‹ De la spontanéité de la matière dans les manifestations physiques et vitalesChapitre 5 sur 13 · PRIMORDIALES, QUE LA SCIENCE APPELLE FORCES PHYSICO - CHIMIQUES · texte numérisé non relu

PRIMORDIALES, QUE LA SCIENCE APPELLE FORCES PHYSICO - CHIMIQUES

Les objections, que nous entendons faire quelquefois, nous engagent d'ajouter encore quelques réflexions. Souvent on nous fait cette observation : Vous exigez des preuves positives de l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière; mais prouvez-nous donc de votre côté que cette force n'existe pas. D'autres savants, moins inconséquents dans leur exigence, nous disent : Vous parlez de l'éternité, de la spontanéité et des forces primordiales de la matière, oubliant, qu'au fond, vous ne connaissez la nature ni de la matière, ni de ses forces. Ces objections sont en apparence plausibles, mais lorsqu'on les analyse bien on

voit qu'elles ne sont pas fondées et qu'elles ne devraient pas être produites dans une discussion sérieuse.

Dans la vie matérielle nous ne jouissons pas et ne pouvons jouir d une liberté complète. Ainsi, admettons un homme, civilisé ou sauvage, vivant dans l'isolement ; si sa liberté n'est pas bornée par celle de ses semblables, cllo l'est par les éléments matériels qui l'entourent ; jamais un homme, le voulût-il, ne pourrait s'élever en l'air comme un oiseau, se nourrir de corps inorgan iques et respirer l'acide carbonique comme une plante ou bien vivre sans nourriture comme un animal hivernant. Aussi ne ferait-il jamais des essais pareils, connaissant les conséquences funestes qui en résulteraient pour lui. Et lorsque l'homme entre dans une société, sa liberté est encore plus limitée par celle de ses coassociés. Voilà des entraves à notre liberté, existant dans la vie matérielle et que nous appellerons des entraves physiques.

Mais ce serait une grande erreur de croire que nous sommes plus libres, intellectuellement ou moralement parlant. L'intelligence ou le moral de l'homme a aussi des limites, qu'il doit strictement observer; ces limites, que nous nommerons morales, sont les règles de la logique. Parce que leur violation n'entraîne pas les conséquences funestes et immédiates, qui suivraient la transgression des entraves physiques, parce que nous ne mourons pas et qu'on ne nous met pas à la question, lorsque nous blessons les principes de la

logique, ceux-ci n'en sont pas moins sacrés et moins inattaquables.

Quand nous demandons qu'on nous donne des preuves décisives de l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière, et quand, au lieu de le faire, on nous répond : Mais prouvez donc de votre côté que cette force n'existe pas, on ne périra pas pour cela, comme celui qui, d'une des tours de Notre-Dame, se lancerait dans l'espace, on ne sera môme pas emprisonné pour ce raisonnement, mais on n'en viole pas moins une des lois les plus importantes de la logique, lesquelles cependant, disons-nous encore une fois, devraient être respectées aussi rigoureusement que les lois physiques. Cette loi ou principe de la logique dit que : celui qui avance un fait afïirmatif ou positif, doit en faire la démonstration et non celui qui soutient un fait négatif. Autrement on ne résoudrait aucune question, car toutes les discussions s'arrêteraient à se demander • réciproquement : Prouvez que ce que vous affirmez est vrai ; et puis : Prouvez que ce que j'avance n'est pas vrai.

Puisqu'on avance un fait afïirmatif, c'est-à-dire l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière, il faut bien qu'on ait des raisons et des motifs sérieux pour cela, par conséquent on doit les produire et persuader les autres. Quant à la démonstration du contraire, pourquoi veut-on que nous nous occupions seulement de donner des preuves de la négation d'un

fait, dont on est dans l'impossibilité de démontrer l'existence, et qui n'est qu'une production abstraite de l'imagination?

Si nous insistons autant sur cette question, ce n'est pas pour répéter ce que nous avons déjà dit brièvement sur ce sujet dans une autre de nos publications ; mais parce que la règle : qu'on doit faire la preuve des faits positifs et non des faits négatifs, est un principe de la logique, auquel on ne doit jamais contrevenir dans une discussion, et dont cependant, malgré son incontestabilité, s'écartent quelquefois même des hommes sérieux ; ensuite, parce qu'au fond des développements qui précèdent, se trouvent des arguments qui ne sont pas les moins solides, en faveur des vérités que nous soutenons.

A propos de l'objection faite, qu'on parle de l'éternité, de la spontanéité et de la nécessité ou de la fatalité des forces matérielles, sans connaître absolument rien sur la nature de ces forces et de la matière, nous rapporterons ici les opinions de M. Huxley émises sur ce sujet dans une des conférences scientifiques d'Édimbourg (i) : « Et quelle est la terrible nécessité et la loi » de fer, sous laquelle gémissent les hommes? En vé- » rité, voilà des fantômes inventés gratuitement. Je » suppose que s'il y a une loi de fer c'est celle de la » gravitation; et s'il existe une nécessité physique,

(1} lleoite des cours scientifiques, v. VI, p. 521.

» c'est qu'une pierre abandonnée à elle-même tombe » par terre. Mais que savons-nous réellement et que » pouvons-nous savoir sur ce dernier phénomène ? Sim- » plement ceci, que, d'après l'expérience humaine tout » entière, les pierres placées dans de pareilles condi- » tions sont toujours tombées par terre; que nous »> n'avons pas le plus léger motif pour supposer qu'il » n'en sera pas ainsi dans tous les cas pareils, et que » nous avons au contraire toute raison de croire qu'il » en sera de même. Cela posé, nous trouvons commode » d indiquer que toutes les conditions pour avoir cette » croyance sont satisfaites, en appelant ce fait une loi » naturelle. Mais lorsque, comme cela nous arrive sou- » vent, nous changeons tombera en devra tomber, » nous introduisons une idée de nécessité qui n'est » nullement dans les faits observés et dont je ne vois » nulle part de justification! »

Et plus loin nous lisons : « Mais, s'il est certain que » nous ne pouvons connaître la nature ni de la matière » ni de Tesprit, et que la notion de nécessité a été illé- » gitimement jetée dans la conception parfaitement » légitime de la loi, l'affirmation matérialiste qu'il n'y » a dans le monde que matière, force et nécessité, est » aussi peu justifiable que les plus hasardés dogmes » théologiques. »

Nous commençons par répondre à la première question du savant professeur de Londres, qu'une des lois de fer sous laquelle gémissent les hommes est celle de la

nécessité d'une parturition douloureuse et l'autre est la fatalité de la mort. Et puis nous demandons à présent quelles sont les choses de ce monde dont nous connaissons l'essence? La réponse est facile, car il est évident que nous ne connaissons la nature intime d'aucune existence réelle de ce monde. Mais notre ignorance absolue sur ces questions n'empêche pas de démontrer l'existence de la matière, des forces et de la nécessité dans l'univers.

Nous croyons inutile d'entrer dans de longues discussions pour établir cette démonstration ; seulement si le savant membre du collège royal de Londres n'en était pas convaincu, nous voudrions l'enfermer, entouré de l'esprit et des dogmes théologiques, entre quatre murs dans un espace étroit et sans nourriture. Nous croyons que la résistance de^ murs, le besoin des aliments, de l'air respirable et du mouvement lui feraient reconnaître, d'un côté, l'existence de la matière, des forces et de la nécessité dans la nature, et d'un autre côté, il reconnaîtrait dans celte position l'inanité de l'esprit et des dogmes théologiques, ainsi que le non-sens du rapprochement du premier avec la matière, des seconds avec les affirmations matérialistes.

Lorsque M. Huxley dit enfin, que suivant la loi de fer de la gravitation ou de l'attraction qui a dirigé jusqu'à présent le mouvement, nous pouvons affirmer qu'une pierre abandonnée à elle-même tombera par terre; mais que devra tomber est une idée dont il ne trouve

nulle part la justification ; cela signifie qu'une pierre, qui dans ladite condition est toujours tombée par terre, pourrait bien un jour ne plus tomber du tout, et par conséquent que les hommes qui, jusqu'à présent, meurent toujours successivement, pourraient bien un jour ne pas mourir du tout. Ceci nous parait être un scepticisme exagéré, pour ne pas dire déraisonnable, par lequel le savant professeur d'outre-Manche voudrait ébranler le positivisme ou le nécessairiarisme, pour nous servir de son expression, des lois de la nature. Il est sûr et certain que M. Huxley est hors d'état de prouver la possibilité de faits semblables ; mais comme, enfreignant le principe de la logique dont nous venons de parler plus haut, il pourrait demander qu'on lui démontre que ces faits ne sont pas possibles, nous n'entrerons pas dans une longue appréciation de ce qu'il avance; nous dirons seulement que son scepticisme n'est qu'un produit abstrait de son imagination et n'ébranle absolument rien. A cette occasion nous ajouterons une seule réllexion. Les corps célestes se meuvent dans des courbes qui sont représentées par la section d'un cône, comme sont: le cercle, l'ellipse et la parabole; on observe des comètes qui, dans leur progression, décrivent une ellipse tellement allongée, que son grand diamètre est regardé comme infini ; aussi les astronomes n'en tiennent-ils pas compte, et considèrent l'astre comme décrivant une parabole, autrement dit comme ne devant jamais revenir sur notre horizon. Or, quand

nous regardons derrière nous l'infinité des siècles pendant lesquels existe la stabilité de l'univers, c'est-à-dire le nécessairiarisme ou les lois de fer de la nature, nous pouvons être persuadés que le bouleversement des lois de fer, en vertu duquel les pierres abandonnées à elles-mêmes ne tomberont pas par terre et les hommes vivront éternellement, arrivera dans un nombre de siècles tellement considérable, que nous pouvons passer outre et penser que ce moment n'arrivera jamais.

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