CHAPITRE IV
PAGURISTES MACULATUS.
Chez Pagnristes maculutus j'ai pu également suivre les diverses pliases de la spermaiogenèse. Je vais rapidement les analyser, en me bornant à indiquer les particularités dignes de remarque.
g. 1. — De LA VÉSICULE.
Je n'ai rien de spécial à dire sur l'origine de la vésicule, que j'ai observée cependant assez jeune dans le cytoplasme à côté du noyau (PI. VU, 68), et dans des phases ultérieures (PI. Yll, 69, 70, 71). Quant au dépôt de substance rhromophile à son intérieur, il a présenté quelques variations. Mais le type le plus général est le suivant. Sur la surface de contact de la vésicule et du noyau, surface qui est plane, se dépose une coucho soit annulaire, soitle plus souvent discoïde, de grains chromophiles et réfringents qui constituent ce que Hermann a appelé le collier \ parce qu'il considère la forme annulaire comme constante ; je l'appellerai plus volontiers le disque ou le plateau, parce que la forme en lamelle continue m'a paru de beaucoup la plus fréquente. La fig. PI. IX, 20 représente un collier, tandis que la plupart des autres figures appartiennent au type en plateau.
Dans la plupart des cas le dépôt se limite à ce plan discoïde de contact du noyau et de la vésicule ; et il s'y ajoute un petit cercle formé de grains chromophiles qui occupe le pôle opposé de la vésicule [P\. Vil, 77, 79, 80, 81, 82). Mais dans d'autres cas ce dépôt dépasse la surface de conlactdu noyau et de la vésicule, et forme souvent alors une sorte de cloche ou coupole très surbaissée (PI. IX, 17, 18, 19). Dans d'autres cas enûn le dépôt granuleux se
• HermanQ ; Sur la spermat. des Crust. décap. (Comptes rendus de L' Institut,
présente aussi sur les parois latérales de la vésicule sous forme de grains qui généralement sont disposés suivant des zones ou cercles parallèles au disque et au cercle inférieur. Ces cas, relativement peu nombreux, se rem-^rquent cependant dans toutes les préparalions(Pl.Vll, 72, 85, 8-i, 85). Ils rappellent les cas analogues déjà mentionnés chez Pagurus striatus et chez Diogenes varians. Je fais remarquer que dans tous les cas la constitution du disque et du revêtement chromophile pariétal se manifeste clairement comme résultant du dépôt et de l'agglomération de grains distincts sous forme de crépissage. Ce dépôt appartient évidemment à la vésicule, et est appliqué à la face interne de la meiiibrane qui la limite.
La vésicule, sphérique au début, acquiert progressivement une forme aplatie qui est caractéristique de ces spermatozoïdes de Paguristes maculatus, et qui contraste avec la forme cylindrique et allongée de la vésicule de Pagurus striatus et de Diogenes varians.
§ 2. — De LA TIGELLE OU BATTANT DE CLOCHE.
La ligelle se forme rarement chez Paguristes maculatus, et dans tous les cas elle est peu volumineuse, et parfois même peu apparente. Je l'ai cependant observée quelquefois; mais elle est rarement pourvue de grains chromophiles, et quand il y en a, ils sont en petit nombre (PI. IX, 29, 51, 52, 55, 54). Dans certains cas la tigelle apparaît sous forme d'un grumeau ou nuage peu apparent, incolore, sans grains, et suspendu à la face inférieure du disque ou plateau (PI. VII, 79, 85, 84; PI. IX, 25). Mais, je le répète, la ligelle manque bien souvent. C'est là un fait qui s'accorde bien avec l'opinion que j'ai émise sur la signification de la tigelle. Je pense en effet qu'elle n'est qu'une condensation dans l'axe de la vésicule, soit du réticulum, soit des granulations chromophiles de la vésicule, et qu'elle représente au centre de cette dernière ce qu'est le crépissage sur les parois. Il est à remarquer en efîet que du moins chez les Pagurides observés par moi , le développement de la ligelle est généralement proportionné à l'impor-
IH.S A. SADATIEK.
lance de la croule de crépissafïe des parois vésiculaires. Chez Diogenes varians le crépissage vésicuiaire el la ligelle sont l'un el l'autre très développés. Cliez Paguristes macxdalus ils sont très peu èlendus et peu abondants l'un et l'autre. Enfin chez Pagurus strialus ces deux formilions occupent comme importance une silualion intermédiaire entre ces deux derniers cas. il y a là une corrélation qui s'observe dans d'autres cas, el qui mérite d'être signalée.
§ 5. — MODIFICATIONS DU PROTOPLASME DU NOYAU ET DE l'eNVELOPPE DU DEUTOSPERMATOBLASTE.
Le protoplasme de la cellule spermatique diminue considérablement; et se réduit à un collier étroit situé généralement autour du plateau ou disque, et d'où naissent irois prolongements filiformes assez courts.
Le noyau présente ici des tran-'-formations qui rappellent celles que nous avons observées chez Pagurus striatus. Le plus souvent le noyau acquiert un volume relativement considérable et une forme sphérique. Mais, dans ce cas, il prend aussi un aspect homogène assez prononcé. Il constitue une masse sphérique légèrement aplatie au contact du plateau ou disque. 11 paraît homogène, d'une réfringence moyenne, el sa masse se colore uniformément, mais d'une manière peu intense par le vert méthyle et les colorants nucléaires. On n'y distingue pas de grains de nucléine isolés. Cette dernière substance semble s'être dissoute, et avoir difîusé dans le caryoplasme (PI. VII, 70; PI. IX, 17, 18, 19, 20, 21).
Dans quelques cas cependant on aperçoit dans le noyau des parties plus granuleuses et plus colorées situées au centre, tandis que la périphérie est claire et moins colorée.
Dans un cas (PI. VU, 77), j'ai nettement distingué dans le noyau une vésicule à parois très nettes.
Dans d'autres cas, on aperçoit le noyau avec un aspect granuleux; on y distingue des grains de nucléine plus ou moins accumulés, agglomérés ; mais le noyau a perdu sa forme sphérique ; il s'est
SPER\[ATO;".E\ÈSE CHEZ LES CKCSTAGÉS DÉCAPODES. 189
ridé à la surface, il s'est ralaliiié, el il manifesle des tendances évidentes vers l'atrophie et la disp;irilion. Les fig. PI. Vil, 79, 80, 8i, 82. 85, Si, 83, montrent plusieurs cas observés chez le même anima! el plusieurs degrés d'atrophie du noyau, Les fig. PI. IX, 16, 2'i, répondent au même état. Les fig. PL Vil, 82, 85, présentent des noyaux bien réduits et pauvres en grains de chromatine. Les flg. PI. IX, 23, 26, montrent deux spermatozoïdes où les noyaux ne forment plus qu'une calotte mince, pâle el incolore, recouvrant la plaque vivement colorée et réfringente de la vésicule.
Je pense qu'il faut considérer cetle forme granuleuse el ratatinée comme une phase ultérieure du noyau gonflé et homogène. En effet, dans ce dernier les parties périphériques deviennent claires, incolores (PI. VII, 72; PI. IX, 29), se ratatinent, et la partie chromophile se réduit de plus en plus.
Nous trouvons donc chez Paguristes maculatiis les deux formes observées chez Pagurus striatus, c'est-à-dire la forme h noyau dilaté, gonflé el à chromatine diffuse, el la forme à noyau ratilinô et atrophié ou grains chromophiles rares et isolés.
Ces deux formes peuvent correspondre à deux modes différents du processus de transformation du noyau ; mais je crois aussi qu'elles représentent souvent ici, comme d'ailleurs chez Pa^wn/s striatus, deux phases successives de cette transformation, h forme dilatée et à chromatine diffuse étant suivie de la forme ratatinée à chromatine rare et granuleuse. Cette seconde phase résulterait de la destruction de la plus grande partie de la nuclôine, de sa réduction h quelques grains isolés, et de la disparition ou résorption du suc nucléaire.
Nous retrouverons clairement ces phases successives dans la spermatogenèse des Carides. Ce qui d'ailleurs appuie fortement cette manière de voir, c'est que dans les spermalophores on ne trouve plus que la forme à noyau granuleux et ratatiné.
Quant à la membrane cellulaire, je n'ai pas eu l'occasion d'observer nettement ici ces sortes d'hydropisies du protoplasme de la cellule spermatique qui éloignent la membrane de la vésicule et
que nous avons observées chez Pagurus striatus elchez Diogenes varians. Cela lient probablement à ce que cette modification se produit rarement. Mais elle se pro liiil pourtant quelquefois, car j'ai pu observer chez un sujet quelques spermatozoïdes dont la tigelle faisait saillie par l'orifice inférieur de la vésicule (PI. IX, 29, 51, 32), tandis que chez la plupart des autres la tigelle manquait ou était contenue dans la vésicule (PI. IX, 28, 50, 55, 54). Or on a vu que cette saillie extravésiculaire de la tigelle s'expliquait par la traction de la membrane distendue de la membrane cellulaire. J'ai donc lieu de penser que celle membrane avait dans ces cas- là subi une distension suffisante, quoique je ne l'eusse pas observée directement. Mais j'ai le droit d'ajouter que ces cas doivent être rares, puisque dans mes nombreuses observa lions je lésai rarement rencontrés.
Je ne crois pas nécessaire de faire remarquer dans la spermalogenése de Paguristes maculatus les mêmes traits fondamentaux que chez les autres Crustacés étudiés précédemment : formation de la tète du spermatozoïde par une vésicule sur les parois internes de laquelle se dépose de la substance chromophile, et tendance très marquée à l'atrophie du noyau et à la disparition de sa substance nucléaire chromophile.