> tare avec tout le reste du monde ^ nous n'avons prévenu les guerres particnlières que pour en allumer de générales^ qui sont mille fois plus ter- Hbles; et qu*en nous unissant à quelques hommes, nous devenons réellement les ennemis du genre humain? »
(Sur le projet de paix perpétuelle,)
— Rousseau ne se doutait pas : qu'en transportant II. 3
34 DE LA S0ttERÀlNET6.
la souveraineté du peuple ou de la force, du sein des naticms au sein de chacune d'elles ; il a établi la guerre entre les familles de chaque nation ; au lieu, qu'elle n'existait auparavant : qu'entre ces mêmes nations. Du reste, c'est la marche nécessaire des développements de l'intelligence : le bien ne peut sortir ; que, de l'excès de mal.
La base de la souveraineté du peuple, négation de Timmatérialité : c'est la matière, c'est l'or, c'est la finance. A cet égard, écoutons Jean-Jacques.
— « £st-il sûr, dit-il, que Targent soit le nerf de la guerre? Les peupies riches ont toujours été battus et conquis par les peuples pauvres. Est-il sûr que l'argent soit le ressort d'un bon gouvernement? Les systèmes de finances sont modernes ; je n en vois rien sortir ni de bon ni de grand. Les gouvernements anciens ne connaissaient pas même le mot de financcy et ce qu'ils faisaient avec des hommes était prodigieux. L'argent est tout au plus le supplément des hommes , et le supplément ne vaudra
jamais la chose Les systèmes de finances font des âmes vénales ;
et dès qu*on ne veut que gagner , on gagns touiovbs plus a étsb fripok
QU'flOHNÂTB HOMME. »
[Consid. sur le gouvem, de Pologne,)
— Aussi, sous la souveraineté du peuple, négation de toute sanction religieuse ; la probité n'est, logiquement : que, le partage des sots.
Voici, encore, un résultat nécessfaire de la souverailïeté du peuple transportée, du sein des nations, au sein de chaque nation. Tel maître, tel valet : est un proverbe, applicable aux nations, comme aux individus .
— « Il n*y a plus anjburd'bai, dit Jean-Jacques, de Français , d^AUe- i
DE Là BaUVBRAINETi. 35
■umb^ d^Espagnols^ d'Anglais mène ; quoi qa*on en dise , il n'y a plus qae des Européens. »
— Et, comme l'Europe domine le monde, il aurait fallu dire : il n'y a plus que des hommes ; que des . êtres qui raisonnent ; et, finissent par rejeter les préjugés nationaux.
— - « Tovfi, continue Rousseau , npt les mêmes goûts , les mêmes passions, les mêmes mœnrs^ parce qn'aucun n'a reçu de formes nationales par une constitution particulière. »
— Il fallait dire : parce que les formes nationales sont relatives à l'éducation; et, que l'éducation, en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, ne peut plus dominer l'instruction bonne ou mauvaise. Les constitutions particulières en contact, sont des gouttes d'eau diversement colorées et réunies. En s'unissant, les colorations particulières s'évanouissent.
— - R Tous , dans les mêmes circonstances , feront les mêmes choses , continue J ean- Jacques ; tous se diront désintéressés et seront fripons... »
— Parce que, l'instruction de la souveraineté du peuple dit : que, quiconque ne se proclame point désintéressé ; et, n'est pas un fripon ; est un sot. L'instruction, de <la souveraineté religieuse réelle, dit le contraire ; et, alors, tous font le contraire. Quoi que vous fassiez, les actes libres sont toujours : la ecrnséquence du raisonnement.
— « Tous, continue Jean-Jacques, parleront du bien public et ne penseront qu''à eux-mêmes. »
— Faites tout ce que vous voudrez ; raisonner ne sera jamais : que, penser à soi-même. Voulez-vous que les hommes agissent en faveur du bien public ? Faites : que, l'intérêt public et l'intérêt individuel soient identiques. C'est, ce qui existe, sous la souveraineté religieuse réelle.
«- «Tous, continue Jean-Jacques, vanteront la médiocrité et toudront être des Grésus; ils n*ont d'ambition que pour le luxe; ils n^ont de passion que celle de For : sûrs d'avoir avec lui tout ce qui les tente , tous se vendront au premier qui voudra les payer. Que leur importe à quel maître ils obéissent, de quel État il suivent les lois ! Pourvu qu'ils trouvent de l'argent à voler et des femmes à corrompre, ils sont partout dans leur pays. »
(Id.j ibid,)
— C'est juste. Ces gens raisonnent. Ils existent sous la souveraineté du peuple, négation de toute sanction religieuse. S'ils raisonnaient autrement, ils seraient des sots. Voulez-vous : que, ces gcns-là raisonnent autrement ? Prouvez : qu'ils raisonnent mal ; et, que la souveraineté du peuple, n'est que la souveraineté des sots.
Jean-Jacques, espèce de Cassandre moderne, voyait où conduisait nécessairement la souveraineté du peuple : soit entre les nations; soit entre les individus.
— « Je vois , dit-il , tous les États de l'Europe courir à leur ruine. Monarchies^ républiques, toutes ces nations si magnifiquement con^^ttuées, tous ces beaux gouvernements si sagement pondérés, tombent en décrépitude, menacent d'une mort prochaine. »
(Id., ibid.)
— Est-il possible de se moquer, plus cruellement, de la souveraineté du peuple ?
Le malheureux Rousseau, ballotté : d'un côté entre sa conscience, sa bonne foi, gui lui disent que la souveraineté du peuple n'est que l'anarchie; et, d'un autre côté son ignorance vaniteuse, qui ne lui permet point de supposer que la souveraineté religieuse réelle soit du ressort du raisonnement ; finit, par se rejeter dans les bras de la souveraineté religieuse hypothétique ; tout ce qu'il y a au monde de plus opposé à la souveraineté du peuple. Et, savez-vous où il fait cette amende honorable ? Dans le Contrat sodaly intronisation de la souveraineté du peuple.
— « Le légisiatear, dit-il, ne peut se faire obéir ni par la force ni par le raisonnement. »
(Liv. n, ch. vu.)
— C'est dire : que, la révélation législatrice est seule capable de se faire obéir. Groyez-vous que Voltaire avait tort, en disant : que, le Contrat social est un tissu de contradictions ?
Rousseau avait cependant dit :
— a Rien n'est si clair que l'absurdité. »
(Lettre à D'Jkmhert.)
— Et, il n'avait pas remarqué : que, la souveraineté du peuple, est : ce qu'il y a de plus clairement absurde.
Rousseau disait encore à d'Alembert :
— t II n*y a qoe la raison qui ne soit bonne à rien sur la scène, n
38 DE LÀ SOTJTERAINETÉ.
— Il paraît : que, lui Rousseau, ne la trouvait bonne à rieu ; puisqu'il la trouvait impropve à proeurer l'obéissance aux lois. Il est, cependant, vrai de dire : que, la raifion est impropre : à faire accepter des lois> résultant de la souveraineté des bêtes.
Du reste,. n'allez pas raisonner, avee Rousseau, contre la souveraineté des bêtes; que, lui-même, d'ailleurs, méprise socialement, quand il se permet de raisonner. Cet acte de sagesse serait dangereux ; et, Romseau, tant tolérant qu'il soit, vous ferait mettre tmf le gril. Vous croyez que je plaisante? Écoutez plutôt.
«- « Le fanatisme^ dit-^l^ n*eft pas une erreur, mais une fureur areugle et stupide que h. raison ne retient jamais. »
— C'est vrai. Voyez, plutôt, chez les partisans de la souveraineté du peuple. Parlez-leur raison; ils vous répoindront éehafa/ud.
— c( L'unique secret pour rempêcher die naître, continoe le pliiloBOphe de la tolérance, est de contenir ceux qui Texcitent. Vous avez beau démontrer à des fous que leurs chefs les trompent, ils n*en sont pas moins ardents à les suivre. )>
— Mais, selon Rousseau lui-même, cela doit être : puisque, la raison n'est pas bonne : même, à procurer l'obéissance aux lois.
— a Que si, continue Rousseau, le fanatisme existe une fois, je ne vois encore qu'un seul moyen d'arrêter ses progrès : c*est d'employer contre lui sfts proprei armes. U ne s'agit ni de rûsoiner ni de^coiiTaincre^ il ftiut
Dl Ul SOOYEBAUrETÉ. 39
laisser là la philosophie , fermer les livres , prkmdbb lb glaiyb bt puhir
LBS FOURBES. »
(/d., ihid.)
— Puis, sans doute; revêtir les prisonniers du sanbenito.
Je suis persuadé ; que, ce moyen est le seul bon ; tant, que l'examen est socialement compressible. Maisi il devient mauvais au superlatif : quand cela n'est phis possible. Aussi, Rousseau n'a-t-il point fait l'ornement d'un auto^orfé. Et, cependant, personne plus que lui, n'était fanatique de toutes les souverainetés : excepté de la bonne.
Pauvre Jean-Jacques I Paix à ses cendres. Il fut bien malheureux I Cela devait être : il était honnête homme ; et, partisan. de la souveraineté du peuple.
40 DK LA «OUVERAINETi.
«< Dans ce siècle oa régnent si fièrement les préjugés et Terreur sous le nom de philosophie, le» hommes, abrutis par leur vain sayoir, ont fermé leur esprit à la voix de la raison et leur cœur à la voix de la nature. »
Rousseau, Lettre sur les spectacles,
— Mettre la vérité au scrutin, c'est effectivement fermer son esprit à la raison. Si, cependant en effet, la raison n'était bonne à rien ; ce serait peut-être ce qu'il y aurait de mieux à faire. Est-ce de ce point de départ, que Rousseau a conclu à la souveraineté du peuple? Mais, alors, il ne faut plus parler de raison; et, le premier qui osera en appeler à son autorité ; devra être écrasé : sous la force brutale.
Après avoir mis la souveraineté du peuple au-dessus de la souveraineté religieuse, ce qui est l'anéantissement de la religion, Rousseau dit :
— « Je n'entends point qu'on paisse être yertueux sans religion ; j*ea$ longtemps cette opinion trompeuse dont je suis désabusé. »
(Lettre sur les spectacles.)
— Très-bien 1 Mais, il faut une base à la religion ; et, la religion n'en a que deux : la foi basée elle-même sur l'anthropomorphisme ; et, la science basée sur le raisonnement. Vous avez répudié : et l'anthropomor-
phisme ; et le raisonnement.^ Comment pouvez-vous être religieux ? Si vous n'aviez pas été un ignorant vaniteux, vous vous seriez dit : la religion est nécessaire. Pendant l'ignorance sociale , elle n'a de base que la foi. Quand, l'examen vient détruire toute foi ; c'est, le raisonnement qui doit servir de base à la religion. Le raisonnement actuel est impuissant à servir de base à la religion. C'est, que l'ignorance existe encore. Il faut : que, l'ignorance disparaisse.; ou, que l'humanité s'anéantisse. Si, vous aviez parlé ainsi, vous auriez rendu justice : à la raison, en général; et, à votre raison, en particulier.
Établir la souveraineté du peuple ; c'est, je le répète, séparer la politique de la morale ; c'est, laisser : la politique à l'ensemble; et, la morale aux individus. Voici, maintenant, ce que dit Rousseau : de cette séparation, qu'il a lui-même établie. V l]
— « Ceux , dît-il , qui voudront traiter séparément la politique et la morale, n'entendront jamais rien à aucune des deux. »
{Emile.)
— Ce, qui mettait Rousseau, continuellement en contradiction avec lui-même ; ce, qui le rendait essentiellement paradoxal ; c'est qu'il était de bonne foi et prenait : des apparences, qui varient continuellement ; pour la vérité, qui ne varie jamais. Adhérant, tour à tour : à la souveraineté religieuse h}Tpothétique ; et, à la souveraineté du peuple ; toutes les deux relatives à la force ; il en voyait les injustices inévitables ; et, n'entrevoyant point de possibilité, à l'existence de la sou-
Yeraiueté religieufie réelle, absolument exempte d'injustice ; il désespérait, eomme Pascal ; et, se trouvait aussi malheureux que lui.
— « L'esprit univenel des lois de tous les pays est, ditril, defaYoriser toujours le fort contre le faible, et celai qui a contre celui qui n*a rieu ; cet inconTénient est ikéyitable, et il est sans exceptioh. »
{Emile.)
— Le désespoir est, ici, aussi absolu que possible^ Et, il est logique : dès, que vous prenez les souverainetés apparentes, relatives à la force ; pour la souveraineté réelle relative à la raison réelle, absolue par essence. Sous la souveraineté rebgieuse hypothétique, la force est masquée de raison, il est vi*ai; mais elle n'en est pas moiias exclusivement dominatrice. Soua elle, les forts doivent avoir le plus possible et les fiables le moins possible ; sous peine : de voir la souvfh raineté religieuse hypothétique examinée par les masses ; et, dès ce moment anéantie. Quant à la souveraineté du peuple, étant la force brutale par essence, il est évident : que, sans elle, ce que dit Rousseau est acussivrai que possible. Ces deux souverainetés, sont seules possibles : tant, que Tignorance sociale n'est point évanouie; et, l'ignorance sociale dure encore. Vous concevez, comment Rousseau a pu dire : que, jusqu'à présent , cet inconvénient de -la subordination du faible au fort, a été inévitable et sans exception. Puis, comme il nç concevait point : que, la souveraineté religieuse réelle, qui seule ne craint pas l'examen, pût exister; vous concevez comment il a dû conclure :
DB LA SOUYKaAIIiSTÉ. 42
que, ce même inconvénient est, d'une manière absolue , iNÉYiTABLE et SANS EXCEPTION. Et, voilà, cc que c'est : que, de prendre des apparences pourdes réalités. Rousseau, cependant, avait reconnu : qu'il falkit éviter cet écueil ; car, il dit :
— « Esi-ce ma faute si^ toujours dope de l'apparence, vous la prenez |our la réalité ? »
(ÉmiU.)
— Et, lui-même est allé s'y briser. C'est, qu'un écueil signalé n'est utile : qu'au pilote, assez habile pour savoir l'éviter.
C'est, encore dans ce sens absolu, qu'il a osé dire :
— ff Toujours la multitude sera sacrifiée an petit nombre, et l'intérêt f ublic à rintéréi particulier. Toujours les noms ^écieux de justice et de subordination serviront d'instruments à la violence et d'armes à Tinif[uité. D
(ÉmiU.)
— Il est clair : que, cela est inévitable et sans exception : sous la souveraineté religieuse hypothétique, relative à une force masquée de raison ; et, sous la souveraineté du peuple, relative à la force brutale. Mais, Rousseau aurait dû remarquer : que, sous l'ineompressibililé sociale de l'examen : la souveraineté religieuse hypothétique apparaît ce qu'elle est, le despotisme ; et, la souveraineté du peuple, l'anarchie. Or, eonmie sous cette incompressibilité, le despotisme est essentiellement incompatible avec l'ordre ; comme l'ar narchie n'est autre que le désordre ; et, que Tordre
n'est autre que la vie sociale ; Rousseau aurait dû en conclure : que ces deux souverainetés ne sont qu'apparentes; et, que la souveraineté réelle doit se découvrir ; sous peine de mort sociale. Mais, la vanité cataractaitla vue intellectuelle de Rousseau; et, Thomme le plus capable de bien voir, a vécu dans les ténèbres. Et, cependant, Rousseau avait lui-même signalé : en quoi consistent les cataractes de l'intelligence ; et, combien il est facile de se les arracher soi-même.
— > « Nul, dit-il, ne cherche à Toir les choses comme elles sont, mais comme elles s'accordent avec son système. »
[Emile.)
— C'était bien dire : que, les cataractes ne sont autres que la vanité. La vanité de Rousseau, le système de Rousseau, était : que, la découverte de la souveraineté religieuse réelle, lui paraissant inaccessible à son esprit ; cette même découverte devait être inaccessible à l'humanité.
Et, remarquez encore : que, Rousseau voyait bien^ que jusqu'à lui, tous les philosophes avaient été cataractes de préjugés. Mais , lui-même s'en croyait exempt, puisqu'il osait prononcer, d'une manière absolue : que, les souverainetés, relatives à la force, étaient les seules possibles.
-— « Ce ne sont point, dit-il, les philosophes qui connaissent le mieux les hommes ; ils ne les voient qu'à travers les préjugés de la philosophie, et je ne sache aucun état où l'on en ait tant, »
{Emile.)
— Et, Rousseau avait le préjugé : que, la découverte de la vérité est inaccessible à rhumanité ; par conséquent, que la souveraineté est exclusivement relative à la force : à la force masquée de raison, tant que l'examen est socialement compressible ; à la force brutale, dès que, socialement, l'examen ne peut plus être comprimé.
Un grand homme, au moral, est un homme sans préjugé. Voici, ce que dit Rousseau à cet égard.
— a Les grands hommes , dit-il , ne s'abusent point sur leur supériorité ; ils la voient, la sentent et n'en sont pas moins modestes. »
{Emile.)
— C'est très-vrai. Mais, il y aune infinité de petits hommes, qui se croient grands, de très-bonne foi ; et, sont modestes, comme de véritables grands hommes. Tant que Tincontestabilité rationnelle n'existe pas, pour distinguer et faire distinguer les uns des autres, comment les distingue-t-on ? Par la force, n'est-il pas vrai ? Et, voilà la modestie qui caractérise également les sots. Sous le règne de la force, il faut être fort ou faible. Sous le règne de la justice, il n'y a, socialement : ni forts, ni faibles.
Voltaire méprisait l'ignorance du peuple; et, le croyait incapable d'instruction. Lui, se croyait savant; et, il voulait établir la souveraineté de la philosophie. A la vérité, c'était la souveraineté du néant; mais, n'importe ; Voltaire, dans son erreur, était logique. Rousseau, au contraire, méprise l'ignorance du peuple et l'ignorance des philosophes, qu'il croit éga-
ciale de l'examen ; le passage suivant, impliquant la nécessité de la souveraineté religieuse démontrée^ est encore la condamnation la plus explicite : de la souveraineté du peuple.
— « La justice et la vertu ne font ici'has que des dupes, » dit Rousseau.
— C'est incontestable , sous la souveraineté du peuple ; où , la seule force peut empêcher d'être dupe.
— « Otez, continue Rousseau, la justice éternelle, et la prolongation dd mon être après cette vie »
— Ce qui signifie : ôtez la souveraineté religieuse ; et, par conséquent, ôtez la souveraineté religieuse démontrée, dès que la souveraineté religieuse hypothétique est devenue impuissante.
— n ...je ne vois plus dans la vertu, continue Rousseau, qu'une folie à qui Ton donne un beau nom. ))
— Ce qui signifie : que, sons la souveraineté du peuple ; la vertu est une sottise ; par conséquent : que, le crime triomphant est sagesse. Est-ce là ce que vous voulez 1 partisans de la souveraineté du peuple ?
— « Le conflit des hommes et des lois , dit encore Rousseau , qui met dans rÉtat une guerre intestine continuelle, est le pire de tous les états politiques. »
(Au marquis de Mirabeau, i767,)
DE LA SOUVBEÀINETÉ. 49
— Eh bien ! sous la souveraineté du peuple ; où^ les lois disent implicitement : que, la vertu est folie ; et, le crime sagesse ; le conflit des hommes et des lois existe. Le pire de tous les états politiques est donc : celui, relatif à la souveraineté du peuple.
La preuve que Rousseau pensait de même ; c'est, qu'il dit :
•— « Le droit politique est à naître, et il est à présumer qu'il ne naîtra jamais. »
(Emile,)
— Tout Rousseau est dans ces lignes ; et, qui plus est, toute la génération actuelle : c'est, la vanité ignorante, niant la possibilité de connaître la vérité.
Rousseau sachant qu'une société^ n'ayant de choix qu'entre une souveraineté religieuse hypothétique et la souveraineté de la force brutale, se trouve dans l'erreur ; ne peut s'empêcher de s'écrier :
— . « Les hommes ne doivent pas être instruits à demi. »
— C'est vrai. Et, la demi-instruction, c'est lacon naissance des vérités négatives, en restant dans l'ignorance : sur la vérité positive. Toutes les conclusions sont alors : d'autant plus erronées ; qu'elles sont plus logiques.
— « Si les hommes, continue Rousseau , doivent rester dans l'erreur <|iie ne les laissiez-Tons dans T ignorance ? »
ciale de l'exameQ ; le passage suivant, impliquant la nécessité de la souveraineté religieuse démontrée^ est encore la condamnation la plus explicite : de la souveraineté du peuple.
— « La justice et la ferla ne font ici'has que des dupes, » dit Rousseau.
— C'est incontestable , sous la souveraineté du peuple ; où , la seule force peut empêcher d'être dupe.
— « Otez, continue Rousseau, la justice éternelle, et la prolongation de mon être après cette We »
— Ce qui signifie : ôtez la souveraineté religieuse ; et, par conséquent, ôtez la souveraineté religieuse démontrée, dès que la souveraineté religieuse hypothétique est devenue impuissante.
— <t ...je ne vois plus dans la Tertu, continue Rousseau, qu'une folie à qui Ton donne un beau nom. »
(À if. ra66^de....,1764.)
— Ce qui signifie : que, sous la souveraineté du peuple ; la vertu est une sottise ; par conséquent : que, le crime triomphant est sagesse. Est-ce là ce que vous voulez ! partisans de la souveraineté du peuple ?
— « Le conflit des hommes et des lois , dit encore Rousseau , qui met dans rÉtat une guerre intestine continuelle, est le pire de tous les états politiques. »
(j4u marquis de Mirabeau , 4767.)
DE LA SOUVBEÀINETÉ. 49
— Eh bien ! sous la souveraineté du peuple ; où^ les lois disent implicitement : que, la vertu est folie ; et, le crime sagesse ; le conflit des hommes et des lois existe. Le pire de tous les étals politiques est donc : celui, relatif à la souveraineté du peuple.
La preuve que Rousseau pensait de même ; c'est, qu'il dit :
•— « Le droit politique est à naître, et il est à présumer qu'il ne naîtra jamais. »
(Emile,)
— Tout Rousseau est dans ces lignes ; et, qui plus est, toute la génération actuelle : c'est, la vanité ignorante, niant la possibilité de connaître la vérité.
Rousseau sachant qu'une société^ n'ayant de choix (ju'entre une souveraineté religieuse hypothétique et la souveraineté de la force brutale, se trouve dans Terreur ; ne peut s'empêcher de s'écrier :
— . « Les hommes ne doivent pas être instruits à demi. »
— C'est vrai. Et, la demi-instruction, c'est lacon naissance des vérités négatives, en restant dans l'ignorance : sur la vérité positive. Toutes les conclusions sont alors : d'autant plus erronées ; qu'elles sont plus logiques.
— « Si les hommes, continue Rousseau , doivent rester dans l'erreur ^ ne les laissiez-Tons dans Tignorance? »
50 DE LÀ SOUVERAIlfETÉ.
— C'est, que la vie sociale est une pratique ; et, que Tignorance n'a point de pratique. 11 n'y a de règle pratique possible : que, Teri^eurjou, la vérité.
— (c  quoi bon, eontinoe RoutMau, tant d* écoles et d'oniTersités pour ne leur apprendre rien de ce qu'il leur importe de savoir ? «
— Pour -apprendre aux autres, ce qu'il importe de savoir, il faudrait le savoir soi-même. Et, l'ignorance consiste précisément : à ne pas savoir ce qui importe.
— « Quel est donc, continue Jean-Jacques^ l'objet de vos collèges, de Y06 académies, de tant de fondations savantes^»
— Rousseau l'ignorait, je vais le révéler.
Lorsque, les fondations prétendues savantes ne peuvent plus être comprimées, par une inquisition ; leur objet providentiel est : de vulgariser les vérités négatives, ayant pour conséquences nécessaires l'exercice de la sQuveraineté de la force brutale ; et, de forcer, par Tanarchie qui en résulte, à reconnaître, socialement, l'ignorance et le besoin : de vérité absolue.
-^ a Estwze, continue Rousseau, de donner le change au peuple, d*tlr térer sa raison d'avance et de Tempêcber d'aller au vrai? )) •
— Non. Tant, qu'une inquisition est possible ; c'est de masquer l'ignorance et de faire accepter une erreur comme vérité : puisque, la société ne peut exister que basée : soit, sur une erreur socialement tenue pour vé«
DB LA SOUYEIUINETÉ. 51
rite; soit, sur la vérité rationnellement démontrée. Quand, Tinquisition n'est plus possible ; la prétendue instruction a pour objet : d'amener l'anarchie ^ pour faire sentir le besoin de vérité ; je le répète.
— « Professeur de mensonge , continue Jean-Jacques y c'est pour Vtt* bnser que vous feignez de l'instruire, et^ comme ces brigands qui mettent des fanaux sur les écueils , vous réclairez pour le perdre. »
{Lettre à M, de Beaumont.)
— Rousseau se trompe : les membres de l'Académie des sciences morales et politiques, ainsi que les membres des assemblées nationales, constituantes, législatives, etc., ne sont nullement des brigands ; ce sont, tout uniment : de malheureux ignorants; trop vaniteux : pour, avouer leur ignorance.
Pour témoigner toute l'horreur qu'il éprouve pour
la souveraineté du peuple, Rousseau dit :
— « Y a-t-il beaucoup à perdre à ne pas penser et agir comme tout le monde? »
(Lettre à M, de Beaumont.)
— Puis, non content d'avoir exprimé son horreur pour cette souveraineté, au scinde chaque nation; il va vous exprimer la même horreur, pour cette souveraineté, au sein de l'ensemble des nations. C'est, par là, que nous terminerons nos observations sur Rousseau.
— «Le patriotisme, dit-il, et l'humanité sont deux vertus incompalibles dans leur énergie. »
34 BB LA SOl)¥ERAIl«ETÉ.
arracher tous les masques; et, c'est le cas maintenant ; il n'y a plus de lois qui puissent procurer un ordre plus qu'éphémère : jusqu'à ce que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, soit anéantie. C'est l'anarchie, causée par la souveraineté populaire, inévitable alors, qui fait sentir le besoin : de, rechercher la vérité; sous peine de mort sociale.
Si, Montesquieu s'était exprimé ainsi ; il aurait eu de la méthode, de la clarté, de la précision ; mais, le monde entier se serait moqué de lui. Montesquieu avait bien jugé son époque.
Voyons : si, Montesquieu était partisan de la souveraineté du peuple.
— <c Dans un tribunal^ diUil, on prend les voix à la majeure; maison dit qu'on a reconnu par expérience qu^il vaudrait mieux les recueillir à la mineure, et cela est assez naturel; car il y a très-peu d'esprits justes, et tout le monde convient qu'il y en a une inûnité de faux. »
(lettr€9 persancf , LXXXYI.)
— Il est impossible d'être plus explicite : sur te mépris *de la souveraineté du nombre.
Ce qui va suivre est de la même force, et infiniment plus profond.
— ir (( l\ semble, mon cker ***y dit Montesquieu » que les tètes dt» plus grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées, et que 1& où il y a le plus de sages , il y ait aussi moins de sagesse. »
{lbid.y lettrt IX.)
— Et, cela doit être nécessairement : tant, que ce qui est mis en question, n'est point rendu : rationnel-
lement incootesUble. Une assemblée de sots est facilement enlevée, par un sot qui se fait accepter comme savant. Une assemblée de sots, qui se croient savants (et toute assemblée de prétendus savants n'est nécessairement qu'une assemblée de sots, tant que la vérité n'est point démontrée) , ne peut se mettre d'accord : qu'en faisant du galimatias ; ou, qu'en se prenant aux crins. Si, vous en doutez ; ouvrez les yeux. »
Ce, que Montesquieu vient de dire, dans les lettres persanes; il va le répéter, sous une autre forme dans Y Esprit des lois,
— « Oo a , dit«il , confondu le pouvoir do p^nple avec la liberté du peuple. »
{Esprit des Lois, liv. II, ch. iv.)
— C'est vrai. La liberté, loin d'être le pouvoir du peuple, n'est au contraire : que, son obéissance à ce qui est ordonné par la raison rendue incontestable.
Nous avons dit : que, Montesquieu avait manqué de méthode, de clarté et de précision dans son Esprit des lois; qu'il aurait pu se borner à énoncer : que, la souveraineté du sophisme était le despotisme ; et, la souveraineté de la force, l'anarchie ; que, déplus, il n'y avait eu jusqu'à présent que ces deux souverainetés de possible. Vous allez voir : que, Montesquieu avait pressenti : ee que nous venons d'énoncer.
-* « Auguste, dit-il, c'est le nom que la flatterie donne à Octave, établit Tordre^ c'est-à-dire une servitude durable; car dans un État libre , eè Ton vient d*usurper la souveraineté, on appelle règle tout ce qui peut fonder Taulorité sans bornes d'un seul ; et on nomme trouble, dissension,
34 BB LA SOl)¥ERAIl«ETÉ.
arracher tous les masques ; et, c'est le cas maintenant ; il n'y a plus de lois qui puissent procurer un ordre plus qu'éphémère : jusqu'à ce que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, soît anéantie. C'est l'anarchie, causée par la souveraineté populaire, inévitable alors, qui fait sentir le besoin : de, rechercher la vérité; sous peine de mort sociale.
Si, Montesquieu s'était exprimé ainsi ; il aurait eu de la méthode, de la clarté, de la précision ; mais, le monde entier se serait moqué de lui, Montesquieu avait bien jugé son époque.
Voyons : si, Montesquieu était partisan de la souveraineté du peuple.
— «Dans un tribunal^ dit-il, on prend les Toix à la majeure; maison dit qu'on a reconnu par expérience qu*il yaudrait mieux les recueillir à la mineure, et cela est assez naturel; car il y a très-peu d'esprits justes , et tout le monde convient qu'il y en a une inûnité de faux. »
(lettres ftersanes^ LXXXYI.)
— Il est impossible d'être plus explicite : sur le mépris'de la souveraineté du nombre.
Ce qui va suivre est de la même force, et infiniment plus profond.
--r (( l\ semble, mon cker ^^, dit Montesquieu » que les tètes dt» plus grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées, et que là où il y a le plus de sages , il y ait aussi moins de sagesse. »
(lbid.y lettrt IX.)
— Et, cela doit être nécessairement : tant, que ce qui est mis en question, n'est point rendu : rationnel-
lemeDt incootesUble. Une assemblée de sots est facilement enlevée , par un sot qui se fait accepter comme savant. Une assemblée de sots, qui se croient savants (et toute assemblée de prétendus savants n'est nécessairement qu'une assemblée de sots, tant que la vérité n'est point démontrée) , ne peut se mettre d'accord : qu'en faisant du galimatias ; ou, qu'en se prenant aux crins. Si, vous en doutez; ouvrez les yeux, »
Ce, que Montesquieu vient de dire, dans les lettres persanes ; il va le répéter, sous une autre forme dans Y Esprit des lois.
— « Oo a , dit-il , confondtt le pouvoir do p^nple avec la liberté du peuple, w
{Esprit des Lois, liv. II, ch, iv.)
— C'est vrai. La liberté, loin d'être le pouvoir du peuple, n'est au contraire : que, son obéissance à ce qui est ordonné par la raison rendue incontestable.
Nous avohs dit : que, Montesquieu avait manqué de méthode, de clarté et de précision dans son Esprit des lois; qu'il aurait pu se borner à énoncer : que, la souveraineté du sophisme était le despotisme ; et, la souveraineté de la force, l'anarchie ; que, déplus, il n'y avait eu jusqu'à présent que ces deux souverainetés de possible. Vous allez voir : que, Montesquieu avait pressenti : te que nous venons d'énoncer.
— « Auguste, dit-il, c'est le nom ^e la flatterie donne à Octave, établit Tordre^ c'est-à-dire une servitude durable; car dans un État libre , eè Ton vient d*usurper la souveraineté, on appelle règle tout ce qui peut fonder r autorité sans bornes d'un seul ; et on nomme trouble, dissension,
mauvais goaTerneoMiit, tout ce qui peut maintenir Thonnéte liberté des sujets. »
{Grandeur et décadence.)
— C'est, qu'en époque d'ignorance; il n'y a de possible : que, despotisme et anarchie.
— « 11 n*j a point, dit encore Montesquieu, de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à Tombre des lois et atec les couleurs de la justice. P
{[hid., ch. xiT.)
— C'est vrai. Mais, en époque d'ignorance, toutes les lois sont nécessairement celles de la force ; et, par conséquent tyranniques. Mais, sous la souveraineté religieuse hypothétique, la tyrannie, la force est masquée de droit ; et. Tordre reste possible , tant que le masque n'est point arraché ; tandis , que sous la souveraineté du peuple, la tyrannie est à nu, ce qui rend l'anarchie inévitable.
— t C'est une erreur de croire , dit Montesquieu , qu'il y ait dans le monde une autorité humaine à tous les égards despotique ; il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais ; le pouvoir le plus immense est toujours borné par quelque coin. »
(Ibid,, cïr, XXII.)
— C'est vrai. Et, voilà pourquoi : la souveraineté du peuple, qui, par essence, est sans borne, est précisément : l'absence de toute autorité, soit illusoire, soit réelle, ou l'anarchie. La sanction, de cette souveraineté, n'est autre que le bourreau : or, un ordre social, exclusivement basé sur le bourreau, est éphémère par essence.
DE LA SOUYERÀINETÉ. 87
Ce, que vient de dire Montesquieu aurait dû lui prouver : que, la religion réelle ou illusoire, mais socialement acceptée comme réelle, est la seule base qu'il soit possible de donner aux lois. Au lieu de cela, la religion, pour Montesquieu, n'est jamais qu'un instrument.
— «Le chapitre y du livre XXIV y est intitulé : Que la religion catholique conTient mieux à une monarchie , et que la protestante s'accommode mieux d'une république. »
— C'est, comme s'il avait dit : toutes les religions sont également des sottises ; la meilleure est celle dont le pouvoir se sert le mieux. C'est encore, comme s'il avait dit : la religion catholique, dont* l'essence est l'obéissance sans examen, convient mieux au despotisme ; la religion protestante, dont l'essence est l'examen, convient mieux à une république. Mais, quand, en fait de droit, l'examen ne trouve que le néant, république et anarchie sont parfaitement synonymes. Et, quand par l'incompressibilité de l'examen, le despotisme ou la souveraineté de droit divin , n'est plus possible ; il ne reste de possible ; tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie : que, la souveraineté du peuple ; ou, l'anarchie.
Après, avoir répudié la souveraineté de droit divin ; et, s'être embarqué sur le .radeau de la souveraineté du peuple ; Montesquieu, s'aperçoit : qu'il est prêt à naufrager; et, voudrait revenir à la religion. Mais, toujours pour lui, la religion n'est qu'un instrument.
— « La religion , même iftusse , dit:il , est le meilleur garant que les hommes puissent avoir de la probité des hommes. »
(/d.y ch. vm.)
— Le mot meilleur indique encore l'instrument. Montesquieu se trompe.; la sanction religieuse est, socialement^ le seul garant possible de la probité ou de Tobéissance aux lois.
L'ouYrage de Montesquieu est un continuel mépris de toutes les religions ; c'est-à-dire : de la religion ; du lien religieux. Je pourrais en donner des milliers de preuves ; je me bornerai à la suivante : . Au cbap. X du même livre, il considère la destruction de la secte de Zenon : comme un des malheurs du genre humain; et, au chap. xix, il reconnaît : que, cette secte était matérialiste.
Montesquieu n'avait même aucune idée nette, de la valeur du mot religion. Il donne le nom de religion au dogme matérialiste, dominant dit-il au Japon {Id.^ chap. xiv). Il y a, d'ailleurs, l'infini à parier coirtre un, qu'il n'existe pas une seule peuplade : où, le dogme matérialiste soit inculqué aux masses. J'aimerais autant qu'on m'affirmât : qu'il existe des hordes, où le vol, le viol et Tassassinat, sont considérés comme vertus.
Il n'est pas une erreur qui n'ait été professée par Montesquieu. C'est lui qui a restauré le communisme en disant :
— a 11 est vrai que Tordre politique ou civil demande surtout que les enfants succèdent aux pères , mais il ne Texige pas toujours. »
IIK LA SOUVXftÀlIfETÉ. 50
— Si, il l'exige toujours, sous peine d'anéantissement de propriété individuelle, ou d'absurde. Car, l'exhérédation par le père, est une exception; et, non la règle.
Nous venons de voir : que, la souveraineté du peuple a été professée par Rousseau et Montesquieu. Nous avons également vu : que, tous les deux, souvent à leur insu, sont les ennemis de cette souveraineté. Voyons , maintenant , quelques appréciations de ces hommes célèbres, qui ont eu tant d'influence sur la révotion française.
— <fl)eax hommes, dit Bonald, que leurs contemporains ont nommés hommes de génie« parce qu'ils ont jugé leurs écrits sur leur style et leur doctrine sur le bruit qu'elle a fait, mais que la postérité, qui juge les écrits par leurs résultats et les opinions par les événements, appellera des hommes de beaucoup d'esprit (car on erre avec esprit et non avec génie), Montesquieu et J. J. Rousseau écrivirent tous deux sur la politique avec un succès égal, parce que ces talents étaient semblables et que les intentions n'étaient pas très-difTérentes. Tous deux admirent comme base de k science de la société, ou du moins établirent dès l'entrée la boulé na^ iwe de l'homme et un prétendu état humain antérieur à la société et meilleur que la société. — m L'homme est né bon^ dit J. J. Rousseau, et la société le déprave. — Tout ce qui n'est pas dans la nature a des inconvénients, et la-société civile plus que tout le reste. » — « Dans l'état de pure nature, dit Montesquieu, les hommes ne chercheraient pas à s'attaquer, et la paix serait leur première loi naturelle. »
— Arrêtons-nous ici un instant.
C'est, cependant, sur ces deux absurdités évidentes : que, repose toute la philosophie du dix-huitième siècle, anarchique par essence, comme toutes celles qui l'ont précédée. La bonté présuppose le raisonnement; et, le raisonnement présuppose une raison. Or, en dehors
— « La religion , même fausse , dit:il , est le meilleur garant que les hommes puissent avoir de la probité des hommes. »
(/(t., ch. vm.)
— Le mot meilleur indique encore rinstrament. Montesquieu se trompe.; la sanction religieuse est, socialement^ le seul garant possible de la probité ou de l'obéissance aux lois.
L'ouvrage de Montesquieu est un continuel mépris de toutes les religions ; c'est-à-dire : de la religion ; du lien religieux. Je pourrais en donner des milliers de preuves ; je me bornerai à la suivante : . Au cbap. X du même livre, il considère la destruction de la secte de Zenon : comme un des malheurs du genre humain; et, au chap. xix, il reconnaît : que, cette secte était matérialiste.
Montesquieu n'avait même aucune idée nette, de la valeur du mot religion. Il donne le nom de religion au dogme matérialiste, dominant dit-il au Japon (W., chap. xiv). Il y a, d'ailleurs, l'infini à parier c(aàxe un, qu'il n'existe pas une seule peuplade : où, le dogme matérialiste soit inculqué aux masses. J'aimerais autant qu'on m'affirmât : qu'il existe des hordes, où le vol, le viol et l'assassinat, sont considérés comme vertus.
Il n'est pas une erreur qui n'ait été professée par Montesquieu. C'est lui qui a restauré le communisme en disant :
— a II est vrai que l'ordre politique ou civil demande surtout que les enfants succèdent aux pères , mais il ne Texige pas toujours. »
IIK LA SOUVXftAlIfETÉ. 50
— Si, il l'exige toujours, sous peine d'anéantissement de propriété individuelle, ou d'absurde. Car, Texhérédation par le père, est une exception; et, non la règle.
Nous venons de voir : que, la souveraineté du peuple a été professée par Rousseau et Montesquieu. Nous avons également vu : que, tous les deux, souvent à leur insu, sont les ennemis de cette souveraineté. Voyons , maintenant , quelques appréciations de ces hommes célèbres, qui ont eu tant d'influence sur la révotion française.
— <fl)eax hommes, dit Bonald, que leurs contemporains ont nommés iiMBmes de génie, parce qu'ils ont jugé leurs écrits sur leur style et leur doctrine sur le bruit qu'elle a fait, mais que la postérité, qui juge les kriU par leurs résultats et les opinions par les événements, appellera des hommes de beaucoup d'esprit (car on erre avec esprit et non avec génie), Montesquieu et L J. Rousseau écrivirent tous deux sur la politique avec an succès égal, parce que ces talents étaient semblables et que les intentions n'étaient pas très-différentes. Tous deux admirent comme base de k scieace de la société, ou du moins établirent dès l'entrée la bonté naiine de l'homme et un prétendu état humain antérieur a la société et neillenr que la société. — « L'homme est né bon^ dit J. J. Rousseau, et la société le déprave. — Tout ce qui n'est pas dans la nature a des inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. » — « Dans Tétat de pure nature, dit Montesquieu^ les hommes ne chercheraient pas à s*atlaquer^ et la paix serait leur première loi naturelle. »
— Arrêtons-nous ici un instant .
C'est, cependant, sur ces deux absurdités évidentes : que, repose toute la philosophie du dix-huitième siècle, anarchique par essence, comme toutes celles qui l'ont précédée. La bonté présuppose le raisonnement; et, le raisonnement présuppose une raison. Qr, en dehors
60 DB LÀ 80UVER41If£TÉ.
de la reUgion, il n'y a absolument aucune raison pour être bon ; tandis, qu'au contraire, il y en a des milliers pour être mauvais : car, toutes les passions, sans en excepter aucune, conduisent au mal : quand elles ne sont point dominées par la raison. Quant, à un état humanitaire avant l'état social ; c'est, le digne pendant d'un état social avant l'état humanitaire. Et, quand on pense : que, tout le libéralisme repose sur ces deux absurdités ; il est, pour ainsi dire impossible, de se faire une juste idée : de la stupidité de notre époque.
— - « BJ. de Montesquieu, continue Bonald, partisan de Tunité de pouvoir par état et par préjugé, et du gouTernement populaire par affection philosophique ; favorable aux sociétés unitaires par ses aveux , et aux sociétés opposées par ses principes , sans plan et sans système , éerivit l'j^^prt^ des lois avec le même esprit , et dans quelques endroits avec la même manière quMl avait écrit les Lettres persanes; et cherchant sans cesse V esprit de ce qui est ei jamais la règle de ce qui doit être (1) , il trouva la raison des lois les plus contradictoires, et même des lois qui sont contre toute raison. Uauteur du Contrat social ^ dans la société ne vit que rindivida, et dans l'Europe ne vit que Genève; il confondit dans l'homme la domination avec la liberté, dans la société la turbulence avec la force^ Tagitation avec le mouvement, Tinquiélude avec 1* indépendance^ et il voulut réduire en théorie le gouvernement populaire, c*est-à-dire fiooer l'inconstance et ordonner le désordre, »
— 11 y a plus de jugement dans ce passage, qu'il n'y en aura jamais : .dans toutes les assemblées , académies ou Constituantes, passées, présentes et futures. Mais, essayer de faire admettre ces décisions du bon sens, par une génération ayant pour point de départ :
(i) L'esprit de ce gui est, jamais la règle de ce gui doit être, tel est : révangile des économistes. Et, l'économisme : est l'expression des époques anarchiques.
la bonté native de l'homme; et^ un état de nature antérieur à la société ; serait une complète folie.
— « L'instraction politique de la génération présente , continue Bonald, fat toute renfermée dans ces deux ouvrages : l'un, conséquent à ses principes, appelant tout le monde à la domination , est fait pour séduire des hommes orgueilleux et arides de pouvoir ; l'autre, heureusement inconséquent, rachetant Terreur des principes par de grandes vérités dans^ les détails, est fait pour en imposer à des esprits inattentifs et à des cœurs honnêtes: Tun et l'autre soutenus par un style qui éblouit par son éclat ou qui étonne par sa précision, accrédités par des noms fameux, et^ ce qui est plus décisif, appuyés par un parti puissant. VEsprit des lois fut Toracle des philosophes du grand monde, le Contrat social fut Tévangile des philosophes de collège et de comptoir; et comme les écoles tiennent tonjow^ quelque chose du tour d'esprit et du caractère de leur fondateur, les adeptes de Jean-Jacques Rousseau , tranchants comme leur maître , attaquèrent à force ouverte les principes de l'ordre social , que les partisans de Montesquieu ne défendaient qu'avec la faiblesse et Tirrésolution que donnent une doctrine équivoque et un maître timide et indécis. »
{Législation primitive,)
— Ce passage est admirable : je ne puis trop le répéter. Seulement, Bonald oublie : que, du temps de Montesquieu et de Rousseau, les principes de Tordre social étaient déjà reconnus hypothétiques par Texamen ; et, que des principes hypothétiques et déjà socialement reconnus comme tels, sont devenus incompatibles avec Texistence de l'ordre. Montesquieu et Rousseau ont voulu exposer les principes réels, ils se sont trompés; voilà leur crime. 11 ne faut toucher aux principes sociaux : que, la corde au cou.
Voici un autre passage de Bonald sur Rousseau.
— « Le gouvernement, dit l'inconséquent Genevois, passe de la démocratie à l'aristocratie, de l'aristocratie à la royauté : c'est là son inclinaison uturelle ; le progrès inverse est impossible. » — Il est évident, d'après
cet aTeu, qu'il aurait dà intituler le Contrat 'social : Méthode à Viuage des sociétés, pour les éloigner de leur inclinaison naturelle ou de la nature, »
(Théorie du pouvoir politique.)
— C'est évident comme le soleil , pour quiconque n'est point avenue.
— « La philosophie, dit encore Bonald, mpposa que les peuples naissaient aTec un génie naturellement différent; pour expliquer cette dÎTersite que la nature de rbomme repoussait, elle chercha une cause, et, i^en trouvant pas de plus générale que le climat y elle fît de Thomme une plante soumise aux influences de Tair et aux propriétés du terroir. Elle s'extasia sur la profonde sagesse de ces législateurs qui avaient approprié leurs lois politiques ou leur forme de gouvernement à la température éta climat, à la nature des productions, à la situation des lieux, au génie des peuples. Dès lors tout Tart et le mérite de la législation se réduisait près* que à un problème de météorologie ou de topographie ; et Ton pou? ait , par de prétendues convenances, justifier les dispositions les plus absurdes et les plus immorales. — « Une des principales peines fut à Sparte de ne pouvoir prêter sa femme à un autre, ni recevoir la sienne. » (Esprit des loiSf VI, IX.) Montesquieu, qu'en cet endroit je ne cite pas en entier , ajoute : — « Dans les gouvernements modébés, tout pour un bon législateur peut servir à former des peines. » — RéflexioiL incroyable et plue
immorale que la loi même. »
(LégisUttion primitive.)
— Bonald oublie encore : qne , du temps de Montesquieu, T anthropomorphisme avait déjà été sapé par Texamen ; que l'anthropomorphisme renversa, le panthéisme règne nécessairement, jusqu'à ce qu'il ait été anéanti par la science ; et, que sous le panthéisme, l'homme n'est pas plus libre qu'une plante. La con^ clusion des philosophes était donc : conforme au point de départ. Mais, ces Messieurs, oubliaient : que, si l'homme- n'est qu'une plante ; s'il est, comme la plante, privé de liberté, ce qui existe nécessaireixuat
DE LA SOUTEBAINETÉ. G3
SOUS le panthéisme ; eux aussi sont [Hrivés de liberté ; et, qu'alors, nécessairement aussi, ils raisonnent comme des machines.
Je le répète : il ne faut toucher aux principes d'ordre : que la corde au coû. Si, vous ne savez rien ; sachez au moins douter. Affirmer, alors, c'est incendier.
Voyons, maintenant, Montesquieu jugé par les philosophes.
— - <t J'ai, dit Relvétivs, écrit, mon cher Saurin, comme nous en étions CMIV8B1», au président, sar l'impression que vous ayait fait son manuserii, unsi qu'à moi. J*ai enveloppé mon jugement de tous les égards de Finéérét et de l'amitié ^ etc. Je vous envoie sa réponse, puisque vous ne poavM me venir chercher à la campagne; vous la trouverex telle que je l'avais prévue. Vous verrez qu'il avait besoin d'un système pour rallier tontes des idées, et que, ne voulant rien perdre de ce qu'il avait pensé ^ écFÎt •» imaginé depuis sa jeunesse^ selon les dispositions particulières on il s^st trouvé, il a dû s^arrèter à celui qui contrarierait le moins les opinions reçues. Avec le genre d'esprit de Montaigne, il a conservé ses préjogés d'bonmne de robe et de gentilhomme. G^est la source de toutes ses erreurs. »
— Helvétius se trompait. La source, des erreurs de Montesquieu, était : dans le panthéisme. Voyez : ce qu'il dît de la secte de Zenon.
— a SoD beoo g^ie , continne le panthéiste Helvétius , Payait élevé dans sa jeunesse jusqu^aux Lettres persanes ; plus âgé, il semble s'être repenti d'avoir donné à Tenvie ce prétexte de nuire à son ambition. »
— Aussi, s'est-il empressa: de donner, sous une forme sérieuse, le panthéisme qu'il avait exposé sous une forme frivole. C'est, la vulgarisation seule qu'on lui reprochait. Les nobles voulaient : se réserver le
64 DE LA SOUYERimETÉ.
monopole du panthéisme ; et laisser l'anthropomorphisme au peuple : ainsi qu'il en était pour l'antiquité indienne, égyptienne, grecque et romaine ; ainsi qu'il en est encore : pour la Chine; le Japon ; etc.
— « Il s'est plus occupé , continue Helvétius , à justilier les idées reçues que du soin d^en établir de nouvelles et de plus utiles. Sa manière est éblouissante. C'est avec le plus grand art du génie qu'il a formé Palliage des vérités et des préjugés. Beaucoup de nos philosophes pourront Tadmirer comme un chef-d'œuvre. Ces matières sont neuves pour tous les esprits ; et moins je lui vois de contradicteurs et de bons juges, plus je crains qu'il ne nous égare pour longtemps. Mais que diable veut-il nous apprendre par son Traité des fiefs ? Est-ce une matière que devait chercher à débrouiller un esprit sage et raisonnable? L* esprit de corps nous envahit de toutes parts. C'est par des usurpations héréditaires que nous sommes gouvernés. Sous le nom de Français , il n'existe que des corporations d'individus^ et pas un citoyen ne mérite ce titre. Les philosophes eux-mêmes voudraient former des corporations ; mais s'ils flattent rintérét particulier Aux dépens de l'intérêt commun , je le prédis , leur règne ne sera pets long. Les lumières qu^ils auront répandues éclaireront tôt ou tard les ténèbres dont ils envelopperont les préjugés^ et notre ami Montesquieu, dépouillé de son titre de sage et de législateur^ ne sera qu'un homme de robe, gentilhomme et bel esprit. Voilà ce qui m'afflige pour lui et pour Thumanité, quM aurait pu mieux servir. »
— Dans vingt pages, que je m'abstiens de citer, Voltaire a été, sur Montesquieu, et avec justice, plus sévère encore que ne l'a été Helvétius, Et, cependant, Montesquieu passe encore pour un homme de génie. Qu'est-ce que cela prouve ? C'est une question que je laisse à décider.
« L'idée du droit, et plus encore celle du droit naturel, sont manifestement des idées relatives à la nature de l'homme. C'est donc de cette nature
même de l'homme qu'il faut déduire les
principes de cette science. »
BuRLAMAQur, Principes du droit naturel.
— Ainsi : tant, que la nature de Thomme n'est point connue ; pas de droit. Et, comme la nature de l'homme ne peut être connue : que, par la foi; ou, que par la science ; que, la foi n'a plus de force sociale ; et, que la science n'en a pas encore, pour démontrer qu'il existe un autre droit que la force ; il s'ensuit : qu'il n'y a plus, actuellement, d'autre droit que la force. D'après cela, Burlamaqui est-il partisan de la souveraineté de la force, delà souveraineté du peuple ? C'est ce que nous allons voir.
— « Ceax, dit Burlamaqui^ qui fondent le droit de prescrire des lois , sur la seule supériorité de puissance ou sur un pouToir auquel il est iinpossible de résister, établissent un principe insuffisant, et qui même , en le prenant à la rigueur, se trouvera faux. En effet, de cela seul que je suis hors d*état de résister à quelqu'un, il ne s'ensuit pas qu'il ait droit <ieme commander, c'est-à-dire que je sois tenu de me soumettre à lui en vertu d'un principe d'obligation, et de reconnaître sa volonté comme règle oniTerselle de ma conduite. »
(Id„ ibid.)
— Certes, voilà Burlamaqui; condamnant fbrmelle- II. 5
66 DE LA BOITVCaAINETÉ.
' ment la souveraineté de la force ; la souveraineté du peuple.
Burlamaqui n'accorde même pas le droit de souveraineté, à Texcellence de nature ; et, il va plus loin, il ne raccorde pas, à Dieu : uniquement considéré comme créateur.
— a La souveraine puissance de Dibu, dit-il, lui donne bien le pouvoir de foire à Tégard des hommes , et d^exiger d'eux tout ce qui lui plait, et de les mettre dans la nécessité de s'y assujettir ; car la créature ne saurait résister au créateur, et elle se trouve^ par sa nature et par son état^ dans une dépendance si entière , que le créateur peut même , s'il le veut, Tanéantir et la détruire. Cela est certain. Mais cela ne parait pas encore suffisant pour établir le droit du créateur ; il faut quelque chose de plus pour faire du simple pouvoir une qualité morale et le convertir en droit. ï>
— Il est évident : que, si Burlamaqui n'accorde pas à Dieu le droit de souveraineté ; il ne l'accordera point à une majorité populaire, pouvant être rossée par une minorité.
Voyons, maintenant, ce que Burlamaqui, met audessus de Dieu, pour constituer le droit.
— a Le DROIT , dit-il , n'étant autre chose que ce que k raison approuve , il n'y a que cette approbation que la raison donne à celui qui commande qui puisse faire son droit, et qui, par une conséquence nécessaire, produise en nous le sentiment que nous appelons obligation^ lequel nous porte à nous soumettre de bon gré, »
(Id.y U>id.)
— Ainsi, la raison est sodveraine. Très-bien! Mais, comment connaît-on ce que la raison commande ? Par la foi, par la science ou par la force. Et, quand la foi n'existe plus, et ne peut plus exister socialement;
D£ I«à fiOOTCRÀINBTÉ. 67
quand la science n'existe pas encore ; c'est exclusivement par la fmee. Voilà Burlamaqui, partisan et adversaire de la souveraineté du peuple. D'où vient cette contradiction ? C'est, que Burlamaqui est professeur et ignorant ; et, qu'il est très-difficile, à un docteur, d'avouer son ignorance.
Le malheureux professeur est condamné à osciller eontinuellement : de la souveraineté hypothétique du droit, pour la théorie ; à la:souveraineté, récrie alors, du fait ou de la force, pour la pratique. C'est, qu'en époque d'ignorance : le droit est utopique; et, la force seule réelle. Il est seulement vrai : que, la pratique exige, alors ; que, la force soit colorée de droit. Et, quand l'examen vient rendre ce coloriage éphémère ; Tordre social devient également éphémère : jusqu'à ce que l'ignorance soit socialement anéantie. Voici, un nouvel exemple : de cette oscillation de la force au droit.
— fc La souveraineté, dit Burlamequi , et le commandement par où «Ue se développe, deviendraient inutiles el de nul effet , s^ils n'étaient soutenus d'une puissance suffisante. Que serait-ce qu*un souverain qui n^aurait pas en main des moyens efQcaces pour contraindre et pour se faire ohéir? m
— Nous voilà revenus, à cette condition sine qua non
d'ordre, condition si nécessaire, si évidente, et si peu
reconnue dans notre époque de folie, xi sanction. Or,
il n'y a que deux sanctions possibles : la sanction de
la force, àont le bourreau est l'expression ; et, la sanc-
tîim rdigieuse, dont l'anthropomorphisme est la base
unique : tant, que la foi reste socialement possible.
— - <c C'est le sort des grandes Térités, dit encore Beccaria, de ne briller que comme un éclair au milieu des nuages ténébreux dont Terreur enveloppe Tuniters» Elle n*est point encore venne cette époque fortnnée , où les yeux fascinés des nations s'ouvriront à la liuaière. . • . Mais il est quelques sages répandus sur la face de la terre, et ceux-là m'entendront et me répondront dn fond de leur cœur. )>
(Id., ihid.)
— Gomment ! vous êtes sage ; et, pom* critérium de vérité , vous n'avea que la force ; et, voua ne savez même pas : s'il existe des vérités. Ignorance et vanité !
Beccaria est aussi malheureux que Burlamaqui. Comme lui , il oscille ; de la souveraineté du droit ; à la souveraineté de la force.
— a L'essence de la justice divine et de la justice naturelle est, dit-ii, d'être immuable et constante. ...»
— Bien ! voilà la souveraineté du peuple renvoyée à l'absurde ; car, sa justice est aussi variable que les passions. Gependaat, attendez : Beccaria est pkis obstiné que Jltorlamaqui.
— «...mais la justice humaine ou politique, continue-t-il ^ n*él«iit qu'une relation entre Faction et l'état de la société , elle peut varier à mesure que Taction devient ntile ou nécessaire à la société. . . . v
— Et. quel est le juge de l'utilité ou de la nécessité? La force, tant que le règne de la forée est possible. Et, nous voilà retombés sous la souveraineté du peuple : le peuple étant celui qui, basé sur une foi socialemrait acceptée, se trouve être moralement^, le plus fort, tant que le despotisme reste possible ; le peuple étafit ceux
us LA, SOUVERAINETÉ. 71
qm, sont brtUakmmt les plus forts, quand par Tanéantissemenf social de toute foi et par la non-existence sociale de science réelle , l'anarcliie reste seide possible.
— « On ne peut en connaître les lors, cmitîntie le pnblîciste , que par Tmalyse esacte des rapports compliqués et variables qui résultent dés combinaisons civiles. »
— Et, qui est le juge cfe Pexactitude ? Toujours la
force.
— « GTest au théologien^ dit encore le publiiciste Toltairien» à fixer les limites du juste et de Pinjuste, eu égard au for intérieur. . . . Mais c*est aupubliciste à établir les rapports du juste et deTinjuste politique. y>
{Rnd.)
— Et, ({uand les publicistes ne sont pas d'accord; qui décide ? Toujours la force. Nous revoilà en pleine souveraineté du peuple.
— « La vertu purement politique, continue Fauteur, doit céder à Fim ; 9nàAe v«rti}, émamitiaB sacrée de la divinité, i»
— Voilà, la souveraineté du peuple répudiée. Mais, Mmmeni en époque d'ignorance sociale, di8tingue*-t>on rémanation réelle et véritablement sacrée de la divinité; de son émanation illusoire et nullement sacrée? Toujours par la force ; et, nous voilà retombés sous la souveraineté du peuple.
Maintenant, écoutez le criminaliste.
— « Il n^existe personne , dit-il , que la seule vue du bien public ait engagé à faire le sacrifice gratuit d'une portion de sa liberté; pareilles
72 DE LA SOUVERAINETlf.
cbimères sont bonnes à reléguer dans les romans. Ckacon de bous se regardant comme le centre de toutes les combinaisons de cet univers. Tondrait, s*ii était possible, n^ètre lié par aucune des conventions qui obligent les antres. »
— C'est incontestablement vrai , pour le matérialiste : car, et sous peine de folie, il faut une raison au sacrifice. Geci^ fait sentir la nécessité de la sanction religieuse ; et, rejette la souveraineté du peuple. Mais^ Fauteur a soin d'ajouter :
— « Je n'entends point parler ici de la justice de Dieu, dont les rela^ tiens sont immédiates avec les peines et récompenses à venir. »
— Et, nous voilà retombés : sous la souveraineté de la force.
Dans sa réponse à la critique, l'auteur dit :
— « La religion est nécessaire dans un État. »
— Et, voilà une nouvelle répudiation de la souveraineté du peuple.
— « Telle est , dit Tauteur , la malbeureuse condition de Fesprit humain, qu'il connaît avec exactitude les révolutions des corps célestes, tant éloignés qu'ils soient de lui »
— Exactitude est très-joli 1 Cela signifie : à quelques mille, à quelques millions, à quelques milliards de lieues près. Et, pour être juste, il faudrait mettre : sauf des distances^ que, tous les chiffres possibles sont incapables d'exprimer.
— «... tandis, continue Tautenr, que les notions bien plus rapprochées et bien plus importantes de la morale, restent ensevelies dans les ténèbres deTiocertitude, et que, flottantes au gré du^tourbillon des passions, elles sont à la fois établies par Fignorance et admises par Terreur, i»
{Ihid.)
— Voilà, la nécessité de la force ; et , le regret d'être obligé d'employer la force ; clairement exprimés. C'est, à la fois : l'adoption et la répudiation de la souveraineté du peuple. Mais, l'auteur donne l'ignorance sociale comme absolue ; et, elle est seulement relative à lui-même et à son époque. C'est, Tignorance vaniteuse dans toute son étendue. Quand, l'ignorance sociale est anéantie; les notions de la morale sont claires : comme, un est un.
Voulez-vous avoir un exemple de l'amour de l'auteur : et pour Tignorance ; et pour la souveraineté du peuple.
— fk Heureuse, dit-il, la nation où les lois ne seraient pas une science, n
— Cette maxime est horrible ! Et, c'est précisément, parce que les lois n'ont jamais été une science, mais un jargon prétendu scientifique ; que, l'humanité a été malheureuse et obligée : de les abandonner à la souveraineté : soit d'un seul, qui est le despotisme ; soit de plusieurs, qui est l'anarchie. .
Le tableau suivant est l'expression inévitable du résultat de la souveraineté du peuple : soit exercée par un seul ; soit exercée par plusieurs -, soit masquée de raison ; soit patemment brutale.
— « Il n'y a plus de liberté , dit Beccaria , toutes les fois qne les lois
74 DK LA SOUVERAINETÉ.
permettent que , dans quelques circonstances , l'homme c^sse d^ètre une personne et devienne une chose. »
— C'est ce qni arrive, nécessaîrement/sous la souveraineté de la force : domestiquement, comme esclave ou serf, sous le depotisme; politiquement, comme prolétaire, au sein de ranarchie.
— « On voit alors, continue Eeccaria, Tadresse des gens puissants s^oecuper tout entière a faire sortir de la foule des combinaisons civiles celles que la loi leur rend fatorables. Cette découverte esl magique, qui change les citoyens en autant de bètei de somme ; c^estelle qui, dans la main du FORT, est la chaîne dont il lie les actions des imprudents et des faibles; c'est par elle que la tyrannie demeure cachée dans quelques gouvernements irès^libres en apparence j ou qu^elle s'inteoduit secrètcmcBi dans certaines parties négligées par le législateur, et s'y agrandit insensiblement. »
— C'est là, le plus bel hommage rendu à la souveraineté religieuse démontrée , qui seule peut rendre impossible : la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force.
Voici, un nouvel hommage, rendu à la souveraineté religieuse réelle ; un nouveau mépris, jeté à la face de la souveraineté populaire.
— « Ce n'est point , dit Beccaria , par la rigueur des supplices qu'on prévient le plus sûrement les crimes ; c'est par la certitude dé ht pv- BÎlion. »
— Or, sous la souveraineté de la force, la punition du fort n'est pas incertaine ; mais, il est certain d*y échapper.
M LA SOmFBRÂUIETÉ. 75
La souveraineté du peuple , la souveraineté de la force ; c'est, la souveraineté de l'ignorance , la souveraineté du doute. Savez-vous où conduit cette souveraineté? A douter : que, la propriété soit inhérente à l'humanité. Youlez-vous savoir : d'où proviennent les premiers germes de communisme absolu ? Du protégé de Voltaire, que M. de Lamartine proclame Yapôtre ie la raison. En parlant du droit de propriété, Beccaria ose dire :
— « Ùroit terrible, et qui n'est peut-être point nécessaire. »
(Cil. xxu.)
— Quiconque, aujourd'hui, oserait énoncer une pareille maxime, an sein d'une assemblée constituante en législative, serait, et avec juste raison , rappelé à Tordre. 11 serait cependant mieux : de le déclarer fou; • et de l'envoyer à Charenton, pour y être saigné.
Après cela, Beccaria fait l'éloge de la science, lui qur a déclaré : qu'une nation ne pouvait être heureuse, que lorsque la législation ne serait pas une science. Certes, ce n'est point la science qui prétendra, jamais, introduire le communisme absolu au sein ie la loi .
Du reste, reconnaissons : que, Beccaria n'a jamais défendu la souveraineté de la force; que, par une ignorance, qu'il a eu la vanité de croire invincible, par cela seul qu'il se reconnaissait, incapable de la vaincre. Il a répudié la souveraineté de la force, la souveraineté du peuple, en proclamant : que, la religion est nécessaire à l'existence sociale.
76 DE LA SODVBRAINET^.
« Ce n*est pas le souverain , c^est la loi , Sire, qui doit régner sur les peuples ; tous n*en êtes que le ministre et le premier dépositaire. »
Massxllon.
— J'en demande bien pardon à Massillon ; mais, si le souverain ne règne pas ; le souverain n'est pas souverain. Par ce galimatias, Massillon a voulu dire : qu'une personne , le roi , ne devait pas être souveraine; mais, bien la loi; c'est-à-dire le droit; c'est-à-dire la raison. Mais, quand le roi ne peut plus être souverain; et, que l'ignorance ne permet pas encore de savoir : ce qui est réellement ordonné par la raison, le droit, la loi; qui donc, exclusivement, peut être, souverain ? Le peuple , le nombre, la force brutale. C'est là, le souverain que Massillon a intronisé malgré lui. Car, certes, personne plus que Massillon, n'était ennemi de la force brutale. Mais, telle est la force des vérités négatives, qu'elles sont, en l'absence de la vérité positive, anarchiques par essence; et, causent l'anarchie, malgré les meilleures intentions de ceux, qui les propagent, dans un but d'ordre.
— « Il est clair, dit Barbeyrac, que la loi naturelle (rationnelle) est perpétuelle et irréTOcable. Mais toutes les lois positives, tant humaines
que DiymKS^ sont telles que le législateur peut et doit même qaeltjuefois les abolir. »
{Note sur Pufendorf.)
— Et, quel est ce législateur, qui doit et peut abolir les lois socialement dites divines, lorsque la loi naturelle n*est point socialement connue et intronisée : d'une manière rationnellement incontestable ? La force, exclusivement la force ; et, qui plus est, la force brutale. Voilà aussi Barbeyrac : prêchant la souveraineté du peuple, la souveraineté des bêtes, bien certainement contre son intention. Pourquoi? Parce que, sans le savoir et par vanité, il obéit à la vanité.
Arrivons à Condorcet ; et, surtout soyons très-attentifs. C'est un des plus solides piliers de l'édifice encyclopédique, temple de la souveraineté du peuple.
— « Tant y dit-il , qu'il y aura des hommes qui n^obéiront pas à leur raison seule , qui recevront leurs opinions d^une opinion étrangère , en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions -de commande seraient d'utiles vérités ; le genre humain n^en resterait pas moins partagé en deux classes , celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient; celle des maîtres et celle des esclaves. »
{Rapport sur Vorganisation générale de Vinstruction publique, 20 avril 1792.)
— 11 y a quelque obscurité dans ce passage. lies hommes qui croient raisonnent ; mais, ils raisonnent mal, en acceptant le préjugé pour vérité : soit que le préjugé vienne de leur propre raisonnement; soit, qu'ils Tacceptent comme résultat d'un raisonnement étranger. Nous allons traduire ce passage de Condorcet, selon sa propre pensée, qu'il a mal exprimée.
78 DC iià tOUVEBAIMfiTÉ.
— « Tant qu'il y aura dei liommes qai s'obéirent point à U raitos rendue incontestable vis-à-vis de lous et de chacun ; qui recevront Keun opinions, soit de leurs propres préjugés, soit des préjugés des autres ;ei vain les chaînes auraient été brisées ; en vain ces opinions seraient des vérités utiles ; le genre humaiu n'en resterait pas moins divisé en deux classes : celle de ceux asseï adroits peur faire accepter leurs eophismes comme vérités, et celle de ceux assez sots pour les accepter comme telles ; celle des mdtres et celle des esclaves. »
— Voilà, qui est aussî clair "que possible. Condorcét condamne formellement ? la souveraineté des opinions^ la souveraineté du nombre, en apparence; laquelle est toujours la souveraineté des minorités rusées, en réalité; tant que l'examen permet aux opinions des fripons de dominer les sols ; et qui, lorsque l'examen force de compter les voix, n'est plus : que la souveraineté de la force brutale ; la souveraineté des bêtes.
— (( Jamais, dit encore Condorcel, un peuple ne jouira d^ une liberté constante , assurée , si l'instruction dans les sciences politiqnes n'est pas générale. »
(Id., idib,)
— Comme la liberté sociale n'est autre : que, J'obéissance sociale à ce qui est ordonné par la raison : rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun; dans l'intérêt de tous et de chacun ; il aurait fallu dire , pour exprimer clairement sa pensée :
— « Jamais l'humanité ne sera réellement libre, tant que la science réelle n'est pas généralement connue. »
— Mais, pour que la science, la raison réelle, la vérité^ soit généralement vulgarisée; il faut : qu'elle soit so-
DE LA S0UVEB4INBTÉ. 79
cialemcnt, <o(fiGiellement, «connue et intronisée. La phrase ^6 Condorcet signifie donc :
Tant, q»e la vérité n'est point connue d'une manière rationnellement incontestable, officiellement intronisée et vulgarisée comme telle ; la liberté sociale est impossible. C'est, la répudiation la plus absolue : de la souveraineté de droit divin ; et , de la souveraineté du peuple.
— a Sans instruction nationale gratuite pour tous les degrés^ dit encore Gondorcct ; quelque combinaison que vous choisissiez, vous aurez ignonuiee gbhéiiale ou inégalités ; tous aurez des «avants, des philosophes, des politiques éclairés; mais la masse du peuple conservera ses erreurs^ et, au milieu de Téclat des lumières , vous serez gouvernés par les préjugés. »
(/frid.)
— Ce passage n'est pas clairement exprimé ; il est évident : que, si Ton est alors gouverné par les préjugés ; si Ton est alors dans une ignorance générale ; c'est, que les gouvernants, les savants, les philosophes, elles politiques seront faussement éclairés. La pensée de Condorcet était donc :
Tant, que l'instruction l'éelle n'existe pas et n'est point commune pour tous -, quelque combinaison que vous choisissiez , vous aurez ignorance sociale ou inégalités. Vous aurez de prétendus savants, de prétendus philosophes, de prétendus poh tiques faussement éclairés; et, la masse du peuple continuera de subir l'esclavage, au milieu de l'éclat des lumières mensongères, reflétant une fausse liberté .
~ Il est évident : qu'une instruction généralement répandue ; eft, qui ne ferait qu'apprendre à tous : que,
savants, philosophes et pohtiques, sont tous des sots en fait de connaissance morale ; servirait uniquement à généraliser l'anarchie, Et, comme à présent, il est devenu impossible de monopoliser l'instruction ; il ^n résulte : qu'à mesure que la prétendue instruction se vulgarise; l'anarchie doit se vulgariser"proportionnellement. Et, c'est aussi ce que nous voyons; et, c'est ce qui finira par faire sentir, socialement : le besoin absolu, de vérité absolue.
Pour prouver : que, la vérité ; et, par conséquent, la liberté, n'ont jamais existé socialement ; Condorcet dit encore :
— «On chercherait en vain dans les pays appelés libres cette liberté qui ne blesse aucun des droits naturels de l'homme, qui non-seulement lui en réserve la propriété, mais lui en consierYe Texercice. Celle qu*ony trouve , fondée sur un droit positif inégalement réparti , accorde plus ou moins de prérogatives à un homme, suivant qu'il habite telle ou telle ville, qu'il est né dans telle ou telle classe^ qu'il a telle ou telle fortune, qu il exerce telle ou telle profession ; et le tableau rapproché de ces distinctions bizarres dans les diverses nations sera la meilleure réponse que nous puissions opposer à ceux qui en soutiennent encore les avantages et la nécessité. »
(Tableau des progrés j etc)
— Et plus loin :
— (K Nous ferons voir, dit-il, que les déclamations contre l'inutilité des théories. . . . n'ont jamais prouvé que Tignorance des déclamateurs. Nous montrerons que ce n*esl point à la profondeur de ces théories , mais au contraire à leur imperfection , qu'il faut attribuer l'inutilité ou les effets funestes de tant d'applications malheureuses. »
(Ihid.)
— C'est parfaitement vrai. Et, comme jusqu'à présent, il n'y a eu que deux théories de souveraineté :
DE LA SOUTERAINKTÉ. 81
l'une de droit divin ; l'autre du peuple ; c'est répudier €68 deux tKéories : que, de les accuser d'avoir été la cause de tous les malheurs de l'humanité. C'est, que cefi deux théories sont inhérentes à l'ignorance huma • nitaire.
Condorcet a l'empirisme de ce que doit être la société nouvelle : lorsque, les deux fausses souverain netés de vérité hypothétique et de force brutale, seront détruites : par, l'anéantissement de l'ignorance sociale. 11 en a fait même un tableau n'ayant qu'une faute capitale.
— «c Cette différence, dit-il, de lumières, de moyens ou de richesses observée jusqu'à présent chez tous les peuples civilisés , entre les différentes classes qui composent chacun d*eux, cette inégalité que les premiers frogrès de la société ont augmentée et pour ainsi dire produite,., n
— Remarquez , je vous prie ; et , très-spécialement : que, de l'aveu de Condorcet, le progrès social a nécessairement lieu dans le mal : quant, au bien-être des masses, qui composent la société.
— a ...tient-elle, continue Condorcet, à la civilisation même ou aux imperfections actuelles de Tétat social ? »
— Condorcet, place ici la question sur son véritable terrain. 11 était certainement capable de la résoudre ; si, la vanité ne lui avait cataracte : la vue de l'intelligence. 11 aurait vu : que, l'ignorance forçait d'établir la souveraineté d'un droit hypothétique ; que, les développe- 'ûents de l'intelligence renversant cette souveraineté, 1 humanité retombait sous la souveraineté de la force II. 6
82 08 LA SaUTBRAinRÉ.
brutale ; que, pendant ces deux ^loques , les faibles étaient d'autant plus malheureux; que, leur intelligence était plus développée : parce qu'une force, de plus en plus forte, devait être employée pour les contenir ; et, que cet état d'esclavage progressif, durait nécessairement ; jusqu'à ce que, l'excès de mal social eût forcé : de chercher et d'introniser la vérité.
— • « Doit*elb , njoute Gondorcet j contiauellement s^af&iblir pour faire place à cette égalité de fuit^ dernier but de Vart social.... »
— Remarquez : le matérialisme de l'auteur, dans cette expression : Vart social. L'art s'applique : aux phénomènes, aux apparences, à la matière, au temps j la science s'applique : aux réalités, aux immatérialités, à l'éternité. L'art varie selon les oiganes. Dans tous les mondes possibles ; et, sous toutes les organisations possibles; la vérité est vérité.
. — ...... qui, continue Gondorcet^ diminuant même Itt eifett de la
différence naturelle des facultés^ ne laisse plus subsister qu'une inégalité utile à l'intérêt de tous, parce qu^elle favorisera les progrès de la cinlisation , de Tinstruction et de Tiudustrie , sans entraîner ni dépendance, ni buniiliation, ni appauvrissejnenl ? j>
— Vous voyez : que, Gondorcet avait deviné. Et, tel est, en effet, l'état social sous la domination de la vérité : sans laquelle, il n'y a de possible : que, le pro^ grès relatif à la richesse, à la matière.
— « En un mot, continue Gondorcet, les hommes approcheront-ils cet état où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d'après leur propre raison dans les affaires communes de la iFÎe, et la exemple de préjugés, pour bien connaître leurs droits et les exercer d'i près leur opinion et leur conscience? d
»E Là SOOV&RAUIETÉ. 83
— Ici, est la taehe signalée. Il fallait effacer, de ce |Missage^ le mot opinion^ mis en rapport avec Tordre social et le droit qui lui sert de base. Tant, que les opinions existent, à cet égard, il y a nécessairement souyeraineté de la force, soit brutale, soit masquée de droit-, afia de combattre Fanarchie, dont les opinions^ non comprimées, non anéanties même soit par la force, soit par la vérité, sont la source inévitable. Et, ces deux souverainetés causent nécessairement : l'esclavage des masses.
— «Où tous» continue Gondorcet, pourront, par le développement de leurs facultés »
— Nons ferions bien remarquer ici : qu'il n'y a qu'une faculté possible : celle de vouloir; et, encore pour autant que l'anthropomorphisme et le panthéisme n'existent pas ; que, tout le reste est nécessairement propriétés. Mais, les ignorants connaissant leur ignorance, nous comprendraient seuls ; les ignorants académiques se moqueraient de nous.
— a .... obtenir , continue Condorcet, des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins; où enfin la stupidité et la misère ne seront plus que des tceidenls et non l'état habituel d'une portion de la société. »
(Tableau des progrès, etc)
— Ici, Condorcet est dans la plus grande erreur. Tant, que la misère, c'est-à-dire le paupérisme, soit moral relatif aux connaissances, soit matériel relatif aux richesses, n'est point complètement anéanti; il augmente nécessairement, pour les masses, en raison :
84 DE LA SOUYERAINJETÉ.
des développements de Tintelligence ; et des développements de la richesse. Ces deux paupérismes, peuvent seulement être anéantis, par Tanéantissement des deux fausses souverainetés.
Si, Condorcet avait eu le noble courage d'avouer son ignorance; il eût été, plus que personne, à même de placer son siècle sur le chemin de la vérité. Mais , il eut la vanité de cette même ignorance ; il ne sut point l'écraser; et, il la défendit, par des sophismes, auxquels lui-même ne croyait pas. Un mystique qui se croit inspiré est excusable . C'est, un malheureux aliéné répandant, sur d'autres, la contagion de sa folie. Mais, un géomètre qui vous présente : des analogies pour des identités ; ou, de l'absurde pour des réalités; est toujours impardonnable. Nous allons voir Condorcet jouant ce triste rôle, en essayant de défendre : la souveraineté du peuple, la souveraineté des majorités.
DE LA SOUTEHAIMETÉ. 85
«ç Les anciens qui, dans plasiears de leurs insiitutions politiques , ont montré une profondeur de vue et une sagacité que nous admirons a?ec raison, ignoraient les vrais principes de la législation , et comptaient pour rien la justice. Us croyaient que la volonté publique a droit d'exiger tout et de les soumettre à tout; opinion fausse , dangereuse, funeste aux progrès de la civilisation et des lumières, et qui ne subsiste encore que trop parmi nous. »
COITDORCBT.
— Ce passage de Condorcet, que nous plaçons en épigraphe, est la condamnation formelle de la souveraineté du peuple ; qui, nécessairement, met la force au-dessus de la justice. Et, pourquoi le fait-elle? C'est, qu'en époque d'ignorance; où, Ton ne sait même pas si la justice est une réalité ; le seul juge possible de la justice, est : la force.
Arrivons, maintenant, au passage où Condorcet essaye de défendre : la souveraineté des majorités .
— t Après, dit-il, de longues erreurs, après s'être égarés dans des ^^ries incomplètes on Tagues, les publicistes sont parvenus à connaître ^ les Téritables droits de l'homme, à les déduire de cette seule vérité, Çu'tt tit ttfi être sensible y capable de former des raisonnements et d'ac- 9*^ des idées moràks. »
"" Ëtes-vous bien certain : que, l'homme soit capakk de quoi que ce soit? Capable, réellement capable?
86 DE Là SOCJVBRàINBTÉ.
Si, ranthropomorphisme existe; si, le panthéisme existe ; l homme, vis-à-vis du raisomiement, si alors le raisonnement est supposé exister, est absolument incapable de quoi que ce soit; puisque, dans ces deux cas, il n'est, rationnellement^ qu'une machine.
11 est, dites-vous, capable d'acquérir des idées mo raies. Accordons cela, par supposition. Et, qu'est-ce, s'il vous plaît, que des idées morales acquises par le raisonnement. Sans aucun doute, elles seront : des idées tendant à diriger les actions^ conformément au raisonnement. Et, que commande le raisonnement, en dehors d'une saoetion auti*eque la force? D'être le plus fort : à tout prix, à tout prix; afin, de pouvoir satisfaire ses passions : à tout prix, à tout prix, Voilà^ le vol, le meurtre, le viol et l'assassinat exclusivement relatifs : à la moralité; et, le sacrifice : à la folie, à Tîmmoralité. Comment trouvez-vous des droits fondés sur de pareilles bases ? Il est vrai : que, la société ne pourrait subsister sur de pareilles vérités ; vérités incontestables, dès que lea prémisses en sont admises. Aussi, les forts sont alors nécessairement hypocrites. Ils prêchent le sacrifice, à ceux que, tw petto, ils appellent les sots ; et, se moquent, intérieurement, des faibles qu'ils exploitent. Tel, est le triomphe 4e la souveraineté du peuple.
— 0 Ils (les publicistes] ont vu , continue Condorcel , que le malnUen de ces droits était Tobjet unique de la réunion des liommes en société politique.... »
— Sous-entemlec : le nuÉQtien ées droits <k la £aroe
DE Lk SOUVfRAiNETt:. 87
aux forts. Et, youb concevez alors : que, l'hypocrisie était nécessaire. De là, la nécessité de la souveraineté religieuse hypothétique ; pour, transformer en droit, ce 4}ue l'hypocrisie imagine d'utile : aux forts.
— « ...et que Tart social^ continue Condorcet, deTait être celui de leur garantir la^ conservation de ces droits avec la plus enlière égalité, comme dans la plus grande étendue, d
— Sous-entendez toujours : aux fobts. Car, la garantie à tous, eût été l'anéantissement : de la souveraineté religieuse hypothétique, transformant la force en droit; c'eût été la rechute : sous la souveraineté de la force ; sous la souveraineté du peuple; et, la généralisation d'une anarchie : conduisant à la mort.
— « On a senti, continue Condorcet^ que les moyens d*asrarer les droits de chacun devant être soumis dans chaque société à des règles conmiuies, le pouvoir de. choisir ces moyens, de déterminer ces règles, ne poirvah appartenir qu*à la majorité des membres de la société même , pareê qvê chaqae indîvidki ne pouvant dans ce choix suivre sa propre raison sans j assujettir Jes autres, le vœu de la majorité est le seul caraC" tère de vérité qui puisse être adopté par tous , sans blesser V égalité, »
— Ah ! c'est le seul 1 Eh bien 1 ce seul vous allez le démolir : pour lui substituer la force brutale . Il est vrai : que, Fégalité devant cette force est la seule possi- We ; tant, que la force n'est point dominée : soit par )a souveriuoeié a^^eiigîeuse hypothétique ; soit par la souveraineté religieuse incontestablement démontrée.
"" « Chaque homme, continue Condorcet, peut réellement se lier d*a- ▼tnce à ce vœu de la majorité, qui devient alors celui de rhumaaiié... »
88 DE LA SOUYERAIIIETÉ.
— Voilà, une décision absolue. Maintenant, vous allez voir Condorcet : détruire cet absolu ; par une proposition essentiellement relative à la force brutale. Était-ce ignorance de l'auteur; ou, était-ce impudence ? C'était nécessairement l'un ou l'autre.
— a Mais, ajoute-t-il, il ne peut lier que lui lenlc »
— Très-bien ! Et, pour combien de temps, s'il vous plait? Pour un millième de seconde sans doute. Car, il n'y a pas plus de raison, pour le second millième ; que, pour la vie entière. Mais, ceci n'est rien encore. Écoutez :
— « Il ne peut être engagé , même envers cette majorité , continue Condorcet^ qu'autant qu'elle ne blessera pas les droits indiTidnels, après les avoir reconnus. »
— Et, quels sont ces droits; et, qui en est le juge? La force brutale : puisque, les majorités ne peuvent y porter atteinte. Et, voilà de nouveau la force brutale seule souveraine. Et, c'est pour un pareil galimatias, que la société se déchire depuis un demi-siècle! Ce galimatias doit la conduire à la mort ; si, bientôt elle n'a le courage, d'en reconnaître la stupidité.
— « Tels sont à la fois^ continue Condorcet , les droits de la majorité sur la société on sur ses membres, et les limites de ces droits. »
— Des droits qui ont des limites, n'ont de limites que la force. La vérité est absolue ; la vérité n'a pas de limites.
DE LÀ SOUYERAIMETÉ. 89
— « Telle est , continae Gondorcet , l'origine de cette unanimité , qui rend obligatoires pour tons les engagements pris par la majorité seule. »
— Pour tous? Non, seigneur! vous-même venez de le dire; et, vous-même allez le répéter.
— « Obligation, continue Gondorcet, qui cesse d'être légitime quand, par le changement des individus, cette sanction de l'unanimité a cessé elle-même d'exister. »
— Ainsi, c'est à recommencer à chaque instant.... à se battre pour savoir : si, la majorité est réelle ; et, si ce sur quoi elle a délibéré est oui ou non conforme au droit naturel, sur lequel pas deux individus ne sont d'accord. Quel tohu-bohu !
— « Sans doute, continue le défenseur des majorités, il est des objets snr lesquels la majorité prononcerait peut-être plus souvent en faveur de Terreur et contre l'intérêt commun de tous ; mais c'est encore à elle à déterminer qui seront ceux dont elle croit devoir substituer la raison à la sienne, à régler la méthode qu'ils doivent suivre pour arriver plus sûrement à la vérité. »
— Voilà les sots, nommant de prétendus juges, qui doivent être dirigés par ces mêmes sots. C'est, un mélange stupide : de despotisme et d'anarchie.
— « Et elle ne peut^ continue Gondorcet^ abdiquer l'autorité- de prononcer si leurs décisions n'ont point blessé les droits communs de tous. )>
{Tableau des progrès, etc.)
— Ceci est de la plus effroyable anarchie. 0 souveraineté du peuple ! véritable souveraineté des bêtes !
Rapprochez, maintenant, ce que Condorcet a dit.
00 DE Là SOU^^mâlNBTÉ.
pour etfîontre la soirvcraineté <ki penfde ; vous verrez: qu'en son âme et conscience, personne plus que lui, ne méprisait cette prétendue souveraineté. Mais, sa vanité l'empêchait d'avouer la nécessité de la souveraineté réelle : parce que, cet aveu aurait exigé celui de son ignorance , sur les moyens d'en exposer la réalité.
Le dix-huitième siècle a beaucoup crié : contre les persécutions, subies depuis l'origine sociale, par les amis de la vérité. Ici, il y a une distinction bien essentielle à faire ; que, nous avons déjà indiquée ; et, que nous ne pouvons trop renouveler. Cest, qu'il n'y a jamais eu de persécutés ; que, les amis des vérités négatives, toutes anarchiques : tant, que la société repose sur une hypothèse. 'La société a toujours persécuté : ceux qui ont voulu substituer : la souveraineté du peuple, à la souveraineté de droit divin ; l'anarchie, au despotisme. Jamais, la vérité positive n*a été persécutée; et, cela parl'excellente raison : qu'elle n'a jamais été présentée.
— R Persécutés, baimiB, les philosophes, dit Barlhélemy , iipprirent
que la vérité, pour être admise parmi les hommes, ue doit pas se présenter à visage découvert, mais se glisser furtivement a la suite delVrreur. »
(Jeune Anacharsis, Introd.)
— Je répète : que, les vérités négatives sont toujours anarchiques, en époque d'ignorance. Elles sont naturellement persécutées; ^t, néajMnoins, «e présentent nécessairement : fwirce qu'elles sont les confiéqueafcces nécessiaires des développements de l'iateJIi-
DE hk wumfRknnEtÈ. 91
gence. Quant à la Térité positive, elle doit «eulement être offerte : lorsque la souveraineté hypothétique, se trouTant reuTerséc par la souveraineté du peuple, Texcès de mal social causé par celle-ci, force la société : à chercher, découvrir et accepter, socialement, la démonstration de la souveraineté réelle.
— <f Si j^a^ais un principe à établir, dit un grand ministre, ce serait eelai-ci : ^pie les lM>DMnB lois et ]es bonnes nacMin se forment réciproquement..«.. »
— C'est ce qui aiTive, exclusivement : sous la souveraineté réelle.
— «MikUieiiieuseiBeni |^r dm», eoBtÎMie-i-il , c^t enchaineHient préôem^es uses .«vec les autres ne dobb devienl sensible <^ue lor8i{ue BOUS avons porté au plus baut point la corruption de tous les abus; en sorte que fêrmi les kommes, c'est toujours le pliis grand mal qui devient ^ plus grand bien, »
' (Sully.)
— Et voilà, comment la souveraineté du peuple est le plus grand bien ; qui puisse, actuellement, arriver aux hommes .
On a souvent dit : que, Tempire romain avait conquis le monde, sous la souveraineté du peuple. C'est,' le contraire qui est la vérité. L'empire romain a perdu le monde : lorsqu'il a cessé d'être soumis à la souveraineté religieuse hypothétique ; pour se soumettre à la souveraineté du peuple; lorsque Cicéron eut déclaré : que, deux augures ne pouvaient plus se rencontrer sans rire.
— c L'institution des augures , dit VEnc^lopédie nùuv^le , fut, entre les mains du sénat, un moyen de gouvernement i la fois doux et énergique. Rien ne se faisait dans la république sans la sanction de Taugure: sans elle un général ne pouvait franchir le Pomœrium , entrer sur la terre de l*ennemi ni livrer combat. La nomination des consuls, des divers magistrats, des pontifes , n'avait de valeur que par Y inauguration. Gbes les patriciens, la science augurale.... »
— Remarquez, je vous prie : que, si, comme le dit Pascal, il n'y a pas de crime qui n'ait été nommé vertu; il n'y a pas, non plus, de folie qui n'ait été nommée science. Il n'y a de science réelle, que ce qui est démontré : d'une manière rationnellement incontestable. La science réelle est immuable : comme la vérité qu'elle exprime.
— « ..• la science augurale intervenait, comme une sanction nécessaire^ jusque dans les actes solennels de la vie privée, tels que le mariage et l'adoption. »
(Art, ÂUGUAB.)
— Le peuple français est le premier : qui, ait inauguré la souveraineté du peuple. C'est, de l'excès de maux, résultant de cette inauguration; que, doit sortir : le bonheur du monde.
Dl hk SOUVERAINETÉ. 93
K On méditera encore, si Ton vent, le sophiste géométrique Spinosa, dont la modération, le désintéressement et la gâiérosité ont été dignes d'Épictète. On me dira que le célèbre athée Lamettrie était un homme doux et aimable dans la société , honoré pendant sa yie et après sa mort des bontés d^un grand roi, qui, sans faire attention à ses sentiments philosophiques, a récompensé en lui ses Tertus. Mais mettez ces doux et tranquilles athées dans de grandes places; jetez-les dans les factions ; qu^ils aient à combattre un César Borgia ou un Crofnwell, ou même un cardinal de Retz, pensez-vous alors qu'ils ne deviendrait pas aussi méchants que leurs adversaires? Voyes dans quelle alternative vous les jetez : ils seront des imbéci'
les, s'ils ne sont pas des pervers
Il est donc démontré que l'athéisme '. . . doit
porter à tons les crimes, dans les orages de la vie publique Si le monde était gouverné par des athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes. En un mot, des athées qui ont en mains le pouvoir seraient au moins aussi funestes au genre humain que des superstitieux. »
Encyclopédie, art. Athéisme.
-^ J'ai déjà dit, ailleurs : que, le mot athée a deux valeurs absolument opposées : la première signifie : négateur de la sanction religieuse, négateur de la jusïce éternelle ; la seconde signifie : négateur de la personnification de cette justice, mais affirmateur qu'elle existe en réalité. C'est, dans le premier sens que l'En-
94 J« LA aOUTIRAlIIETÉ.
cyclopédie prend le mot ithée ; qui, pour parler clairement, signifie ici : matérialiste. Le même article dit lui-même : « Qu'il ne suffit pas d'adopter dans son « système le mot Dieu pour ne pas être cUhée, Exemple : les épicuriens. »
Eh bieni qu'est-ce que le matérialisme, socialement considéré? C'est : Texistence sociale sous la souveraineté du peuple. Ceci a été consacré, officiellement, par la première cour souveraine de France. Nous Tavons prouvé.
Voilà, TEncyclopédie, rejetant, au-dessous de l'enfer, l'existence sociale : sous la souveraineté du peuple.
— « LiAnque ce n^est point la raison , dit encore Y Encyclopédie, qui règle les étodes, non-seulement les études ne perfectionnent point la raison, flMÎft même elles la corrompent, l'obecurcissent et la pervertissent. •
{^rt. Autorité.)
— Or, sous la souveraineté du peuple, ce n'est point la raison qui règle les études ; c'est la force, c'est le nombre dérivant du droit. Donc, sous la souveraineté du peuple, les études corrompent, obscurcissent et pervertissent la raison. C'est, l'Encyclopédie qui le dit; et, il suffit d^ouvrir les yeux, pour s© convaincre, qu'à cet égard, elle dit vrai.
Voulez-vous savoir : comment l'Encyclopédie coni— prend le 4)euple? Voici, l'article qu'elle lui a consacré * Remarquez, maintenant ; que, sous la souveraineté àix peuple ; c'est-à-dire : lorsque, la vérité soit bypoUié-' tique, soit réelle, ne domine poinf la société ; tout l^ monde est peuple : académiciens et législateurs compris ^
SE tJL XmVBIUlNITÉ. 95
— « Le prafiie.» é&kVBncuclopétUe. (Naot enteadoM iô, ajoute
TaHicle, le Wgftire, la tourbe, la lie populaire, gens, aoua QUiLQin couynmr Qom cb-soit, de basse, senrile et méchanique eondîtioa). a
— Vous voyez : que, l'article comprend tous ceux qui ne sont point instruits : de ce que la société tient, comme incontestable vérité. Et, comme sous la souveraineté du peuple, rien n'est tenu pour vérité incontestable, en fait de droit; puisque, le droit est luimême en question ; il s'ensuit : que, sous la souveraineté du peuple, tout le monde est peuple, dans le sens de l'article, académiciens, législateurs, etc., etc., sous quelque couvert que ce soit. Continuons.
— « Le peuple est nue bêle étrange, à plnsienrt tètes, 'et qui ne peut se décrire bien en peu de mots , inconstant et yariable ; sans arrêt non plus que les vagues de la mer, il s'émeut, il s'apaise , il approuve et répreuve en un instant même chose ; il n'y a rien plus aisé que le pousser en telle passion que Ton veut ; il n'aime la gnerre pour sa fin ni la pnix pour le repos, sinon en tant que de Tune à l'autre il y a toujours du changement ; la confusion lui fait désirer Tordre ; et quand il y est lui deplait^ il court toujours d^un contraire à Taulre ; de tous les temps, le seul futur le repaît. Ht vfUgi mores odisse prsegentia, ventura cupere y praeterita edtbrare,
«Léger à croire^ recueillir et ramasser toutes nouvelles, surtout les ftcbeuses, tenant tons les rapports pour véritables ; et assurés avec un siniet ou sonnette de nonseauté , l'on assemble comme les mouches au San dn bassin.
t Sans jugement, raison, discrétion ; son jugement et sa sagesse, trois des et l'aventure; il juge brusquement et à l'étourdie de toutes choses; et tout par opinion on par coutume on par plus grand nombre , allant à la file comme des aioutons qui courent après ceux qui vont devant , et non par raison et vérité. Plebi non judiciumy non veritas : ex opinione mUa, ex veritate pauea judicat.
c Ennuyeox et malicieux ennemi des gens de ,bien , contempteur de ▼erta, regardant de mainrais œil le bonheur d'autrvi , favorisant un plus ittUe et isa plas méchant, et voulant mal aux gens d'honneur sans savoir psvqnoi, sinon pour ce que sont gens d'honnevr, et que Ton en parle fort et en bien.
96 DK LA SOUVERAINETÉ.
« Pen loyal et Téritable, amplifiant le brait^ enchérissant sur la férité, et faisant toujours les choses plus grandes qu'elles ne sont ; sans foi ni tenue. La foi d'un peuple et la pensée d'un enfuit sont de même dorée» qui change non-seulement selon que les intérêts changent , mais aussi selon la différence des bruits que chaque heure du jour peut apporter.
a Mutin^ ne demandant que nouveauté et remuement, séditieux, ennemi de paix et de repos, ingenio mohili,. seditiosum, discordiosum, cupidmn rerum novarum, quieti et otio adversum, surtout quand il rencontre un chef; car lors ne plus ne moins que la mer bonasse de nature, ronfle, écume et fait rage, agitée de la fureur des vents ; ainsi le peuple s'enfle, se hausse et se rend indomptable ; ôtez-lui les chefs, le Toilà abattu , effarouché et demeuré tout planté d'effroi, sine redore prêsceps^ pavidus , sacorsy nil ausura plebs principibus amotis.
« Soutient et favorise les brouillons et remueurs de ménage ; il estime modestie, poltronnerie , prudence ^ lourdise. Au contraire^ il donne à l'impétuosité bouillante le nom de valeur et de force , préfère ceux qui ont la tète chaude et les mains frétillantes à ceux qui ont le sens rassis et qui pèsent les affaires ; les vantards et babillards aux simples et retenus. a Ne se soucie ni du public ni de l'honnête, mais seulement du particulier, et se pique sordidement pour le profit. Privata cuique stimulatio, vile secus publicum,
« Toujours gronde et murmure contre TËtat, tout bouffi de médisance et propos insolents contre ceux qui gouvernent et commandent. Les petits et pauvres n'ont autre plaisir que de médire des grands et des riches , non avec raison, mais par envie; ne sont jamais contents de leur gouvernement et de l'état présent.
« Mais il n'a que bec, langues qui ne cessent, esprits qui ne bougent , monstre duquel toutes les parties ne sont que langues^ qui de tout parle et rien ne sait, qui tout regarde et rien ne voit, qui rit de tout et de tout pleure, prêt à se mutiner et rebeller et non à combattre; son propre est d'essayer plutôt à secouer le joug qu'à bien garder sa liberté. Proca^ cia plébis ingénia^ impigrœ linguas, ignavi animi,
« Ne sachant jamais tenir mesure ni garder une médiocrité honnête; ou très-bassement et vilement il sert d'esclave, ou sans mesure il est insolent et tyranniquement il domine ; il ne peut souffrir le mors doux et tempéré ni jouir d'une liberté réglée, court toujours aux extrémités^ trop se fiant ou méfiant^ trop d'espoir ou de crainte. Ils vous feront peur si vous ne leur en faites ; quand ils sont effrayés , vous les bafoues et leur sautez à deux pieds sur le ventre ; audacieux et superbes si on ne leur montre le bâton, dont est le proverbe : Oins-le^ il te poindra ; poins-le, il t'oindra. Nihil vtUgo modicum , terrere ni paveant , ubi pertimuerint impune contemni : audacia turbidum nisi vim metuat, aut servit humi» Hier, aut superbe dominatur : liber tatem, quae média, necspemere, nec habere.
IMK LA SOUVERAINETÉ. 97
« Très-ingrat enrers ses bienfaiteurs , la récompense de tous ceux qui ont bien mérité do public a toujours été un bannissement, une calomnie, une ceaspivatioB, ht morC Les histoires sont célèbres de Moise et de tous les prophètes, de Socrale, Aristide^ Phocion, Lycurgue, Démosthène, Tbémistocle ; et la vérité a dit' qu'il n'en échappait pas un de ceux qui froeoraieDt le bien et le salut du peuple ; et au contraire il chérit ceux qui l'oppriment, il craint tout, admire tout.
c Bref le vulgaire est une bête sauvage ; tout ce qu'il pense n'est que ▼anité, teut ce qu'il dit est faux et erroné, ce qull réproi ve est bon , ce qo^il approuve est mauvais, ce qu'il loue est infâme, ce qu'il fait et entreprend n'est que folie , non tam hene cum rébus humanis geritur, ut meUora plurihus pl<iceant; argumentum pessimi tarha est ; la tourbe populaire est mère d'ignorance, injustice, inconstance, idolâtre de vanité à laquelle vouloir plaire ce n^est jamais fait ; c'est son mot : Vox populi vox Dei; mais il faut dire : Vox populi, vox stultorum. Or le commencement de la sagesse est se garder net^ et ne se laisser aller aux passions populaires. » (Sagesse de Charron.)
(Encyclopédie méthodique , art. Peuple.)
— II est évident : que, TEncyclopédie-, en empruntant cet article à Charron, a exprimé son mépris pour la souveraineté du peuple. Elle aurait dû dire : que, cet admirable tableau ne doit point s'appliquer aux prolétaires particulièrement; mais, qu'il est le portrait, d'après nature, de l'humanité ignorante. Renfermez ensemble un million de riches ignorants, ils seront cent fois plus insociables qu'un million de pauvres également ignorants. La richesse centuple les maux causés par l'ignorance. Proportion gardée de population, il y a cent fois plus de crimes commis à Paris que chez les sauvages. Le bagne renferme plusieurs notaires pour un vagabond. Mais, disons aussi : que, les maux causés par les richesses, chez les ignorants, peuvent seuls faire sentir le besoin absolu d'anéantir l'ignorance. Ainsi, et contre l'avis de Rousseau, le développement des richesses, c'est-à-dire le dévelop- II. 7
98 DE LÀ SOUVERÀiNBTiS.
pement de la civilisation, est toujours un bien : puisque, c'est la seule route qui puisse faire arriver à la vérité. « Le peuple, dit Rousseau, se montre tel qu'i' 0 est, et n'est pas aimable ; mais il faut bien que les « gens du monde se déguisent ; s'ils se montraient tels a qu'ils sont, ils feraient horreur. » C'est, que l'humanité est seulement aimable : quand elle est parvenue à la connaissance de la vérité.
fi£ LA SOUVERAINETÉ. 99