II. M
162 DE LA SOUYERÂINETÉ.
— C'est vrai : tant, que ïa philosophie réelle n'existe pas ; tant^ que les philosophes se disent savants; et, ne sont que des ignorants, au sein de Tignorance socia 1.
— « Et un peuple, continue Bonald, sous peme âe périr ^ doit satou et non pas chemcheb. »
[Recherches philosophiques ^ etc., t. I, p. 61.)
— 11 aurait fallu dire : doit savoir; ou^-ckoire savoir.
Or : comDGie le croire savoir, n'est plus socialement possible ; et, que l'incontestable savoir n'existe pas encore ; il faut en conclure : que, l'incontestable savoir doit bientôt exister; ou, que la société doit périr. Et, l'incontestable savoir, c'est : ranéantissement de la souveraineté du peuple .
Bonald est persuadé, et il avait trop de bon sens pour ne pas l'être : que le repos sQcial, l'ordre non éphémère, ne peut exister : que, basé sur le bien absolu. En voiâ un premier exemple.
— <c Le mal ; dit-il, ne vient pa$ de ce que les gouTeraements font fausse route , mais de ce qu^ils marchent au hasard et sans se proposer de point fixe d'arrivée qui ne peut être que^e bien absolu. »
[Législation primitive^ etc. , 1. 1, p. 2 (1802].
— Entendez-vous les cris des partisans du progrès I de ces corneilles se ruant : sur le cadavre de la vieille société 1 Pour eux, Bonald est un épouvantail.
Vingt-cinq pages plus loin, Bonald confirme ce qu'il vient de dire.
DE Lk 60UTERA1NETÉ. 163
^— « Hy a, dit^l, désordre dons U société, tant qu'on n'a pas connaissance pMiie tt entière de la YÉftiTé. »
[Législation punitive, eic, t, 1, p. 2 (1802] .
— C'est, comme s'il avait dit : la souveraineté religieuse hypothétique n'est point la vérité ; la souveraineté du peuple, c'est la négation de la vérité ; la souveraineté de la vérité est nécessaire : sous peine de mort sociale .
— ff La raison et l'autorité populaire, dit-il encore, se trouvent bien rarement ensemble. )>
— Au lieu de rarement^ il aurait pu dire jamais. Car, celle-ci n'est que la force ; et, la force n'est point autorité réelle.
Bonald n'était pas de ceux qui, pour justifier la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force, affirment : que, la vérité est inaccessible à l'humanité ; et que, par conséquent, la force est le seul souverain possible, dès que la foi rend impossibles les souverainetés de révélation.
--» « lis ne peuvent pas se persuader^ dit-il, cette vérité fondamentale : ^, pour Tintérêt de la société , la vérité se développe à mesure que l*erreur s'aggrave, et qu'il n'est aucune vérité^ àbsêlument aucune, qui Mit positivement interdite à Tintelligence humaine. »
{Ibid., p. 283.)
— Le légal, isolé du légitime, dérive de la souve-
niineté de la force. Le légitime réel dérive de la souve-
ramelé de la vérité. Personne, mieux que Bonald, n'a
indiqué cette différence.
— C'est vrai : tant, que ïa pbilosopliie réelle n'existe pas ; tant, que les philosophes se disent savants ; et, ne sont que des ignorants, au sein de Ti-
gnornnce socia 1.
— « Et un peuple, continue Bonald, sow peine âe périr ^ doit batou et non pas cmftCBEft. »
[Recherches philosophiques ^ etc.^ t. I, p. 6i.)
— 11 aurait fallu dire : doit savoir; ou^-ckoire savoir.
Or : comme le croire savoir, n'est plus sodaiement possible; et, que l'incontestable savoir n'existe pas encore ; il faut en conclure : que, l'incontestable savoir doit bientôt exister; ou, que la société doit périr. Et, l'incontestable savoir, c'est : l'anéantissement de la souveraineté du peuple .
Bonald est persuadé, et il avait trop de bon sens j)our ne pas l'être : que le repos sçcial, l'ordre non éphémère, ne peut exister: que, basé sur le bien absolu. En voici un premier exemple.
— «Le mal ; dit-il, ne vient paa de ce que les gouTeniements font fausse route , mais de ce qu'ils marchent au hasard et sans se proposer de point fixe d'arrivée qui ne peut être que He bien absolu. »
[Législation primitive^ etc. , 1. 1, p. 2 (1802].
— Entendez-vous les cris des partisans du progrès! de ces corneilles se ruant : sur le cadavre de la vieille société! Pour eux, Bonald est un épouvantail.
Vingt-cinq pages plus loin, Bonald confirme ce qu'il vient de dire.
DE Lk 60UTERA1NETÉ. 163
^— « Il y a, dit-il, désordre donsia société, tant qu'on n'a pas connais- WÈCt pleint tt entière de la tékité. »
[Ugislation primitive^ etc., t 1, p. 2 (1802J.
— C'est, comme s'il avait dit : la souveraineté religieuse hypothétique n'est point la vérité ; la souveraineté du peuple, c'est la négation de la vérité ; la souveraineté de la vérité est nécessaire : sous peine de mort sociale .
— « La raison et l'autorité populaire, dit-il encore, se trouvent bien rarement ensemble. )>
{Ihid,)
— Au heu de rarement^ il aurait pu dire jamais. Car, celle-ci n'est que la force ; et, la force n'est point autorité réelle.
Bonald n'était pas de ceux qui, pour justifier la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force, affirment : que, la vérité est inaccessible à l'humanité ; et que, par conséquent, la force est le seul souverain possible, dès que la foi rend impossibles les souverainetés de révélation.
— «> « lis ne peuvent pas se persuader, dit-il, cette vérité fondamentale : que, pour l'intérêt de la société , la vérité se développe à mesure que l'erreur s'aggrava, et qu'il n'est aucune vérité^ (ibsêlument aucune^ qui soit positivement interdite à Tintelligence humaine. »
{Ibid., p. 283.)
— Le légal, isolé du légitime, dérive de la souveraineté de la force. Le légitime réel dérive de la souverahveté de la vérité. Personne, mieux que Bonald, n'a indiqué cette différence.
16 i DE LÀ 80UYERAINBTÉ.
— a Les fausses religions , les goayernemenls mal constitnés , sont, diuil, un état légal de société; les gouTernements et les religions constitués sur les lois naturelles des sociétés, sont Tétat légitime. Une société pirf:iitenient civilisée serait celle où le légitime se confondrait avec le légal. »
— Puis il ajoute :
— « Une société, pour être parfaitement constituée, devrait avoir toutes ses lois nécessaires à sa conservation et toutes natukbllbs* j»
— Naturel, chez Bonald, signifie : incontestablement rationnel.
— «Là, dit-il, il n*y aurait plus de lois à porter... »
— En effet, puisque la loi rationnelle serait découverte ; et, que toute loi, faiie^ est nécessairement arbitraire.
'^ « ...et il sufiirait , ajoute-t-il , de les maintenir par Faction continuelle de rndmiiiistration, contre Faction continuelle du temps et des hommes qui tendent i les détruire. »
— Ici, il y a une erreur. Dès, que la souveraineté religieuse réelle est découverte; que l'éducation et l'instruction données à tous sont harmoniques ; chacun contribue au maintien de la société parfaite.
Et, ne croyez pas que, pour Bonald, la société parfaite fût une chimère. Son génie avait pressenti : qu'en présence de l'incompressibilité sociale de Texamen; cette prétendue chimère de perfection, devait être réalisée : ^om peine de mort sociale.
DE LA SOUVERAIITETÉ. 165
— « La perfection, dit-il , si l'on veut , est une chimère pour Tindi-
>ida qui, dans le court espace de sa vie, ne peut apercevoir de progrès
sensible vers le mieui ; mais elle est réelle et sensible pour la soriété qui
embrasse une longue durée de siècles et une longue suite d'événements.
La vérité consiste dans la connaissance de cette perfection , et le devoir
de Técrivain est de la présenter à la société comme le terme auquel elle
doit tendre sans cesse, x»
(Législation primitive, etc.^ c. xii.)
— Et, ne croyez pas : que, ceci soit Texpressiou d'un progrès continu, idéal de la souveraineté du peuple, dont la réalité est Tanarchie ; Bonald veut arriver à la perfection sociale ABSOLUE, après laquelle, tout progrès se trouve : une folie.
— « L'bomme, dit-il , qui croit à la nécessité de Vordre dans la sociétéf doit, s*il est conséquent, croire à la nécessité des moyens de cet ordre, donc à la nécessité du ministère public et de sa meilleure constitution ; car il faut prendre garde que ce moyen n'est bon que sUl est parfait , et que tout ce qu^il y reste d^imparfait et de vicieux , loin d'être an moyen d'ordre^ est un principe de destruction. »
{Ibid,)
— Voici , maintenant , qui est plus explicite encore.
-— « Les fsiutes d'un temps, dit Bonald , sont la suite obligée des erreurs d'un autre » et les hommes appellent souvent bien ce qui n'est en soi et aui yeux de rÉTBRNELLB raison qu^un état provisoire de moins mal, qui prépare de loin à l'état permanent, qui ne peut être que le vrai bien. >»
(Ibid., t. Ul, p. 367.)
^ Et, pour ne rien laisser à désirer, à cet égard il ajoute :
— «Une réTolution n'est que Teffort que fait la société pour passer ^'ttn eut provisoire, état contre nature, à l'état fixb, et par conséquent
166 DB Lk SOUTERAINETÉ.
naturel (rationnel), et pour mettre ainsi les hommes d'accord avec la
nature (la mAison). v
(LégiaUUion primitive, etc^ U Ili, p. 368.)
— Pour Donald, la nature, en fait d'ordre, c'est la conformité : avec la raison réelle ; rétemelle raison.
Concluez maintenant d'après Bonald :
Toutes les révélations^ et toutes les souverainetés, qui ont existé jusqu'à présent, ont été des erreurs, des états provisoires ; puisque des révolutions peuvent encore exister.
Si, par socialiste, vous entendez : celui qui condamne toutes les sociétés passées et actuelles; celui qui aspire à la société, au sein de laquelle les révolutions seront impossibles ; vous pouvez placer Bonald, à la tête des vrais socialistes.
SB LA. SiHIVSaAUiETÉ. i67
ce L'Europe était donc réellement , depuis longtemps, et particulièrement depuis le traité de Westpbalie , constituée , pour ainsi dire , en révolution générale Le traité de ^estphalie avait constitué, ou plutôt garanti Tétat provisoire, en sanctionnant l'existence des sociétés populacières, cause constante de dégénération et de trouble. »
BoiTAiJ), Législation primitive y t. III, p. 368.
Des sociétés discutant sur le droit, et par conséquent ignorantes , sont populacières ; si , par populacières, on entend ignorantes ; que ces sociétés soient : des clubs ; ou des académies de sciences morales et politiques; ou des nations. Il est évident : que, sous le règne d'une foi sociale quelconque, elles sont essentiellement anarchiques; et, que sous le règne de la science, elles ne peuvent exister. Essayez donc d'imaginer des sociétés discutant pour savoir : si un est un! Vous ne les trouverez qu'à Charenton. Eh bien ! une société, sous la souveraineté du peuple, n'est autre : qu'une société discutant sur le droit théoriquelûent; et, s'égorgeant pratiquement. Dans le temps, M. Guizot disait à la chambre des députés.
~-«Le principe du suffrage universel est en lui-même si ab.^surde, ^ aucun de ses partisans mêmes n'ose raccepler et le soutenir tout en- ^^^f ; personne. Il n*y a pas de jour pour le suffrage universel. La ques-
168 DE LA SOUVERAlNETt.
tion ne mérite pas que je me détourne en ce moment de celle qui nous
occupe. »
(26 man 1847.)
— Et, M. Guizot avait raison. Mais, il avait tort de croire : que, relativement à la détermination du droit, le vote restreint fût moins absurde que le vote universel. En présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, il est également anarchique; et, Tanarehie; c'est : l'absurde social.
— ce La révolation présente de TEurope, dît encore Bonald, ne peut être attribuée qii*i la crédulité des .gouvernements dans toute TEurope» à la doctrine des droits de Thomme, et au dogme impie $t insensé de la souveraineté du peuple, n
(Législat, pri'mtV., etc., t. m, ch. it.)
— Pour qui comprend le français, cela signifie : La souveraineté religieuse hypothétique et la souveraineté populaire, sont, désormais, également anarchiques. Bonald était dans le vrai. M. Guizot était dans le faux.
— « La société , dit encore ce même publiciste , est entre l'être et le néant, tant que la morale est entre le oui et le non. »
(Ibid.f ch. Tii.)
— Eh bien! sous la souveraineté du peuple, n<»iseulement la morale est entre le oui et le non ; elle est plus que cela, elle est formellement niée. La cour de cassation, toutes les chambres assemblées, a déclaré : que, sous cette souveraineté, la loi est essentiellement irréligieuse.
DK LA SOUYEIUniBTÉ. i69
Le passage suivant est infiniment remarquable. Ronald y répudie toute souveraineté arbitraire s'imposant : soit par une foi s'appuyant sur une force masquée de raison ; soit sur une force patemment brutale.
— « Dans tous les temps^ dit-il, Tbomine a youIu s'ériger en législalenr de la société religieuse et de la société politique, et donneb une constitution à Tune et à l'autre (1). Or je crois possible de démontrer que rkomme ne peut pas plus donner une constitution à la société religieuse ou politique, qn*il ne peut donner la pesanteur aux corps ou l'étendue à la matière ; et que, bien loin de pouvoir constituer la société, Tbomme, par son intervention, ne peut qu*empêcber que la société ne se constitue, ou, pour parler plus exactement, ne peut que retarder le succès des efforts qu'elle fait (2) pour parvenir à sa constitution naturelle (3), € En effet, il existe une , et une seule constitution de société politique, une, et une seule constitution de société religieuse; la réunion de ces deux constitutions et de ces deux sociétés constitue la société civile , Tune et l'autre constitution résultant de la nature des êtres qui composent cbacune de ces deux sociétés (4) aussi nécessairement que la pesanteur résulte de la Bitore des corps : ces deux constitutions sont nécessaires dans l'acception
métaphysique de cette expression (5] ; c'est-à-dire qu'elles ne sauraient
(0 Bonald entend ici : qu'une constitution, ou plutôt, que la constitntion sociale ne peut être arbitraire; mais, qu'elle doit être basée sur It vérité;* et, que la société étant une, la constitution sociale réelle Mt nécessairement unique. C'est vrai. Mais, sa condition d'existence est l'tnéantissement de l'ignorance sociale ; c'est-à-dire de la souveraineté da peuple.
(2) Bonald fait ici une figure. La société n'est pas un être. Il veut ^ : que, la société est en désordre : tant, qu'elle ne repose point sur » véritable base, la vérité, rendue rationnellement incontestable, vis-à- ^ de tous et de chacun. Et, c'est le désordre, qu^il appelle figurément ^^nrtf pour arriver à l'ordre.
(3) Naturelf pour Bonald, signifie : conforme à la vérité, conforme à ^<|uie8t incontestablement rationnel.
(4) Bonald, nomme les corps : des êtres. Pour lui : la constitution politique c'est l'organisation des richesses; et, la constitution religieuse; 6*eit l'organisation des êtres moraux, l'organisation deVhumanité.
(&) Nécessaires : pour que Tordre soit inébranlable, indestructible. Mais, *^ nécessité n'a pas encore eu d'existence depuis l'origine sociale : P^ que l'examen a toujours pu être comprimé. Cette nécessité de-
être autres quelles ne sont sans changer la nature des êtres qui composent chaque société : ainsi toute société religieuse ou politique qui n*est pas encore partenuc à sa constitution naturelle, tend nécet^airemenl à y parvenir; toute société religieuse ou politique que les passions de rhomme ont écartée de sa constitution naturelle, tend nécessairement à y revenir. Cette tendance contrariée par les passions de Thumme, ce combat entre rhomme et la nature (la raison] pour constituer la société, est la seule cause des troubles qui se manifestent au sein des sociétés religieuses et politiques. La force, Tindépendance, le perfectionnement en tout genre sont, dans la société religieuse et politique, les fruits nécessaires de 1 constitution ;. la faiblesse, la dépendance, la détérioration religieuse et politique, sont riufaillible partage des sociétés non constituées. Une société religieuse non constituée n'est qu*une forme extérieure de religion; une société politique non constituée n^est qu*une forme extérieure de gouvernement. Et, à proprement p&rler^ des sociétés non constituées ne méritent p.-is plus le nom de sociétéSy qu'un corps qui ne serait pas pesant ne mériterait le nom de corps. Si je n'ai pas démontbé ces vérités, d^aunss LES nÉMONTREEONT : parce que le temps et les événemmits ont mûri ces vérités ; parce que la conservation de la société civils dépend aiujourà'hui de leur manijestation ^ et que Vagitation intestine^ qu^U n'est que trop facile d'apercevoir dans la société générale, n^est autre chose que les efforts qu'elle fait pour enfanter des vérités ESSESTiiLun A aon nis-
TIMGI. »
{Théorie des pouvoirs politiques et religieux dasu la société civile [il9&^, L 1, Préface, p. iij, if.)
— Ici, je me porte garant pour Bonald. Ce qu'il a annoncé , comme devant être démontré , pour que désormais la société puisse exister, je le démontrerai.
Voici, comment Donald traite un des fondateurs de la souveraineté du peuple, au vote restreint.
— « Je combats, dit-il, VEsprit des lois : 1° parce que son aaleur ne cherche que le motif ou l'esprit de ce qui est, et non les principes de cK QUI DOIT ÊTRE ; 2o parce que, au lieu d'attribuer aux passions de l'homnic la cause des différences qu'il aperçoit dans la législation religiense et poli^ tique des sociétés, il la rejette sur l'influence é^ divers climats ; et qu'on
vient seulement absolue : par l'anarchie résultant de la, soaveniAe^^ du peuple.
oaYrage duquel il résulte, malgré quelques précautions oratoires et quelques phrases équivoques, que la latitude décide de la religion et du gou- Temennent, est un ouvrage anti-religieux et anti-i)olitiqne , un ouvrage anti-social. Aussi , loin de pouvoir fonder ce système de l'influence des divers climats, décrié aujourd'hui même chez les philosophes, sur Thistoire approfondie et développée des sociétés , cet auteur est réduit trop souvent à Tétayer par des épigrammes et par des anecdotes. Tous ces reproches lui out été faits il y a longtemps, mais Tesprît de parti étoufhïi la voix de -la raison. Ainsi, malgré les éloges que la philosophie lui a prodigués, des écrivains distingués, et M. Desolme entre autres, dans un travail estimé sur la constitution d'Angleterre, avouent qu'il nous manque encore un ouvrage qui remonte aux premiers principes des sociétés, «ft qui ea lie les développements à leur histoire et à la connaissance de
rhomme. m
(Théorie des pouvoirs politiques et religieux dans la
société civile (1796), t. I, Préface, p. xv.)
— Cet ouTjpage peut se faire en quelques lignes. Pendant l'ignorance sociale; et, tant que Texamen reste compressible ; le premier principe des sociétés est: la force, masquée de religion; quand, l'examen devient incompressible, ce principe est la force brutale. Quand, l'ignorance sociale, dont l'expression est la souveraineté du peuple, se trouve anéantie; ce principe est la vérité religieuse, rendue incontestable : vis-à-vis de tous et de chacun.
Voyons, maintenant, ce que Donald va dire : du fondateur de la souveraineté du peuple, ou vote universel.
— «Le gouvernement, dît Tinconséquent Genevois, passe de la d'émocvitie à Taristocratie, de Taristocratie à la royauté ; c'est là son inclinailOQ naturelle : le progrès inverse est impossible. — 11 est évitlent, d'a- Hi cet aveu, qu'il aurait dû intituler le Contrat social : Méthode à Tasige des sociétés, pour les éloigner de leuc inclinaison naturelle ou de Wulare. »
172 DE LA SOUTERÂINETÉ.
— Cette critique est excellente. Et, d'ailleurs, Jean-Jacques a dit précisément le contraire de la vérité. Le gouvernement passe de la royauté à l'aristocratie, de Taristocratie à la démocratie, à la souveraineté du peuple ; et, c'est l'anarchie, représentant de cette souveraineté ; qui, conduit au règne de la vérité.
Nous avons vu Bonald : répudier, implicitement, l'anthropomorphisme ou le droit divin ; il va, maintenant, traiter comme il le mérite : le déisme philosophique.
— - « La religion philosophique, dit-il, le culte pur de la divinité, da grand Être, de Têlre des êtres, le théisme , conduit infailliblement à IV théisme... »
— Bonald aurait dû dire : au panthéisme. Et, en présence de l'incompressibilité de l'examen; c'est, là aussi que conduit : l'anthropomorphisme.
— - « ...comme , continue Bonald y le gouvernement philosophique des
sociétés politiques, Ui division et l'équilibre des pouvoirs, au le gouverne^
ment représentatif, aboutit nécessairement à Vanarchie, »
— Et, tout cela s'imprimait en 1796. Avons-nous reculé, depuis cette époque ! !
Le passage suivant est encore : la condamnation la plus explicite : des deux souverainetés, relatives à l'ignorance.
— « Le législateur humain, dit Bonald ^ doit déclarer ou promulgner des lois, et non en inventer, »
(Démonstration philosophique du principe constitutUmmA de la société^ p. 40.)
— C'est vrai. Mais, pour promulguer, il faut connaître. Et, c'est précisément ce qui est impossible, pendant l'époque d'ignorance sociale. C'est ce qui donne lieu : aux souverainetés arbitraires.
Bônald, lui-même, a appartenu aux législateurs qui, inventaient des lois; au lieu, d'en promulguer. Voici, ce qu'il en pense.
-— « G*est là, cependant, que nous en sommes, dit-il, après YJngt-cinq ans d^'essais de constitutions et de raisonnements sur Topinion publique et les théories politiques (1) ; et si nous pressions les conséquences des principes que nous avons entendus professer à celte tribune, dans la discussion présente ou celle qui a précédé, nous serions conduits à d^ctranges résultats ; et je crois que deux partisans du gouvernement représentatif ne pourraient bientôt, pas plus que les augures de Rome, se rencontrer sans rire. »
{Pensées, t. II, p. 109.)
— Ce qui va suivre, est ce qui a jamais été écrit de plus fort : et, contre la souveraineté de droit divin ; et, contre la souveraineté du peuple.
— «Si Ton dit, s'écrie Bonald, qu*il y a une loi naturelle à laquelle ^peuple doit conformer ses lois, ce souverain reçoit des lois, et nous re^ nofltons à la divinité souveraine (2) du peuple souverain; /i Toa soutient <Ioe celte loi naturelle est gravée dans le cœur de tous les hommes, on se net dans l'impossibilité d'expliquer pourquoi les hommes, lisent cette loi
^1 («M des versions si différentes, que ce qui est permis oi^ ordonné parles BUS est regardé avec horreur par les autres, et que les coutumes abomina- Blés pratiquées sans contradiction chez les peuples païens anciens et mo- ^es, nous paraissent des crimes attentatoires à la loi suprême de la con-
; <| iMvalion. Il n'y a, j'ose le dire, qu'une issue à ce labyrinthe, et Jurieu Ta trouvée: c'est de séparer la loi populaire de la loi générale, et de sou-
(i) Aajourd'hui, il faudrait dire : cinquante ans.
(t) Vou8 verrez, à la fin de ce passage; que , la divinité, personnification de la raison éternelle, est elle-même : la justice de cette raison ; Raie, souveraine réelle.
174 DE LA SOUVERÂIMETÉ.
tenir que le peuple est la seule autorité qui n'ait pas besoin d'avoir raison^ proposition répétée dans les mèoies (ermes à rassemblée constituante, et qui sera éternellement reproduite par tous les raisonneurs conséquents qui admettront comme un dogme la souveraineté populaire : proposition .que Ciccron lui-même n^cûtpu nier sans inconséquence, s'il eût entendu dans un sens absolu ces paroles d'un de ces discours : a Populos Romanus penès quem est potestas omnium renim « (le peuple romain qui â le pouvoir sur toutes choses) : assertion insensée , contre laquelle s'élève M. Bossuct avec son énergie foudroyante; et Dieu lui-mémb ^ si Ton peut le dire, A besoin d'avoir raison, puisqu'il nb peut bieh fahi