‹ De la spontanéité de la matière dans les manifestations physiques et vitalesChapitre 4 sur 13 · DIS LA SPONTANÉITÉ · texte numérisé non relu

DIS LA SPONTANÉITÉ

se trouvent en réalité séparément, mais dont l'ensemble n'a jamais existé et n'existe nulle part dans ce monde.

On comprend donc, par les exemples rapportés plus haut, qu'une hypothèse, pour qu'elle soit rationnelle, possible et à plus forte raison probable, doit nonseulement exister réellement quelque part, mais encore elle doit être prise autant que possible dans un ordre de choses semblables et nullement dans des ordres de faits tout à fait différents. Ainsi, il ne faut pas, même hypothétiquement, attribuer à la nature des sentiments propres à l'homme, il ne faut pas expliquer certains actes s'accomplissant dans un être vivant par la fermentation, parce que ce dernier phénomène se produit dans les corps privés de la vie. Nous dirons encore qu'une hypothèse, pour qu'elle soit rationnelle, possible et probable, ne doit pas être surtout une pure abstraction, une pure invention de l'imagination, comme est la contagion à distance ou par infection ; mais cette hypothèse doit avoir, disons-nous, une existence irrécusable quelque part.

Revenant à la question de l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière, nous demandons encore une fois sur quoi on base cette hypothèse? Certes, nous n'exigeons pas des démonstrations directes de sa réalité; mais nous demandons qu'on nous montre au moins l'analogue, c'est-à-dire un phénomène extramatériel, pour que nous puissions admettre la possibilité d'une hypothèse semblable, par induction. Car l'élude

• et des méditations profondes sur les phénomènes de ce monde contraignent d'affirmer qu'il n'existe ni force, ni fait, ni phénomène, bref, ni cause ni effet, qui ne soit si intimement uni à la matière, que cette dernière déplacée, ou, s'il était possible , détruite, cause et effet n'existeraient pas. Par conséquent, puisqu'il n'existe absolument rien dans la nature en dehors de la matière, la force créatrice extramatérielle n'est qu'une abstraction et une pure hypothèse inventée par l'imagination.

Nous avons bien entendu objecter : Vespace et le temps, est-ce quelque chose de matériel ? A cela nous répondons : l'espace et le temps ne sont pas matériels, ce ne sont que des abstractions ; aussi l'espace et le temps n'existeraient pas, autrement dit : l'intelligence humaine ne pourrait même pas les concevoir, s'il n'y avait pas d'un côté Paris et Rome, l'Europe et l'Amérique , la terre et le soleil , le soleil et les autres corps célestes ; et d'un autre côté, s'il n'y avait pas le lever et le coucher du soleil, ou la nuit et le jour, les phases de la lune, les saisons de l'année, et si Alexandre le Grand, Charlemagnc, Napoléon, etc., bref si des manifestations et des faits matériels n'existaient pas ou n'avaient pas existé. Or, ce sont ces manifestations et ces faits matériels dont les uns par leur éloignement, et les autres par leur succession, nous font concevoir les deux abstractions t espace c,\ le temps. De manière qu'en admettant l'absence de la matière, et par conséquent l'absence

des causes et effets matériels, il n'y aurait absolument rien, c'est-à-dire le néant, inconcevable peut-être pour notre intelligence bornée.

Peut-être pourrait-il se trouver quelque lecteur qui, après avoir lu attentivement nos publications antérieures et ne pouvant combattre les arguments exposés, se croirait en droit de nous faire l'observation suivante : En admettant que vos raisonnements soient inébranlables et que les conséquences que vous en tirez soient des vérités, ne pensez-vous pas que ce que vous démontrez soit précisément une de ces vérités sur lesquelles, vous l'avez dit ailleurs, il faudrait laisser un voile prudent ? Cette objection ne manque pas de justesse, aussi mérite-t-clle une explication.

Celte pensée se trouve en effet dans un de nos ouvrages (1), mais quand on veut faire un travail sérieux concernant les sciences naturelles, on est obligé de scruter les faits les plus intimes, de sonder les abîmes les plus profonds de la nature, pour ne pas laisser en arrière même une apparence d'écueil contre lequel les adversaires seraient tentés de briser la doctrine. D'ailleurs tous les arguments qui précèdent, ne sont pas de simples produits de notre imagination, ils sont tirés du grand-livre de la nature , et tout le monde peut les y trouver, s'il sait y lire avec réflexion et surtout avec résignation.

(1) Examen critique des diverses opinions sur la contagion du choléra, 1866, p. 130.

Nous pensons qu'il n'y a pas d'homme qui ne serait pas heureux d'apprendre, par une démonstration irréfragable , que le contraire de ces doctrines est vrai ; mais nous répétons , que nous ne pouvons nous appuyer ni sur l'expérience directe, ni sur l'observation des phénomènes de la nature, ni même sur une analogie pour admettre l'existence d'une force créatrice extramatérielle et par conséquent préexistante à la matière.

Nous sommes donc forcément amené à reconnaître que : l'éternité . quant a la durée, l'infini quant a l'étendue, la spontanéité quant a l'action et les forces créatrices quant a l origine des êtres, existent dans la matière unie a ses propriétés

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