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CHAPITRE PREMIER Historique

= Les troubles musculaires peralytiques, plus ou moins généralisés et transitoires, survenant sous l’influence d’un choc émotionnel quelconque, ont été connus de tout temps. !

Nous avons tous présent à l’esprit ce vers du poète: Obstupui, sleteruntique comæ, et vox faucibus hœsil.

Mosso, dans son livre sur la peur, en cite de nombreux exemples (1), On en retrouye partout d’ailleurs, dans la littérature extra-médicale (2), dans le langage courant, et il n’y a pas lieu d’insister.

Mais les troubles paralytiques systématisés à une fonction, persistants et dus à une émotion-sentiment (3) ou à

1, Mosso, La peur (étude psycho-physiologique) traû. Hément, Paris, 1886, passim.

2, Voir : Montaigne, Essais, éd. Jouaust, tome I, pages 101 et suiv.

Ch. Darwin, Expression des émolions, Paris, 1977.

Lange, Les émolions; traduct. Dumas, Paris, Alcan 1895.

3. Voir in Raymond et Janet, Névroses et idées fixes, tome Il, p. 75, la distinction établie par ces auteurs entre l’émotion-choc et l'émotion-sentiment, celle-ci consistant en un système mental particulier qui s'établit souvent à la faveur de celle-là. Chez les malades, disent-ils, nous avons quelquefois à nous occuper dela première forme

de l'émotion, mais bien plus fréquemment de la seconde, car les

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une idée émotive, tels enfin que la staso-basophohie, ne paraissent pas avoir été connus par les auteurs anciens. Il est donc probable qu’ils n’ont pas été diagnostiqués et qu’on a dû les confondre purement et simplement avec les paralysies dans lé sens vulgaire du mot.

Nous savons d’ailleurs qu'avant Duchenne de Boulogne l’impotence apparente des tabétiques était attribuée à la paraplégie.

C’est en découvrant la conservation de la force musculaire chez les ataxiques que Duchenne (1) démontra que ces malades n’étaient point paraplégiques.

Or, tant que cette distinction si simple mais si capitale des impotences avec conservation ou non de la force musculaire n’avait pas été faite, les troubles de la marche, pour peu qu'ils persistassent, devaient recevoir la commune dénomination de paraplégie.

Il en devait être ainsi pour l’impotence staso-basophobique. Il en était ainsi pour l’astasie-abasie dont notre syndrome n’est qu’une variété avec angoisse et qui ne fut bien élevée à l’état de syndrome distinct que par le

professeur Jaccoud en 1864 (2). Les découvertes s’en-

accidents dépendent le plus souvent d'émotions permanentes. Nous verrons ultérieurement que la staso-basophobie n’est, au fond, qu’un accident dépendant, ordinairement chez un neurasthéniques, d'émotions permanentes relatives à la station et à la marche.

1. Duchenne (de Boulogne), De l'ataxie locomotrice progressive (Archives de Médecine, 1858-1859).

2. Sous ce titre: Atavie par défaut de coordination automatique in Paraplegies cl ataxie du mouvement, Paris, 1864, page

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gendrant les unes les autres, peut-être y a-t-il une filiation entre la découverte de Duchenne et le nouveau syndrome signalé par M. Jaccoud. Quoiqu'il en soit, quand M. Jaccoud découvrit son syndrome, il le fit rentrer immédiatement dans la catégorie générale déjà signalée par Duchenne des troubles du mouvement avec conservation de la force musculaire. Puis il le différencia de la maladie de Duchenne « par la conservation de la coordination volontaire, c’est-à-dire du sens musculaire, par Îles résultats négatifs de l'épreuve des yeux et par l’adaptation régulière des mouvements au but voulu », et enfin

il le limita à la station debout et à la marche.

Et ainsi fut constitué ce nouveau genre" de paralysie que nous appellerons systématisée ou systématique, suivant la classification, adoptée par M. Pierre Janet, des paralysies en généralisées, localisées et systématiques (1).

MM. Paul Richer, Charcot et Blocq qui, ensuite, étudièrent longuement le nouveau syndrome, le constatèrent surtout chez des hytériques et n’eurent pas souvent l’occasion de le rencontrer associé à une idée phobique. Aussi, et d’après l’ensemble des observations, Charcot expliquatil cette impotence, qui fut dès lors dénommée asta-

sie-abasie, par une amnésie spéciale des centres cor-

1. Pierre Janet, Elal mental des hystériques Accidents mentaux, Paris, 189, page 104. Voir aussi : Babinski, Paralysies hystériques systématiques, in Bullelin de la Société médicale des hôpilaux

28 octobre 1892.

— 10 — ticaux préposés à la station debout et à la marche (1).

À partir de ce moment, {ant en France qu’à l’étranger, les observations de cas analogues se multiplièrent quifurent classées dans la catégorie des astasies-abasies de Charcot et expliquées par le même mécanisme (23:

Mais, à côté de l’astasie-abasie de Charcot et Blocq, surgit peu à peu et plus ou moins explicitement une impotence analogue dont la cause n’était plus l’amnésie, mais une idée obsédante, émotive ou angoissante.

Déjà, en 1883, M. Neftel, en Amérique, avait désigné sous le nom d’atrémie un tel genre d’impotence, associé, disait-il, à l’hystérie, à des affections utéro-ovariennes et : à la neurasthénie (3). Mais le mot même d’atrémie

(arpepia, immobilité) ne se distinguait pas beaucoup, au

1. Au sujet de l’astasie-abasie consulter surtout les ouvrages suivantes :

Charcot et Richer. Su di una forma speciale d'impotenza motrice degli artli inferiori per diffeto di coordinazione (Medicina contemporanea, 1883, n° 1, page 6).

Charcot. Lezioni cliniche dell'anno scolaslico 1833-84, sulle malaltie del sysiemo nervoso, redatte del dottore Domenico Miliotli, Milano, 1885.

Charcot. Leçons du Mardi 1888-89.

2. Paul Blocq, Sur une affection caractérisée par del’ astasie- abasie in Archives de Neuvrologie, 1888 n°° 43 et 44.

Grasset. Leçons de Clinique médicale, Paris, 1891.

” Thyssen. Sur l'Astasie-abasie, in Archives de Neurologie 1891, ome 21.

Paul Richer. Paralysie et contractures hystériques, Paris, 1802. 3. Virchow’s Archiv., XCI, 3, p. 464, 1888.

= — fond, des mots astasie-abasie employés plus tard par Charcot et Blocq pour désigner leur syndrome.

En 1885, M. Magnan publia l’observation d’une femme qui ne pouvait ni se lever ni s’asseoir et qui, en même temps, présentait des phénomènes d'angoisse, M. Magnan en fait une aboulique (1).

M. Bouvyeret, en 1890, dans son travail sur la neurasthénie, cite un cas analogue à celui de M. Neftel, sans lui attribuer aucune dénomination (2).

Au mois de mai de la même année, en Allemagne, M. le professeur Otto Binswanger d’Iéna, publia deux longs articles (3) dans lesquels il critiquait les observations et les théories de Charcot et Blocq, nelatives à l’astasie-abasie. Il apportait trois observations personnelles où l’impotence était due, disait-il, à des Zwangsvorstellungen chez des hypochondriaques et constituait une Schrecklæhmung. 4

Dans une communication faite au Congrès internalional de Berlin en 1890, le D: Thyssen (4), en réponse aux critiques de M. Binswanger, insiste sur le diagnostic différentiel entre le syndrome de Charcot et celui du professeur d’léna. Les désordres mentaux, dit-il, diffèrent

essentiellement dans les deux cas. Si l’hypochondriaque

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