INTRODUCTION
Etudiant le rôle de la rate dans les intoxications expérimentales, MM. Nicolas et Beau (1) arrivaient à cette conclusion : « La splénectomie, chez le cobaye, ne semble pas, d’après nos expériences, avoir l’innocuité au moins à longue échéance qu’on lui accordait jusqu'ici. Nos animaux dératés sont morts après l’opération, dans un temps assez restreint, sans lésions macroscopiques appréciables et après une période d’amaigrissement progressif. La cause de leur mort reste à déteminer. »
M. Nicolas voulut bien nous associer à lui pour continuer ses études sur la splénectomie, et sur son influence au point de vue physiologique pur. Il était intéressant de savoir si la rate était vraiment un organe essentiel chez tous les animaux comme elle semblait l’être chez le cobaye.
Nombreuses sont déjà les recherches entreprises à ce sujet, apportant chacune une pierre à l'édifice commun : le rôle si controversé de la rate.
Cliniciens et physiologistes ont multiplié les premiers leurs observations, les seconds leurs expériences, sans pou-
(4) Beau : Du rôle de la rate dans les infections expérimentales, Lyon 1901-1902, n° 25, p. 66.
J, Nicocas et Beau : Journ. de phys. et path. gén., p. 124.
pts
voir cependant éclaircir tout à fait ce rôle physiologique de la rate : c’est que là encore le rôle d’un organe vivant est complexe et l’on ne peut appliquer intégralement les lois expérimentales, nous n’avons plus deux faits à isoler d’autres phénomènes, pour établir entre eux une relation de cause à effet, relation qui deviendra une loi. L’organe vivant est bien cause de certains phénomènes, mais ce rôle qu'il joue dans l’organisme, il n’est pas le seul bien souvent à le remplir ; qu’on enlève cet organe pour savoir, par la méthode de différence, quels sont ceux des phénomènes qui disparaissent ou dont l’intensité est atténuée du même coup, un autre prgane le suppléera et les résultats auxquels on aboutira ne pourront être que très approximatifs.
C’est ce qui explique les hypothèses et les résultats contradictoires des expérimentateurs.
Les cliniciens sont plus mal placés encore pour pouvoir juger du rôle de la rate, toutes les observations publiées par eux sont relatives à des splénectomies faites chez des malades, réagissant donc autrement que les organismes sains. La rate pouvait déjà être suppléée dans son rôle du fait de la dégénérescence pathologique de ses tissus sous l’influence de la virulence des microbes qui y étaient cantonnés, ou seulement par le fait des toxines imprégnant tout l’organisme, et le caractère des réactions de celui-ci pouvait être modifié.
Des conclusions à peu près certaines sont donc difficiles à poser. Elle semble fournir au sang une partie de ses globules blancs, mais ses rapports avec la formation des hématies sont très incertains ; naissent-elles dans son tissu, y sont-elles seulement modifiées, complétées, ou bien y sont-elles détrui-
tes. La rate est-elle pour les globules rouges un berceau ou une tombe ?
Len
Nous avons, pour notre part, essayé d'étudier ce rôle sur des animaux sains, des chiens, que nous avons observés un certain temps avant la splénectomie et après cette opération, en les tenant dans les mêmes conditions de milieu et de nourriture. Nous avons fait porter nos observations particulièrement sur les urines, chose rarement faite auparavant et sur l'analyse qualitative des globules blancs. En même temps, nous avons fait une numération des globules rouges et nous avons étudié la valeur colorimétrique du sang. Les résultats pourraient paraître peu concluants,attendu que le temps nous a manqué, mais une note du D° Wlaeff dans le Bulletin de biologie du 8 septembre 1902, page 1221, donnant, pour ainsi dire, des conclusions semblables aux nôtres, nous encourage à publier nos résultats.
Nous ne ferons pas un historique général de la splénectomie, nous réservant de placer à propos de chaque fait les résultats et les explications donnés par chaque observateur.
Notre travail comprendra cinq partes :
1° Splénectomie chez le chien, manuel opératoire.
2° Etude des urines.
3° Etude de la variation des globules rouges, du pouvoir colorimétrique du sang et de la richesse en fer.
4° Etude des globules blancs et de leurs variations quantitatives et qualitatives.
5° Conclusions.