‹ De la spontanéité de la matière dans les manifestations physiques et vitalesChapitre 3 sur 13 · A LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

A LA MATIÈRE

Rigoureusement parlant, non-seulement toutes les maladies, mais tout ce qui, dans l'univers, aune réalité a été ou est spontané, c'est-à-dire ressort ou émerge des simples forces matérielles ; car il est évident que la spontanéité doit exister dans la nature. Quelle que soit la limite à laquelle s'arrête l'esprit humain sur l'origine du monde et sur la succession des phénomènes qui s'y évoluent, qu'il s'arrête aux forces de la matière et en admette l'existence éternelle, ou bien qu'il s'élève d'un échelon et qu'il croie à une force créatrice et préexistante à la matière , toujours est-il que, force matérielle ou force immatérielle doit agir en définitive nécessairement en vertu de sa propre spontanéité. Autrement l'intellect humain se demanderait toujours : Quelle est donc la puissance, se trouvant sur un

échelon plus élevé encore, qui détermine la force matérielle ou immatérielle d'agir dans tel sens et non dans tel autre ?

Maintenant il se présente une question très-grave, qui doit être résolue ici, à l'aide des éléments positifs que toutes les sciences ont accumulés pendant les siècles passés , savoir : si l'on a des raisons puissantes et déterminantes de croire à l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière, et si nous avons des points d appui solides, consistant dans des faits irrécusables ou au moins dans des analogies, qui pourraient nous autoriser h admettre et à soutenir une hypothèse semblable. Malheureusement, nous l'avouons, nous sommes conduits à affirmer , d'après tout ce que les sciences naturelles nous enseignent, qu'il n'existe aucune autre base et aucun autre motif qui puissent nous amènera une pareille supposition, que notre ignorance absolue sur l'origine de l'univers et sur la manière dont les grands phénomènes de la nature se sont accomplis ou s'accomplissent encore et qui évidemment ne sont que les évolutions de la matière.

Dans cette position de la question, il est évident que l'existence d'une force créatrice, et par conséquent préexistante à la matière, n'étant pas démontrée, ne peut être qu'une simple hypothèse.

Nous admettons bien que , dans l'impossibilité de pénétrer le secret de la manière dont s'accomplissent certains phénomènes, on émette des hypothèses pour

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leur explication. Nous admettons encore qu'une hypothèse, si elle rend un compte exact ou au moins trèssatisfaisant de l'accomplissement de ces faits, puisse être considérée comme une vérité ; mais pour cela il faut qu'elle soit raisonnable, c'est-à-dire qu'elle ait une existence positive au moins quelque part, par conséquent qu'elle ne soit pas un produit abstrait de l'imagination.

Lorsque anciennement, dans l'ignorance comment s'accomplissait tel ou tel phénomène dans notre système planétaire, on a admis le mouvement du soleil autour de la terre, celte hypothèse , appliquée à l'explication des mouvements des planètes et de la production des saisons, des nuits et des jours , etc. , était une erreur ; mais, en elle-même, elle était raisonnable et possible parce que le mouvement d'un corps autour d'un autre existe dans la nature. Quand, pour expliquer la propagation du calorique ou de la lumière , les physiciens ont émis l'hypothèse de la vibration dans unéther trèsfin, cette hypothèse en elle-même est encore raisonnable et possible, parce que cette vibration existe dans l'air et propage le son, et du reste elle rend un compte assez satisfaisant du phénomène lui-même. Lorsque anciennement, ne sachant pas pourquoi les liquides montaient dans un tube où l'on faisait le vide, on a admis l'horreur de la nature pour le vide, on a émis une hypothèse qui n'était pas une abstraction imaginaire , par conséquent elle était raisonnable, puisque l'horreur de quelque chose existe réellement chez

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l'homme ; mais attribuée k la nature elle était impossible et illogique par la raison que la nature manque de sentiment et ne peut avoir ni horreur ni sympathie pour aucun phénomène de ce monde, comme nous l'avons déjà dit dans une autre de nos publications.

Lorsque, dans l'impossibilité de savoir comment des atomes d'un virus inoculés localement à un être vivant, pénètrent tout l'organisme et produisent une maladie générale, on a admis la fermentation pour expliquer ce phénomène, on a fait une hypothèse raisonnable, parce que la fermentation existe dans la nature ; mais appliquée aux maladies contagieuses cette supposition est illogique et impossible, parce que la fermentation n'existe pas dans les êtres vivants.

Quand enfin les contagionistes, dans l'ignorance complète sur la manière dont se développent et se propagent les épidémies, imaginent la contagion à distance ou par infection pour expliquer ce développement et cette propagation , ils émettent une hypothèse irrationnelle et impossible , parce qu'une semblable contagion n'a été démontrée dans aucune épidémie ; elle ne peut même être admise par induction, puisqu'elle n'existe dans aucune autre maladie. Et puisque nous parlons encore de cette question, nous ajouterons que c'est surtout dans la petite vérole qu'on ne peut pas se défaire de l'idée de la contagion a distance; parce que cette maladie a un virus inoculable et qu'en même temps elle est capable de régner épidémiquement. Or nous

DANS LES MALADIES Si

défions toutes les facultés et toutes les académies de médecine, nous défions tous les médecins in gremio et séparément d'indiquer un seul ouvrage où la contagion par infection ou miasmatique, autrement dit, où la contagion à distance dans la variole soit démontrée d'une manière irrécusable.

Il est vrai que la contagion existe, réellement, mais c'est une contagion qui a un virus réel et inoculable, comme dans la syphilis, la rage, la morve et la pustule maligne, seulement elle n'agit jamais à distance ; il est vrai encore que l'action d'un corps à distance existe réellement aussi, par exemple : pour la chaleur, la lumière, le son, et l'attraction ; mais la réunion de ces deux faits, vrais pris séparément, provenant de sources tout à fait différentes, pour en faire une hypothèse explicative de la propagation des épidémies, est une superfétation ou une création hybride des imaginations médicales inconséquentes. Car c'est un composé de deux faits en euxmêmes réels, mais dont l'un s'accomplit dans les êtres organisés et l'autre se passe dans le monde physique el dont l'ensemble, c'est-à-dire contagion à distance, n'a été démontré nulle part. C'est une création, disons-nous, hybride, exactement comme sont certaines productions poétiques et artistiques, par exemple : centaure, moitié homme, moitié cheval ; sirène, moitié femme, moitié poisson ; des monstres h plusieurs tètes , et loules les chimères égyptiennes et chinoises dont les détails

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