‹ De la souverainetéChapitre 6 sur 52 · ÉPOQUE DE 1789 A · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE 1789 A

*• S'il était possible qa*oa vint à découvrir une nourriture moins agréable que le pain, mais qui pût entretenir le corps de Thomme pendant qua-^ rante-huit heures, le peuple serait bientôt réduit à ne manger que de deux jours Tun, lors même qn*il préférerait son ancienne habitude : les propriétaires de subsistances, usant de leur pouvoir et désirant multiplier le nombre de leurs serviteurs , forcenovT TOUJOURS les hommes qui n'ont ni propriété ni talent à se contenter du simple nécessaire. Tel est Tesprit humain, esprit que les lois sociales ont si bien secondé. »

Neckee , Sur la reg, des grains.

— Necker dit : forceront toujours; parce que, pour lui, il n'existe qu'une seule souveraineté possible : qu'elle soit masquée de raison, sous le nom de droit divin ; ou, qu'elle soit démasquée et patemment brutale, sous le nom de souveraineté du peuple. Et, ^ effet; sous l'une ou l'autre : non-seulement les masses doivent se contenter du simple nécessaire; niais encore, ceux d'entre elles, qui sont en sus des

besoins des propriétaires, doivent, d'après Taveu de tous les économistes : mourir de misère. Certes, Necker, n'est point partisan : de la souveraineté da peuple.

— « D'où Tient la misère du peuple dans tous les temps et dans tous les pays, et quelle en est la source? dit encore Nerker. G*est^ répond-il, ' le pouvoir qu^ont les propriétaires de ne donner en échange d^un trataii qui leur est agréable que le plus petit salaire possible. » .

(Cité par la Presse du 8 novembre 1850.)

— C'est, très bien! Mais, il aurait fallu dire : d'où les propriétaires ont ce pouvoir. C'est, que tant que les deux souverainetés, relatives à l'ignorance sociale, ne sont point anéanties; le sol est nécessairement aliéné ; et, que tant que le sol reste aliéné, le salaire est nécessairement : au minimum possible. Et, comme Necker condamne cet état de choses ; il professe implicitement : la condamnation de la souveraineté du peuple.

— « On ne peut avoir observé les hommes dans leurs constantes rivalités, dit encore Tanèien ministre, sans avoir aperçu combien les gouvernements les plus sages ont besoin d'être secondés par Tiniluence du ressort invisible qui agit en secret sur les consciences. »

[De Vimport. des opinions reUgieuses.)

— Necker, en sa qualité de philosophe dn -dixhuitième siècle, considérait les religions comme des opinions. Et, eu effet : tant, que la réaKté en tien religieux n'est point démontrée, elles ne seM -foe tela. Néanmoins, il voulait : que, la souveraineté relîgieu&e hypothétique dominât la soofveraiBelé du

peuple; parce qu'il préférait le despotisme à l'anarchie. Mais, quand la souveraineté religieuse hypothétique est renversée par l'examen ; et, que la souveraineté religieuse réelle ne peut encore exister, à cause de l'ignorance; la souveraineté du peuple reste seule possible. Alors, il ne suffit pas de la condamner ; il faut, encore, pouvoir la détruire théoriquement; et savoir : qu'avant, qu'elle puisse être détruite pratiquement; elle doit avoir porté le mal social : au dernier excès possible.

— fc Bien loin, dît encore Necker, que l^estime ou le mépris, Tbonneur on k bonte^ puissent suppléer à l'active influence des idées religieuses , ce sont ces mêmes idées qui afîermisseht Topinion publique, et qui, plus <m moins obscurément , dirigent et contiennent ses divins rameaux. On arriYerait bientôt à raisonner subtilement sur le prix qu^on doit mettre toi sentiments d'estime , si Texpression de ces sentiments ne s*unissait pas dans notre pensée à quelque cbose de plus grand que le jugement des bommes, et si une sainte vénération pour la vertu n'était pas imprimée de bonne beure au dedans de nous par une éducation religieuse, m

— Tout cela : est filandreux et nébuleux. Le fait €st : que, l'homme raisonne ; et, se demande : si, l'honnête homme ; ou même, l'homme qui se sacrifie pour obéira une règle; est un sot, oui ou non. La réponse est : que, si la règle a une sanction inévitable, il agit sagement en se sacrifiant ; et, que si la sanction est évitable parla force; il est un sot, de se sacrifier, quand il est le plus fort. Tout le reste est bavardage. Quant à l'éducation relative à un lien religieux hypothétique ; elle est utile : tant, qUe Tinstnietion lui est soumise. Mais, du moment que l'instroction se trouve émancipée; cette éducation se

trouve bientôt annulée. Alors, il est absolument impossible, de donner de l'utilité sociale, à une éducation religieuse quelconque : jusqu'à ce que Tinstruetion puisse démontrer, d'une manière rationnellement incontestable : la réalité du lien religieux.

Maintenant, écoutez I hommes de la souveraineté du peuple ; ou, du matérialisme ; ce qui est tout un. Écoutez ! dis-je :

— CI L*on éprouverait qu*cn voulant tout fonder sur des calculs mondains, ces mêmes calculs délruiraient tout , et la morale ayant une fois perdu son grand appui , on essayerait en Tain de la soutenir par Técliafaudage des lois, et par les vains efforts d^une opinion qui n'aurait plus de guide. Le déguisement et la dissimulation, devenus tout à coup une science nécessaire, une défense légitime, lasseraient Tattention de tous les surveillants; et les témoignages d'estime ne paraissant plus qu'un adroit encouragement accordé aux sacrifices de soi-même, la louange décernée à une conduite généreuse discréditée insensiblement , et par ceux qui la donneraient et par ceux qui la recevraient, (inirait pbOt-êtbb par devenir un objet secret de dérision^ et comme un simple jeu des uns contre. les autre?.. »

(/({., ibid,}

— Ce n'est pas, peut-être^ qu'il fallait dire; mais, CERTAINE.MEIST. Et, tel cst cu effet, l'état actuel de la société. Et, tel il restera : tant, que la souveraineté de la force brutale ne sera point anéantie.

-— «c Eh quoi ! auriez-vous besoin de la religion pour être un honnête bomme? Voilà, ditNecker, Tinterrogation avec laquelle on espère embarrasser les personnes qui Teulent conserver à la morale ses divers appuis... • »

— La morale, vis-à-vis du raisonnement, n'a pas divers appuis; elle n'en a qu'un seul, la religion.

Otez cette base ; l'homme moral est mi imbécile. Voltaire et Rousseau, et tous ceux qui les ont précédés, et ceux qui les ont suivis ; sont unanimes à cet égard ; quand ils ne font pas du roman.

— « Et la peur qu'elles ont , continue Necker , de ne pas donner une idée honorable de leurs sentiments, les engage à répondre avec célérité que sûrement elles n'auraient pas besoin du frein de la religion^ et qu'elles seraient toujours suffisamment bien conduites 'par leur propre cœur. »

— C'est, très-joli! mais, comme je n'aime pas à être un imbécile, je me fais honneur de déclarer : que, du moment que la souveraineté de la force brutale sera pour moi la souveraineté réelle : je me brûlerai la cervelle si je suis faible ; et, satisferai toutes mes passions, aux dépens des faibles ; si^ je suis fort.

— « Cette réponse est très-respectable sans doute , y> continue Necker.

— Cela, dépend des goûts. Moi, je la trouve trèsméprisable. C'est, sans doute aussi : parce que, je ne suis pas un hypocrite.

-— « Mais pour moi, je l'avoue, continue Necker, je dirais simplenoeni qu'il y a tant de cbarmes dans la vertu , quand on Ta longtemps pratiquée.... »

— Il est possible : que, certains hommes trouvent du charme à être pauvres, méprisés, honnis, vilipendés, déshonorés ; non-seulement en eux, mais encore dans tout ce qu'ils ont de plus cher ; et tout cela, comme des sots, inutilement, quand ils pourraient,

plus en plus, inutile. A quoi sert d'être hypiocrite ; quand, il n'y a plus personne à tromper ?

Maintenant, vous allez voir : ce, que Necker pense de la justice.

— OL Les riches et les puissants ayant, dit-il, fait les premières lois, ou en ayant da moins dirigé Fesprit, c*est surtout pour défendre leurs possessions et leurs privilèges que la justice a été mise de tout temps en recommandation. )>

• — Ainsi, la justice n'a jamais été qu'hypocrisie. Cela est vrai. Et, cela existe nécessairement : tant, que les deux souverainetés, relatives à l'ignorance, ne sont point anéanties, par l'intronisation de la vérité.

« Tant qne l'esprit public n'est pas formé , le peuple ne fait que changer de maître. Mais ce cliangement ne valait assurément pas la peine de faire une révolution. »

DvPOKTf Assemblée nationale, 17 mai 1791.

— C'est vrai. Mais, Duport paraissait ignorer : que, les révolutions se font ; et, qu'on ne les fait pas. Ce, qu'il aurait dû se demander; c'est : quand les révolutions se font-elles nécessairement? Je vais répondre à cette question.

Les révolutions se font nécessairement : quand l'esprit public n'est plus formé ; et, alors, elles se renouvellent nécessairement : jusqu'à ce que l'esprit public soit formé à nouveau.

Et, quand l'esprit public est-il formé ?

Quand, socialement, une idée commune existe : sur la réalité du droit.

Et, quand cette idée existe-t-elle ?

Pendant l'époque d'ignorance sociale : lorsqu'une souveraineté religieuse hypothétique, peut être socialement imposée. Pendant l'époque de connaissance, Vesprit public se trouve imperturbablement formé; par la démonstration : de la réalité du droit ; de la réalité de la sanction religieuse.

plus en plus, inutile. A quoi sert d'être hypocrite ; quand, il n'y a plus personne à tromper ?

Maintenant, vous allez voir : ce, que Necker pense de la justice.

— OL Les riches et les puissants ayant, dit-il, fait les premières lois, ou en ayant du moins dirigé Tesprit, c*est surtout pour défendre leurs possessions et leurs privilèges que la justice a été mise de tout temps en recommandation, m

' — Ainsi, la justice n'a jamais été qu'hypocrisie. Cela est vrai. Et, cela existe nécessairement : tant, que les deux souverainetés, relatives à l'ignorance, ne sont point anéanties, par l'intronisation de la vérité.

« Tant qne l'esprit public n'est pas formé , le peuple ne fait que changer de maître. Mais ce changement ne valait assurément pas la peine de faire une révolution. »

DvpOKTj Assemblée nationale f 17 mai 1791.

— C'est vrai. Mais, Duport paraissait ignorer : que, les révolutions se font ; et, qu'on ne les fait pas. Ce, qu'il aurait dû se demander; c'est : quand les ré- Yolutious se font-elles nécessairement? Je vais répondre à cette question.

Les révolutions se font nécessairement : quand l'esprit public n'est plus formé ; et, alors, elles se renouvellent nécessairement : jusqu'à ce que l'esprit public soit formé à nouveau.

Et, quand l'esprit public est-il formé ? Quand, socialement, une idée commune existe : sur h réalité du droit.

Et, quand cette idée existe-t-elle ?

Pendant l'époque d'ignorance sociale : lorsqu'une souveraineté religieuse hypothétique, peut être socialement imposée. Pendant l'époque de connaissance, l'esprit public se trouve imperturbablement formé; par la démonstration : de la réahté du droit ; de la réalité de la sanction religieuse.

108 DE LÀ SOUVKRàINKTÉ.

Et, quand l'esprit public n'est-il plus formé?

Dès, que la souveraineté religieuse hypothétique, n'est plus possible ; et, que, la souveraineté religieuse, incontestablement démontrée, ne l'est pas encore.

Pendant toute cette période, les révolutions se font: inévitablement.

Voilà, ce que Duport aurait dû se dire.

— « La^vraie loi martiale , dit encore Daport , c'est la justice et la prévoyance. L*une prévoit les malbeurs, Taotre les prévient. Et lorsque la force est employée contre le peuple, soyez comme certain que ceux qui gouvernent méritent des reproches » et qu'ils cherchent à le punir de leurs propres fautes, d

[Id., ibid.)

— C'est très-joli ! mais, c'est parler pour ne rien dire. Et, si le citoyen Duport avait gouverné : il aurait, comme les autres, aussi employé la force.

Quel reproche méritent les gouvernements qui emploient la force contre le peuple ? bien certainement, celui de l'ignorance. S'ils étaient réellement savants; ils n'emploieraient la force que justement ; et, alors, ils seraient sans reproche. Mais, quand l'ignorance sociale, est patente; comment voulez-vous que les gouvernants ne soient pas ignorants ? Alors, il n'y a de souveraineté que la force ; et, pour conserver la vie sociale, qui est l'ordre ; ils emploient le seul moyen qui soit en leur pouvoir. Il est vrai : que, ce moyen s'use promptement. Et, c'est précisément, par le mal qu'il fait en s'usant ; que se fait sentir, socialement : le besoin absolu d'anéantir la souveraineté du peuple ; source exclusive des révolutions.

UB LA SOUYERAlNETti. 109

— « Rousseau a dit , continue Duport, que dans un gouvernement représentatif/ le peuple n^était libre qu'un jour ; avec la constitution que vous proposez, il ne le sera qu'un moment, yi

— Le joar et le mon^nt sont de trop. On n'est pas libre : tant, qu'on est esclave de l'ignorance. Or, le c(«nble de l'ignorance , est de vouloir : soumettre le droit, à la souveraineté de la force .

Amateurs de lois politiques, dont la souveraineté du peuple est la source, écoutez un socialiste de notre première révolution, dont, bien certainement, vous ne devinerez pas le nom.

-— « Cest, dit un membre de l'ancienne assemblée sationtlê, c'e«t de k bonté des lois civiles que dépend essentiellement le bonheur du peuple. Les lois politiques ne sont pour lui que des lois de second ordre; et qn^importe aux quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la nation française d'4tre régis par un roi/ par un sénat, par une assemblée nationale ou par un parlement?

a Toutes les questions politiques , dont nous faisons si grand bruit , n^intéressent guère que quelques milliers d'intrigants qui veulent dominer les autres^chercbant à faire prévaloir le genre de gouvernement qui offre le plus de chance à leur ambition. Si de bonnes lois poHdques n'étaient pas nécessaires pour que les lois civiles fussent respectées, si elles n'en étaient pas les gardiennes, elles seraient sans intérêt pour Tuniversalîté presque de la nation. Les lois civiles, étant celles qui établissent noROONNEKT LA pROPsiÉTÉ, atteignent généralement fous les eiWyens; ubouheue de tous en dépend; il est du plus grand intérêt pour tous qa* elles soient discutées avec la plus profonde maturité. »

(Gazalès, Assemblée nationalej 5 avril 1791.)

— C'est très-bien 1 mais, qui les jugera? La majorité, la force. Et, d*après quel critérium ? D'après la force. Et, dans quel but ? Celui d'exploiter les faibles^ le fieul|>06sible quand la souveraineté est la force. St^-

itO DE LA SOUYEIUINBTÉ.

posons même : que, vous puissiez théoriquement et abstraction faite de sanction religieuse; que, vous puissiez , dis-je , anéantir le paupérisme matériel. Qu'en résultera-t-il ? Que, chacun ne reconnaîtra de maître que la force ; et, que votre anéantissement théorique sera irréalisable en pratique. Sous la souveraineté du peuple, il n'y a de pratique possible : que, les révolutions.

Un autre résultat nécessaire de la souveraineté du peuple, de la souveraineté du nombre, variable par essence, est la théorie du progrès, ayant pour expression : de prétendues améliorations. Écoutez les ignorants vaniteux, incapables d'embrasser un système et ne voyant jamais qu'une facette, sans s'inquiéter de ses rapports avec le tout : on ne peut, disent-ils, tout faire à la fois. C'est, peu à peu, qu'il faut marcher. Heureux, sous cette métaphore, de pouvoir masquer leur incapacité de rien faire d'utile. C'est à eux que le passage suivant s'adresse ; dont, nous ne dirons, également, le nom de l'auteur : qu'à la fin.

— « Trop de précipitation! s'écrie un autre membre de rassemblée nationale. Ignore-t-on que c'est en attaquant, en renversant tous les abus à la fois qu'on peut espérer de s^en voir délivrer sans retour; qu'alors, et alors seuietnentf chacun se trouve intéressé à l'établissement de Tordre ; que les réformes lentes et partielles ont toujours fini par ne rien réformer ; enfin que l'abus que l'on conserve devient l'appui et bientôt le restaurateur de tous ceux qu'on croyait avoir détruits?

« On nous accuse d'avoir aspiré à une perfection chimérique. . . Re^ proche bizarre qui n'est, on le voit bien , qu^un vœu mal déguisé pour la perpétuité des abus ; l'assemblée nationale ne s^est point arrêté» à ces motifs servilement intéressés ou pusillanimes ; elle a eu le courage on plutôt la raison de croire que les idées utiles, nécessaires au genre humain, n'é-* taient pas exclusivement destinées à orner les pages d'an livre, et que

DE LA SOUYERAmETÉ. 111

l'Être suprême, en donnant à Thomme la perfectibilité, apanage particu- Jier de sa nature, ne lui avait pas défendu de l'appliquer à Tordre social devenu le plus universel de ses intérêts , et presque le premier de ses besoins. »

[Uévéque d'Autun (Tallevrand). Adresse de Vassemblée tuttionale au peuple français ^ 11 février 1790.]

— Talleyrand oubliait seulement : que, vouloir baser l'ordre sur la force brutale, est plus difficile encore : que, de vouloir le maintenir, basé sur une force transformée en droit, lorsque l'incompressibilité de l'examen existe. Il n'en est pas moins vrai : que, l'ordre réel doit être établi théoriquement tout d'une pièce. Quant aux transitions, à la pratique, il faut savoir clairement : où, l'on veut aller ; avant, de déterminer : par où, l'on doit passer ; et, le temps que l'on doit y mettre. Laisser dans le vague, le but et les moyens; c'est, d'une folie qui n'a pas de nom.

Un des membres de l'assemblée nationale, avait parfaitement vu les dangers : des deux souverainetés relatives à l'époque d'ignorance.

— « La liberté des peuples, dit Isiiard, est toujours placée entre deux écaeils : d*un côté, c'est le despotisme qui fait sans cesse des efforts pour l'asservir ; de l'autre, c^est l'anarchie dont le gouffre est toujours ouvert pour Tengloutir. v

(Assemblée nationale, 9 août 1792.)

— Isnard n'avait pas remarqué : que, l'examen, la raison, la liberté tend continuellement à renverser toute souveraineté hypothétique ; que , lorsque Texamen, la raison, la liberté deviennent socialement incompressibles, toute souveraineté hypothétique devient

impossible ; que , l'impuissance de toute souireraiiieté hypothétique, et la non-existence sociale de la souye« raineté réelle , à cause de l'ignorance humanitaire, constituent Tanarchie; et, qu'alors l'anarchie devient indestructible : jusqu'à ce que l'ignorance humanitaire soit anéantie. C'est, cependant, clair, évident, incontestable comme un est un. Mais, ce qu'il y a de plus difficile à faire accepter aux ignorants, aux aveugles; c'est, la lumière.

Un des points qu'lsnard avait méconnus, c'est l'incompatibilité radicale : entre la liberté sociale; et, l'existence des nationalités. Cette incompatibilité , Ânacharsis Clootz l'avait reconnue.

-— « Deux grandes erreurs, dit-il, enfantent la plupart de nos maai : la souveraineté frauduleuse des princes et la souveraineté partielle des peuples. »

{Âssemhlée lég., 12 août 1792.)

— Anacharsis Clootz n'avait pas remarqué : que, la souveraineté intégrale de l'humanité est tout autant la souveraineté de la force que la souveraineté frauduleuse des princes ; et même plus : puisque celle-ci peut souvent être masquée de raison ; et, que l'autre est toujours évidemment brutale.

Il n'est pas un membre distingué, de l'époque de 89, qui, soit un jour, soit un autre, soit implicitement, soit explicitement, n'ait proclame : que, la soumission à la souveraineté du peuple, était un retour à la sauvagerie primitive.

DE LA. SOUTERAINETÉ. 113

— < Les législateurs les plus dignes de ce titre auguste , dit Garât, sont ceaz qui reconnaissent la vérité pour législatrice du monde. »

(Mémoires,)

— Ainsi, les législateurs les plus dignes du rôle de législateurs, sont ceux qui reconnaissent : que, prendre le titre de législateur, est d'un sot. Est-ce là ce que Garât a voulu dire ? Dans ce cas il a parfaitement raison. Mais, comment distingue-t-on, socialement^ ce que dit la vérité réelle, de ce que la force prononce, sous le masque de la vérité? Garât, lui-même, va se charger de répondre à cette question.

— « Rieo, dit-il^ ne doit paraître faible comme la kàison à des esprits enivrés par leur» propres passions. »

{Mémoires»)

— Eh bien ! tant que la vérité n'est point incontestablement connue; toutes les raisons possibles, ne sont que des préjugés ; c'est-à-dire : des passions morales. Et, voilà la législatrice dû monde, paraissant nécessairement, ce qu'il y a de plus faible au monde.

Dans ce cas« que peut faire un honnête homme, connaissant son ignorance ; et, cherchant à s'isoler : de ses passions ; de ses préjugés ? S'en rapporter à ses premières impressions, craignant de se laisser corrompre par les secondes. Certes, ce n'est point là une bonne logique. Mais, en l'absence de bonne logique, ^ absence de vérité ^ y en a-t-il une meilleure pour un honnête homme ; et, j'appelle honnête homme, celui qui, de bonne foi, veut se mettre à l'abri de toute II. • 8

ii4 bE LÀ SOUYERÀlNETé.

corruption ? Il est difficile de Taffirmer. Garât a doDc eut tort en condamnant Robespierre de se livrer à ses premières impressions.

— « Un jour, dit-il, que je l'invitais à réfléchir sur quelijues idées que je lui présentais, et qui lui auraient épargné tous ces crimes ^ui «al dressé tant d'écbafauds o.i le sien , il m'a répondu ces propres paroles : « 3e n'ni pas besoin de réfléchir ; c'est toujours à mes premières impressions que je m'en rapporte. »

{Mémoire^*)

— C'est là du mysticisme, il n'y a pas de doute ; et, par conséquent du despotisme. Mais, tant que' le despotisme^ est possible, le despotisme, d'un honnête homme, est ce qu'il y a de moins mauvais. Quand, tout despotisme est devenu impossible, par Tînévîtabilité de la ^^souveraineté du peuple; ce qu'il y a de moins mauvais, c'est le pire; afin, d'arriver le plus tôt possible : à Texcès suffisant de mal social, pouvant seul faire sentir l'absolu besoin : de vérité absolue. .

Voici la condamnation la plus explicite : de la souveraineté de la force; de la souveraineté du peuple; par quelqu'un qui, certes, ne se doutait pas : que, lui-même prononçait cette condamnation.

— « La force, dit Roland , quelque moyen coërcitif qu^on imagine, dc saurait être employée que dans des moments de crise, dans les mouTO — ments yiolents et irréfléchie; mais dans une suite de travatix, dans continuité d'opérations, l'emploi de la force nécessite la continuité de usage, elle en établit le besoin y elle le multiplie et Taggrave sans de manière que bientôt il faudrait armer la moitié de la nation coi Tautre. Tel sera toujours Teffet des décrets qui auront pour but decoO' traindre ce que la justice et la raison yeulent et doivent laisser libre» *

(Convention, 18 novembre 1792.)

. ME LU âOtrVBtAUUETÉ. 115

— Eh ! malheureux homme I dites-nous donc : ce que la justice et la raison veulent et doivent laisser libre? Vous ae voyez donc pas : que, là est toute la question ? Ce que la raison et la justice exigent, ne peut être révélé : que, par le sophisme ou le syllogisme. Mais, quand la révélation du sophisme ne peut plus être acceptée socialement,' et, que la révélation du syllogisme ne peut encore l'être, à cause de l'ignorance humanitaire; comment ne concevez-vous pas : que, la force brutale devient leur seul interprête? Hais, direz-vous; c'est là, de l'anarchie. C'est vrai, très-vrai. Mais, encore une fois, cette continuelle anarchie est nécessaire : pour forcer les vaniteux, à reconnaître : leur propre ignorance.

Voici, une autre déclaration, tout aussi explicite que la précédente, constatant : que, la souveraineté du peuple serait incompatible avec l'existence de l'humanité : si, l'anéantissement de l'ignorance, ne venait anéantir ^ cette même souveraineté.

Qu'est-ce, au point de vue moral, que la souveraineté du peuple? C'est, Tincompressibilité de l'examen, mise en présence de l'ignorance sociale; incompressibilité nécessitant : le règne de la force brutale.

Qu'est-ce que l'incompressibilité sociale de l'examen.

C'est, la liberté de la presse; ou, plutôt : l'impossibilité d'annihiler la presse.

Voyons ce que va nous dire, relativement à la presse, on des principaux membres de la Convention nationale.

116 HB LA SOUTBEAIHBTÉ.

— « Yoki, dit Lrpelletier de Saut-Fargw«, ^«dle t été ckei dow U progression de U théorie sur U liberté de la presse.

« Dans rassemblée consiitoante, le premier qui ait écrit sor cette matière est Siejès.. D fit vn ooTrage sur les moyess de réprimer les délits commis par la voie de la presse; il y présenta d'eicellcntes wes , des aperças oeoft ; il décoomt de nooTdles contrées ; cela tient i la profondeor et i la sagacité de son esprit. Eh bien ! après qne cet onrrage fol approfondi^ il fut reconnu qne, quoiqu'il contint des idées salntàires , on ne pouTiit en faire Tapplication ; il ne fut pas même mis à la disent» sioD, et je vous fais cette obsenration pour prçurer combien le proUème de la répression des abus de la presse est difficile à résoudre , puisqu'un bon esprit n*a pu toucher an but. J'ajoute que les comités de constitution, de réTbion et de judicature de rassemblée constituante , qui désiraient beaucoup modifier la liberté de la presse, on an moins en réprimer les abus, eurent quime conférences sur cet objet; et qu*après y afoir beaucoup réfléchi, ils couTinrent qu'il est mrossDLB de faire um bonne Im à cet égard.

« D*où Tient la difficulté? »

— Ecoutez, je vous prie, quelle est la difficulté.

— « C'est que si on prohibe les délits d'une manière générale , la loi peut sertir à punir des innocents, à persécuter les citoyens, i rendre les tribunaux juges arbitraires des pensées, à enchaîner la liberté. Si an contraire on veut caractériser les délits, la loi reste sans effet, parce qu'alors les malfaiteurs, sachant se mettre hors des termes de la loi, ne sont plus punissables par elle. »

{Cwvnaùm maikmaU, 30 octoffre 17d2.) .

— Dire : qu'il est impossible de faire une bonne loi, sur la liberté de la presse ; c'est dire : que cette liberté doit être absolue.

Dire : que la liberté de la presse doit être absolue ^ en présence de l'ignorance sociale, en présence de let souveraineté du peuple, de la souveraineté de la force 5 où, aucune mesure^ sans exception, ne peut être ju UÛéo que par la force ; c'est rendre : toute règle inm

DE LÀ SOUYERÀIKETÉ. 117

possible ; tout gouYernement impossible ; c'est, empoisonner l'humanité,

La liberté absolue de la presse est seule compatible avec l'existence de l'ordre, vie sociale ; lorsque l'ignorance humanitaire se trouve anéantie : par la démonstration de la vérité.

if s M LA sotnraiMimRt.

« Président de la représentation d'un grand pea* pie, montrez que le grand art est de faire pen, et que le gouvernement comme réducatioo, consiste principalement à prévenir et à empèchor le mal d*nne manière négative , pour laisser aux facultés tout leur déveIoppemei\jt : car c^est de cette liberté que dépendent tous les genres de prospérité. »

RoLAiTD à la Convention, 28 novembre 1792.

— L'époque d'incompressibilité sociale de Texamen, en présence de l'ignorance sur la réalité du droit, est fertile en formules indiquant : le but, que la société doit atteindre. Toutes se réduisent à dire : il faut : que, la raison domine ; et, non la force. C'est trèsbien ! d'indiquer le but. Mais, ce n'est absolument rien ; si, en même temps, on n'expose les moyens d'y ar* river; ou, tout au moins, ce qui empêche d'y arriver; et, quels sont les obstacles qui doivent être enlevés, pour pouvoir y parvenir. Roland avait raison de dire : que, le gouvernement doit se borner : à maintenir le char social, dans l'ornière tracée : par la règle, la loi, l'autorité. Mais, quand il n'y a plus de règle, plus de loi, plus d'autorité autre que la force ; que voulez-vous que le gouvernement emploie, si ce n'est la force; ce qui est la négation de la liberté des faibles ? Or, c'est ce qui existe nécessairement : dès, que la souveraineté

DE LA SOTTVERÀinETÉ. 119

reKgîeuse hypothétique est renversée par Texamen ; et, que la souyeraineté religieuse réelle, n'est point encore établie, de manière à braver l'examen ; dès, que la souveraineté du nombre , la souveraineté de la force est devenue et reste encore : seule possible.

— « Chacun, dit un ancien directeur^ Tondrait qu'on adoptât ses idées ; cerfuns individus seraient bien embarrassés si U, république leur disait : Eh bien ! nous t'allons faire dictateur. Ses vues feraient pitié , si elles ne Êûsaieot horreur. »

(Rkwbell; Convention y décembre 1792.)

— La manie de dictature est inhérente : à l'époque d'ignorance, mise en présence de l'incompressibilité sodalede l'examen. A cette époque : il n'y a plus de fi»; et, pas encore de science. Alors, pourquoi l'opinion d'un homme céderait-elle, devant l'opinion d'un aatre. Dans une pareille situation, il est même probable : que, les opinions les plus excentriques, les plus anarchiques, les plus mortelles à l'humanité, seront celles qui auront le plus de partisans ; au sein d'une ignorance exploitée, par des intrigailleries maléria- Hstes. H y a une raison à cela : que voulez-vous répondre aux doctrines qui veulent anéantir toute religion; ou, laisser la religion dans l'indifférence, ce . çii, socialement est la même chose? — Que, c'est absarde ; que, cela n'a jamais été ? Cela n'a jamais été, diront-ils? C'est une raison pour que cela soit. Et le progrès, donc ? — Il en est de même : pour, Fanéantissement de toute famille ; de toute propriété. Essayez de les convaincre. Ils ne vous écoutent pa»,

pirouettent, et disent : que, vous êtes une momie ; une borne, un ennemi du progrès. Que faire à cela? Rien pour le présent^ parce qu'il n'y a rien à faire ; parce que la seule anarchie peut faire sentir, socialementj l'absolu besoin de vérité. Alors, il faut savoir se borner : à écrire pour l'avenir; à exposer la situation ; et, à présenter le remède, qui doit être rationnellement incontestable; en sachant, d'avance, qu'il peut seulement être accepté : lorsque, la nécessité en est socialement sentie. Sous la souveraineté du peuple, il n'y a d'espoir : que, dans l'excès du mal social.

Il est curieux de voir, comment les adorateurs mêmes du Contrat social j évangile de la souveraineté du peuple, commencèrent déjà à saper l'autel de leur idole, l'année même où une statue fut légalement décernée à ce nouveau Messie. A cet égard, écoutons le panthéiste Fauchet, dans son cinquième discours au cercle social (1790) renfermé dans le n"" xix. L'auteur commente le chapitre du premier livre intitulé : De VÉtat civil.

— « Vous TOUS rappelez^ dit-il, que ce grand homme a commencé le sublime ouvrage que nous discutons par le beau principe : l'homme est né libre. Écoutez maintenant où il arrive en finissant le chapitre qui nous occupe : V impulsion du seul appétit est l* esclavage , et l'obéissance à la loi qu*on s'est prescrite est la liberté. Or, selou lui, Timpulsion du seul appétit est la loi de nature, et la soumission à la loi sociale est Tétat civil. Donc rhomme ne nait pas libre, mais esclave ; donc il ne trouve sa liberté que loin de lui-même et hors de la nature. Ce qui est dans Rousseau la plénitude de la contradiction est en soi la perfection de l'absurdité. ^U a bien raison de conclure que le sens philosophique du mot liberté n'est pas ici de son sujet; mais comme il n'épargne pas plus la chose dans sa pensée que le mot dans sa phrase, et que Tenchaînenjent de sa première idée avec toutes celles qu'il en déduit et qui en dérivent très-exactement, montre

DE LÀ SOUTERAINETÉ. i21

rbomme de la nalure comme une brute assenrie à l'instinct , et l'homme de l'état eivil comme un être qui sort de sa destinée native pour 8*éleTer par artifice à la liberté , il est évident qu il déshonore tous les principes et qo'il atteint au non^ens le plus cmtiphilosophique et le moins digne de son génie. »

— Il est impossible d'être plus explicite : contre la souveraineté de Tinstinct, la souveraineté de Torganisme, la souveraineté du nombre, la souveraineté de la force.

Le passage suivant expose les résultats inévitables de cette même souveraineté. Il est du même auteur. D'un bout à l'autre il mériterait d'être transcrit en lettres capitales.

— « L'ancien monde, dit*i1, touche à son terme ; il va bientôt achever de se dissoudre ; un second chaos doit précéder la création nouvelle : il fint que les éléments de la nature sociale se mêlent , se combattent , se confondent pour faire éclore enfin la société véritable. C'est la guerre niUTerselle qui va enfanter la paix de Tunivers ; c'est Tenlière dissolution des mœurs qui va créer la vertu des nations ; c'est le malheur de fous qui n nécessiter le bonheur général, n

— Voilà un demi-siècle que cet admirable passage est écrit. Et à qui donc a-t-il profité ?

— « Nous sommes, continue l'auteur, au moment le plus terrible de la criie de l'humanité. J'ai cru que la philosophie qui Ta préparé pouvait 1 tdoncir^ et rendre moins douloureux ce second enfantement de la naître; mais la philosophie dont l'invocation est sur toutes les lèvres n'a P<)int encore d'empire dans les âmes : on en sent le besoin partout , on Dea trouve la réalité nulle part. »

— C'est, que sous l'ignorance humanitaire, une philosophie est illusoire. La philosophie réelle consiste : dans l'anéantissement de cette ignorance, par

122 DB LA SOUYERAllfETÉ.

l'incontestable démonstration de la réalité et de la vérité.

Maintenant écoutez, dominateurs du monde î

— « Rien, continue Claude Fauchet, rien de plus opposé à la philosophie que ces têtes dominantes et prétendues législatifes , qui n'ont pas même les éléments des mœurs ni les principes du sens commun. Avee le matérialisme , on a la morale des hrutes ; atec l'irréligion , on a la. disiaciabilité même; avec rirréflexinn habituelle, on a l'impuissance de faire des lois stables et de créer un gouvernement; avec toutes les passions sant frein, on a tous les maui sans remède.

« Ainsi nous touchons à Textrémité des choses humaines. Voici ce que devait enfanter le vieux despotisme mourant de la peste des crimes dont il a vicié, infecté, épuisé la moralité des nations. La philosophie a dit à k France : — Lève-toi, et ne souffre pas plus longtemps les tyrannies et les infamies du trône. — La France s'est levée. La philosophie a crié la même chose à tous les peuples ; les uns entendront sa voix , les autres non. La guerre décidera tout. Mais pourquoi donc la guerre , et cette guerre horrible qui se divisera, dans chaque pays, en intestine et en étrangère, qû rongera les entrailles des nations en même temps qu^elle les armera les unes contre les autres , et qui mettra en conflagration l'état social dans toutes ses parties et dans tous ses éléments? Pourquoi? Parce qu^avec toutes ces grandes clameurs de philosopliie, il n'y a point de philosophes en France, il n'y en a point en Europe, il n'y en a point dans l'univers. »

— Est-ce assez clair? Est-ce dire : que, la vérité n'étant point démontrée ; la force brutale est seule souveraine posaible, en présence de l'incompressibilité de l'examen ; et , que cette souveraineté amènerait la fin du monde social, si l'incontestable vérité ne venait l'anéantir?

— « Regardez donc, continue Fauchet, regardez, s'il vous est possible, ces hommes qui s'appellent amis de la sagesse, et reculez d^horreur; ce sont des monstres d'une violence effrénée, d'une moralité infâme. Une insatiable fureur de domination les pos>ède ; ils ont faim de toutes les ty^ rannies et soif de tous les crimes : voilà les pères de la liberté. Oui, certes, ils Fenfanteront par la nécessité où ils auront mis Thumanité de la pro-

BB LA SOOYBSAINETÉ» 133

duire pour extenniner le daniier despotisme de la licence et de l'impiété, qui Yont largement remplacer les despotismes des cours et des superstitions, w

[Journal des Amis y 16 février 1793.)

— Dans une époque, où rhumanité aurait des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ; ce seul passage devrait suffire pour faire répudier unanimement : et, la souveraineté de droit divin, comme souveraineté religieuse hypothétique ; et, la souveraineté du peuple, comme négation de toute morale. Mais, la vérité est comme la goutte d'eau. Il faut qu'elle tombe des millions de fois sur la pierre de l'erreur, pour pouvoir la percer ; et, en faire jaillir la source de lumière.

^ « L'expérience nous prouve, dit un constituant, qu'un droit reconnu Q*e8t riêB s*il n*est mis sons \m garde d'une protection efficace. »

(Malouet , Assemblée nationale ^ 8 août 1791.)

— Et quelle est la protection efficace? Il n'y en a que deux : le bourreau i*eprésentant la force brutale ; et la sanctioa religieuse. lamais il n'est entré dans la tète d'un publiciste non aliéné : que, le droit peut se placer sous la protection exclusive du bourreau. Voilà Malouet adversaire de la souveraineté du peuple ; au moins implicitement. Ce qui va suivre est aussi explicite que possible.

— «L'abus, dit-il, de ces deui mots : souveraineté du peuple, volonté générale, a déjà exalté tant de têtes, qu'il serait bien cruel que la consr titution rendit durable un tel délire, m

(Jd.y ihid.)

124 DE Là SOUTERiaNETÉ.

— « La loi , dit-il eucore , serait mieux définie V expression de la justice et de la raison publique, »

(W., ibid,)

— Très-bien ! Mais, tant que Tignorance sociale n'est point évanouie, comment connaît-on Texpression de la justice et de la raison publique? Par les majorités, par la force, n'est-il pas vrai? Et, nous voilà retombés dans la souveraineté du peuple. Ne serait-il pas temps : de briser ce cercle vicieux ; et de ne plus rendre durable un tel délire.

Et, pour cela que faut-il? Reconnaître sîncèrementy socialement , son ignorance ; et , chercher la science.

— « 11 ne suffit pas, disait Barna^e^ de vouloir être libre, il faut encore savoir être libre. »

{Assemblée nationale^ 11 août 1791.)

— C'est parfaitement dit. Mais, pour savoir, il y a une condition préalable, sine qua non : c'est de savoir qu'on ne sait pas; et, qu'il y a nécessité de savoir.

Voici, de nouveau, un passage bien remarquable de Malouet. C'est encore une condamnation implicite de la souveraineté du peuple. C'est une déclaration explicite de la nécessité du socialisme, faite au sein de l'ancienne assemblée constituante. Elle est infiniment remarquable ; et, nous sommes persuadé : qu'elle sera plus remarquée, maintenant, qu'elle ne l'a été en

— « Je le répète avec assurance, dit Malouet, et je ne crains pas qu'il f

DE LA SOUVERAINETÉ. 12o

ait en Europe un bon esprit qui me démente , il n'y a de constitution LIBRE et DO&ABLB, il n'y en a de possible , hors celle du despotisme , que celle qui termine paisiblement une révolution , et qu^on propose , qu'on accepte, qu^on exécute par des formes pures, calmes et totalement dissemblables de celles de la révolution. Tout ce qu'on fait^ tout ce que Ton veut avec passion, avant d''être arrivé à ce point de repos, soit qu'on commande au peuple ou qu'on lui obéisse, soit qu'on veuille le tromper ou le serrir, c'est roBUYRE du délire. »

(20 août 1791.)

— Que ces nobles paroles soient proclamées officiellement par les représentants du peuple ; et la révolution ne tardera point d'être terminée.

126 DB LA MUVERAWETi.

«( Quand un principe mène à des conséquences «Wurdes, c'est qu*il est mauvais. »

SiKYÈs, Qu^ési-ce que le tiers t

En présence de l'incompressibilité de l'examen, les deux souverainetés relatives à l'ignorance, mènent nécessairement, à l'absurde social : l'anarchie. Donc, ces deux souverainetés , considérées comme principes d'ordre, sont essentiellement mauvaises. Voyons : si, Mirabeau était de cet avis.

— « C*cst, dit-il^ aux développements de la raison que la nature a remis la destinée éternelle des sociétés; et la raison seule peut faire des lois obligatoires et durables. »

(États généraux^i^ juin 1789.)

— Toujours très-bien ! Mais, comment connaît-on les lois que la raison fait ou plutôt révèle ; de celles, que la force veut faire accepter comme émanant de la raison et n'émanant cependant que des passions ? Tant, que cette distinction reste impossible ; l'humanité , sans aucun doute, croupit encore dans l'ignorance.

Vous allez voir Mirabeau donner : à la force, à Mars, à la souveraineté du peuple, le nom de tyran ; et, proclamer la vérité souveraine du monde.

hE LA SOUVERAINETÉ. 137

— a Mars, dit-il, est le tyran, mais le droit est le souverain du monde... Ne nous défions pas de Tempirc de la Térité et de la raison : elles finiront par triompher, on, ce qui vaut mieux, par modérer Tespèce humaine, et GOUVERNER TOUS LES GOUVERMEMEKTS DU MONDE. »

[Assemblée nationaUy 18 septembre 1789.)

— Encore très-bien ! Mais, comment distingue-t-on la vérité vraie et la raison vraie ; de la vérité fausse et de la raison illusoire ? Hors, cette connaissance incontestable et rendue commune, la force seule peut dominer; et, en présence de l'incompressibilité de l'examen, tout ordre durable est impossible : par la force. Voilà, la vérité devenue socialement nécessaire; sous peine de mort sociale.

— u Ils voudraient, dit encore Mirabeau, que les abus fussent éternels et que le régime féodal fût immuable. Qu'ils apprennent qu'il n'y a d'immuable que la raison, et qu'elle détruira bientôt toutes les institutions vicieuses. »

{Assemblée nationale, 9 janvier 1790.)

— Je répéterai cent fois : comment distingue-t-on la raison réelle, de la raison illusoire? Cette distinction n'est point en la puissance de l'homme, répond la vanité ignorante. Alors; et, en présence de Tincomppessibilité sociale de Texamen ; que l'humanité s'envekf^pe de son suaire ; et, qu'elle s'apprête à mourir 1

— « Ce n'est pas, dit encore le tribun, dans de vieilles chartes oiî la

ruse, combinée avec la force, a trouvé les moyens d'opprimer le peuple,

qnll&ut chercher les droiU de la nation; c'est dans la raison : ses droits

tnciens comme le temps et sacrés comme la nature. »

( Ibid.)

128 DE LA SOUVERAllfETÉ.

— Ces phrases sont magnifiques. Mais, les droits de la raison, quelque anciens qu'ils soient, n'ont jamais été respectés ; par Texcellente raison : qu'on ne peut respecter ce que l'on ne connaît pas. Quelque sacrés que ces droits puissent être, ils ont toujours été les jouets de la force ; et , ne peuvent point ne pas l'être ; tant, que leur règne n'est point devçnu socialement nécessaire ; et* tant que cette nécessité n'a point fait anéantir : l'ignorance sociale.

Le passage suivant de Mirabeau est infiniment remarquable :

— « L'obligation, dit-il, de faire sa conscience est ANTÉRiEUEB^à i'oblîgatioQ de suivre sa conscience. »

{Ibid.yU janvier il9i.)

— Très-bien. Commençons, d'abord, par déterminer la valeur du mot conscience. Sans cela, ce sera parler pour ne rien dire. Conscience et raison : c'est, une seule et même chose. C'est, comme si Mirabeau avait dit : il faut faire sa raison avant de suivre sa raison. Nul doute, en effet : que, suivre sa raison, avant d'avoir sa raison faite ; c'est , exclusivement , suivre ses passions. Mais , pour que l'ordre existe ; il faut : que, la raison, c'est-à-dire ce. qui est ordonné par la raison, ait pour tous, la même expression , la .même valeur. Et, sur quoi, s'il vous plaît, se former cette raison commune ; tant, que l'ignorance sociale existe.: sur ce qui est incontestablement ordonné par la raison ? Inévitablement, sur ce que le législateur donne comme expression de raison. Mais, tant que, vu l'ignorance

sociale, le législateur est nécessairement le plus fort ; comment faire accepter à touSj Texpression de la force comme expression de raison ? Exclusivement en faisant accepter les lois, comme étant révélées par un Dieu personnel. Si, maintenant, vous examinez ce Dieu personnel ; il s'évanouit. Et, cependant, les lois sont nécessaires; et, elles sont alors impuissantes : si, elles sont examinées, pour pouvoir faire sa raison, sa conscience. Vous voyez donc ; qu'en époque d'ignorance sociale, il est impossible : de faire sa raison ; de faire sa conscience. .

Vient une époque , où Texamen se fait nécessairement. Alors, toutes les hypothèses rentrent au sein du. doute, au sein de Tignorance, dont elles sont sorties. . Comment, alors, faire sa conscience, faire sa raison? Auparavant, vous considériez Dieu comme souverain ; et, vous obéissiez les yeux fermés. Maintenant, vous ouvrez les yeux; et, ne voyant partout que la force, vous n'obéissez : que, pour autant que vous êtes le plus faible; parce que votre raison, votre conscience, vous dit : qu'il est stupide , d'obéir à la force d'un autre; quand, soi-même, on est le plus fort. Que ré- «ilte-t-il donc delà souveraineté de droit divin? Nécessairement le despotisme. Et , de la souveraineté du peuple ? Nécessairement l'anarchie. Voilà, ce que Mirabeau a dit implicitement ; et, ce que, lui-même, n'a pas compris clairement. La même faute va se retroaver : dans le passage suivant.

*- c Les républiques, dit-îl, en un certain sens sont monarchiques ; H. 9

\ei monarchies en certain sens sont rép«bliqnes. U n'y a dû auviais gouvernements que deux gouvernements : ce sont le despotisme et l'anarchie ; mais je vous demande pardon, ce ne sont pas là des goaTememeots, c*6it l'absence de gouvernement. »

[Assemblée nat., 9 mat 1790.)

— Mirabeau se trompe ; le despotisme est un gouvernement ; et même c'est le seul possible : tant, que l'ignorance sociale n'est point anéantie. Quant à l'anarchie ; c'est, en effet, l'absence de gouvernement. Et, comme tout gouvernement plus qu'éphémère, est impossible sous la souveraineté du peuple ; cette prétendue souveraineté n'est, en réalité, que l'anarchie : masquée, sous un nom d'ordre.

Mirabeau n'a jamais manqué une occasion, de s'élever contre l'anarchie ; en jetant anathème : sur k souveraineté du nombre.

— « 11 est évident, dit-il, que puisqu'il nous arrive de divers endroits, et souvent des mêmes, des vœux contradictoires, qae Topinion poMiqn^i puisqu'on appelle ainsi des vœux particuliers, n*eft point encore fsf faitement formée. Dans une question aussi importante, il fant se déciiicr par la puissance des raisons et non par le nombre des autorités. »

{lUd,, 7 septembre 1790.)

— Et, Mirabeau disait cela : au sein d'une aMemblée, où, tout se décidait : non par la puissanee des raisons ; mais, par le nombre des autorités.

Sous l'ignorance sociale, il n'y a de puMsanee poa- «Ue, que la force : soit brutale soit masquée de raison. Et, comme la force brutale n'est jamais autorité : dès, que par suite de l'incompressibilité sociale de Texamen, il deyient impossible de masquer la force do raison ;

DE Lk gOUVERAIMETÉ. 131

toute autorité devient impossible : jusqu'à Tanéantissement de Tignorance ; jusqu'à Tanéantissement de la souTeraioeté du peuple.

Mirabeau avait pressenti cette vérité lorsqu'il disait :

— « Il n*y a plus de remède à attendre que de Vexcès du mal et de l'épuisement où ces fureurs de guerres civiles et l'anarchie qui en est la •nîte, jettent la natioo »

(Mirabeau, des Lettres de cachet,)

— Au lieu y de dire la nation; Mirabeau aurait dû dire : Vhumanité. En présence, de l'incompressibilité sociale de l'examen ; les nationalités ne sont plus que nominales, quant à l'existence de l'ordre. Du moment, que cette incompressibilité existe , les prétentions nationales vers la stabilité de l'ordre, ne servent : qu'à développer l'anarchie.

— « ^ édit du rot de 1757 porte, dit Mirabeau, que tons auteurs, naprimears et calp(»*^eiir8 de livres tendant à attaquer la religion, à émoQfoir les esprits, à porter atteinte à Tautorité du roi et à troubler la (nBq«ûUité de l'État seront condamkés a mort, d

(W., fbfd.)

— Trente-trois ans, après cet édit ; le roi portait sa lAte : sur l'échafaud.

Le génie de Mirabeau exprime, dans les termes suivants, la nécessité d'anéantir Tignorance : dont, la souveraineté du peuple et les nationalités, sojot l'exprès-

— « Les hommes^ dit-il, doivent s^estimer heureux si leur condition ■e défient pas plus mauvaise, et faiblement espérer qu'elle soit jamais «etUeare, * WQim fu'iU ne paiwiuie&t à connaître leurs

132 DE LA SOUTEBAUIETÉ.

droifs et lears forces, et qae la Tolontë et rintérét gënëral, c*est-à-dîrtt la JUSTICE, ne soient un jour, g^ftce aux progrès de rinstruction, U loi

imiVERSBLLE et FONDAMBlfTALX DBS 80CIBl'£8. »

(Mibauau, (bidJ)

— Comment, le génie de Mirabeau n'a-t-il pas reconnu : que, des sociétés, qui vivent sous la même loi, qui vivent sous la même sanction ; ne sont : qu'une seule et même société?

Voici une autre preuve que, Mirabeau sentait la nécessité : de substituer : à la souveraineté religieuse hypothétique; et, à la souveraineté de la force brutale; la souveraineté religieuse , scientifiquement démontrée réelle.

— « Piller et opprimer toqt un peuple, n*est-ce donc pts^ dit-il^ on crime plus grand que de Yoler nn particulier? Massacrer des milliers d'hommes et soudoyer cent mille complices de ces meurtres ou en coni« meltre un, sont-ils des forfaits comparables? Eh bien! Yoilà les jeux de ceux aux ordres desquels sont les magistrats et la garde publique Quand il s'élèvera une religion qui réprimera ces grands crimes et doot les pre* mières lois seront les notions fondamentales de la justice, qu.i éteindra la soif du sang et de l'or dont les ambitieux sont dévorés, qui réclomert sans cesse les droits inaliénables de Tespèce humaine, auxquels toutes les institutions doivent être subordonnées, sous peine d'être nulles de droit et criminelles de fait; quand les ministres de cette religion sainte donneront au roi des idées de paix et surtout de soulagement des peuples, de modération et d'équité, de défiance à l'égard des conseils durs et violents, d'horreur pour les actes d^autorité arbitraires ; quand ils n'enseigneront aux hommes que le désintéressement de la Tertn et le coartge de la vérité, les principes immuables de toute société légitimé et prospère, les droits et les devoirs de tous, sans acception de personnes et de rangs, les philosophes dignes de ce nom seront les prédicateurs les plus zélés et les plus enthousiastes de ces dogmes bienfaisants, auxqueb Tha* manité devra le bonheur. »

— Tout ce passage est très-beau, comme aspiration

générale; mais, il est plein de fautes particulières. Nous n'en relèverons qu'une.

Tant, que la religion est à Tétat de dogme ; c'est-à dire : à l'état d'hypothèse ; elle n'a de protecteur possible que la force masquée de raison ; et, quand cette force devient impuissante ; elle reste absolument dépourvue de protection. L'aspiration de Mirabeau, clairement exposée, se borne au désir : de voir anéantir l'ignorance sociale, dont la souveraineté du peuple et les nationalités sont l'expression.

La balance des pouvoirs est encore une des expressions de la souveraineté du peuple. C'est, la négation de tout pouvoir autre que la force. La balance des pouvoirs est pour une nation : ce, que la balance politique, est pour l'ensemble des nations. Écoutons Mirabeau : parlant de la balance politique.

— « Jamais, dit-il, chimère (car c'en est une bien réelle, et je défie toBS nos politiques de prouver le contraire par les faits), jamais chi* mère ne fut si avidement reçue, alimentée de tant de trésors, et arrosée de tant de sang. La balance politique est encore aujourd'hui le leurre dont se servent les habiles pour Tavancement de leurs vues d*intérêt perlonoel, et la phrase formulaire dont les sots à prétention couvrent leur itnpi^té. »

(Id., ibid,)

— C'est exactement vrai. Mais, Mirabeau ne réfléchissait pas : qu'en l'absence de la souveraineté de droit divin, dont le pape était l'expression; il ne restait de possible : que, la souveraineté de la force brutale : tant, que l'ignorance sociale ne se trouve point anéantie. Le traité de Westphalie, inau-

i3i DE LA SOUYCRAIlfETÉ.

guration de la force brutale, a été l'inévitable résultat : de l'incompressibilité sociale de Uexamen.

Terminons cet examen de Mirabeau par deux citations, qui mettront, hors de doute , la pensée de cet homme célèbre : sur, la souveraineté du peuple.

— « Dominant! Messieurs, dit Mirabeau, je n^entends pas ce mot, et

j*ai besoin qu'on me le définisse Rien ne doit dominer la justick. »

(Assemblée nationale, 23 août 1789.)

— La justice n'est autre : que, l'expression de la raison, rendue incontestable. C'est, donc comme si Mirabeau avait dit : La souveraineté religieuse hypothétique et la souveraineté du peuple, sont deux souverainetés : relatives à la force. La seule souveraineté de la raison, rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, est souveraineté réelle; et, cette souveraineté doit, maintenant, pouvoir dominer ; ou , la société doit périr.

Voici, qui est plus clair encore, s'il est possible.

— a Une opinion, dit-il, qui serait celle du plus grand nombre, a't pas droit de dominer. »

(W., ibid.)

— 11 faudrait avoir plus que de l'entêtement, pour vouloir placer Mirabeau, parmi les partisans : de la souveraineté du peuple.

D£ LA SOUVBHAIMETÉ. 135

i< La force ne fait nî raison ni droit; mais il peat être impossible de 8*en passer pour faire respecter le droit et la raison. »

Saint-Just.

Depuis l'origine sociale , cette double pensée a été mise : sur tous les tons ; et, sur toutes les clefs. Elle renferme, cependant, une contradiction. Et, c'est pour la faire disparaître : que, les révélations ont été inventées. .

En effet : ne pouvoir se passer de la force, pour faire respecter un droit non socialement déterminé, de manière à être nécessairement accepté par tous et par chacun, dans l'intérêt, apparent ou réel, de tous et de chacun ; c'est , subordonner la raison , le droit à la force.

Or, tant que l'ignorance sociale n'est point évanouie, il est impossible de subordonner la forpe au droit, au moyen de la raison ; puisque, c'est précisément dans cette impossibilité, que consiste cette ignorance. Et, d'un autre côté, cette impossibilité est îJ^lument antisociale, et tellement :' que, la société devrait périr; si, cette même impossibilité persistait. Alors, que devait, faire la société, toute société, et né^ ^^airement? Résoudre, par la foi, une nécessité so-

cialc, qui ne pouvait encore se résoudre par le raisonnement. Telle est, je le répète, Torigine de toutes les révélations, dont, l'expression générale est : souveraineté de droit divin.

Mais, il vient une époque, où, l'examen devient socialement incompressible. Dès, ce moment, toute souveraineté de droit divin devient impuissante ; et, la subordination de la force au droit, qui avait été résolue par la foi, doit alors se résoudre par la raison; toujours : sous peine de mort sociale.

Dès lors, ou Saint-Just a voulu dire : que, la souveraineté de la force, la souveraineté du peuple, devait être anéantie par la souveraineté, religieuse réelle ; ou, il n'a pas su. ce qu'il disait.

Saint-Just avait prévu : que, l'excès de mal social pouvait, seul , porter la société : à l'anéantissement de la souveraineté populaire. En voici la preuve.

— « Sans doute, dit-il, il n^est pas temps encore de faire le bien. Le bien particulier que Ton fait est un palliatif..... »

— Avis aux partisans des réformes.

— a II faut attendre^ continue Saint-Just, tin mal général atze» grand pour que l'opinion générale éprouve le besoin des mesures propres à faire le bien. Ce qui produit le bien général est toujours terrible. On parait bicarré, lorsqu*on commence trop tôt. »

{Id., tWd.)

— Nul doute : que, parler de la nécessité d'anéantir la souveraineté populaire , ne paraisse bizarre, tant que cette nécessité n'est point socialement sentie. Nul

doute : que, l'excès de mal social ne soit nécessaire ; pour, que la société puisse arriver à reconnaître : cette nécessité. Mais, pourquoi ? Parce que, la vanité ignorante, tombe toujours dans Tabime : avant d'ouvrir les yeux.

— - « Je conseille, dit Saint-Just, je conseille à tous ceux qui voudront faire le bien , d'attendre le moment propice pour le Cuire, afin d'éviter là célébrité qu'on obtient en le brusquant. »

(/d., iWd.)

— Ce conseil est indigne du vertueux dévouement de Saint-Just. 11 faut dire la vérité à la vanité ignorante : non, pour qu'elle en profite, c'est impossible ; mais , pour qu'elle soit utile à ses enfants. Elle vous persécutera, c'est certain ; mais, les persécutions des mécbants, sont les lauriers de la vertu.

Vous allez voir : que, Saint-Just reconnaissait : que, le défaut de garantie, le défaut de sanction, de sanction inévitable même par la force, était la source : de tous les désordres de notre société.

— « Examinons, dit-il, quelle est notre situation présente dans l'affreux état d'anarchie où l'on veut nous jeter. »

— Remarquez, je vous prie ; que, l'anarchie, dans les.idées, a considérablement augmenté depuis Saintlust.

** « L'homme, continue-t-il, redevenu comme sauvage, ne reconnaît P>Bi de frein légitime ; l'indépendance armée contre findépendance n'a

138 DE LA SOCYERAllIETÉ.

plus de lois, plus de juges; et toutes les idées de justice eafanleatla violence et le crime, par le défaut de garantie. »

— Quelle admirable exposition de la misère de Thumanité, sous la souveraineté du peuple I Les idées, même de justice , y enfantent : la violence et le crime I

— « Tontes les volontés isolées, confinue Saint-Jnst^ n*en obligent aucune; et chacun agissant comme portion naturelle du législateur et du magistrat^ les idées que chacun se fait de Tordre opèrent le désordre général. Il est dans la nature des choses que nos affaires économiques se brouillent de plus en plus, jusqu'à ce que la république établie embrasse tous les rapports, toiis les intérêts, tous les droits, tous les devoirs^ et donne une allure commune à toutes les portions de VÉtat, »

{Convention nationale, 29 septembre 1792.)

— Cela signifie : jusqu'à ce que Tignorance sociale soit anéantie; jusqu'à ce que les idées de justice, n'enfantent plus : la violence et le crime.

— (( Un peuple qui n'est pas heureux, dit encore Saint- Just, n*a point de patrie; il n'aime rien; et si vous voulez fonder une république, vous devez vous occuper de tirer le peuple d*un état d'incertitude et de misère qui le corrompt. »

{Ibid.) '

— C'est vrai. Mais, sous la souveraineté du peuple; sous la souveraineté de la force ; il n'y a qu'incertitude et misère, pour les faibles.

Passons, maintenant, au plus célèbre des conventionnels; et, avant d'examiner ce qu'il pensait de la souveraineté du peuple ; citons ce que M. de Lamartine a dit : de Robespierre.

DE LA SOUYEUâIIVETÉ. 139

— « Les girondins, dit rhlstorîen, n'étaient que des démocrates de circonstance. Robespierre et les Montagnards étaient les démocrates de principes. Les premiers n'aspiraient qu'à renverser les vieilles aristocraties de rÉglise, de la noblesse et de la~ cour, pour les remplacer par les aristocraties plus modernes de Tintelligence, des lettres et de la fortune. Le bouleversement social provoqué par les girondins s'arrêtait aux premières couches de la société. Un trône, une Église, une noblesse, une fois supprimés au sommet de TÉtat, ils voulaient garder tout le reste. Leur génie et leur orgueil satisfaits, ils prétendaient arrêter la révolution^ poser la borne de la démocratie derrière eux et laisser subsister en bas tontes les inégalités, toutes les injustices, au-dessus desquelles ils se seraient élevés seuls par le mouvement qu'ils auraient imprimé »

— Voilà, un admirable tableau de la Gironde; et, d'autant plus remarquable qu'il est tracé : par un girondin.

— « JLa politique de Robespierre, continue M. de Lamartine, embrassait dans ses plans d'émancipation et d'organisation le peuple tout entier. Tous les hommes citoyens, tous les citoyens souverains et exerçant, selon des formes déterminées par la constitution, une part égale de souveraineté ; la justice et l'cgalitc parfaites fondées sur les droits de la nature, et distribuant a parts équitables, entre toutes les conditions et tous les individus^ les bénéGces et les charges de l'association commune ; les fraits héréditaires du travail conservés dans la propriété^ base de la famille, mais la loi de succession et Téquité de TEtat frappant sans cesse le riche de charges plus lourdes, soula<;eant sans cesse le pauvre de secours plus abondants et tendant sans cesse ainsi à niveler les fortunes à Texempic (les droits et des castes nivelés ; une religion civique renfermant dans ton symbole, exprimant dans son culte simple les dogmes rationnels, les formules morales el les inspirations pieuses qui font croire, espérer et ngir Thumanité; en trois mots, un peuple, un magistrat, un Dieu ; la loi divine, autant que possible, exprimée et pratiquée dans la loi sociale : ^oilà Tidéal de la politique de Robespierre.

«Une telle politique devait fasciner le peuple. Cette doctrine avait des complices dans tontes les injustices, dans toutes les inégalités^ dans toutes les souffrances des classes déshéritées de la fortune et du pouvoir, et dans toutes les inspirations généreuses des hommes. Cette double com- Hi^té de tout ce qui souffre au présent, de tout ce qui aspire à Tavenir,

{40 DB Là souveraineté.

était la force de Robespierre. Le peuple De Toyaît dans let girondins que des ambitieux, il Yoyait dans Robespierre un libérateur. •

{Hist» des Girond,, Uy. XXXI, cb. xu.)

— Voilà un admirable portrait de Robespierre ; et, d'autant plus remarquable, qu'il est, je le répète, tracé par un girondin.

Maintenant, citons Robespierre.

— « La meilleure preuve^ dit-il, qu'un système est absurde, c'est lorsque ceux qui le professent n'oseraient avouer les conséquences qui en résultent. »

[^semblée nationale, UjuUlet 1791«)

— Cette maxime est aussi vraie, aussi incontestable : que, un est un.

Et quelle est la conséquence de la souveraineté du nombre? C'est : que, un est opprimé par deux^ quand un est plus faible que deux; et, que deua> sont opprimés par un; quand, les deux sont plus faibles : que, cet un. C'est, le triomphe du fort et l'oppression dû faible. Qui donc oserait avouer la justice de pareilles conséquences ?

— « La reine du monde, dit encore Robespierre, c'est l'intrigue ; le droit de la force, qui régit l'espèce humaine, n'est autre cbose que le droit de la ruse. »

(Défenseur de la Constitution, mat 1792.)

— C'est, que la force est la seule base des deux souverainetés relatives à l'ignorance. La force peut seulement être vaincue socialement; lorsque, par l'excès de mal qui en résulte , let vérité devient nécessaire à

DE LA SOUYERAINETÉ. 141

l'existence de l'huinanité. Robespierre Tavait parfaitement compris :

— « De l'excès de nos maux, dit-il, naîtra le remède. »

— Et, le terme de cet excès de mal, c'est la mort des Yanités ignorantes et doctorales. Voyez, à quelle distance nous en sommes.

Vous allez voir : que, pour Robespierre, le résultat de la révolution n'était pas le triomphe du nombre ou de la force ; mais bien le triomphe de la justice.

— « Considérez, ilit-il, quel est le Yéritable caractère, quel doit être le véritable objet de notre révolution. Est-ce pour' changer de joug quun grand peuple s*agite et brave tous les périls attachés à ces violentes secousses qui agitent les empires? Quand il ébranle ou renverse le trône du despotisme , est-ce pour élever sur ses ruines la fortune et la puissance de quelques ambitieux ou d^une classe privilégiée? Si les noms sont changés et non les abus, si lu forme du gouvernement est aulre^ mais non meilleure, si la servitude et Toppression* doivent être son éternel apanage, que lui importent un dictateur, un roi^ un parlement, un ^éoat, des tribuns, des consuls? »

{Défens, de la ConstU.^ juin 1792.)

— Le malheureux Robespierre ignorait : que, les révolutions sont seulement utiles, par le mal qu'elles font; ou, plutôt il l'oubliait : car lui-même avait dit : <pe, de l'excès de mal, devait sortir le remède.

Le passage suivant est plus explicite encore :

—tTelle est, dît-il, Tinconséquence de l'esprit humain. Il semble que Serine perde de son horreur en proportion de Téclat qui Tenvironne «t ée rétendae des maux qu^il peut causer aux hommes : il en est de

142 BB LA 6<^IJ¥ERAiVETÉ.

même en sens coetraire de la verto. Dès le moment oà elle Tient à embrasser l'humanité entière, elle devient suspecte »

— Et,. avec juste raison. Tant, que Tignorance sociale n*est point anéantie ; l'ordre, vie humanitaire, ne peut reposer : que, sur l'existence des nationalités : lesquelles, impliquent nécessairement : l'exploitation des masses. 11 n'est donc pas étonnant : que, du moment que la vertu d'un individu veut embrasser l'humanité entière ; cette vertu devienne suspecte. Mais aussi, il vient un temps, et nous y sonmies; où, cette vertu suspectée ne peut cependant plus être comprimée ; et, alors, il y a anarchie : jusqu'à ce que cette même vertu, vienne à triompher-

— • Qu*iui homme, continue Robespierre^ arrache un antre homme à la misère o« à la mort, on ne lai conlesle pas le tribut de jiuUce qui lui est dû; mais qu'il puisse délivrer un grand peuple de la servitude et de Toppression, on le persécute et on le traite de séditieux. »

— Toujours encore avec justice. Les révolutions, au lieu de délivrer les peuples, ne font jamais qu'appesantir leur joug. Elles ne sont même utiles : que, par le mal qu'eMes causent. Alors, vont dû» les demiraisonneurs, il m faut pas faire de révolutioas. Ek! Messieurs, on ne fait pas les névolutioas, dles se font. Elles sont, pour parler au figuré, l'un des rompes de l'éternelle justice*

— « C'est, continue Eobetpierre^ ^ue la YAriu prifée Ji*akrme point lethomuies puissaaii, ei queda vertu piiblique attaque dûecleniMt leur* blesse, leur orsuail et leur desooliame. »

leaAoïuHies puwsaara, es qued» venu piioii Iliblesse, leur orgueil et ieur despotisme^ »

DE LA SOUTBftAlMETÉ. 143

— C'est, surtout ; que, pendant l'ignorance sociale : Tordre peut, seulement, se baser sar le despotisme ; et, que l'absence d'ordre ; c'^st, l'agonie sociale.

-— « 0 hommes stupides et penrer^, contittue Robespierre que YOire justice est barbnre ! que votre sagesse est absurde ! que voire probité est * perfide et lâche ! Pour êire .innocent à vos yeux, il suffît donc de monter au dernier degré delà scélératesse; et ce que vous méprisezdans le crime, c^est moins sa turpitude naturelle, que la misère de celui qui le commet : quMl se montre à vous environné de la force et de la puissance, vous vous prottemez devant lui et vous Tadorez comme la vertu. »

— • Robespierre est enflammé du fanatisme de la vertu. Mais, ce fanatisme est toujours un fanatisme ; et, tout fanatisme, au pouvoir, conduit au crime. Ce B'est pas tout de vouloir : que, la vertu puisse régner ; fl faut savoir : comment, ce règne est possible ; et, en <wrtre, quand il est possible.

-— «Tel est rintérêt du despotisme, continue -Robespierre, telle est aussi son influence, qu il anéantit pour ainsi dire la justice et la raison humaine, pour leur substituer une raison et une justice faites pour lui seul, dont le code n*est que le mélange monstrueux de la vérité et de Vimposture ; qui ne parlent que pour consacrer ses forfaits ; qui n''agissent que pour cimenter sa puissance. »

— Ce passage est admirable d'oljservation. Mais, Bobespierre ne s'est jamais douté : que, depuis l'origine sociale , l'humanité n'a pu reposer que sur le despotisme ; et, que si, sous l'ignorance sociale, dont le caractère est de ne savoir en quoi déterminément^ consistent la justice et la raison ; la force n'y substituait pas une raison et une justice faite pour elle seule; l'hu-

114 *DB Là SODTBBlIlfBTt.

manité, pratiquement resterait sans expression de justice et de raison ; par conséquent, périrait : immédiatement. Mais, il vient une époque, et elle est arrivée ; où, l'expression d'une justice arbitraire, ne peut plus servir de base à l'existence de l'ordre ; et, dès lors, la justice réeUedoit dominer l'humanité; ou ceUensi doit périr.

— « Le despolinne, continue Robespierre, corrompt jusqu'aux pensées, jusqu'aux sentiments les plus intimes des hommes qu'il opprime. Gomme Polyphème^ il déyore ses esclaves ; comme Circé, Il les change en bétes immondes et stupides. »

— C'est vrai. Mais , c'est exclusivement sur la protection de Polyphème et de Circé ; que l'humanité peut exister : tant , que l'ignorance sociale, c'est-àdire : la souveraineté de droit divin ; et, la souveraineté du peuple ; ne sont point également anéanties.

DE LA SOUVERAINETE. i45

<f Le pouvoir exécutif sera-t-il exercé par le corps législatif?

« Je ne vois dans cette confusion de tous les

pouvoirs que le plus insupportable de tons les des-

potismes. Que le despotisme ait une seule tête on

qu*il en ait sept cents, c'est toufours le despotisme.»

Robespierre, aux Jacobins, 29 juillet 92.

C'est toujours le despotisme, c'est Yrai. Mais, plus pesant : dans le rapport de un à sept cents.

— • « Je ne connais rien d*aussi effrayant , ajoute Robespierre^ que l'idée d*an pouvoir illimité remis à une assemblée nombreuse, fût-elle Qoe assemblée de sages. »

— Ceci est la condamnation la plus formelle de la 8ou\eraineté du peuple. Car elle n'est autre : qu'un pouvoir illimité, entre les mains d'une assemblée nombreuse.

Et remarquez : que, les délégués du peuple ne valent pas mieux que le peuple lui-même. En voici la preuve :.

*- t La grande crise où nous sommes arrivés, dit Robespierre, n^est

iQtre chose que la conspiration de la plupart des délégués du peuple

^*w le peuple. »

(/d., ihid.)

^ C'est, ce qui arrive, nécessairement, dans la sou< II. 10

146 DE LA SODVBRÂINETÉ.

veraineté du peuple. Comme, alors, il n'y a de choix possible , qu'entre le despotisme et l'anarchie ; il est tout simple : que, ces Messieurs choisissent le despotisme. C'est, fort heureux, du reste ; le despotisme, alors , amène nécessairement une anarchie d'autant plus terrible qu'il a été plus violent ; et, nous l'avons vu : c'est, l'anarchie qui doit sauver le monde.

— «Placez, dît encore Robespierre, à côté d*un monarque riche et puissant, une assemblée représentative qui ne doit compte, à personne de sa conduite, il ne résultera jamais de cette combinaison politique, que le despotisme et la corruption. »

' (Id,, ibid.)

— C'est vrai. Ainsi , voilà les deux seolefi combinaisons possibles de la souveraineté du peuple, également condamnées.

— a Le secret de la liberté, dit Robespierre, est d'éclairer les bommes, comme celui de la tyrannie est de les retenir dans l'ignorance, d

{Lettre à ses commettants^ not>ernhre 92.)

— C'est, parfaitement vrai. Mais, pour éclairer les hommes, il faut : que, la société soit elle-même éclairée. Or, r«xistence sous la souveraineté du peuple, n'est autre : que, la négation de toute lumière morale ; la négation de toute vérité. Tant, que cet état dore, la tyrannie est évidemment nécessaire. Heureusement, l'anarchie renverse le despotisme ; et, fait sentir le besoin de vérité.

— « Tous les ambitieux, dit Robespierre (très-fort en fait d'obserrtiïùWf mais trèi-faible ^ c«r découvrir lei eaiiaet des fnHi qu'il obserrait),

tf"

DE JLA SOUVEKAINETÉ. 147

(ous les nmbidcnx qui ont paru jusqu'ici sur le tbcàtrc de la rcvolutioo, ont eu cela de crnimun, qu'ils ont défendu les droits du peuple aussi longtemps qu'ils ont ciu en «voir besoin. Tous Pont regardé comme un slupide troupeau , destiné à être conduit par le plus babile ou le plus fort. ))

— Robespierre aurait-il voulu : que, le peuple fût conduit, par le plus maladroit ou par le plus faible ? L'habileté est une force ; et, en époque d'ignorance, il n'y a de valable que la force.

— « Tous, continue Robespierre, ont regardé les assemblées représentatives comme des corps composes d'bommcs ou cupides ou crédules, qu'il faut corrompre ou tromper, pour les faire servir à leurs projets criminels. »

[Convention nationale, séance permanenle, 10 avril 1793.)

— Pourquoi crirainels, s'il vous plaît ? Sous la souveraineté du peuple, négation de l'ordre moral : il n'y a de crime que d'être faible ; et, de vertu, que d'être fort. Dès lors, c'est à tort : que, Robespierre s'étonne. Tout ce qu'il décrit, comme accidentel, est inhérent à la souveraineté du peuple. Seulement il a oublié le trait caractéristique de cette époque anarchique : l'hypocrisie.

Le gr^d défaut de Robespierre, défaut du reste qui était celui de son siècle ; et qui est aussi celui du nôtre; est de se borner à l'observation des faits sans remonter aux causes. S'il avait reconnu : que, l'ignorance «ociale sur la réalité du droit, oblige d'établir un diH)it et une sanction reposant sur une hypothèse : que cette hypothèse doit être tenue, socialement, pour vérité^ sous peine de mort sociale ; qu'une hypothèse, pour qu'elle

puisse être , socialement , tenue pour vérité, doit ne pouvoir être examinée, surtout par les masses ; et, que le seul moyen d'empêcher : les masses d'examiner ; et les, minorités de leur faciliter Texamen ; est, de soumettre ces mêmes masses à un travail continu, au profit de ces minorités ; il aurait alors reconnu : la cause du fait qu'il va énoncer ; et, par conséquent, trouvé le seul moyen d'y remédier.

— « Jusqu'ici, diUil, Tart de gouTerner n'a été que l'art de dépouiller et d'asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système. »

{Convention nationale, 10 mat 1793.)

— Si, dis-je, Robespierre avait étudié la cause de ce fait ; il aurait vu : que, ce n'était point un attentat, puisque c'était le seul moyen de conserver la vie à l'humanité ; tant, que l'examen reste compressible. Dès, qu'il ne l'est plus ; ce fait devient la cause du désordre. Et, alors, le seul moyen d'y remédier, estd'anéantir l'ignorance sociale ; ignorance , dont la souveraineté du peuple : est l'expression.

Si, la souveraineté du peuple est l'expression de l'ignorance sociale, obligée de mettre au scrutin le mensonge et la vérité ; l'équilibre ou la balance des pouvoirs, est l'expression de cette même souveraineté. 11 y a, ensuite, une autre compression de cette souveraineté; c'est, le tribunat. Yoycns, comment Robespierre va traiter : et l'équilibre des pouvbirs ; et le tribunat.

^ (t Ji.fqu'ici, dit-il, les politique! qui ont semblé Touloir faire qvel-

DE LÀ SOUVERAINETÉ. 1 i9

que effort, moins pour défendre la liberté que pour modifier la tyrannie, n'ont pu imaginer que deux moyens pour parvcuir à ce but : l'un est l'équilibre des pouvoirs, et Tautre le triimnat.

c( Quant à l'équilibre des pouvoirs^ nous avons pu être les dupes de ce prestige dans un temps où la mode semblait exiger de nous cet hommage à nos voisins. Dans un temps où Texcès de notre propre dégradation nous permettait d*admirer toutes les institutions étrangères qui nous offraient quelque faible image de la liberté ; mais, pour peu qu'on réfléchisse on s'aperçoit aisément que cet équilibre ne peut être qu'une chimère ou un iléau; qu'il supposerait la nullité absolue du gouvernement, s'il n'amenait nécessairement une ligue des pouvoirs rivaux contre le peuple ; car on sent aisément qu'ils aiment beaucoup mieux s'accorder que d'appeler le souverain pour juger sa propre cause : témoin l'Angleterre, où l'or et le pouvoir du monarque font constamment pencher la balance du même côté; où le parti de l'opposition même ne paraît solliciter de temps en temps la réforme de la représentation nationale que pour l'éloigner, de concert avec la majorité qu'elle semble combattre, espèce de gouvernement monstrueux où les vertus publiques ne sont qu'une scandaleuse parade^ où le fantôme de la liberté anéantit la liberté même, où la loi consacre le despotisme, où les droits du peuple sont l'objet d'un trafic avoué, où la corruption est dégagée du frein même de la pudeur. »

— Ce, que Robespierre reproche au gouvernement anglais, est inhérent à tout système représentatif quelconque.

— «Eh! que nous importent, continue Robespierre, les combinaisons qui balancent l'autorité des tyrans? C'est la tyrannie qu'il faut extirper: ce n'est pas dans les querelles de leurs maîtres que les peuples doivent cbercher l'avantage de respirer quelques instants^ c'est dans leur propre force qu'il faut placer la garantie de leurs droits. »

— Si, Robespierre avait reconnu la cause du mal, il aurait dit : C'est dans l'anéantissement de Tignorance sociale, ayant pour expression la souveraineté du nombre, que se trouve la garantie des droits de tons.

— « C'est par la même raison, continue Robespierre, '{ue je ne suis

pas plus partisan de l'institution du tribuuat Je hais autant que les

patriciens eux-mêmes, et je méprise beauœup plus, ces tribuns ambitieux, ces Tils mandataires du peuple qui vendent aux {grands de Rome leurs discours et leur silence, et qui ne Tout quelquefois défendu que pour marchander sa liberté avec ses oppresseurs.

« II n'y a qu'un seul tribun du peuple que je puisse avouer, c'*est le peuple lui-même. »

(Convention, 10 mai i795.)

— Oui, quand le peuple connaît la vérité, rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun; lorsque, toutes les opinions sont anéanties; lorsque, la souveraineté de la science a fait anéantir les souverainetés de rignorance ; lorsqu'il n'y a plus de loi à faire, parce que la loi est découverte; lorsqu'il ne s'agit plus que de gouverner, que d'administrer selon la loi. Mais^ rendre des ignorants, des fous, maîtres d'eux-mêmes I ce serait le comble du délire. Heureusement : c'est impossible. Et, la nécessité sociale est toujours là, amenant un despotisme pour détruire l'aaarchie ; et, dès que l'examen est devenu incompressible, amenant une nouvelle anarchie, pour empêcher la durée du despotisme. C'est du mal résultant de ces oscillations despotico-anarchiques, alors de plus en plus rapprochées, que naît une nouvelle nécessité sociale : celle d'anéantir l'ignorance. La mère de la vérité, c'est l'anarchie; comme, la mère de l'application de toute découverte, c'est lutilité.

Le génie de Robespierre avait pressenti : que, la liberté réelle dépendait d'un ordre social, dont il n'avait aucune idée déterminée. 11 avait l'intime convie-

DC Ll SOUTERAINETÉ. 151

lion : que, la souveraineté du peuple est une chimère. Aussi, dans 80& désespoir, il s'écriait :

— «Le règne du peuple est d*aa jour; celui des tyrans embrasse la durée des siècles. »

(10 mai 1793.)

— Ce n'est point, seulement, dans les discours publics, qu'il faut chercher la pensée de Robespierre, sur la souveraineté du peuple ; c'est, surtout, dans ses écrits privés qu'il se découvre tout entier.

^ « Comment, dit-il, un coupable tremblant devant son crime peutil poursuivre d^autres coupables? Les fripons de tous les partis se connaissent, se craignent et se ménagent mutuellement; ils laissent coml>attre les hommes purs, et cherchent ensuite à usurper les fruits de la ^icloire. »

[Rapport fait par Courtois sur les papiers de Robespierre,)

— Sous la souveraineté du peuple, négation du lien religieux, les fripons sont les seuls sages possibles: pourvu qu'ils soient hypocrites et adroits. Cette vérité a été ressassée, à satiété, par Voltaire, Rousseau, etc., d'après les grands hommes de tous les siècles.

Voici, un autre passage de Robespierre, exprimant la même pensée et le même désespoir.

^ « Des fripons, lors même qu ils se font la guerre, se haïssent bien i&oins qu'ils ne détestent les gens de bien. »

— Ici, Robespierre se trompe : les fripons par raisonnement, les fripons matériahstes, ne détestent pas les

i54 DE LA SOUYERAIIfETÉ.

— « II y a, dit Robospicrre, deux sortes d'cgoîsmes : Pon tH, crael, qui isole Thomme de ses semblables, qai cherche un bien-être exclusif acheté par la misère d'autrui ; Tautre généreux, bienfaisant* qui confond notre bonheur dans le bonheur de tous... Le premier fait les oppresseurs et les tyraus; le second les défenseurs de riiumanilc. »

(/d., ibid.)

— C'est vrai. Mais, si la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force, est la souveraineté réelle; les seconds, sont les imbéciles, destinés à être la proie des premiers.

En traçant le portrait suivant de la révolution, Robespierre peint, d'après nature, ce que Thumanité se trouve être, nécessairement, sous la souveraineté du peuple.

— Cl La réyolution, dit-il, ne semblait être qu^un combat ridicule pour décidera quels fripons resterait le pouvoir de déchirer et de vendre la patrie. »

{Id,, ihid.)

— Et, quel peut donc être un combat, sous la souveraineté de la force ; si, ce n'est le résultat indiqué par Robespierre ; et qui, certes , mérite une autre épithète ?

Non-seulement Robespierre avait reconnu : que, la souveraineté du peuple était anarchique; mais il avait également reconnu : que, la souveraineté religieuse hypothétique devait être remplacée par la souveraineté religieuse réelle. En voici également la preuve:

— « Celui, dit-il, qui peut remplacer la divinité dans le système de la vie sociale, est à mes yeux un prodige de génie; celui qui a»is Ta-

\oir remplacée, ne songe qiik la bannir de Tcsprit des hommes, me parait un prodige de stupidité ou de perversité. ))

— Robespierre voulait : que, la croyance en la personnification de la justice éternelle, fût remplacée : par, la démonstration de la réalité de l'éternelle justice. Robespierre était un grand homme ; d'aspiration seulement, il est vrai : mais, un grand homme.

« Il est Traî de dire que la seule autorité qui ait pouvoir sur l*ètre raisonnable est la raison. » BovALD, Législation primitive.

Voilà, Dieu et les révélations : subordonnés à la raison ; et, la raison déclarée : seule souveraine.

En général , Bonald est trop peu connu ; et, en particulier, il Test beaucoup trop peu , de ceux qui aspirent à la société nouvelle ; société , devant être exempte de tout paupérisme : soit moral, relatif aux connaissances ; soit matériel relatif aux richesses. En fait d'organisation sociale, Bonald est un des hommes les plus distingués et les plus logiques qui aient existé. L'examen de ses travaux et de ceux de de Maistre, relativement à la souveraineté du peuple, nous conduiront à la période de 1815 à 1830.

— « Partout, dit Bonald, où il y a deux pouvoirs, il y a deux sociétés, et deux sociétés ne peuvent pas vivre tranquilles dans un mêune

État. »

{Chambre des députés, 7 juillet 18^1.)

— 11 est bien étonnant : que, dans un siècle dit des lumières, une pareille proposition ait même besoin d'être énoncée. C'est, cependant, plus clair à l'intelligence; que, le soleil ne peut l'être aux yeux.

DE LA SOUVERAINETÉ. io7

Ëh bien! sous la souveraineté du peuple, il y a autant de pouvoirs que de citoyens. Quant, à une souveraineté multiple, elle est le digne pendant : du Dieu, un et plusieurs ^ de M. Cousin. Le mysticisme, peut accepter Tabsurde; mais, la raison n'accepte: que, l'incontestabilité.

n est un autre pendant, que, le mysticisme anarehique cherche à substituer à la multipUcité de pouvoirs; parce que, lui-même, en sent Tabsurdité; c'est, la non-nécessité : d'autorité, de souveraineté, de règle et de sanction. C'est, comme s'il professait : la nonnécessité de la raison, pour raisonner. Cette épidémie reparaît toutes les fois que l'autorité, nécessairement hypothétique tant que dure l'ignorance sociale, vient à se trouver contestée : par l'examen. Alors, la vanité, regimbant contre sa propre ignorance, laquelle l'empêche de s'appuyer sur l'autorité réelle ; prend le parti de nier : non-seulement l'autorité; mais encore, la nécessité de l'autorité. Cela doit être : il faudrait même s'étonner; si, cela n'était pas.

Cette épidémie, qui tend à se généraUser de nos jours, avait eu une recrudescence du temps de Bonald; voici , ce qu'il en dit :

— < On ne peut pas eoncevoir de société sans cette double nécessite

de commaudement et d'obéissance ; et toute réunion d'hommes où il n'y

torait aucune autorité qui eût le droit d'eiiger l'obéissance à ses décrets,

Krait promptement une anarchie , c'est-à-dire Tabsence et la mort de

toute société. »

(Recherches philosophiques^ etc., t. II, p. 13.)

— Or :. comme le droit est autre que la force,

1^8 DE Ll 80UY£RAlNETlS.

SOUS peine de ne pas être droit; comme le droit, pour être base d'ordre, doit être socialement accepté comme tel, sous peine de n'être que source de dé80^ dre; comme, en présence de l'incompressibilité de l'examen, il est impossible de faire accepter socialement, un droit hypothétique sous la protection d'une foi quelconque ; il faut en conclure : que, désormais, la science doit imposer le droit; sous peine de mort sociale. De plus : la souveraineté du peuple n'est autre : que, la négation de tout droit, autre que la force; il faut, alors, en conclure : que, la souveraineté du peuple doit être anéantie : sous pein6 de mort sociale.

La proposition de se passer d'autorité, de souveraineté équivaut : à celle, de considérer les autres et soi-même, comme des automates. Cet automatisme est cependant soutenu par des gens de beaucoup d'esprit; mais, qui n'en ont pas assez, pour reconnaîtrel'absurdité de ce qu'ils avancent.

— a Malheureusement, dit Bonald, ce sont ceux qui De sont nifor^^ ni faibles, les gens d* entre-deux , comme dit Pascal, qui font les enten* dus et brouillent le monde. »

{Recherches philosophiques, etc.^ t. U, p. 20.)

— Le passage suivant est admirable. Il n'a qu'ut^ ^ tache et je l'indiquerai.

— « La nature, dit Bonald , nous donne des cerveaux, la société no*^ donne les pensées... En un mot, Téducation religieuse forme les natioit^ réducation politique forme les familles, l'éducation domestique îora>* riiomne ; et les gouvernements , chefs des nations , protectanrs nés d^'

familles et det individui, peuvent tout, absolument tout, pour le bonbear des hommes, pour leurs vertus,. même pour leur esprit. »

{Rscherches philosophiques, etc., t. I^ p. 19.)

— C'est vrai : mais, seulement tant qu'ils peuvent imposer une communauté d'idées sur le droit : soit, par une foi; soit, par la science. Dès, que cela devient impossible par la foi ; et, que cela n'est pas encore possible par la science ; les gouvernements ne peuvent plus rien, absolument rieiv; si, ce n'est augmenter l'anarchie : par le maintien de la souveraÎDeté du peuple, à laquelle ils sont, alors : nécessairement soumis.

Bonald prouve la nécessité d'une révélation, en présence de l'ignorance philosophique. Il a oublié de dire : que, les révélations ne peuvent rester bases d'orrfre; que, pour autant que l'examen reste socialement compressible.

— « Non-seulement^ dit-il, il n'y a jamais eu de système de pbiloso- • pliie qui ait pu réunir tous les esprits dans une doctrine commune; mais il n'est pas même possible qu'avec la manière des philosophes suivie jusqu'à PRÉSENT, il y en ait jamais aucun. »

— C'est incontestable, pour quiconque a Tintelligence développée. Mais, Bonald oublie : qu'il n'est plus au pouvoir d'aucune révélation de réunir tous les hommes d'une société, dans une doctrine commune. Et, cependant, en dehors d'une doctrine comnmne sur la réalité du droit ; imposée : soit, par une foi ; Boit, par la science ; il n'y . a pas d'ordre social poMble.

J60 1>B LA SOCYERÂINETi.

« Les hommes^ continue Bonald , naturellement indépendants les

uns des autres, se gouTement daqs leurs actions par leur Tolonté , dans leurs pensées par leur raison : et la raison humaine us peut cÉDKa qu*à l'autorité de l'évidence ou à l'évidence de l'autorité . Or, il n'y a jamais eu, dans notre philosophie, ni autorité ni évidence. «

[Recherches philosophiques f etc., 1. 1, p. 61.)

— C'est encore vrai. Mais, aussi, les révélations n'ont plus ni autorité ni évidence. De là, l'absolue nécessité : de la souveraineté de la force ; de la souveraineté du peuple ; dont, le résultat, une anarchie continuellement croissante, force à chercher : la souveraineté du droit; la souveraité de la vérité.

— ft Si l'homme, dit encore Bonald, me parle en son nom, s'il Tient imposer à mon esprit ses propres pensées, je suis en droit de lui demander : quelle est son autorité sur moi et d'où il tient sa mission? De son génie, dira-t-on. Mais tout chef de secte, tout fondateur de nouvelle doctrine, est un homme de génie pour >es partisans ; mais chacun peut, à Tolonté, s'attribuer du génie; mais toute manière inusitée, extraordinaire, quelquefois extravagante de considérer les objets, a passé souvent pour du génie aux yeux de certains esprits. « Voulei-vons, dit Fénelon, « que je croie quelques propositions de philosophie^ laissons à part les a grands noms, yxNOiis aux predyes, donnez-moi des idées claires et non « des citations d'auteurs qui ont pu se tromper. »

— Fénelon, et Bonald qui l'approuve, ont raison. Les citations sont seulement bonnes : pour les vérités négatives; pour prouver : que, sur une négation, celle de la souveraineté de la force brutale comme base d'ordre par exemple; les grands hommes, de tous les siècles, ont été unanimes. Quand, nous trouverons utile d'exposer la vérité positive; nous ne l'appuierons point, sur des citations ; mais, sur démonstra-

DE LA SOUVERAINETÉ. i6l

tion, rendue rationnellement incontestable : vis-à-vis de tous et de chacun. *

— c II faut le dire^ ajoute Bonald , Tesprit de toul homme^ naturellement indépendant de toute autorité humaine, n'obéit jamais qu'à luimême, lors même qu'il reçoit sa direction d'un autre. Que ce soit Bacon, 00 Descartes, ou Leibnitz, ou Locke qui Tienne me proposer ses opinions, je n'en reçois jamais que ce que je comprends ou ce que je crois comprendre. »

— Bonald oublie : que, le croire peut encore exister individuellement ; mais, que^ socialement, il est absolument sans force : en présence de l'incompressibilité de l'examen.

— f Je ne puis-même, continue Bonald, adhérer à ses pensées, qu^au* tant que je les retrouve dans mon esprit, ou plutôt qu'elles sont miennes; comme je ne puis obéir à un autre homme, ou xémb a Dieu, qu'autant 9u*il méfait vouloir moi-même, »

— Je ne relèverai pas ici, que Bonald établit l'incompatibilité entre l'anthropomorphisme et la liberté ; je me contente de faire remarquer : que, l'homme, en effet, en tant que non aliéné, ne peut admettre de règle d'action, que, conformément à une foi ; ou, que conformément à la science ; et, que lorsqu'il n'y aplus de foi ; et, qu'il n'y a pas encore de science ; l'homme agit nécessairement y comme un aliéné ; c'est-à dire : conformément à ses passions. C'est, ce qui existe : 80U8 la souveraineté du peuple.

*- « Un peuple de philosophes, continue Bonald, serait un peuple do ^beuïs... »

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