CHAPITRE XII
GARGINUS MOENAS.
Les spermatozoïdes de Carcimis wîœwas rappellent à la fois ceux des Pagurides et ceux de Maja. N'ayant rien de spécial à signaler comme processus de la spermalogenèse, je vais me borner à décrire les formes ultimes et variées résultant des modifications des éléments de la cellule spermalique.
§ 1 . — De LA VÉSICULE.
La vésicule se développe comme d'ordinaire et affecte à la fin deux formes, l'une globuleuse qui rappelle il/o/Vï (PI. VII, 158, 160. 161, 162, 166, 167, 168, 169), et l'autre cylindrique (PI. VII, 197 à 209) qui rappelle les Pagurides. Entre ces deux formes se trouvent toutes les formes intermédiaires.
La vésicule fournit, comme toujours, la coupole, la tigelle et un nombre variable d'anneaux cbromopbiles ; mais ces parties sont susceptibles de nombreuses variations qui peuvent être distinguées en plusieurs types.
Il y a : r Le type à coupole continue, qui rappelle la coupole continue de Maja, des Pagurides, et qui peut se trouver tantôt sur des formes globuleuses (PI. VII, 158, 159, 160, 161, 162), tantôt sur des formes cylindriques (PI. VII, 197 à 205, 209). Ces coupoles sont plus ou moins creuses et peuvent être si surbaissées qu'elles sont plates et discoïdes (PI. VII, 200, 209).
2" Dans d'autres cas, les coupoles sont perforées au centre comme dans certains cas chez les Pagures et chez Maja (PI. VII, 164-, 165, 168, 169). La perforation centrale peut être si large que la coupole est réduite à Tanneau marginal de Maja (PI. VII, 164, 165, 166, 167, 168,204,205).
Eu outre, la vésicule possède un ou plusieurs anneaux chromopliiles élroils et déliés.
Il y a toujours à l'extrémité inférieure de la vésicule un dépôt cliromopbile formant un anneau plus ou moins ouvert, qui borde en bourrelet l'orifice inférieur de celle-ci. Il correspond à l'anneau ou dépôt du pôle inférieur que nous avons observé cbez presque tous les Crustacés. Cet anneau ne fait jamais défaut ici, et est le plus accentué. Mais il peut être accompagné dans les formes cylindriques d'un ou deux autres anneaux situés au-dessus de lui (PI. YÎI, 206, 207, 208, 209) qui peuvent avoir des diamètres un peu différents, ce qui influe certainement sur les diamètres de la vésicule, et ce qui lui donne parfois la forme d'un lube de lunette à cylindres rentrants (PI YII, 207, 208, 209). C'est là une disposition que Gilson a décrite et figurée pour Maja tuberculata (PI. XIII, 601) et pour Acanthomjx lunulatus (PI. XIII, 657), et donl il donne une explication lout à fait erronée. Pour lui, en effet, le segment cylindrique inférieur de petit diamètre n'est que le contenu gonflé de la vésicule nucléaire qui sort de celle-ci sous forme d'une colonne qui passe à travers la perforation apicale (pag. 251. Explication des plancbes). Il est facile de se convaincre qu'il s'agit simplement d'une portion rélrécie du cylindre vésiculaire, exactement comparable à ce que nous avons vu comme cône terminal inférieur chez le Homard. L'anneau inférieur, le premier formé et le plus résistant, s'est opposé à la dilatation de l'orifice inférieur et de la portion inférieure du cylindre, lorsqu'il y a eu surproduction du liquide vésiculaire ; tandis que l'anneau supérieur, plus tardif et plus faible, ou bien n'est survenu que quand la distension s'était déjà produite, ou bien a cédé à celte distension.
§ 2. — De LA TIGELLE.
La ligelle commence à apparaître dans le fond de la coupole sous forme d'une petite éminence irréguliére (PI. VII, 161, 162, 169, 205), qui bientôt se pèdiculise.
Elle s'allonge ensuite sous forme de fuseau suivant l'axe de la vésicule, et parvient souvent par une extrémité e^/^'e jusqu'au pôle inférieur de celte dernière, qu'elle ne dépasse pas très généralement.
Elle ne fait donc pas ordinairement saillie hors de la vésicule. J'ai pourtant observé quelques exemples de celte dernière disposition (PI. VII, 165, 164, i65). La tigelle est composée d'un tissu feutré, dans lequel sont répandus irrégulièrement de fines granulations chromophiles.
§5. — Modifications du noyau, du protoplasme et de la membrane cellulaire.
Le noyau est appelé à disparaître complètement chez la plupart des spermatozoïdes murs. Mais cette disparition totale est plus tardive que chez Maja squinado, car on trouve des restes du noyau non seulement chez des spermatozoïdes encore imparfaits, mais même chez des spermatozoïdes déjà avancés dans leur développement.
On trouve des restes du noyau sous forme d'un corps phis ou moins aplati et irrégulier, qui est appliqué sur un point quelconque delà convexité de la coupole. Tantôt ce corps incolore et hyalin renferme encore des traces de nuclèine sous forme de quelques grains grossiers, tantôt sous forme de granulations fines (PI. VII, 158, 159, 160, 197, 198, 200, 201, 202, 205, 204).
Dans d'autres cas, toute trace de nuclèine a disparu, et les restes du noyau constituent un petit disque clair, hyalin et incolore (PI. VII. 165, 164, 165, 209). Ce reliquat altéré et imparfait Onit même par s'effacer entièrement, si bien que les spermatozoïdes de Carcinus mœnas, comme ceux de Maja, sont dépourvus d'appendice nucléaire, et manifestent au plus haut degré celte tendance à la disparition du noyau, qui caractérise la spermatogenèse des Décapodes.
Le protoplasma de la cellule spermatique paraît être entièrement ou presque entiérementrèsorbédanslesspermalozoidesdeCammts
mœnas. Il forme peut-être aiilonr des bords de la coupole un anneau 1res mince ; mais je n'ai pu l'apercevoir bien dislincleinent ; et dans tous les cas je n'ai point vu les prolongements proloplasmiques ; de sorte que je suis disposé i\ penser qu'ils manquenlcliez ce Décapode ou qu'ils sont fugaces comme de vrais prolongements amœboïdes.
Comme chez Maja squinado, la membrane cellulaire m'a paru adhérer de bonne heure à la membrane vésiculaire ; aussi observel-on très rarement la formation de vésicules ou manchons hyalins dus au clivage des deux membranes par l'interposition d'un liquide clair et hyalin. Cette rareté des cas de clivage vient expliquer la rareté des cas de saillie de la tigelle, car nous avons vu que ces derniers s'expliquaient par les premiers. J'ai cependant vu un cas où le clivage était total, et reproduisait la disposition si fréquente chez Astacus, où le spermatozo'ide est comme libre au milieu d'un espace sphérique limité par la membrane cellulaire.
§4. — Exposé et critique des travaux antérieurs sur la sper- MATOGENÈSE DES Ccircinus mœïias.
Gr bben' fait remarquer que la tête des spermatozoïdes des Porlunides est à peu près sphérique, et que le corps protoplasmique se dispose sur l'équateur de la tète qui forme un anneau plat, convexe en haut, à bords rabattus vers le bas, ayant la forme d'un parapluie, et fournissant par sa périphérie de très courts prolongements, de 15 à 15 chez Portunus depurator, de 13 à 19 chez Carcinus mœnas.
Il est évident que Grobben a compris dans la tète du spermatozoïde, non seulement la coupole mais la vésicule tout entière. Remarquons d'ailleurs qu'il ne fait aucune mention des détails de structure de la vésicule, de la tigelle, et qu'il n'a pas observé les formes cylindriques et cà anneaux multiples. Mais par contre il a vu l'anneau plat de protoplas:ne et ses très faibles prolongements
' Grobben ; loc. cit.
qui ont échappé à mon observation, ce qui peut tenir à la contraction que les fixaleuri employés par moi ont produit dans celle lame si faible et si pelite de protoplasme.
Hermann ' dans sa Note à l'Institut cite Carcinus parmi les Brachyures qu'il a étudiés : il lui attribue les processus généraux de spermnlogenèse de ce groupe de Crustacés, tels que nous les avons analysés pour Maja, sans entrer dans des considérations spéciales sur ce genre et sur l'espèce C. mœnas.
Gilson - consacre quelques lignes à la spermalogenèse de Carcinus mœnas. Il y renouvelle l'opinion déjà exposée et combattue par moi, que la têle est formée par le noyau qui s'excave, et se creuse plus on moins profondément pour recouvrir plus ou moins la vésicule.
Gilson a représenté la tigelle débutant au fond de la coupole, et s'élendant vers le pôle opposé pour devenir fusiforme et se terminer par une extrémité effilée. Ses observations sont tout à fait conformes aux miennes. J'en dirai autant pour ce qui regarde les prolongements radiés, que, comme moi, Gilson n'a pas observés chez Carcinus mœnas.
* Hermana ; Note à l'Institut.
2 Gilson ; loc. cil.