OBSERVATION IV
(De M. Séglas, in Médecine moderne, 8 janvier 1891 et in Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses. (Salpêtrière, 1887-1894).
Mille A..., quarante ans, après une période de préoccupations morales et de surmenage, fut prise subitement il y a un peu plus de deux ans, de douleurs dans les genoux et dans les jambes, s'accompagnant d’une faiblesse telle qu’elle pouvait difficilement se tenir debout et que, lorsqu’elle voulait essayer, elle avait la sensation que si elle faisait un pas, elle allait être précipitée à terre.
Un peu plus tard survinrent des douleurs de tête se caractérisant par une sensation de pesanteur sur le vertex, et de resserrement des régions latérales et postérieure ; craquements dans la nuque. Puis, à ce cortège de symptômes se Joignirent des troubles de la digestion : perte de l'appétit, * digestions paresseuses, chaleur à la tête, ballonnement de l'estomac, parfois des éructations ; Coustipalion, somnolence après les repas ; perte du sommeil la nuit.
Pendant ce temps, les troubles de la marche s’étaient
aggravés et la malade avait de véritables vertiges. Il se pré-
sentaient surtout le matin et à jeun ; sensation de faiblesse des jambes, avec oscillation latérale ou d’avant en arrrière, sensation de soulèvement du sol, de déplacement des objets environnants, de brouillards devant les yeux, de vide dans la tête. Ce vertige se présentait, comme Je vous l’ai dit, à jeun etle matin, dans la chambre à coucher, Parfois mé me, il survenait au lit, dès le réveil. L’ingestion des aliments, l'air Vif, la lumière, le faisaient disparaître.
A la même époque se montrèrent des (roubles dans le fonctionnement des facultés intellectuelles ; difficulté de fixer l’attention, de grouper les idées, ou associations involontaires entrainant la malade dans une sorte de rêve, tout éveillée ; obnubilation de la mémoire, préoccupations hypocondriaques, irritabilité du caractère ; lenteur générale, sorte d’indécision de tous les mouvements.
Aujourd’hui, ce qui prédomine, c’est le trouble de la station debout et de la marche.
Les anciens vertiges ont disparu pour faire place, l'hiver dernier, à la suite-d’une atteinte d'influenza, à un état ressemblant un peu à l’astasie-abasie.
Sans avoir aucun sentiment de veriige, la malade ne peut plus se (enir debout ; à plus forte raison Ja marche lui estelle impossible. Mais, de plus sitôt qu’on cherche à la lever, elle est prise, à peine debout, d’une angoise extrême avec sensation doppression à l’épigastre, palpitations, päleur de la face, sueurs froides, tremblement, sensation de défaillance imminente, crainte de mourir. Cet état ne cesse que si l’on recouche la malade, ce que l’on se trouve d’ailleurs obligé de. faire tout de suite. Lorsqu'on cherche à la faire marcher en
la soutenant par les deux bras, parfois elle peut faire quel-
ques pas, puis elle tombe dans le même élat d'angoisse.
Il est également provoqué par la station assise, à moins toutefois qu’elle ne soit fortement appuyée au dossier de son siège. Comme les malades de MM. Charcot et Blocq, elle peut se déplacer en restant assise et en avançant son siège, mais à la condition expresse qu’elle reste appuyée au dossier, En voiture ou en wagon, même lorsqu'elle n’est pas appuyée elle n'a pas d’anxiété.
Ilen est de même lorsqu'on peut distraire fortement son attention.
Au point de vue physique, cette malade ne présente aucune trace de paralysie, ni d’incoordination motrice. La sensibilité est intacte dans tous ses modes, le sens musculaire normal, les réflexes rotuliens un peu exagérés. Les organes des sens, ouïe et vue, sont, à tous égards, absoluments intacts. Les artères sont souples, il n’y a rien au cœur, les urines sont normales. L'état des fonctions digestives s’est considérable-
ment amélioré. La menstruation est régulière.