OBSERVATION I
(De M. Neftel, in Virchaw’s Archiv, XCI, 53, p. 464, 1883, rapportée par M. Bouveret dans son ouvrage : La Neurasthénie, p. 95).
Sous le nom d’atrémie, un médecin américain, M. Neftel a décrit un état nerveux tout à fait comparable au syndrome que j'ai moi-même observé chez mes deux malades.
L'auteur déclare avoir rencontré un certain nombre de cas semblables : tantôt l'atrémie existait seule, tantôt elle était associée à l'hystérie ou à des affections utéro=ovariennes. Des quatre observations que rapporte M. Neftel dans son mémoire, la première me paraît être la plus digne d’intérêt. Il s'agit d’une femme de cinquante-quatre ans, mariée, sans enfant, dont l'utérus n'est pas malade et qui ne présente aucun symptôme hystérique. Elle a des antécédents héréditaires névropathiques. « Depuis six ans elle reste au lit, ne pouvant ni marcher, ni se tenir debout, ni même rester | assise, bien qu’elle n’ait aucune paralysie véritable. Elle est toujours étendue parce que le moindre effort pour marcher, se tenir debout provoque le développement d’un état très pénible ; alors elle est prise de défaillance, de nausées, de dyspnée subjective, de malaises dans la tête, dans le dos
dans la région épigastrique et même de diarrhée. Elle affirme
que tout cela n’est pas le vertige, elle décrit et localise avec ses doigts les sensations particulières de vibration, de (répidation qui s'irradient de la tête au dos, à l’épigastre et jusque dans les orteils », C’est une femme intelligente et instruite ;-elle n’est point hystérique, et, ajoute M. Neftel, elle ne cherche nullement à se rendre intéressante. Son état lui est pénible et elle souhaiterait fort d’en être débarrassée. Il n’y a aucun signe d’une affection organique quelconque. Mais on relrouve dans cette longue observation une foule de traits qui appartiennent sans conteste au tableau clinique de la neurasthénie tels que l'extrême sensibilité des yeux à la lumière, Les bruits dans les oreilles, les sensations de vide ou de constriction dans la tête qui n’est jamais libre, les hypéresthésies locales qui parfois s'étendent à toute la surface du tégument Pimpossibilité de lire, l’aggravation de tous les malaises pendant la digestion, à ce point que, après avoir mangé, la patiente est obligée de rester les yeux fermés, immobile, dans le calme et le silence le plus complet, Un autre détail n’est pas moins caractéristique ; Si son médecin lui inspire quelque confiance, la malade est intarissable dans le récit de ses souffrances. Chez cette femme, l’atrémie, qui date de loin, procède par accès en général de très longue durée, dans l’intervalle desquels la santé physique et morale paraît se rétablir entièrement. Un accès a cessé Spontanément et brusque ment ; un autre a cédé très lentement et probablement sous
l’influence du traitement,