‹ De la spontanéité et de la spécificité dans les maladiesChapitre 9 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la spontanéité , comme caractère essentiel de la maladie. — De la spontanéité morbide , dans ses rapports avec les causes occasionnelles des maladies. — De la spontanéité morbide considérée comme base de la série pathologique.

La spontanéité morbide est un corrollaire direct, une face particulière de la spontanéité générale et nécessaire de l'être vivant. Les lois fondamentales de la vie ne s'effacent, ni ne s'obscurcissent dans la maladie; elles y prennent plutôt des saillies nouvelles et des formes plus saisissantes; et cela, d'autant plus que les lois que l'on considère sont plus générales et plus essentielles à l'être, qu'elles le traduisent plus entier et plus parfait.

C'est ainsi que l'unité morbide est la vive image de l'unité physiologique et vivante. Certes , l'unité de l'être est un fait éloquent par lui-même , et il n'est pas une fonction qui ne lui emprunte son origiae et sa fin; elle est l'âme du nombre et de la succession des actes organiques.

L'évolution tout entière de l'organisme vivant qu'est-elle, sinon la manifestation incessante de l'u-

nité qui l'engendre et la gouverne ? Cependant cette unité du tout vivant , quelques physiologistes , armés de la seule analyse , ont osé la nier , au profit de la vie œlhilaire dont ils ont proclamé Tindépendance. Pour eux , il n*y a d'autre unité qne Funité de la cellule. L'unité vitale , ainsi conçue , se partage et se perd dans le nombre infini des unités cellulaires ; changée en multitude , on semble n'en conserver le nom que par un dériscrire respect. L'unité morbide résiste à ces délires de l'analyse ; ou , du moins, il faut nier la maladie elle-même, et l'invincible liaison des actes et symptômes morbides , poar refuser l'unité qui domine et constitue la maladie dans ses manifestations successives. C'est là , en effet , c'est à la négation radicale de la maladie , qu^ont abouti ceux qui ne trouvant pas à l'unité morbide, un siège , une lésion propre , ont refusé de l'admettre , la rejetant parmi ces; hypothèses vieillies, dont h science moderne avait à secouer le fardeau. Suivant ces médecins, il n'y a que des lésions, des états organo-pathiques , avec des symptômes mécaniquement attachés à ces états. L'unité de la fièvre , Tunité d'une maladie fébrile, l'unité d'une affection diathésique sont des rêves , et la médecine fondée sur ces notions est tout entière à refaire ; par suite , il faut traiter de rêve ontologique et la fièvre , et la maladie fébrile , et l'affection diathésique, tant l'idée d'unité et celle

de maladie sont attachées Tune à Tautre. C'est que la maladie concentre en une évolution rapide et inaccoutumée Tunité vivante; elle en fait un spectade émouvant qui nous pénètre plus fortement que le spectacle de la vie régulière et de ses harmonies constantes.

Il en est de même de la spontanéité morbide.

L'être vivant, dans la nialadie, est condamné à des efforts nouveaux et insolites; il réagit, et soulève dans cette réaction un 'ensemble d'actes synergiques^ qui mettent à découvert ce que sa spontanéité gardait de voilé et d'obscur dans les profondeurs de la vie nutritive. Non seulement, la spontanéité vivante subsiste dans la maladie et continue son œuvre accoutumée, mais elle a à accomplir tout un autre travail qui naît pour elle avec la maladie ; elle a à vaincre l'affection qui a frappé la vie, et à ramener l'harmonie dans les fonctions organiques, en suscitant, au milieu d'elles, un enchainement d'actes médicateurs, enchainement parfois long, difficile et douloureux.

Toute maladie de cause interne est nécessairement spontanée: car, la maladie étant fait vital, la vie peut seule l'émettre, la produire par sa spontanéité propre. Pour être non spontanée, la maladie exigerait que sa production s'opérât directement par les causes extérieures et physiques ; il faudrait que la maladie fut un prolongement de l'action phy-

sique à travers Forganisnie, qu'elle fût, par conséquent de même nature que cette action. La oialadie, si elle n-était pas ^pontanée^ serait donc une lésion mécanique, ou une altération chimique de la ma« tière organique. La maladie serait ainsi d'un autre ordre que la vie^ à moins d'admettre que la vie elle-même ne soit d'ordre physique , et un résultat des combinaisons de la matière; ce qui est la négation des certitudes premières et fondamentales de la science. La maladie est dope une manifestation de la spontanéité vivante; elle est une affection propre de la vie. C'est là 5a cause réelle. Toutes les altérations de tissus ou d'humeurs qui précèdent ou suivent l'affection, n'en sont que des conditions occasionnelles, ou son^ un effet dû. aux troubles vitaux suscités par elle. Ces dernières altérations dont l'ensemble constitue Tanatomie pathologique, quelque importance qu'elles présentent pour la pleine connaissance de la maladie, demeurent des effets qui permettent de remonter à la cause morbide génératrice, sans jamais elles-mêmes fournir cette cause.

Mais. si toute maladie est de soi spontanée, si elle nait d'une détermination et d'une affection propre de la vie, si elle trouve dans cette affection sa cause véritable, il n'ensuit pas que la maladie soit sans rapport avec les conditions ou provocations extérieures qui entourent et impressionnent

Yèire vivant. Les riipporLs de la vie avec le monde extérieur sont incessants; et s'ils fournissent à Tune Tatinient qui lui est nécessaire, ils lui offrent trop souvent des conditions nuisibles qui troublent son activité régulière. Ces conditions nuisibles sont plus ou moins intenses, rencontrent un organisme plus ou moins sensible à leur action. Si leur intensité s'accroît dans une certaine mesure, si Timpression ressentie par l'organisme le pénètre dans sa vie fondamentale et trouble l'équilibre général des fonctions, ces conditions deviennent morbifiques; elles se transforment en causes occasionnelles de maladies. Une maladie spontanée peut donc reconnaître, et reconnaît, le plus souvent, des causes occasionnelles, qui n'engendrent pas par elles-mêmes la maladie, mais qui la provoquent et la sollicitent à des degrés divers. La spontanéité de la maladie ne s'efface, ni ne s'affaiblit devant l'influence incontestable de telles causes; elle s'affirme, au contraire, devant et par ces causes elles-mêmes. Il n'est pas nécessaire pour s'en convaincre , de remonter aux notions de doctrine qui enseignent que le fait occasionnel ou physique n'effectue pas directement la maladie, n'est jamais la véritable cause morbiGque; sans invoquer ces raisons supérieures, il suffit d'observer l'action même de ces causes occasionnelles, et de voir comment l'organisQte supporte et traduit cette action.

Le caractère général de l'aclion des ea»ses occasionnelles, en laissant de côté tout ce qai est traumatisme, est de ne pouvoir être prévu, ni calculable dans ses effets. Ainsi des causes occasionnelles identiques et agissant dans des circonstances comparables, suscitent des effets dissemblables, et parfois même opposés; tantôt elles ne se traduisent par aucun effet appréciable; en d'autres cas, elles entrainent des accidents redoutables, montrant de toutes façons une divergence inattendue , et qui , dans les sciences physiques, serait impossible à imaginer. Ces faits d'observation vulgaire prouveraient à eux seuls que ces <;auses ne sont pas la cause morbifique réelle, caria maladie produite doit être nécessairement en rapjDort.avec la cause productrice; ils témoignent surtout, et avec une force irrésistible, que la spontanéité vitale subsiste dans le développement des maladies, et qu'elle n'est pas violentée et soumise par les agressions extérieures. Une n>ême occasion morbide, le froid, l'humidité, la chaleur, une alimentation viciée , un exercice immodéré, des excès de régime , telle ou telle de ces influences diverses peut agir sur des individus placés dans des conditions de santé fort analogues; si cependant, les maladies qui surgissent sous la même influence sont complètement différentes, ne devra-t-on pas conclure que la vie pareillement sollicitée ne répond pas de même.

qu'elle conserve sa spontanéité d'action , qu'elle se détermine et conçoit l'affection morbide, moins par l'agression extérieure que par sa propre disposition ?

Cette spontanéité morbide ne se décèle pas uniquement par ce fait que des maladies d'espèce différente surgissent sous une même occasion morl>ide, mais encore par ce fait, non moins considérable et plus constant, que l'intensité des maladies de même nom n'est nullement en rapport avec l'intensité de la cause occasionnelle. Et ce n'est pas seulement l'intensité, mais encore la forme de la maladie qui v^rie, quoique des variations correspondantes ne s'observent pas dans la cause extérieure. Ainsi telle cause occasionnelle intense provoquera une maladie bénigne et de forme commune, (elle cause légère une maladie grave et de forme insolite. Ces faits se voient tous les jours , même dans ces maladies où la cause occasionnelle évidente et spécifique, comme dans les maladies par contagion, répond à une espèce morbide mieux définie qu'aucune autre. L'inoculation ou la contagion d'une variole discrète et simple peut donner lieu à une variole confluente, ou anomale et compliquée; et, par contre, cette dernière peut fournir la contagion de la fièvre varioleuse la plus discrète et la plus légère. Ces faits, quelle raison en donner, sinon que la spontanéité vivante se maintient et

co

se développe dans la conception morbide, pour faire de la maladie un acte essentiellement personnel et spontané.

Quoique nul rapport ne se n^ontre absolu entre la cause occasionnelle et Taffection morbide, et que la spontanéité de la maladie ne soit jamais obscurcie par une soumission constante ou entière vis-à-vis de l'agent provocateur, cependant on peut, en pathologie, distinguer les classes d'affections morbides d'après l'influence et le plus ou moins de certitude d'action des causes occasionnelles. 11 serait presque permis d'établir une série naturelle des affections nosologiques sur ce principe de classification.

En commençant par les affections où les causes occasionnelles sont les moins spéciales , les plus variables , les plus éloignées de la maladie , nous aurions en tète la classe importante des affections diathésiques. Ici la spontanéité morbide apparaît dans sa pleine puissance; la maladie vient tout entière de l'individu; elle lui est le plus souvent transmise par hérédité , ou atteint le germe dans son înnéité. Ainsi incarnée, dès l'origine, à la vie propre de l'individu , l'affection diathésique demeure indépendante de tout fait occasionnel ; ou , si des chocs accidentels paraissent aider à son développement, ils n'y prennent qu'une part très

subordonnée. L'accident peut bien marquer, en* apparence du moins, le moment d'apparition de la maladie diathésique , mais il reste étranger à sa conception ; celle-ci couvait, prête à éclore sous la première influence; et si nulle influence ne s'était offerte, la maladie h^en serait pas moins sortie des profondeurs vivantes préparées à l'émettre.

Dans ces maladies , toutes personnelles qu'elles soient, il y a pourtant des degrés , depuis celles dont le développement est fatal , indépendant de toute occasion , tant la spontanéité vivante est imprégnée du caractère morbide, jusqu'à celles dont le germe peut sommeiller indéOniment, vieillir à l'état latent, ou ne sortir de ce sommeil apparent que sous l'action prolongée de causes occasionnelles puissamment provocatrices. Toutefois, même à ce dernier degré où la diathèse apparait sous des traits affaiblis, et où les incitations occasionnelles prennent une importance croissante , la première demeure l'élément culminant et causal; les secondes restent impropres à engendrer la maladie. Les sollicitations extérieures les plus pressantes n'amènent pas l'organisme à créer une diathèse; elles n'offrent jamais que des rapports indirects avec cet ordre d'affections , et on leur a trop souvent attribué un rôle prépondérant qui ne leur appartient pas. Ainsi, par exemple, la tuberculisation pulmonaire reste essentiellement le produit d'une

affection diathésique, et n'est jamais le résultat de causes étrangères et accidentelles. Ce fut l'erreur de Broussais de croire que des phlegmasies pulmonaires communes , dues à des influences et à des excitations extérieures, pouvaient, n'étant pas éteintes par un traitement antipHogisiîque sévère, passer à l'état chronique et se convertir directement en infiltration tuberculeuse de l'organe. Dans cette conception systématique, l'inflammation commune conduisait, sans autre intervention causale, à la phthisie; celle-ci devenait , "par conséquent, vraiment acquise et accidentelle comme l'inflammation dont elle était l'efiet. Cette èlioiogie conduisait à de funestes erreurs thérapeutiques. Sans doute, les faits occasionnels , les excitations hostiles contribuent au développement de la phthisie , et il faut parer, avec un soin extrême , aux phlegmasies catarrhales communesque ces excitations provoquent. Mais la phthisie qui naît sous ces influences n'en sort pas moins des puissances morbides, héréditaires ou natives, de l'économie, et non de l'état inflammatoire acquis; celui-ci ne fait que déterminer et hâter le moment d'apparition de la maladie. C'est à la nature particulière des puissances qui émettent le mal qu'il faut, autant que possible, remonter en thérapeutique, pour atteindre aux indications fondamentales et curatives.

Les diflerences que nous venons de signaler dans

ri ntensîté d'une affection diathésique, dans la fatalité de son évolution., dans ses relations avec les causes occasionnelles , ces différences s'observent dans les dia thèses comparées les unes aux autres : les unes demeurant toujours et profondément personnelles , presque affranchies de tout lien vis-àvis des causes accidentelles ; 1^ autres moins fatalement attachées à Tindividu , plus faiblement organisées , moins fortement établies comme entité nosologique , et plus soumises à l'action des faits occasionnels. Parmi les premières se rangeraient les diathèse cancéreuse et herpétique, dont l'étiologie occasionnelle est presque nulle , et qui restent invinciblement liées à la spontan^ié propre de Vin* dividu ; comme exemple des secondes , nous citerions la diathèse rhumatismale. Entre toutes les diathèses, celle-ci est certainement la plus étrange par ses variations : tantôt , se présentant avec les traits accusés de l'afkction diathésique pure, naissant, s'éteignant, se rallumant d'elle-même, et en dehors de toute provocation extérieure, se généralisant sur la plupart des appareils organiques, frappant ce tissu conjonctifet fibreux qui entre dans la constitution de tous les organes , marquant de son empreinte, et pour toujours, l'être vivant qu'elle atteint ; tantôt ,.au contraire , se déclarant subitement sous l'action évidente des causes extérieures , évoluant avec la rapidité et les modes réaction-

nels des maladies aiguës, se résolvaot franchement , s*effaçant pour ne plus r^rakre , on pour ne se reproduire qu'à de loog^ intervalles y et sous de nouvelles et vives provocations. Le rhumatisme, sous ces dernières formes, e9t manifestement lié à des causes accidentelles; il émane de la spontanéité individuelle, mais celle-ci ne semble l'émettre que sous des sollicitations qui la poussent, et Ija déterminent à des actes morl;Hdes auxquels elle n'était pas d'avance et fatalement condamnée. Le rhuma^ tisme semble alors le trait d'union et la maladie de transition entre les afTections diathésiqiies et les maladies aiguës ; il est spontané et indépendant de tout fait accidentel. comme les dia thèses vraies, ou spontané et étroitement relié aux provocations extérieures^ comme les maladies accidentelles et aiguës. Dans Tordre vivant, il y a toujours des êtres ou des modes intermédiaires, qui rattachent entre elles les séries opfiosées, et permettent de passer de l'une à l'autre sans brusque secousse, et d'un pas mesuré.

Les maladies aiguës, auxquelles nous amène le rhumatisme à forme aiguë, ne sont plus ces affections personnelles, qui nées avec le germe, s'organisent avec lui et le. marquent d'une tâche indélébile durant toute son évolution. Ce sont, au contraire, des modes accidentels et temporaires contractés par la vie au contact mobile des in-

flocfioes extérieures, modes que caractérisent des résctioDs régulières, à marche calculable, à solution critique. La maladie aiguë s'efface donc après l'accomplissement de ses périodes; et non seulement récoooœie retrouve , après un désordre général , toutes ses harmonies fonctionnelles, son équilibre stable et normal, mais souvent elle acquiert, à la suite , une immunité momentanée contre les causes occasionnelles qui l'avaient troublée. Dans les maladies aiguës, les provocations occasionnelles jouent un rôle étiologique considérable. L'affection ne traduit pas uniquement le monde intérieur et vivant; elle rq)résente encore le monde extérieur en tant que senti par le premier; et manifesté par des troubles organiques , par des impressions contraires à l'équilibre fonctionnel de rêtre. La spontanéité morbide est donc ici enveloppée de rapports et de liens; elle est plus ou moins enchainée et soumise aux hostilités qui entourent l'être vivant. C'est un des principaux caractères étiologiques des maladies aiguës. Cette soumission offre des degrés plus variables encore que ceux que nous ont présentés les affections diathésiques, et ces degrés constituent, dans leur ensemble, une série progressive qui comprend et ordonne les classes diverses des maladies aiguës.

En premier lieu se rangent les maladies sporadîques, nées des mouvements propres de la spon-

tànéité individuelle, n'oifrant avec les occasions extérieures que des rapports indécis oo pariicaliérs , et se rapportant , quoicfue pareilles , à des occasions entièrement dissemblables. Les faits occasionnels ne présentent, en effet, aucune constance, aucun point comparable, dans Tétiologie des maladies sporadiques ; les mêmes occasions provoquant des maladies différentes, et des occasions différentes se traduisant en maladies semblables. Les causes occasionnelles sporadiques n'ont de valeur déterminée que vîs-à-vis de l'individu qui les ressent; elles changent d'action d'un cas à l'autre; tout dépend de la spontanéité vivante qu'elles rencontrent. L'étiologie extérieure de la sporadîcité est en soi banale, et elle se résume en généralités vagues qui reproduisent, à chaque cas, les mêmes faits et les mêmes conditions; lesquels, en outre, sont aussi souvent inoffensifs que nuisibles. Les causes sporadiques sont ; dans l'ordre étiologique , une négation plutôt qu'une affirmation nette et précise. En opposition avec les maladies sporadiques se placent les maladies saisonnières, et celles qui se rattachent à des constitutions médicales fixes, stationnaires, accidentelles, annuelles. Ici, la spontanéité vivante, tout en demeurant maîtresse de ses déterminations morbides, subit l'action d'un ordre dei causes occasionnelles, à la fois générales et spéciales. Les maladies aiguës portent alors une

empreinte commune, qui traduit aux yeux du clinicien une influence correspondante ; laquelle fait que les maladies aiguës du moment, de la saison, de Tannée, ou d'une même époque se ressemblent dans leurs symptômes, dans leur marche, dans leurs caractères principaux, Cette forme commune des maladies aiguës, l'identité des causes occasionnelles qu'elle décèle, l'action évidente de ces causes, tOQl cela amoindrit-il la spontanéité de ces maladies? ki, comme toujours, n'est-ce pas l'oi^anisme qui conçoit et émet la maladie, qui répond aux hostilités extérieures, ou se tait devant elles, suivant ses dispositions propres ? Est-ce l'influence saisonnière ou stationnaire qui, altérant le mécanisme organique, engendre mécaniquement la maladie, et efface victorieusement la spontanéité morbide ? Evidemment non, et ces questions conduisent d'elles-mêmes à l'affirmation contraire.

Il en est de même pour Tordre des maladies endémiques, qui se place immédiatement au-dessous de celui que nous venons d'indiquer. La cause occasionnelle endémique est encore plus manifeste, et plus vraim^t spéciale que la précédente ; elle est plus fixe, et plus accessible dans ses conditions extérieures. Cette cause, en efiet, tient au sol; sur lequel vivent les populations, ou au régime qu'elles suivent, surtout au régime alimentaire. On peut supprimer la maladie endémique en amendant les

défauts du sol ou du régime. La cause oceasioDnelle exerce donc, dans ces cas, une influence prépondérante. Toutefois cette influence laisse à la spontanéité vivante une expression toujours visible, dans ses souffrances. Qu'on observe ceux qoi vivent dans un pays où régnent les fièvres intàPmittentes, la maladie endémique la plus répandue, celle qui, plus que toute autre, se lie au sol. Quelles formes diverses, la cause paludique restant la même, peut revêtir la maladie, depuis la fièvre quotidienne simple, jusqu*à Topiniâtre quarte, jusqu*aux terribles fièvres pernicieuses ! Quelle résistance chez les uns, qudie promptitude à céder au mal chez les autres ! Combien Tàge, l'acclimatement, Thabitude morbide, le régime de vie, l'état moral, l'usure ou la conservation des forces, changent les caractères de la maladie produite t Tout cela n'est-il pas le témoignage que si la spontanéité vivante cède aux impressions morbifiques qui l'assiègent, ces impressions demeurent un fait soumis à la vie, et non un fait nécessaire comme un choc physique, comme une lésion matérielle ?

Reste enfin la grande classe des maladies aiguës épidémiques ou contagieuses. Ce sont celles que tous les médecins appellent plus particulièrement spécifiques. Les lois de la spontanéité vitale subissent-elles ici un démenti inattendu ? Des lois démenties par un seul fait ne sont plus des lois;

il faut que d'autres plus générales et plus vraies les remplacent, lia spontanéité morbide n*est plus une doctrine essentielle de la maladie, si elle convient à certains états morbides et non à certains autres. Les maladies spécifiques sont-elles opposées de leur nature à la spontanéité, pour relever d'une doctrine étiologique qui rende la cause extérieure pleinement maîtresse de leur naissance et de leur évolution ? Avant de répondre , cherchons ce' qu'est la spécificité.

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