‹ De la Staso-BasophobieChapitre 18 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Etiologie.

Nous distinguerons deux ordres de causes: des causes

prédisposantes ct des causes occasionnelles.

$ 1. — Causes PRÉDISPOSANTES

Les principales sont l’hérédité, l’âge, le sexe, la neurasthénie, l’hystérie et la névropathie.

Hérédité., — Chaque fois que l’ou peut obtenir des renseignements à cet égard, presque toujours on trouve l’hérédité névropathique ascendante et descendante. Il s’agit, bien entendu, de l'hérédité dissemblable. Cependant M. Parisot cite un cas où l’hérédité serait plus ou moins homologue. En effet, la tante d’une de ses basophobes aurait été atteinte d’une maladie nerveuse avec troubles de la marche.

Age. — L'influence de l’âge est plus manifeste encore. Si l’on excepte le cas unique d’un enfant de 7 ans signalé par M. Ballet, tous les autres malades sont des adultes. Le moins âgé de tous les malades dont l’âge a été consi-

gné dans les observations que nous rapportons a trente-

huit ans. La moyenne de l’âge des autres malades est de

cinquante ans.

Sexe. — Le sexe paraît avoir peu d’influe nce. Toutefois, sur les 16 observations que noùûs rapportons, nous

comptons 7 femmes seulement contre 9 hommes.

Neurasthénie. — Mais, de toutes les causes prédisposantes, la plus fréquente de beaucoup et la plus manifeste est la neurasthénie (1). Elle a été relevée par la plupart des auteurs (Neftel, Bouveret, Séglas, Debove, Grasset et Mirallié). Les trois malades de Binswanger sont également des neurasthéniques. De même, la malade de M. Dupré, à l’Hôtel-Dieu.

Hystérie. — Neftel a trouvé et nous-mêmes avons trouvé une fois l’hystérie associée à la neurasthénie.

Mais Neftel est le seul auteur qui ait trouvé l’hystérie seule. On pourrait donc ranger aussi cette névrose parmi les causes prédisposantes. D'ailleurs, à priori, rien ne s’y oppose. Nous verrons en effet que la basophobie reconnaît le plus souvent comme cause immédiate des idées fixes. Or les hystériques y sont autant sujets que les neurasthéniques. Névroses et idées fixes, disent MM.

1. Nous admeitons ainsi parmi les causes prédisposantes de notre synirome la neurasthénie, l'hystérie, la névropathie. Nous faisons donc de la basophobie comme une manifestation de ces névroses. Mais nous n’ignorons pas que, pour d’autres auteurs, la phobie ou l’obsession est un élément juxtaposé à la neurasthénie, mais à part, et appartenant à la dégénérescence mentale. Certains auteurs érigent même les phobies en entités morbides.

Raymond et Pierre Janet, sans distinguer d’ailleurs entre les catégories de névroses (1).

Névropathie. — M. Parisot remarque que ses deux tabétiques « ont été toute leur vie entachés de névropathie». La névropathie n’était pas moins évidente chez les trois tabétiques dont nous publions les observalions.

Enfin il est une dernière cause également prédisposante, à notre avis, en tout cas très nette et très manifeste chez certains sujets, surtout chez les basophobes par accès. On peut d’ailleurs la rattacher à la neurasthénie ou à la névropathie. Mais elle mérite d’être mise à part en évidence. Elle consiste en une certaine vanité émotive dont l’hémiplégique de M. Mirallié nous rend parfaitement compte en donnant lui-même comme cause de sa basophobie «la peur de tomber et d’exciter la commisération de ses voisins». Et cette peur il l'éprouve non seulement devant ses voisins, mais encore devant les gens de la maison et même devant son médecin. « Notre seule présence, dit M. Mirallié, suffit à lui causer une certaine angoisse. » D'ailleurs cette vanité ne se manifeste pas seulement à propos de la marche, elle se manifeste aussi pour l'acte d'écrire. Comme il est hémiplégique à droite, ce qui évidemment devrait déformer son écriture, jamaisM. Mirallié n’a pu «le décider à faire des essais d'écriture.

L’hémiplégique de M. Grasset éprouve ses accès de

1, Dans d'autres observations dont nous avons eu plus tard con naissance, de M. Gélineau, puis de M. Ballet, nous trouvons du reste l’hystérie seule.

basophobie absolument dans les mêmes circonstances qu é le précédent malade, M. Grasset signale que « le symptôme a pris surtout une extension notable et est devenu tout à fait gênant à la suite d’une vive émotion morale éprouvée par le malade.à la suite d’une altercation avec un locataire ». L'observation ne rapporte pas de quoi il fut question dans cette altercation, mais il est bien probable que le locataire dut faire méchamment allusion à Pinfirmité du pauvre hémiplégique et le mortifier dans son amour-propre.

Nous devons aussi Signaler la condition sociale. La plupart des malades sont des hoSpitalisés. Charcot a heaucoup insisté sur la fréquence et la persistance de la neurasthénie et de ses divers Symptômes dans la classe ouvrière. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir sur ce sujet à propos de la pathogénie et du traitement.

Aïnsi donc l’hérédité, l’âge, la neurasthénie, hystérie, la névropathie, la condition sociale, voilà les principales Causes prédisposantes de la staso-basophobie.

$ 2. — Causes OCCASIONNELLES,

Mais si les causes précédentes sont éminemment propres à engendrer des phobies, quelles sont maintenant les causes occasionnelles Qui spécifient la phobie en cette espèce si particulière et si curieuse : la phobie de la marche et de la station debout ?

Les observations nous répondent : ce sont Surtout des

maladies ou des accidents retentissant sur cette double fonction.

MM en

Tel de nos malades a eu une série ininterrompue d’accidents rhumatoïdes pendant plus de vingt ans. Tel autre a eu des accès d’agoraphobie. Tel autre est simplement neurasthénique, c’est-à-dire a de l'affaiblissement neuro-musculaire. Ceux-ci sont hémiplégiques. Ceux-là sont tabétiques. Ces derniers sont devenus basophobes, dit M. Parisot, « du jour où l’un a été incoordonné et l’autre a éprouvé cette sensation si pénible de l’effondrement des jambes sous lui. »

Le malade de M. Hartenberg a la sclérose en plaques.

Une malade de M. Dupré a été avertie de complications paralytiques possibles à la suite de sa diphtérie. W.. (observ. XII) a toujours eu des vertiges, de plus il vient d’avoir un mal perforant pour lequel il a été opéré et enfin il a eu pendant près d’un mois une hémiplégie hystérique.

En résumé, nous voyons | toujours comme point de départ de la staso-basophobie, des maladies ou des accidents ayant entravé ou entravant encore plus ou moins la station debout et la marche.

M. Gélineau signale également limitation comme cause de stasophobie dans les trois cas familiaux de l'observation dont nous avons parlé dans notre historique. Telle serait aussi l'opinion du D' Le Grix relativement à

la sœur d’üne de ses maiades (1).

1. Gélineau, Des peurs maladives ou Phobies, Paris, 1894, p. 165 et 166.

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