Gélineau, Les Déséquilibrés des Jambes p.111, 112 et
sier de sa chaise. Mais, en voiture ou en wagon, même lorsqu'elle n'était pas appuyée, elle n’avait pas d’anxiété.
Ne pourrait-on pas, dans un cas pareil, procéder à l’entraînement de la malade par la sidérodromothérapie ou simplement par des promenades en voiture ?
Dans tout ce qui précède nous avons surtout envisagé la variété basophobique continue. Mais la plupart des moyens indiqués peuvent être également employés dans la variété par accès. Si, dans ce cas, la réeducation n’est pas à faire du moins d’après les modes préliminaires de la méthode, on devra cependant affermir peu à peu la volonté du malade par des exercices de Marche eten le contraignant finalement à marcher au milieu des obstacles et des dangers. De plus, chez le tabétique, il y aura lieu également, par des exercices appropriés, de faire naître en lui de nouvelles sensations en vue de remplacer celles qui lui manquent pour léquilibre et la coordination des mouvements. Enfin, chez ce deraier encore, la question de la suspension se pose d’une façon moins hypothétique.
Il. — Traitement psychique. — 1\ viendra en aide au traitement physique et comme lui tendra, mais plus direcment, à détruire l’idée phobique de l’impossibilité de la marche.A ce titre il devra varier suivant les circonstances.
Aïnsi, dans la forme continue, lorsque le malade est surtout dominé par lidée qu'il ne peut pas marcher, il
faudra bien lui démontrer (1) qu’il en a la force. Il ne
1. Cette démoustration se fera d’ailleurs, non par des discours mais en obligeant le malade d’abord à se tenir debout puis à marcher tous les jours, d’après la méthode indiquée, et en le distravant de son idée fixe.
faut pas craindre d’insister et de répéter la démonstration tous les jours. C’est ainsique fut guérie complètement au bout de quinze jours, une malade de M. Rendu, tout à fait
immobile dans le lit depuis plus de trois mois.
Rien n'empêche d'ailleurs, chez des malades particulièrèément récalcitrants, de combiner la suggestion hyp-
notique à la suggestion à l’état de veille.
Dans la forme associée et par accès où le malade se montre surtout un phobique et où domine parfois celle émotivité vaniteuse que nous avons signalée, il faudra éviter tout cé qui pourrait le froisser dans son amourpropre.
A ce titre, l’isolement est tout indiqué, au moins dès le début du traitement, Ce fut un des procédés qu'employa M. Mirallié pour son hémiplégique. Il l’envoya à la cam. pagne, ch?z un parent. «Là, dit M. Mirallié, la marche s’est considérablement améliorée. Dans le jardin, à l’abri de tout regard indiscret, le malade se promenait seul avec l’aide d’une canne ».
Le médecin lui-nême,puisque ces malades ont leurs accès même devant le médecin, devra prendre garde de les intimider et avoir l'air de les considérer plutôt. comme des hommes normaux. Il devra surtout recommander à [a famille et à l’entourage de se Comporter aïnsi envers les malades, proscrivant toute allusion à leur infirmité. Ilest évident, en effet, que les basophobes de cette catégorie ressemblent beaucoup aux timides et à ces éreutophobes si bien étudiés par MM. Pitres et Régis.
Or, ces auteurs ont très bien établi que l’éreutophobie
s’est développée le plus souvent peu à peu et a fini par constituer une véritable obsession, à la suite d’allusions intempestives à des rougeurs d’ailleurs physiologiques de l'enfance et de l'adolescence. De même, l’obsession de mal marcher où de marcher d’une façon ridicule se fixera d'autant plus dans l'esprit de certains basophobes qu’on s’occupera davantage de leur infirmité, comme le démontrent très bien les observations de MM. Grasset ét Mirallié.
Il y a, en effet, dans ces allusions à l'infirmité ou dans certains airs de commiséralion une vraie suggestion d'impotence locomotrice, pour certains malades neurasthéniques ou névropathes.
De même si, par suite de distraction ou pour tout autre motif, les basophobes sont en train de bien marcher, il ne faudra pas le leur faire brusquement remarquer, sous peine de s’exposer, à cel accident que signale M. Gélineau d’après le D' Le Grix :
« Un ecclésiastique, d’une haute valeur scientifique, ne pouvait marcher, disait-il, et se faisait conduire dans une voiture roulante. Un jour on le rencontre, montant un escalier. Quoi! lui dit-on, vous êtes donc guéri, vous marchez seul ? Au même instant, il s’écroulait comme une masse dans l'escalier. Il avait sans doute quitté sa
petite voiture sans penser qu'il ne pouvait pas marcher.
Un mot l’avait fait rentrer dans son état habituel ».
Mais ce ne sont pas là les seules suggestions auxquelles les malades soient exposées. Il y en a de plus graves
encore. Nous laissons de côté les suggestions du médecin
qui condamne pendant plus de trois mois à la « paraplégie » la malade que M. Rendu guérit ensuite complète. ment en quinze jours de suggestion contraire, Nous laissons aussi de côtéle malade L... qui, après avoir passé six mois dans une petite salle d’hôpital « où l’on mettait, disait-il, ceux qui ne peuvent guérir », fut ensuite quéri par M. Dupré en un mois.
Ilest d’ailleurs évident que le malade devra s'arranger pour ne pas recevoir et le médecin pour ne pas donner de telles suggestions.
Mais nous voulons surtout parler de cette suggestion due au dévouement mal compris d’un entourage inintelligent. Nous avons vu comment, d’après M. Bouveret, se développait et s’entretenait, chez certaines femmes neurasthéniques, l’asthénie neuro-musculaire qui peut ensuite aboutir à une Staso-basophobie véritable, Dans ces cas, il ne faudra pas hésiter à soumettre les malades à l’isolement rigoureux de M. Weir Mitchell. Cest là d’ailleurs un procédé auquel il faudra toujours recourir lorsque dans des cas inverses du précédent comme dans celui de W..., (obs. XII), de mauvaises Suggestion, familiales seront exercées sur l’esprit du malade.
Par contre, il est d’autres Cas où il faudrait certainement plutôt favoriser le lapprochement familial. Tel nous paraît être le cas de L..., (obs. XI). Il nous semble, en effet, que s’il sortait de son égoïsme, peut-être pourrait-il en même temps sortir de sa torpeur et éprouver le besoin d’une certaine activité qui le pousserait à la marche.
Eofin, puisque nous avons vu à propos de ce malade, comme aussi à propos du précédent, qu'il y avait dans
leur basophobie une certaine part sociale, en ce sens que
l’organisation sociale actuelle tend certainement à déprimer le vieux prolétaire et à le laisser croupir dans ses accidents de vieillesse, il faudrait, comme moyen prophylactique et curatif de certains cas de basophobie, une bonne loi sur les retraites ouvrières. Avec un peu d’argent, juste assez pour vivre, nous sommes sûr que L..., déjà très amélioré, serait totalement guéri de sa basophobie. « Mais à quoi ça me servira-tl, nous disait-i] un jour, de bien marcher, si je suis trop vieux et si je ne peux plus gagner ma vie ? »
Faut-il voir dans ces paroles un aveu naïf de simulation ? Cette idée nous est bien venue, mais nous ne l’avons pas admise un seul instant, Nous nous rappelons bien les leçons de M. Mathieu : « Rien de facile, dit-il, comme de simuler, au moins d’exagérer avec des maladies qui n’ont pas de symptômes objectifs. En qualité de médecin de chemins de fer, j'ai pu voir à plusieurs reprises des quérisons rapides (d’hystéro-neurasthénie traumatique) se faire après un jugement favorable, après l'obtention d’une indemnité ou d’une pension. C’est de la métallothérapie, non par l'or, mais par le billet de banque » (1).
Mais ces remarques de M. Mathieu ne sauraient s’appliquer exactement à notre syndrome, puisque nous avons quelques symptômes objecufs dans les symptômes concomitants, tels que l’accélération du pouls. Puis s’y appliqueraient-elles davantage ? nous préférons nous ranger à l'avis de M. Grasset, lorsqu'il répond : « Mathieu fait, ce nous semble trop de part à la supercherie ! Qu’un neuras-
1, A. Mathieu, La Neurasthénie, p. 124.
thénique soit porté à exagérer son mal, à solliciter la pitié par une narration émouvante de ses misères, rién de plus vrai. Auto-suggestion, si vous le voulez; mais supercherie, non! Il ÿ a une incapacité réelle de travail, cela suffit; peu importe le mécanisme ! Quant à l’amélioration qui succède et dont on semble faire un crime au névrosé, quoi de plus naturel? La névrose attisée par les soucis et la préoccupation de lattente, se calme au contact d’une décision définitive, surtout quand elle est favorable ; la pluie d’or agit comme une douche bienfaisante sur un Système nerveux surexcité (1). »
M. Charcot insistait souvent pour qu'on ne confondit pas les accidents hystériques ou autres « par imagination » avec les accidents « imaginaires ». La méme distinction s'impose à l'égard d’un syndrome simulé et ce même syndrome produit réellement par l'imagination, dans certaines circonstances déterminées et dont on voit très bien la genèse.
Aussi, dans le traitement, et c’est par là que nous terminerons, tous les auteurs insistent-ils sar la nécessité de s’opposer à ce travail de l'imagination, d’affranchir le malade de tout souci, et de le distraire le plus possible afin, dit M. Séglas, de favoriser l'exécution automatique inconsciente dés actes qu’il ne peut accomplir sans an-
goisse.
. 1. Grasset, Maladies du système nerveux, 4 ëd., p. 404.