OPUSCOLI MORALI DI
gentiVhuomo firentino
ne* quali si contengono molti ammaestramenti
necessarii al viver del Huomo cosi posta
in dignità corne privato
Tradotti et parte correti da M.
COSIMO BARTOLI In Vene\ia appresso Francesco Franceschi, Sanese, i568.
Là, entre autres petits traités philosophiques ou scientifiques qui ont leur prix, se trouvent ceux délia Statua et délia Pittura.
Bien jeune, je les avais lus à Florence. J'avoue que je ne les avais pas goûtés. Cela m'avait paru ^ trop naïf. Je Vêtais moi seul un peu trop. C'est un mal dont chaque année emporte quelque chose.
Bref, je les relus. Avec tant de science f admirai tant de simplicité, je fus touché de cet amour du bien faire qui ressort des œuvres des maîtres, et lorsque feus fini cette lecture je fus comme désensorcelé. Il semblait que V enchanteur qui m'avait mystifié revenait, vaincu par ce charme, me rendre la possession de mes idées. M(^is je pensai que je les
devais laisser de côté y quitte à les reprendre plus tard, et que, par reconnaissance pour mon vieux livre, par sollicitude pour mes amis, je ferais mieux de mettre ceux-ci à même de lire celui-là dans notre propre langue, que de donner au public mes élucubrations personnelles.
Certes, le législateur de facadémie degli Umidi, Cosimo BartoK, prieur de San-Giovanni , humaniste et mathématicien, que Crescimbeni crut même devoir mettre au rang des poètes pour une Canzone qui se trouve après le troisième des Ragionamenti sopra alcuni luoghi di Dante, le traducteur de rArchitettura de Leon-Battista Alberti, a fait une excellente translation des œuvres morales de cet auteur; mais, ce petit mot du titre et parte corretti me fit appréhender quil n'ait été quelque peu traditore, suivant la coutume proverbiale de tout traduttore d'ancien régime. Je crus quil serait plus consciencieux défaire mon travail sur le texte original, qui est en latin et quon trouve, du moins pour le traité de la Peinture, à la fin du Vitruve des Eb{evirs. Cependant je dois déclarer, en toute justice, qu'à part quelques interpolations et quelques lacunes insignifiantes, la traduction de Bartoli est fort exacte.
Leon-Battista Alberti n'était plus jeune lorsque
naissait le Vinci. Il était mort, lorsque ce dernier quitta la Toscane, De ces circonstances ressort une partie de l'intérêt qui s'attache à ce livre. Le plus grand des artistes florentins et peut-être de tous les artistes j Léonardy a mis toute la peinture en quelques pages parvenues mutilées jusqu'à nous. On na pas y c'est un grand malheur, le traité qu'en fit, dit-on, Raphaël y et qui ne devait pas être plus volumineux. Celui d'Alberti, antérieur de beaucoup à ceux de ces hommes divins, peut passer pour enêtre le père. Il est presque le contemporain de celui de Cennino-Cennini y qui, on le sait y écrivit son livre curieux et naïf dans la prison délie Stinche en l'année 1437. Alberti approchait alors de tâge sérieux de quarante ans. Il était en pleine maturité. Il habitait la même ville que t élève d'Agnolo de Flo^ rence. Cependant quelle distance entre son savoir et celui de son compatriote ! Cennino da Colle di Valdelsa est encore un primitif. Il ne s'est pas dégagé de la raideur byzantine et des traditions hiératiques^ En perspective, c'est un pur enfant y il bat les lignes sans préoccupation mathématique et coule dans un moule commun la configuration des fabriques. En dessin, il entend que la femme et les animaux déraisonnables n'aient pas de mesures certaines. En anatomiCy il veut que*l'homme compte dans la par-
lie gauche une côte de moins que sa compagne. Esprit entièrement du moyen âge y c'est au nom de la Sainte-Trinité qu il nous apprend à faire la colle de pâte. Alberti appartient à la Renaissance féconde et païenne. La Vierge, saint Eustache^ saint Jean-Baptiste, saint Antoine de Padoue, et généralement tous les saints et saintes de Dieu, nont que voir dans son enseignement. Le livre de Cennino Cennini diffère peu de celui du moine Théophile, qui lui est antérieur de deux siècles; le traité d* Alberti est tout proche parent de celui de Léonard de Vinci y qu'il précède de cinquante ans. Il est on ne peut plus concis. Qui le connaît? qui Va lu? Et, cependant y il inaugure Vère de la vraie science graphique. Premier écho d'une méthode scientifiquCy il écrit sur la stèle académique ce mot sage que Platon affichait sur son école : « Qu Un entre pas ici y celui qui n'est géomètre. »
De nos jours, oii Von traite des arts avec tant de facilité et souvent si peu de notions y il est juste et salutaire de donner au public les écrits des bons maîtres qui tracèrent la théorie des arts plastiques. C étaient de grands artistes. Laissez-moi croire que cela leur conférait quelque autorité. Ils n'en abusaient pas pour être incompréhensibles et prolixes y mais ils attachaient une importance capitale
aux principes, persuadés que, pour aller loin, l'essentiel est de bien partir.
Aujourd'hui on est plus compliqué^ et l'emploi des termes métaphysiques donne de l'importance à l'enseignement. Tel point insignifiant de l'art fournit parfois matière à des volumes. En vérité, il faut y comme dit Molière , que les gens de ce pays-ci soient de grands babillards.
En ce temps d'esthétique y chacun semble prendre r art pour le pré communal où de droit peut paître sa bête. Dans une langue remarquable, mais qui pour nous, simples artistes, n'est souvent que du haut allemand, des esprits très-déliés, érudits,' faconds, aptes, comme les avocats, à tout aborder grâce a r éloquence, sautent tout bottés sur la critique artistique, et les voilà partis. En les voyant, si braves, mener sans broncher leur galop à travers les hautes futaies de la théorie, il nest si petit écolier, transfuge de rhétorique, qui ne se croie le droit de s'intituler critique d'art et le caractère suffisant pour exercer ce sacerdoce. Alors qu'il va trottinant doucement sur le bidet de sa métaphysique, distribuant palmes et fendes, hélas ! combien encore le suivent à califourchon sur un bâton et remplissent de bruit les galettes! Qu'est-ce à dire? Suivant la vieille locution gauloise, l'école a- 1- elle couché
ouverte, que les ânes parlent latin? Chacun s'en mêle à présent, et nous pouvons dire avec le bonhomme Scarron :
Un barbier y met bien la main, Qui, bien souvent, n'est qu'un vilain y Et dans son métier un grand a\e.
Mais l'esthétique est un pavillon qui couvre la marchandise, et^ dès qu'elle resplendit quelque part, comme le tétragramme hébraïque de Jehovah, il semble quil faille s'incliner, et qu'il y ait là un sanctuaire.
Les Grecs entendaient par Afo9r/<jtç^ la faculté de sentir. Les modernes en ont fait l'esthétique ou science des sensations. Le jour oit Baumgarten^ professeur de philosophie à Francfort sur l'Oder y émit, le premier , ce grand mot, il ne se doutait guère de l'énorme consommation qu'en ferait un jour la critique. Incompris des foules, il retentit avec l'autorité d'une trompette qui commande le silence. Les théories transcendentales s'en taillent des robes doctorales. Il y a bien des élucubrations boiteuses auxquelles il sert de béquille , et les pédants s' en font litière. Je ne lui veux aucun mal, mais je trouve que, jusqu'ici, il a fait plus couler d'encre qu'il n'a versé de lumière.
C'est que vouloir établir les principes du beau dans les arts, est chose absolument impossible sans la connaissance approfondie des règles mathématiques qui servent à constater sa présence dans les corps, ou à ly mettre quand on les représente y la pratique des arts en un mot. Quant à la philosophie du goût y elle n'est quune science en tair, si on veut soumettre son essence à des axiomes définis ^ au lieu de constater purement et simplement ses phénomènes, qu'il faut savoir encore apprécier par principes.
En somme, Baumgarten ne peut nous dire si la perfection gît dans la forme externe des objets, ou tout simplement dans la manière de la sentir, et, comme tout bon Allemand, il tombe dans le duel éternel de l'objectif et du subjectif. Bref, sa conclusion est que nos idées touchant le beau sont encore enfouies dans le vague.
En vain Mendelssohn espère éclairer ces ténèbres; sa lampe s'éteint, en plein labyrinthe des opérations de rame dans la connaissance du beau. Suider, pour distinguer entre le bon, le parfait et le beau, ne nous rend pas ce dernier plus palpable quEberhard ou Lessing ne le font eux-mêmes.
Kant, le grand Kant, affirmatif là où, Baumgarten hésite, place hardiment le If eau dans les fa-
cultes de l entendement humain, et nullement dans les objets. Dieu nous préserve de le suivre dans les inextricables méandres du beau libre et du beau adhérant! Fichte en fait une affaire de morale. Jean-Paul Richter effleure la question y mais ne la résoudpas. Les manuels de Kruget de Solger, l'esthétique de Grûber nous laissent tout à fait incertains.
Userait malheureux, toutefois, pour V honneur de V esprit humain, que ces grands hommes n'eussent pas entrepris leurs ouvrages, comme il est éternellement regrettable que Baumgarten n'ait pu terminer son ^sthetica. Les conceptions philosophiques qui s'en dégagent ajoutent à la gloire du raisonnement et contribuent au développement de l'art de penser ; mais leur action sur les beaux-arts n'est que celle d'une des formes variées de la phi-losophie qui, en toute science y a pour but de rechercher les lois du progrès y et qui ne saurait faire avancer l'art graphique autrement qu'en développant l'esprit de V artiste et ses facultés pensantes; résultat précieux, digne d'être poursuivi dans un enseignement bien entendu, qu'un psycologue émérite tel que mon ami Henri Taine ne devait pas trouver au-dessous de sa grande érudition et de son rare talent.
D'ailleurs, cette préoccupation constante de rechercher les lois et les conditions de la beauté établit que celle-ci n'' est pas un vain mot. Est-il si malaisé de la définir ? Le beau, n'est-ce pas t effet apparent des lois qui constituent et conservent l'être? Que ce soit la vertu, que ce soit l'art y c'est la même poursuite du beau, dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique. Si c'est une erreur étymologique, c'est, du moins, un sentirnent très-fin du génie latin que de faire dériver le mot ars du mot grec signifiant la vertu : «tto t)5<; aftvnç. L'art, en effet, est la recherche, la constatation et la glorification de la vertu physique, par rapport à la forme. La vertu physique c'est le beau plastique, c'est une juste proportion, un rapport harmonique de la gnâce, d'où, naît t aisance, la légèreté, la mobilité, et de la force qui engendre la durée et la conservation.
Cependant, de même que Moïse ne voyait pas la face de Dieu, mais le dos, comme dit la Bible, ainsiy dans notre aperception de la beauté idéale, rie voyons-nous que le côté relatif, l'aspect absolu nous demeure voilé. O beauté, vierge étincelante qui baigne toute nue dans la splendeur céleste, tu éveilles dans les âmes le sentiment de ton être et tu les diriges à f amour ! C'est toi qui allumes cette ardeur de jouir de cette quintessence de perfection dont
chacun aperçoit che{ autrui comme un reflet de celle qu'il aimerait en soi, qu'il se prend à désirer ^ et dont il veut jouir, afin de s'aimer^ de se désirer et de jouir de soi-même.
S'il est vrai que V homme , en naissant ^ n'a pas la vision rectifiée, et méconnaît les effets de la perspective aérienne y — qui n'a vu un petit enfant vouloir saisir une étoile? — il faut donc qu'une série d'opérations établisse dans son intellect une notion que ses sens tout d'abord lui refusent. L'artiste est à l'homme qui ne fait pas de sa vue un instrument perpétuel d' étude , ce que cet homme est au petit enfant. Car celui-là, dans les questions d'art, veut aussi saisir des étoiles. Comme il serait^ surpris si on lui affirmait qu'il ne voit pas juste, et quelquefois même pas du tout!
Cicéron dit quelque part : Multa vident pictores in umbris et in eminentia, quœ nos non vîdemus. Les peintres voient dans les ombres et dans le relief bien des choses que nous n'apercevons pas. Les ombres et le relief, c'est-à-dire la forme et l'effet.
Le savoir est donc une vision plus pénétrante des choses. Il y a une vision externe qui montre les objets tels qu'ils sont, et une vision interne qui montre les principes rationnels. Perfectionner la
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première et en faire un instrument déplus en plus infaillible, acquérir la seconde et posséder le jeu de son fonctionnement, c'est ce que fait V artiste; c'est ce que doit faire aussi le critique d'art qui prétend sortir de r historiographie ou de Varchéologie, et dicter, en chaire, les nobles théories. Et quel est le magicien qui nous donne cette double vision ? C'est le dessin.
Les Iconologues italiens, entre autres Cesare Ripa, représentent le dessin sous la figure d'un ieune homme élégant et vigoureux, tenant en main le compas et le miroir. Quelquefois, cependant, c'est sous la forme d'un robuste vieillard muni des mêmes attributs. Cela, soit qu'ils entendent exprimer la beauté, la force et la foi que réclame cet art, soit qu'ils veuillent faire comprendre qu'il est le père de la peinture, de la sculpture et de F architecture, et lui donnent alors de préférence aux traits d'un héros le grave et mûr maintien qui sied à la paternité. Mais les accessoires emblématiques de ces deux figures sont les mêmes, parce qu'ils expriment la connaissance des mesures et la perception juste des objets. En effet, voir juste et mesurer, tout est là.
Le géométrique, le géométral et le perspectif, tels sont les trois aspects soumis à des lots dont la
connaissance constitue la science graphique. Ce que Vitruve appelle graphidos scientia.
Le géométrique mesure V objet et ses superficies; il tombe sous les sens. Suivant le tempérament de rartiste, il parie dans une donnée restreinte soumise au sentiment de F harmonie et de l'eurythmie. Cette donnée^ les différentes écoles (alors qu'il y avait des écoles) en ont établi tarchétype, pour r anthropographie, dans un canon invariable, mais que les talents indépendants peuvent toujours mo-^ difier selon leur génie afin d'affirmer leur style. Là, surtout, gît l'interprétation libre de la nature et le droit de lui imposer de discrètes et religieuses modifications^ subordonnées toutefois aux lois naturelles.
Le géométral constate les rapports entre la hauteur de l'objet et la largeur de son plan, ce qui constitue t étendue , le spatium corporis, le corps sous ses trois dimensions, ce que les Grecs nommaient to rpiyn dioLtszarby.
Le perspectif établit la circonscription optique apparente des objets. C'est la science des délinéations scénographiques dans les surfaces, occasionnées par féloignement et par la position du spectateur.
Le géométral et le perspectif déterminés par les
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rapports de la coupe et de l'élévation sont soumis à des lois invariables et mathématiques.
Tout peintre qui ne les saura pas ne sera rien moins qu'un peintre. Tout critique qui lesigno-rera ne sera qu'un critique sans autorité. La création est révolution de la substance éternelle dans le possible; Part, c'est la fixation de cette évolution par un artifice. Si tu ne connais pas les lois qui ré-* gissent cet artifice, comment saurais-tu les mettre en pratique? Et toi y critique, sur quoi pourrais-tu fixer ton jugement? Qui n'a ne peut ^ c'est inflexiblement vrai. Nul écrivain sans grammaire, sans grammaire nul critique littéraire; sans principes graphiques nul artiste, nul critique d'art non plus. Il faut que ce dernier soit le truchement entre l'artiste et le public y et qu'il traduise la langue du premier au second qui T ignore. Ce qui fera son éternel honneur, ce qui fait celui de la grande critique, car elle existe , elle a ses maîtres, c'est de dégager rimpression générale par laquelle se traduisent ces mille notions qui n'intéressent que les spécialistes et les doctes y et de la faire toucher au vulgaire, toujours plus frappé par Fexpression d'une passion particulière ou d'un trait de détail que par une haute philosophie de la forme, qu'il n'aperçoit que bien indistinctement.
Quand tu sauras cette grammaire de Fart, alors tu philosopheras, et tu le feras mieux, crois-moi, car tes spéculations métaphysiques seront sagement pondérées par une connaissance certaine des principes, et, semblable aux grues qui autrefois, dit-on, pour se tenir également entre terre et ciel, portaient une pierre entre les pattes, tu voleras d'un vol mieux équilibré.
Autrement, enferme-toi dans l'historiographie des arts. Recueille les contrats authentiques, les actes relatifs aux maîtres. Enfonce-toi, comme c'est un peu la mode, dans l'érudition d'inventaire, qui devient déplus en plus stérile; ou bien, endoctrine l'artiste sur la coupe des vêtements, sur Pin-convenance des milieux oii sa fantaisie établit sa scène, sur les écarts de son archéologie. Mais, parce que tu auras colligé les codicilles du testament d'un peintre, parce que tu auras découvert les articles secrets des accords d'un autre avec la nièce d'un cardinal, parce que tu auras véhémentement convaincu le troisième d'avoir introduit des Turcs dans des sujets évangéliques et fait dîner le Christ à Venise; parce que tu auras établi par les traditions byzantines que l'âne de Balaam était un mulet, et prouvé victorieusement qu'Abraham allant combattre Chodorlahomor ne portait pas une armure
consulaire, n'estime pas que tu sauras un mot des maîtres et que tu auras le droit d'en parler. Si tu ne les a longuement étudiés dans leurs œuvres à laide d'une forte méthode que la connaissance des règles qu'ils [ont si bien appliquées mettra seule entre tes mains, tu feras rire à tes dépens les artistes en leur fournissant matière à raillerie, comme ce péripatéticien qui fut à bon droit moqué dAnni bal pour avoir péroré avec plus d'éloquence que de discernement sur le fait de la guerre devant ce capitaine.
C'est une mission bien élevée que de révéler au public la belle synthèse harmonieuse d'une œuvre d'art due à l'étude analytique la plus patiente, d'indiquer aux jeunes artistes cet équilibre parfait de r esprit d'analyse avec F esprit synthétique, apanage des hommes fortSy et de leur apprendre à ramener le particulier au général, opération qui distingue le penseur : car tout fait ramené aux idées générales est un signe par lequel on reconnaît l'homme.
Contempler les réalités, en dégager les grandes lois et se les assimiler, puis, sous l'influence des facultés créatrices, donner la vie aux matériaux, voilà ce qu'il faut apprendre au jeune homme. Nous ouvrons parfois la main que Nature tient fermée
sur ses mystères; nous y lisons ses secrets, nous les interprétons dans nos œuvres et les rendons sensibles aux hommes. Saisissant l'apparence fugitive des choses, nous fixons la réalité dans des formes plastiques immobilisées ^ et^ donnant un corps à nos sensations, nous les traduisons à autrui en cherchant à les lui faire éprouver. Aider à ce noble commerce, c'est le râle de la critique. Mais il faut quelle soit à la hauteur de cette mission. Quant aux préceptes qui doivent diriger les études, c'est affaire aux maîtres de l'art.
Dernièrement feus la fortune de lire quelques pages écrites par M. Guillaume, réminent statuaire, à propos d'un enseignement élémentaire des beaux-arts. Je n'ai pas V honneur de connaître M. Guillaume autrement que par ses ouvres : je nai pas été surpris de voir un artiste aussi supé* rieur écrire aussi bien sur un sujet qui lui est familier, et cela m'a confirmé davantage dans cette opinion que, pour bien parler sur les arts, il faut les connaître grammaticalement et par principes.
C'est un grand danger quand des hommes, abusant de leur esprit, se font un jeu déparier d'abondance sur des matières sérieuses qu'ils n'ont pas étudiées. La facilité à manier des paradoxes ne laisse pas que de leur permettre d'éblouir les per-
sonnes confiantes. Étrangers aux arts par leur tempérament y ils ne craignent pas, dans leur appétit désordonné de singularité, de nier des règles qu'ils ignorent et de préconiser de folles théories. Ils ébranlent la foi des naïfs. Ils prêtent un appui coupable aux paresseux, aux ignorants, aux fous, trois catégories d'hommes d'un excessif orgueil.
Mais la critique savante, celle qui, laissant les méthodes aux praticiens, élève le niveau de Vart à la hauteur des études philosophiques, c'est, avec toute la critique d'ailleurs, l'honneur et la conquête de notre époque.
Le criticisme qui prend la mesure de l'intellect humain avant d'admettre une seule de ses opérations a, sur les ruines d'un dogmatisme scolastique, élevé de nos jours une solide maison. Quelle soit historique, philologique, littéraire ou artistique, la critique a pour mission de discerner le vrai du faux, et pour devoir de s'informer avant de con- \ dure.
\ Le sens critique était che\ les anciens d'une fai-
blesse extrême; nul pendant le moyen âge, il renaît avec r érudition. Ainsi, Lactance croit aux livres, sibyllins, malgré les traces évidentes de contemporanéité. Il croit à l'antiquité des livres d'Her^ mes. Au seuil delà Renaissance, Marcile Ficin y
croit encore; mais bientôt Patrini s'efforce de concilier avec cette opinion des anachronismes tels, que des allusions à Phidias ou au musicien Eunomios, et les explique par des interpolations. Bacon ^ Locke y Berkeley, Hume, Reide, et la critique naît et grandit; Casaubon, Bentley , Hermann, la philologie moderne va naître. Saurait-on admirer jamais asse^ ce que la critique a fait de nos jours, où nous déchiffrons les mythes antiques sur le cippe hermétique, mieux que les contemporains des Lagides, et oii le Poimandrès et VAsclépios nous sont moins obscurs qu'à Stobée, Cyrille, Lactance ou Suidas.
La critique d'art est toute moderne. Nous lui devons d'avoir fait apprécier au public les œuvres des hommes de génie. Elle seule fait toucher du doigt les beautés quun public ignorant ou. naïf n irait jamais chercher là où elles se trouvent. Elle a réuni les annales des arts et enregistré les efforts de t homme pour évoquer le beau dans sa pure clarté. Son rôle est en outre éminemment moral; elle est la gardienne fidèle et jalouse du mérite de chacun, et son épée flamboyante écarte les plagiaires du temple.
Mai^ surtout elle élève le niveau des études artistiques. Sans doute y il ne. faut pas à tout propos
mettre la philosophie en réquisition et tirer V antinomie de son écrin pour élucider des questions d'art; mais vouloir absolument avoir raison de tout art à l'aide de la mathématique, c'est substituer un moyen mécanique à l'inspiration et le croire suffisant. Rendons justice aux écrivains éminents qui consacrent leur talent â traiter V esthétique des arts, et, s'ils ont eu le courage de se faire une éducation spéciale bien assise, payons- leur un juste tribut de gratitude et d'admiration. Félicitons-nous surtout si nous avons touché la fibre sensible d'hommes délicats et évidemment supérieurs au public; mais s'il arrive que nos efforts n'obtiennent pas toujours leur appui, s'ils méconnaissent quelquefois le but que nous avons atteint, consolons-nous-en par notre propre conscience d'artiste. L'art nous donne des jouissances intimes dont les délicatesses ne sont perçues que par les initiés. Ceux-ci sont comme cet Aspendius, en son temps grand joueur d'engins musicaux, qui, alors qu'il en sonnait à la multitude^ s'accompagnait et une si basse et si sourde mélodie quelle n'était entendue que de lui seul.
Quant aux détracteurs monomanes, il faut s'en rire. Detractor diabolum portât in lingtia, dit saint Bernard. Le détracteur a le diable sur la
langue. Il faut se rire aussi de ces pronosticateurs de misères qui s en vont prêchant à toute heure que notre époque est en décadence. A les entendre, tout va de mal en pis; c'est letohu , c'est le bohu ! Eh bien, patience, à force de mal aller, tout ira bien. Quant à nom. Messieurs, nous en sommes fâchés, nous ne prendrons pas de vos almanachs.
Avant tout, ceux qu il faut toucher ^ ce sont les maîtres de notre art. C'est d'eux que les éloges et que le blâme doivent nous être sensibles. Constituons nos anciens juges de nos œuvres. Nous le devons bien à ceux qui combattirent devant nous.
Il vieillit., l'artiste qui a parcouru sa voie. Si vaillant quil ait été, son éclat passe et sa sève se tarit. Mais il est comme ce symbole de la charité qu'avait adopté pour emblème Isidore Ruberti, auditeur du cardinal Salviati , huomo di molta bonta e di varia erudilione ormio... C'était un olivier dont les branches se desséchaient , mais dont le tronc distillait un suc nourricier pour les ramuscules issus de ses racines. Ainsi, tout en mourant, il alimente et prépare à la vie l'enfance d'une génération nouvelle, et sa devise peut être comme celle dudit emblème : moriens reviviscit , car il nourrit de sa doctrine, qui survit à ses forces, toute cette jeunesse qui naît de lui.
Oh ! r outrecuidante et vaine opinion que celle de croire quon se puisse passer de maîtres! Nature n a pas permis que quelque chose procédât de rien. Cest ce qu'exprime avec force /'ex nihilo nihil fit des anciens cabba listes. Bon gré mal gré il faut se î^attacher à une école, à un enseignement. L'originalité propre n'en saurait être amoindrie. Mille flambeaux se peuvent allumer à un même foyer. Il est un fond commun de hautes traditions, patrimoine et héritage de tous, source vive de nobles doctrines où se déversent les affluents des principes conquis par les bons maîtres; les {élateurs de Vart s'y peuvent abreuver tout en conservant leur personnalité bien tranchée; c'est ainsi que des oiseaux de plumes diverses se désaltèrent dans une même coupe et s'envolent après par tous les coins du ciel.
Continuer des traditions, cest le seul moyen de marcher droit. Il faut que fart soit une chaîne; c'est quand elle se brise qu'il y a décadence. Toute renaissance consiste à rattacher un anneau original à ceux qui pendent du passé. C'est ce qui rend si grand et si fécond le renouveau du XV^ siècle.
Le travail énergique , patient y comme celui de la petite abeille à laquelle nous renvoie Salomon; la diligence, ce désir efficace défaire quelque chose pour en voir la fin; l* étude tenace, appliquée.
analytique, qui serre le frein à l imagination de r homme ^ lequel, suivant le dire de Platon, a plus besoin de plomb que d' ai tes, voilà ce qui jf ait le grand artiste, si Von y ajoute la liberté; car ici comme à Ithaque, à cette heure comme au temps du fidèle Eumée, la providence de Zeus enlève la moitié de sa vertu à ïhomme tombé dans la servitude.
Mais, comme il est sage défaire son profit de V expérience des gens d'âge, lis donc, ami , ces petits traités d'Albertij, dont tu trouveras bon que f esquisse la vie à grands traits, afin que nous fassions plus ample connaissance avec notre auteur et ses ouvrages.
UiVANT Léon Battista lui-même , Ammirato , les abbés Gasato et Gamurrini , Benvenuto , Torti et Quirini. la noble et riche famille des Alberti ne porta, du X^ au XP siècle, que les noms des seigneuries qu elle possédait. Alberto, un des fils de Benci, seigneur de Catenaia, fit de son prénom le nom même de ses descendants. Suivant Tabbé Gamurrini, c'est la maison d'Accia d'Arezzo qui est la souche des Alberti.
Nicolù Pallanti, chevalier arétin, confirme cette origine à Giovanni Alberti dans une lettre datée du 22 mars i34g et reproduite par Scipione Ammirato. Dès Tan i3oi , on voit les Alberti tenir à Florence état de grands seigneurs. Lorsqaen i384, le frère de Pietramala, Tévêque Pietro Sanone vendit aux Florentins la ville d'Arezzo, les fêtes dont cet événement furent le motif donnèrent aux Alberti l'occasion de déployer une magnificence qualifiée de royale par les historiens. Ils parvinrent neuf fois à la haute dignité de gonfalonier. Leurs armes, que Domenico Maria Manni reproduit dans son Sénat o fiorentino, sont : d'azur à quatre chaînes d'or mouvantes des quatre coins de Técu et liées en cœur à un anneau de même.
Une famille noble de Provence, originaire d'Aubagne, les d'Albert, seigneurs de Roquevaux, blas^onnent pareillement, si ce n'est que l'anneau est d'argent.
J'ignore sur quelles considérations se fonde Ammirato le jeune pour rattacher les Concini aux Al-
LEON'BATTISTA ALBERTl. 3i
berti, et relever ainsi la naissance du maréchal d'Ancre ; toutefois ce dernier pouvait accoler à son écu celui de sa femme, héritière des Galigai, dont les armes sont semblables à celles des Alberti, sauf qu'elles sont d'azur en champ d'or. Cosimo Bartoli dédia le petit traité de Leon-Battista intitulé la Cifra à un Bartolomeo Concini.
L an 1400, Maso degli Albizzi et sa faction dominaient à Florence. Les Blancs tentèrent de les renverser. Ils s'unirent au duc de Milan, qui faisait la guerre à la république, et conspirèrent avec les bannis, dont le Milanais était rempli, pour surprendre ia ville et s'emparer de la seigneurie. L'indiscrétion d'un Ricci et la trahison de Salvestro Caviciullo firent avorter ce complot. Six membres de la famille des Alberti, six des Ricci , deux des Medici , trois des Scali, deux des Strozzi, Bindo Altoviti, Bernardo Adimari, plusieurs du popolo grasso, furent déclarés rebelles. On frappa dCammonilion, c'est-à-dire d'exclusion des charges de l'État, tous les Alberti, les Ricci et les Medici pendant dix ans.
Messer Antonio Alberti, seul, n'avait pas été compris dans ïammonition ; mais un moine qui lui apportait des lettres de Bologne, quartier général de la conspiration , s étant laissé surprendre et ayant fait des aveux, messer Antonio fut condamné à l'amende
et exilé, avec tous les Alberti âgés de plus dé quinze ans, à trois cents milles de Florence. Quelques-uns d'entre eux rompirent leur ban en 141 2 et donnèrent lieu à de nouvelles rigueurs envers leur personne et leur famille.
Leon-Battista Alberti naquit à Florence en 1 398 selon Manni, en 1400 suivant le Bocchi. 11 partagea dès le berceau, ou à peu près, avec son père Lorenzo., avec ses oncles Giovanni et Alberto, qui plus tard fut cardinal , Texil de son aïeul Cipriano et de son grand-oncle Benedetto. C'est sans doute ce qui fit dire à quelques biographes qu'il naquit à Venise.
Giovanni et Antonio se réfugièrent dans cette ville; Lodovico, fils de Tomaso I®^, avec ses enfants Guiielmo, Tomaso et Giovanni, en France, dans le comtat Venaisâin. On a de lui, à cet égard, ainsi que de ses trois frères Gianozzo, Antonio et Filippo, une requête qui date de 141 3.
Thomas II d'Albert , ^^amoiseau , seigneur de Boussargue, fils de Lodovîèo, suivit, devenu Français, la fortune du Dauphin, depuis Charles Vil. Reçu viguier de Pont-Saint-Esprit, il était viguier royal de Bagnols en 1420, capitaine d une compagnie d'hommes d'armes en 1421, pannetier du roi en 1429, bailli d'épée du Vivarais et du Valentinois en 1447. Il mourut en 1455. De son vivant, il se
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qualifiait lui-même de domicellus , nobilis, potens, magnificus.
Cent- vingt-trois ans plus tard naissait, dans le comtat Venaissin, un enfant qu'Henri IV devait tenir sur les fonts de baptême, Charles, marquis d'Albert, qui fut duc de Luynes, pair, grand fau- * connier, garde des sceaux et connétable de France, chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme desa chambre, gouverneur d'Amboise, de Picardie, Isle- de -France, Boulonnais et pays reconquis,d'Amiens, Calais, etc. L'archéologue éméri te, le grand seigneur opulent et généreux, l'homme de cœur qui mourut pour une cause qu'il aimait, en ' donnant, malade, son manteau à un pauvre soldat blessé, feu monsieur le duc de Luynes était son descendant. Je ne sais s'il portait en chef ou en abîme les armes parlantes des vieux seigneurs de Catenaia ses aïeux, ou si elles manquent à son écu, mais il était trop l'ami des arts et des artistes pour ne pas s'être enorgueilli d'un agnat tel que notre Leon-Battista Alberti.
En effet, si ce n'est le Vinci, dont il semble le précurseur, aucune figure plus originale ou plus exceptionnelle par l'ensemble des facultés n'illustra la Renaissance. Il fut merveilleusement institué par son père, homme de sens qui, continuant les tradi-
tions de sa race, sut, comme tant de ses concitoyens, unir aux spéculations intellectuelles cet esprit d'entreprises commerciales qui fit la gloire des républiques italiennes, et surtout de Florence, 6ù les fortunes étaient telles, que, pendant le* vingttrois premières année* du XV<^ siècle, soixante et douze familles purent être taxées à la somme de cinq millions de florins d'or, et que les Medici, en Tespace de trente-sept ans, firent à eux seuls pour 663,755 florins d'aumônes.
Au début de son livre sur les avantages et les inconvénients des lettres, qu'il dédie à lun de ses fi'ères, Leon-Battista s'exprime ainsi : « Lorenzo « Albert! notre père, homme qui fut en son temps, a comme il t'en souvient, 6 Carlo, de beaucoup le a premier des nôtres en toute chose, et surtout dans « Fart d'élever sa famille, voulait, coutumièrement, a que nous vécussions dans une discipline telle que « nous ne fussions jamais oisifs. y> Carlo, comme son père, se livra aux affaires et cultiva les letftres. Il en fut sans doute de même de son frère Bernardo. Leon-Battista se consacra tout entier et exchisivement à l'étude.
Alberti fut un encyclopédiste, par tempérament comme aussi par éducation. Le goût des études encyclopédiques est caractéristique du moyen âge,
influencé, dans cette direction, par les œuvres d' Aristote, dont Tensemble comprenait toutes les connaissances humaines. Chez tes Italiens, race douée de mémoire et d'imagination, ce goût revêt la forme poétique , et chez eux la Muse , en se faisant savante, poursuit une idée sociale et politique. Cecco d'Ascoli dans PAcerba Vitûj Dante Alighieri dans son triple poëme, vont de Talpha à Toméga du savoir humain contemporain. Fazio degli Uberti, Frederigo Frezzi, Goro Dati, sont des encyclopédistes et prennent, comme leurs compatriotes, la forme rhythmée de préférence. Brunetto Latino, par exception, écrit son Tesoretto^ inspiré pm* l'idée française, qu'il avait, d'ailleurs, puisée chez nous, où le type de ce cercle didactique est a le Quadruple Miroir de Vincent de Beauvais, lecteur du roi saint Louis. y>
Il fallait alors parcourir les sept sphères du ciel intellectuel, le tripium, où régnent grammaire, dialectique, rhétorique, singulièrement modifié par les humanistes du XVI^ siècle; le quadrivium^ enfermant arithmétique, musique, géométrie, astronomie, qui reçoit un fort contingent de renouveau en Italie, où, dès le XII^ siècle, Léonard Fibonacci, marchand pisan, introduit Talgèbre et la numération hindoue.
Avec le grand essor de la démocratie italienne surgit Tarbre de science aux rameaux vastes. La vieille université des Gaules, si justement célèbre par le monde entier, reçoit à tout moment comme des affluents des universités d'Italie. Depuis l'époque carlovingienne, une longue nomenclature de noms italiens retentit dans nos écoles : Fulbert, LanfrancdePavie, saint Anselme, Pierreet Lodolphe Lombard, Lanfranc de Milan, Passavanti, Taddeo et Torrigiano de Florence, saint Thomas^ Gilles Colonna, saint Bonaventure, Roland de Crémone, Annibalde dei Annibaldi, Rémi de Florence, Giovanni de Parme^ Agostini Triomfo d'Ancône, Jacques de Viterbe, presque tous les primiciers et professeurs de l'école d'Avignon, des recteurs de l'université de Paris, tels que Prépositif Lombard et Robert Bardi. En effet, Paris c'est la Cariatasepher, la cité des lettres par excellence !
Sans doute, cette invasion pacifique des docteurs italiens dans le domaine des études françaises y dut développer et maintenir cet esprit d'universalité qui a toujours été le propre des grands génies de ritalie : Dante, Pétrarque, Boccace, Dagomari, Alberti, Léonard de Vinci, Fracastoro, Pic de la Mirandole, Michel-Ange, Maurolycus. Cependant, à l'aurore du XV® siècle, la scolastique est semblable.
à cette tige de coloquinte desséchée sur laquelle pleura Jonas. Le grand courant inspiré des XIII® et XIV® siècles est tari. Voici venir les temps nouveaux amenant une science nouvelle. Le bon génie du savoir est avec elle; il suscite Tart merveilleux de l'impression, et lui donne pour apôtres des hommes tels que Reuchlin, Agricola, Copernic et Cornélius Agrippa en Allemagne ; Érasme en Hollande, Linacre et Ascanus en Angleterre, Vives et Antonius Nebrissensis en Espagne, Faber et Budé en France, Le Pogge, Hermolaûs, Marcile Ficin, Politien, Machiavel, Pomponace, Pic et les mathématiciens en Italie.
Grâce à Dieu, ces hommes ont éclairé les ténèbres où Ton errait avant eux. Alors, c'était un Aquilegius qui régentait la rhétorique. Alors, l'étude des langues n'avait pour tout guide que le Grœcismus^ le Barbarismus et VAlexander de pilla dei. Alors un Gingolphus, un Rapoleus, un Ferrabrit et un Petrus Hispanus étaient les seuls philosophes accrédités. Ils emplissaient l'étude de la sagesse du fatras de leurs ampliations, suppositions, restrictions, sophismes, obligations et subtilités des parpa logicalia. Alors l'histoire ne s'apprenait que dans le Fasciculus tetnporum et la Mer des histoires^ farcissant l'esprit des rêvasseries des
vieux romans : la Prophétie de Merlin, TEnfer Saint- Patrice, la TcKir-Pilate, le Château d'aimant et la Papesse Jeanne. Alors, on ne voguait sur Tocéan sans fond des mathématiques autrement que sur le frêle et piteux radeau du Comput manuel et Calendrier des bergers.
Peut-être, tout d'abord, Térudition semble-t-elle étouffer l'inspiration; mais, du passage de la Renaissance à travers cette érudition devait naître la critique, et l'on trouve déjà, dans certaines notes du Vinci, des idées dignes de François Bacon, et des démonstrations qui procèdent de la plus rigoureuse méthode.
Alberti vient au monde pour profiter de cette révolution dans les études. Intelligence grande ouverte, il absorbe toutes les notions du cycle scientifique. A lui peut s'appliquer cette pensée du sage chinois: « L'homme vulgaire a une âme étroite; elle ne contiendrait pas un atome. Le saint embrasse dans son cœur le ciel et la terre. Il n'y a rien que sa vertu ne contienne ; elle est comme la mer, qui reçoit tous les fleuves *. *
Sans doute il fut élevé avec cette douceur relative de la pédagogie italienne, contrastant singulièrement avec la sanglante cruauté de la nôtre, qui
* Tao-te-King'KiaH de Te-tksing, trad. de Stanislas Julien.
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semblait plutôt une mégère fustigeant Fenfance à plaisir, telle qu'est représentée la grammaire à Chartres et à Laon, qu'une bonne mère nourricière qui la recueille dans son sein et l'allaite de ses miamellés, ainsi qu'est peinte cette science dans le Campo-Santo de Pise. C'était alws que le savant et original Vittorino da Feltré inaugurait son fameux système d'éducation libérale et fondait un institut d'où sortit une pléiade d'hommes illustres.
Leon-Battista mordit aux humanités avec cette ardeur qui se traduisit en ces temps par une véritable passion pour le grec. Léonard Arétin écrit dans cette langue sontraïtédeRepublica^rentina. Il a des imitateurs parmi ks savants italiens, et, chez nous, un peu plus tard, Guillatraie Budé correspond familièrement avec ses amis dans Tidionïe de Platon.
L'étude du droit sollicita vivement Alberti. Tout jeune, on le voit parmi les plus studieux à cette vieille université de Bologne, où, dès Accurse k père, le droit romain préconisé affirmait la suprématie des empereurs. D'ailleurs, de toutes les sciences, la jurisprudence est celle qui paraît la plus noble aux grands esprits de cette époque. Ils prennent à la lettre la définition d'Ulpien : Jurisprudentia est divinarum atque humanarum re-
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rumnotitia, justi atque injusti scientia. C'est la notion des choses divines et humaines, la science dii juste et de l'injuste, celle à la recherche de laquelle les autres doivent être employées. Pour eux, elle se dégage de toutes les sciences qui, toutes, concourent à son édification. Elle est, dans son sens le plus absolu, l'application même de la philosophie. L'histoire ne rassemble les traditions que pour l'établir sur de fortes assises. L'étude de la philologie ne leur semblerait qu'une vaine curiosité, si elle n'employait sa lumière à illuminer la science du droit des plus purs reflets de la vérité. Aussi toutes les sciences se sont-elles donné rendez-vous dans celle du droit, qui, par un juste retour, les pénètre toutes et les remplit. C'est surtout dans l'histoire qu'il apparaît et se développe. Il y est la mesure des peuples. Il germe en eux dès qu'ils sont viables. Il croît, fleurit, fructifie avec eux. Ceux-ci se reflètent en lui. C'est le miroir où toute nation peut contempler sa propre face. Dans les jeunes sociétés, sous la tutelle des théocraties, il apparaît comme une révélation. Il tombe de la lèvre des pontifes. Il ne s'écrit pas, il s'enferme dans le sjrmbole, dont il s'échappe enfin quand ces sociétés mûrissent. La législation prend naissance, l'expression du droit devient un besoin, devient elle-même
un droit. On le rédige, il est écrit. L'idée philosophique et ridée historique se dégagent, et le droit passe enfin par la science, critérium absolu dont tout doit sortir pour être réputé la vérité.
Il fallait que Tétude du droit eût pour Alberti de bien grands charmes, et pour les goûter il fallait qu'il en perçût toute la philosophie, car il y travailla avec une telle ardeur, que sa santé en fut ébranlée. Pendant une grave maladie, résultat de son assiduité, il eut à se plaindre de ses proches parents. Sans doute il avait perdu son père. Son éloignementpour les affaires le fit peut-être prendre en mépris. N'avait-on pas vu Fibonacci, aux siècles antérieurs^ taxé de fainéantise et traité de bigollone? L'intrépide Marco Polo ne fut-il pas raillé des Vénitiens et désigné par une injurieuse épithète ? Ghiabrera ne vécut-il pas méprisé des Génois parce qu'il ne faisait pas de commerce? Dans ces républiques vouées aux spéculations mercantiles, la spéculation intellectuelle exclusive peut-elle trouver grâce? « Tant est-il que ce que les avares désirent « très-grandement, les lettrés et les studieux des (( bons arts le déprécient, et que ce que souhaitent « les studieux, les avares n'en tiennent compte *. »
* Propres paroles d*Alberti : De commodis litterarum atque incommodiSf ad Carolum/ratrem.
Pour occuper sa convalescence et donner le change à sa tristesse, il composa le Philodoxios ,^ comédie dans le goût antique. Cette œuvre trompa longtemps après un humaniste par excellence, le fils du vieil Aide, Paul Manuce, qui imprima cette soi-disant épave de l'antiquité latine, cette bonne trouvaille de Térudition. Le cénacle des érudits de Venise, où affluaient encore ceux du monde entier, opina avec le typographe érudit, cicéronien délicat de la grande école, pour attribuer à l'antique Lépidus cette comédie latine d'Alberti le moderne. Le livre parut sous ce titre : Lepidi comici peteris Philodoxius, fabula ex antiquitate eruta ab Aldo Manutio. Il est dédié à Ascanio Persio, le juge des érudits de son temps. D'ailleurs, le contemporain d'Alberti, Carlo Sigonio, savant légiste, professeur de grec à Modène, et qui enseigna les humani tés à Padoue, y fut trompé lui-même bien avant. Cependant, Albert von Eyb, qui fut camérier du pape Pie II, attribue le Philodoxios à Charles d'Arezzo, de la famille Marsuppini, mort à Florence en 1453. Il en a inséré quelques scènes dans sa Margarita pratica epistolaris et oratoria^ imprimée à Nuremberg en 1472. Son opinion n'a pas prévalu.
Alberti n'avait que vingt ans quand il écrivit
cette comédie, ainsi qu'il le dit lui-même dans le prologue anonyme. C'était un jeune homme d'une adresse et d'une force peu communes. Le premier aux études, il excellait par-dessus tous les jeunes gens de son âge aux exercices du corps. Il luttait merveilleusement et déployait à la paume une agilité et une grâce extraordinaires. Il domptait, en se jouant, un cheval furieux. Cet athlète qui sautait à pieds joints par-dessus les épaules de dix hommes, qui s'escrimait de la pique mieux qu'aucun, qui perforait d'une flèche une forte cuirasse de fer, qui, le pied gauche appuyé contre la paroi de la cathédrale, lançait de la main droite une pomme à perte de vue par-dessus les combles de l'édifice; cet écuyer incomparable qui, en selle, tenant une mince baguette par un bout, et posant l'autre sur son cou-de-pied, agitait son cheval dans tous les sens pendant des heures entières, sans que la frêle baguette remuât seulement; cet adroit et alerte jeune homme qui, d'un seul doigt, imprimant une vigoureuse impulsion à une petite pièce de monnaie, lui faisait fendre l'air en sifflant et l'envoyait atteindre un mur distant de trois cents pieds sur lequel elle battait avec force; ce gymnasiarque prodigieux qui eût stupéfié les arènes, avait le don de tous les arts. Sans leçons, il est musicien à faire l'étonnementdes
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maîtres. Il chante à ravir. Il tient les orgues avec une supériorité qui le met au premier rang; il forme des musiciens par ses conseils. Peintre de talent , il est un des restaurateurs de Tarchitecture italienne, qu'il ramène aux principes antiques et à laquelle il applique des règles géométriques particulières et une direction philosophique qui lui est propre.
A peine remis de la maladie causée par son assiduité à Tétude du droit, il s'y livre de nouveau avec une ardeur semblable et la fait concorder avec celle des lettres. Ces grands labeurs, la dure pauvreté qui pesait alors sur sa vie , le jettent dans un état morbide effrayant. Les articulations sont affaiblies^ une maigreur extrême, une débilitation absolue, des vertiges, tels sont les ennemis auxquels il est en proie et qui, pourtant, ne lui font pas abandonner l'étude. Il étreint cette chère et consolante maîtresse qui l'épuisé, et ne peut s'en arracher, dût-il mourir de cet embrassement. Bientôt le cerveau est atteint; il oublie jusqu'au nom de ses familiers, jusqu'aux appellations des choses qui l'entourent. On dut lui supprimer ses livres. Rétabli, il reprend aussitôt sa vie studieuse, il approfondit la philosophie et les mathématiques.
L'étude des mathématiques a toujours été très-
cultivée par les Italiens. Encore à présent, c'est une race de calculateurs. Héritiers de la science des Arabes, et par eux de celle des Hindous, ils ont eu des hommes remarquables dans les sciences exactes à une époque où l'Europe était barbare à cet endroit. Les grands poètes comme les grands artistes de ritalie ont presque tous été des mathématiciens distingués. Dante, esprit universel qui, suivant Léonard Arétin, dilettosi di musica et di suoni, et di sua mano egregiamente disegnapa, fiit savant en arithmétique et en géométrie. Brunellesco est le maître du grand mathématicien Toscanella. Léonard de Vinci, avant Commandin et Maurolycus, s'était occupé du centre de gravité des solides et avait déterminé celui de la pyramide.
Les temps voisins de celui où vivait Alberti foisonnent littéralement de mathématiciens illustres : Giovanni Danti, Toscanella, Pierre Strozzi, Paul Gherardi, Michelozzi, Raffaelo Canacci, Antonio Billot ti, le grand et encyclopédique Dagomari, que les poëtes de son temps ont presque mis au rang du Dante, enfin Biaise Pelacani et Vittorino da Feltre , voilà pour les plus célèbres, les autres sont innombrables.
Il reste d' Alberti un tftité des mathématiques plaisantes écrit sur la demande de l'illustrissime
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Melladusio, marquis d'Esté, frère de Lionel d'Esté qui fut, dit Muratori, sans égal pour sa piété envers Dieu, sa justice et sa bonté envers ses sujets, et qui, protecteur des lettres, écrivait lui-même parfaitement en latin.
L'étude des mathématiques dut faciliter à Alberti ses recherches sur la perspective, dont nous voyons des manifestations intéressantes dans son traité de la peinture. L'enthousiasme qui saisit Paolo Uccello pour ses merveilleux théorèmes fut commun à Leon-Battista.
Bien que dans l'enfance encore au XIV^ siècle, la perspective était cependant connue à la fin du Xlll®. Dante en parle dans le Convito. Biaise Pelacani de Parme, que les Parisiens, chez lesquels il séjourna, comparaient volontiers au diable, s'est occupé de cette science. Pietro délia Francesca en fit un traité au XV® siècle. Léonard de Vinci, Serlio, à qui Benvenuto Cellini reproche de s'être approprié en partie les notes du Vinci, l'évêque Barbaro, Vignola, Sirigatti, firent faire à la perspective de très-grands progrès, sans en fixer toutefois les principes géométriques; puis le savant astronome Egnazio traduisit et commenta la perspective d'Euclyde et celle d'Héliodcwe, et donna une édition de celle de Vignole. Enfin, Guid' Ubaldo Monti,
dans la seconde moitié du XVP siècle, porta cette science à peu près à son apogée.
La jeunesse d'Alberti, passée dans Texil à Venise, à Bologne, à Rome, fit que, se sentant peu expert dans le toscan, sa langue maternelle, il dut étudier ce bel idiome, devenu le langage littéraire de toute ritalie. Je crois que la prédominance du latin dans ses études fut encore bien plus la cause de cette difficulté à écrire dans ce qu'on nommait la langue vulgaire. N'en fut-il pas de même pour notre Guillaume Budé, le premier érudit de son siècle, de Taveu de tous ses contemporains? Dans son livre de r Institution du Prince^ écrit exceptionnellement en français, il avoue que ce langage lui est peu familier et s'en excuse auprès du roi François P^ : « Et me
« tiens pour tout asseuré que supporterez béni-
« gnement les fautes d'ignorance tolérables, tn- « tendu que l'œuvre est faict en stile françois, peu à c( moiexercité. »
Presque tous les écrits d'Alberti sont en latin. Itre libri delt Economia^ traité qu'il écrivit en italien pour ses parents, mal familiarisés avec la langue latine, est considéré comme n'étant pas d un toscan très-pur. On sait qu'il le fit à Rome, assez promptement, âgé de moins de trente ans. Cet ouvrage n'a pas été imprimé. Filippo Valori écrit qu'on le con-
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servait manuscrit dans sa maison, et le Procianto en fait mention.
C'est probablement à son retour à Florence, qui doit coïncider avec le rapatriement de Cosme de Medici en 1434, ou peut-être avec le rappel des bannis en 1428, que Leon-Battista sentit la nécessité d'étudier Fidiome raffiné de ses concitoyens et fut à même de le faire. Sans doute c'est alors qu'il fit cette tentative renouvelée depuis par Claudio Tolomei, de soumettre la versification italienne au joug des mètres latins; symptôme de décadence poétique fruit d'une extrême érudition qui^ dans des circonstances analogues, se reproduisit chez nous au siècle suivant, où le même essai, bien plus malheureux encore, fut tenté pour la langue française avec une véritable fureur par Mousset, Dorat, Baïf, Jodelle et le comte d'Alsinois.
Alberti ne laissa pas que de s'exercer à la poésie. Il composa des églogues, des élégies^ des canzoni. Il imite le Burchiello, ce barbier fils de barbier qui, dans l'esprit de ses concitoyens, fut placé au premier rang, et dont les œuvres burlesques, au dire du Lasca, furent jugées dignes de venir immédiatement après les chefs-d'œuvre du Dante et de Pétrarque ! Le grand courant d'érudition qui caractérise cette épgque avait, nous l'avons déjà vu, fait
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perdre la mesure quant aux choses de Tinspiration. ,11 est probable, toutefois, que les poésies d'Alberti furent amendées par ce profond esprit philosophique qui ressort de ses moindres écrits.
A l'âge de vingt-quatre ans, il composa son traité De commodis litterarum atque incommodis, où il conclut, en somme, pour le savoir et les jouissances qu'il procure. Cela semble un plaidoyer en faveur de son goût exclusif pour Tétude et de son éloignement pour les affaires. On le voit, d'ailleurs, assez préoccupé de l'opinion de sa famille, et parfois il laisse percer le chagrin qu'il éprouve de ne pas être bien compris ni justement apprécié de ses proches.
Il fit bon nombre de comédies fort gaies, qu'il détruisit en partie. Parmi celles qui survécurent, il faut citer la Veuve et le Défunt, Vidua et Defunctus^ qui, avec la Calandra du cardinal Bibienna, la Mandragola de Macchiavel et cette imitation du Pathelin, les Sccenica progymnasmata de Reuchlin, première comédie composée à l'usage de la jeunesse allemande, forme un curieux chapitre de l'histoire de l'art dramatique. Mais une des œuvres les plus intéressantes d'Alberti, c'est, sans contredit, le Momus, sive de Principe y sujet qui préoccupe déjà les esprits comme un signe des
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temps. Ce traité, où Fauteur s'élève avec énergie contre les courtisans, est plein de sel attique et de fine observation. Paul Jove le désigne comme un dialogue d'une grâce suprême, comparé par un grand nombre d'experts aux meilleurs travaux des anciens. Atteindre l'antiquité était, à cette époque, le parangon du mérite. Ge pourrait être, de nos jours, un assez bel éloge encore.
Cosimo Bartoli a réuni et traduit en italien, sous le titre d'Opuscoli morali^ quinze œuvres éparses d'Alberti, dont voici les titres : Momo^ overd del Principe. — Discorsi da senatori^ altrimente Tripla. — Deir amministrar la ragione. — Délie comodità et incomodità délie lettere. — Délia vita di San Potitd. — La Ciffera. — Piaccepole^^e mathematiche. — Délia republica, vita civile et rusticana et délia Fortuna. — Délia Statua. — Délia Pittura. — Délia Mosca. — Del Cane. — Apologi.-^ Hecatomfila. — Deîfira.
Ces deux derniers traités ne sont pas des traductions, c'est le texte même d'Alberti, qui les écrivit en pur toàcan. On croit qu'il en est de même des traités délia republica, vita civile et rusticana et délia fortuna. Il serait assurément trèsintéressant de donner une analyse de ces œuvres, mais ce serait faire acte de bibliographie sur une
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trop grande échelle et augmenter outre mesure cette notice. Le traité de la peinture avait été traduit en italien par Lodovico Domenichi et parut à Venise dès 1547. De Favis de RafiSaele Dufresne, la traduction de Bartoli est supérieure. Mais Tœuvre capitale de Leon-Battista, c'est son grand traité d'architecture en dix livres, qu'il entreprit à la sollicitation de Lionel d'Esté. Cet ouvrage ne fut imprimé qu'après sa mort, par les soins piexix de son frère Bernard, et parut en 1485 sous ce titre :