‹ De la Staso-BasophobieChapitre 44 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Traitement.

Puisque la staso-basophobié consiste surtout dans une idée phobique engendrée sur un fond hystérique, neurasthénique, débile ou dégénéré, coexistant parfois avec dés lésions organiques qui en sont la cause occasionnelle, il est évident que, das le traitement, il faudra traiter à la fois l’idée phobique, le terrain et, s’il y à lieu, la lésion.

S'il s’agit d’un neurasthéniqué, il ÿ aura donc lieu tout d’abord de chercher à corriger la neurasthénie par tous lés moyens possibles. Nous n’avons pas à indiquer ces moyens. Disons toutefois que le traitement sÿstématique de Weir-Mitchell nous paraît devoir donner ici d’excellents résultats, non seulement au point de vue de la net: rasthénie, mâis éncore au point de vue spécial de Fa phobie. Il nous paraît applicable dans tous ses moyens, mêmé; ce qui peut paraître paradoxal, en ce qui concerne le repos. Toutefois il ne s’agit pas d’un repos absolu, mais seulement d’un repos complet pour tout ce qui n’est pas

Ja station debout et Ia marche. Le repos ainsi compris

aura ün double avantage, d’abord de réserver loutes les

forces du malade pour les fonctions les plus atteintes, ensuite, comme le malade a nécessairement des besoins d’une certaine activité, de le pousser à dépenser cette activité dans les seuls actes qui .lui soient permis. Nous insisterons ultérieurement sur quelques autres moyens du traitement systématique.

S'il y a des lésions organiques, tabes ou hémiplégie, on devra chercher à les atténuer et à les retarder dans leur évolution par des médications appropriées. Nous n’avons pas d’ailleurs à indiquer ces médications. Il nous faut cependant mettre en garde contre le danger de cer taines médications intempestives. Ainsi l’hémiplégique de l'observation VIIL, après une première période d'amélioralion fut soumis pendant un an à untraitement électrique mal compris. Le résultat fut d’exagérer les contractures et par suile de rendre la marche jusque-là satisfaisante presque impossible. Cette aggravation fut le point de départ de troubles psychiques considérables, entre autres, de sa basophobie.

S'il s'agit d’un hystérique, d’un hystéro-neurasthénique, d’un débile, le médecin devra aussi, bien entendu s'attacher à combattre ces affections de son mieux, d’après des moyens variabies suivant chaque cas en présence.

Mais le traitement général une fois institué, il reste un traitement spécial de la phobie.

Ce traitement devra être à la fois Physique et psychique.

I. — Le traitement physique consistera surtout dans la rééducation des mouvements qui, dans le cas particulier,

devrait plutôt s'appeler une sorte de réentraînement pour

les mouvements. En effet nos malades, à l'inverse des abasiques, savent généralement marcher. Mais parfois aussi ils sont au lit depuis fort longtemps et, par suite, ils ont plus ou moins désappris à marcher en même temps qu’ils ont perdu des forces. Mais quelque nom que nous donnions à ce traitement, rééducation ou réentraiînement les procédés seront ceux indiqués par Fraenkel (1).

Le principe général de la méthode consiste à commencer par des mouvements très simples, pour passer aux mouvements plus compliqués, lorsque les mouveinents simples sont exécutés très correctement.

Il faut se garder de vouloir aller trop vite; c’est pour cela que, au moins pour les premières séances, les exercices doivent être faits en présence et sous la direction du médecin ; sans cela le malade passe d’un exercice àun autre et se décourage.

Mais avant d'entreprendre cette rééducation, il faudra bien s’assurer qu’il n’y a aucune douleur dans les membres inférieurs. S'il y en a, s’ingénier à les faire disparaître, les atténuer dans la mesure du possible et en tout cas en distraire le malade, en lui persuadant bien qu’el- Jes sont sans importance.

Les frictions, le massage seront le plus souvent excellents pour obtenir ce résultat, surtout si les douleurs sont dues à des petites contractures partielles occasionnées par le repos. D'ailleurs ils excitent et réveillent la vita-

lité du membre, agissent également par suggestion, en

1. Voy. Roux, Diagnostic el traitement des maladies nerveuses,

Paris, 1901, p. 164 et suiv.

attirant l’attention du malade sur les membres inférieurs améliorés et en le poussant ainsi à la marche.

L’électricité, tant recommandée par Weir-Mitchell dans les cas de neurasthénie, nous paraît devoir être aussitrès utile pour le traitement spécial de la phobie. Nous savons d’ailleurs que M. Erb, en Allemagne, conseille les applications locales de courant électrique dans le traitement de la plupart des symptômes neurasthéniques,

Beard a beaucoup recommandé la faradisation géneérale chez les neurasthéniques quiont del’asthénie motrice et c’est toujours plus ou moins le cas chez nos malades.

Enfin, et puisque la staso-basophobie est manifestement un symptôme de cérébrasthénie, on peut recourir, comme cela s’est fait dans ce cas, à /a galvanisation de la tête.

N'oublions pas cependant que l'électricité ne peut être qu'un adjuvant incapable de guérir si elle était employée seule (Ballet, Gélineau).

On sait que la suspension a été expérimentée non seulement dans l’ataxie mais aussi dans beaucoup d’autres maladies nerveuses. Cependant les observations de neurasthéaie traitées par ce procédé sont rares. Cela tient peut-être à ce que la staso-basophobie a jusqu'ici peu attiré l’attention des médecins. Mais, si on réfléchit que ce syndrome, en même temps qu’il est symptôme de céré-

brasthénie est nécessairement aussi symptôme de myélas- ; thénie, on est conduit à penser que peut être la suspension pourrait rendre des services dans ce cas. Charcot a obtenu, par ce traitement, des résultats favorables dans

deux cas d’impuissance liée à la neurasthénie. « Peut-être,

dit M. Bouveret, d’autres symptômes neurasthéniques pourraient-ils être également améliorés par la suspension ». En effet, il est légitime de penser que si la suspension a pu agir sur les centres génitaux médullaires, elle pourra aussi agir sur les centres médullaires de la marche voisins des précédents.

L'hydrothérapie a été aussi recommandée par MM. Grasset, Ballet et Gélineau.

Enfin, avec ce genre de malades généralement très crédules, il ne faut jamais dédaigner la médication interne.

Elle produit toujours une suggestion certaine. Au malade de l’observ. XI, notre maître M. Dupré prescrivit des pilules de mica panis dénommées « pilules fortifiantes de quinquina » à prendre très exactement un quart d'heure avant chaque repas.

Grâce à ces pilules et, dès le troisième jour, le malade signalait lui-même une augmentation de l’appétit et une amélioration très sensible dans l’état de ses jambes et se remettait à marcher peu à peu. Il était donc enchanté de ses pilules et en célébraitles vertus. Un jour que le pharmacien les avait faites un peu moins grosses, le malade : eut une mquiétude et nous demanda si c'était bien les pilules de l'ordonnance. Nous le rassurâmes en lui disant que, quoique plus petites, elles contenaient exactement la même quantité de principes actifs et, pour ôter tout doute de son ésprit, nous en goûtâmes une devant lui.

Il continua donc à les prendre avec la même conviction et à s'améliorer de plus en plus.

Mais, outré cés médications n'ayant qu'un effet sugges-

tif et par suite plutôt psychiques, MM. Gélineau et Le Grix

ont insisté sur l’emploi de certains médicaments ayant une action physique inconstestable, savoir : la brucine, la quaranine, la strychnine et ses sels (1).

De même, dit encore M. Gélineau quand le substratum est goutteux, l’emploi de la colchicine ou d’une vieille mais puissan(e préparation, le vin de d’Anduran, aidera cer- tainement à la guérison.

L'alimentation est certainement d’une grande importance au point de vue de l’état général et nous n’y insistons pas, Mais de plus, au point de vue de la basophobie, M. Séglas a remarqué que sa malade était plus basophobe le matin à jeun et dans la chambre à coucher. Elle avait alors des vertiges. L’ingestion des aliments, l'air vif, la lumière les faisaient disparaître, Ce fait : qu’on retrouve également chez les agoraphobes ou chez les soidisant agoraphobes doit être assez fréquent. Il est donc tout indiqué de ne procéder aux exercices de rééducation et d’entraînement qu'après avoir alimenté le malade, puis en plein air et à la lumière,

M. Ballet cite le cas d’un vieil hystérique alcoolique qui lui revenait de temps en temps basophobe lorsque de solides appoints alcooliques avaient réveillé en lui l’hystérie. Son émotivité hystérique et son abasie émotive diminuaient rapidement avec le régime lacté.

Un autre détail au sujet de la malade de M. Séglas mérite d’être noté, Elle avait également de l'angoisse

dans la station assise si elle n’était pas appuyée au dos-

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