RESTES RE
la Mésopotamie et je l’ai mené au pays de Chanaan.” (1) “Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte jusqu’au grand fleuve d’Euphrate. Tout ce que possèdent les Giméens, les Cénéséens, etc... ” (2).
La même promesse est renouvelée à Isaac et à Jacob.
Peu de temps après, Abraham acquérait le droit de possession foncière dans la terre dont Dieu lui avait donné la propriété, en achetant, en Hébron, un champ pour la sépulture de Sara et pour la sienne. Jacob acquit également la propriété foncière d’une partie du territoire où il avait posé ses tentes.
La famille, centre de l'Eglise, possédait donc en toute propriété et indépendance, bien que, durant cette période, elle ne possédât que ce qui était nécessaire à son état, ayant l'assurance des promesses de Dieu pour l’avenir. Quatre cents ans plus tard, les promesses du Seigneur se réaliseront, et Dieu n'épargnera pas les miracles pour établir son peuple dans la terre qu’il lui a réservée, et pour lui en assurer la pleine etentière propriété. L'Église dans cette nouvelle période, l’Église sous la loi écrite, possèdera tot un territoire, une portion réservée qu’on appelle Ja terre sainte, précisément parce qu'elle est la propriété de l’Église.
‘“ Le droit de propriété, dit Maupied (3), est la condition essentielle de l'indépendance et de la liberté de l’Eglise, comme il est la condition nécessaire de la liberté des individus et drs familles, dans tout Etat, dans toute nation. C’est pourquoi Dieu multiplie les miracles pour maintenir ce droit fondamental de son Eglise. La famille sacerdotale de Sem étant sous la domination des. rois de Babylone, descendants de Nembrod, Dieu l’en
che par la vocation d'Abraham; il le conduit dans
sc * de Chanaan qu'il promet de donner à sa posté- "4 toraham y élève partout des autels au vrai Dieu.
(1) Josué, XXIV, 2 et 3. (2) Gen. XV, 18 et suivantes.
(3) L'Eglise et les lois élernelles, chap. V, page 138.
Ces autels étaient une prise de possession de la terre pro-
mise. Tout est à Dieu ; il a créé la terre pour son Eglise ; nous en avons les preuves de la bouche de Dieu. Illa prête aux nations rebelles tant qu’il y a espoir de leur conversion, et jusqu'à ce que, la mesure de leurs iniquités étant comblée, il leur reprend ses dons pour les rendre à l'Eglise. Nul n’a le droit de lui demander pourquoi il agit ainsi.”
Plus loin le même auteur ajoute que le peuple d'Israël
cultiva et posséda cette terre au nom de l’Église, parce qu'il était lui-même la véritable Eglise, du moins son
centre.
, Chose digne de remarqne, le Seigneur donne la terre
de Chanaan à Israël en l’assurant qu’elle sera sa pro-
priété particulière, exempte de tout assujettissement à une domination étrangère. Et c’est en effet lorsqu'un roi étranger vient pour la première fois s'asseoir sur le trône de David, que le Verbe incarné parait en personne pour délivrer son Eglise, et la rétablir dans le libre exercice de son droit de propriété dans une nouvelle terre
réservée.
Il l’enverra d’abord, comme autrefois Israël dans une terre étrangère, dans une nouvelle Egypte. Il permettra, pour faire éclater ensuite davantage sa puissance, que son Eglise y souffre durant trois cents ans la persécution des Pharaons de la Rome païenne, qui décimeront eux aussi le peuple saint. Et au temps marqué, lorsque la mesure des iniquités des nouveaux Amorrhéens sera comblée aux yeux du Seigneur, il suscitera du sein du colosse romain, dans la personne de Constantin, un autre Josué, qui, obéissant à la croix qui se dresse devant lui dans les airs, se dressera à son tour tout-puissant en face de l’hydre triomphant du paganisme, fera tomber les murs de Jéricho, et forcera la race des méchants à laisser place au nouveau peuple de Dieu, au peuple chrétien, dans la terre que Dieu lui reserve. Et après avoir accompli son œuvre, l’homme de Dieu se prosterne devant le nouvel Aaron, le Pape suc-
cesseur de St. Pierre, et quittera son trône en disant: “ Nous avons jugé convenable de transporter notre empire et la puissance du royaume dans les provinces de l'Orient... parce que là où le principat du sacerdoce et la tête de la religion chrétienne ont été constitués par l’empereur céleste, il n’est pas juste que l’empereur terrestre y ait aucun pouvoir.” (1)
Et dès lors l'Eglise se trouvera en possession pleine et entière de la portion que Dieu lui avait destinée.
20 Jésus-Christ possède en commun avec les Apôtres.—Que Jésus-Christ ait possédé des biens temporels en commun avec les Apôtres, et que par conséquent l'Eglise qu’ils formaient ait possédé par eux, et qu’elle ait dès lors Ie droit naturel et divin de posséder, ce sont autant de vérités clairement et explicitement énoncées dans nos livres saints.
Disons de suite que le Sauveur venant régénérer les hommes déchus, relever vers le ciel leurs fronts courbés vers la terre, et attirer aux biens célestes, leurs cœurs dévorés par la soif des biens terrestres, a voulu, par son exemple aussi bien que par ses préceptes, leur enseigner le mépris des choses d’ici-bas. Voilà pourquoi il est dit de Notre Seigneur que ‘ le Fils de l’homme n’avait pas même une pierre pour y reposer sa tête.”(2}—Faut-il conclure de là que Jésus-Christ ait voulu interdire le droit de propriété à ceux qui devaient le suivre ? —Bien au contraire, comme nous allons le voir.
Le Fils de Dieu, véritable’ et premier possesseur de la terre et de tout ce qu’elle renferme, ne veut pas qu’aucune portion des biens terrestres, qu'aucun territoire, qu'aucune maison, soit regardé comme sien, non qu’il v’en ait pas le droit puisque tout lui appartient à titre de Créateur, mais pour réagir contre l’aveuglement des hommes qui offrent à la cupidité pour les choses visibles les sacrifices de leurs intelligences et de leurs cœurs.
(1) Acte de donation de Constantin.
(2) Matth. X, 9 et 20.
BA D ED rs
‘ sière de vos pieds.
C’est pour cela qu’il trace à ses Apôtres la ligne de conduite suivante : ‘ Ne vous mettez jamais en peine d’avoir de l'or ou de l’argent, ou d’autre monnaie dans vos bourses, ni sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni de souliers, ni de bâton.”— C’est précisement dans ce texte que se trouve formulé en faveur des Apôtres, de la manière la plus solennelle, le droit de propriété générale sur tous les biens de la terre, et que se trouve renfermé le grand acte de donation universelle, que Jéhova a fait primitivement à Adam, a renouvellé à Noé, et a toujours, dans la suite des siècles, maintenu au bénéfice de son Eglise.
Jésus, le maître de l’univers, ne daigne pas s'assurer la possession d'aucune propriété particulière parce qu’il saura au besoin mettre toute la nature à son service : il ordonnera aux pierres de se convertir en pain, à l’eau de: se changer en vin, aux poissons de se multiplier; il fera surgir la monnaie dans les entrailles d’un poisson. Il ne veut pas que ses Apôtres se préoccupent des choses temporelles parce que c’est pour eux, pour son Eglise, qu'il à fait ces choses, et que tout leur appartient de droit divin. Et il leur assure lui-même l'exercice de ce droit, en prescrivant à tous les fidèles l'obligation de donner de leurs biens aux Apôtres et aux ministres de l’Evangile : ‘ Demeurez en la même maison, mangeant et buvant ce qu'il y aura chez eux, et vivant à leurs dépens... En quelques villes que vous entriez et où l’on vous aura reçu, margez Ce qu’on vous présentera (1)? Et le Seigneur fait aux hommes, de ce devoir de pourvoir aux besoins des Apôtres, une obligation de justice si rigourerse, qne ceux qui refusent de s’y soumettre seront anathèmes à ses yeux. ‘‘ Lorsque quelqu'un ne voudra pas vous recevoir, ni écouter vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, secouez la pous- Je vous le dis en vérité, au jour du
(1) Luc X, 7et8.
jugement Sodome et Gomorrhe seront traitées avec moins de sévérité que cette ville (1).”
St. Paul dit (2): ‘ Si nous vous avons semé des biens spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions vos biens temporels? Ne savez-vous pas que les ministres de l'Evangile et que ceux qui servent à l’autel ont part aux oblations de l'autel. Ainsi le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l’Evangile.”
Voilà donc un droit de propriété donné aux Apôtres, par Jésus-Christ lui-même, sur tous les biens terrestres d’une manière générale, en quelque pays, dans quelque ville, dans quelque maison que ce soit.
Mais allons plus loin. Jésus se contente-t-il de donner ce droit général aux Apôtres, et leur interdit-il le droit de posséder des trésors particuliers dont ils puissent se servir pour faciliter l’accomplissement de leur mission ? Pas du tout. Nous voyons au contraire que Jésus possédait un trésor, une bourse en commun avec les Apôtres. Nous lisons en St. Jean que Marie Madeleine parfuma les pieds de Jésus et que Judas commença à dire: ‘ Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers qu’on aurait donnés aux pauvres? Il disait cela, non qu’il fût chargé des pauvres, mais parce que c'était un larron, et qu'ayant la bourse, il portait ce qu'on y mettait (3). St. Luc rapporte que ‘ plusieurs femmes avaient été délivrées des esprits malins, et guéries de leurs maladies; Marie surnommée Madeleine, de laquelle sept démons étaient sortis, Jeanne femme de Chusa, et beaucoup d’autres, qui lui servaient de leurs biens (2). Maupied citant ce texte, ajoute (3): “Tous les Pères et commentateurs ont entendu par là que toutes ces femmes, riches et pieuses, donnaient au Seigneur, pour sa subsistance et celle des Apôtres, de leurs biens temporels en
(1) Matth. X, 14 et 15.
(2) I Cor. IX, 1-14.
(3) XIIT, ?9.
cd reconnaissance et comme la dette de biens spirituels dL qu'elles en recevaient. Or, c’est bien là, comme l’ensei- A gne St. Paul (ire aux Cor. IX) l’origine et la cause, le L droit naturel et divin des biens temporels de l'Eglise, dont À Jésus-Christ voulut, par son exemple, consacrer le droit je. et la propriété.” vi Nous lisons encore en St. Marc que les Apôtres répondirent à Jésus qui leur disait de donner à manger à la à foule : ‘ Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers 4 de pain afin de leur donner à manger (1)? ‘Et en St. ie Luc (2) ; ‘nous n’avons que cinq pains et deux poissons, si ce n’est peut-être que nous allions acheter des vivres A pour tout ce peuple.” ; enfin en St Jean (3): “ les disciit plec de Jésus étaient allés à la ville pour y acheter des ri vivres.” Donc Jésus-Christ avait un trésor, une bourse 9 avec les Apôtres.
ÿ St. Augustin parlant de cette bourse qu’il appelle le fisc G- du Seigneur, dit (4): ‘ Vous savez ce que c’est que le Ni fisc? Le fisc est le trésor public. Le Seigneur l'avait FA sur la terre quand il avait la bourse confiée à Judas.” ; Et ailleurs il ajoute (5): ‘“ Recevez l'exemple du Seigneur vivant sur la terre. Pourquoi a-t-il eu un trésor “ lui que les Anges servaient, si Ce n’est parce que son L- Église devait avoir des trésors.” t Le vénérable Bède dit de son côté (6) : ‘‘ Faites-vous des trésors qui ne vieillissent point : à savoir en faisant : des aumônes dont la récompense demeure éternellement.
Ici il ne faut pas penser qu’il soit commandé aux Saints de ne réserver aucun argent pour pourvoir, soit à leur usage soit aux besoins des pauvres ; puisque nous lisons que le Seigneur lui-même, que les anges servaient, a cependant, pour donner la forme et la règle à son Eglise,
(1) 1 Cor. VI, 3.
(2) IX, 13 et suivantes.