Gouguenheim et Tissier. Phthisie laryngee
n’est pas très rare d’observer chez les tuberculeux des suffocations brusques, que rien, ou à peu près, ne peut. faire pressentir, et dont l’autopsie ne donne pas d’autre raison qu’une compression nerveuse, silencieuse jusquelà. Ces accès, d’une brusquerie saisissante, apparaissent plus souvent la nuit et emportent lés malades avec une extrême rapidité. Bien souvent, il nous est arrivé de trouver, à la visite du matin, un lit vide, quand rien, la veille, ne nous faisait supposer un pareil dénouemertt.
Ces cas redoutables, qui peuvent être mortels d’emblée,
peuvent disparaître rapidement aprés avoir présenté tous les symptômes des sténoses glottiques les plus caractérisées ».
Il ne faut pas, en effet, oublier que même dans ces cas où l’accès a été unique et s’est terminé heureusement, la cause persiste toujours, et que de nouveaux accès peuvent Survenir à la moindre occasion. Tantôt, en effet, les malades ont un accès plusieurs ; Jours de suite, soit le matin, soit le soir, soit la nuit, soit à des intervalles irréquliers, soit à des heures fixes : ; tantôt ils ne voient revenir cet accèsque tous les dix, huit, quinze Jours, et avec de grandes diversités dans l'intensité comme dans la fréquence.
Lorsque les intervalles se prolongent et que d’ailleurs il n’y a point de tuberculose aiguë ou de phtisie par trop avancée, la santé peut rester bonne quelque temps encore et de manière à faire illusion.
Examen laryngoscopique. — Si au milieu d’un de ces accès on réussit à pratiquer l’examen laryngoscopique,
VOICI ce que l’on constate. « Les cordes vocales sont rap-
OL
prochées sur la ligne médiane, blanches, nacrées, ou au contraire, vascularisées, irrégulières, épaissies. Elles ne s ’éloignent plus avec ce rythme régulier qui leur est habituel. Pendant l'inspiration légère, elles interceptent entre elles une fente Plus ou moins large suivant les cas, linéaire en avant, s’élargissant un peu en arrière... (fer de lance). Pendant les inspirations forcées, au lieu de s’é carter, les lèvres de la glotte se rapprochent au contraire dans certains cas. Les rubans vocaux ne sont pas au début rigides, tendus, ils sont encore susceptibles de très lé. gers mouvements ; mais plus tard, quand il se sera produit une contracture secondaire des muscles, cette souplesse des premières périodes venant à disparaître, il en résultera une exagération de la dyspnée, et alors la trachéotomie sera inévitable.
On ne constate pas toujours, dans cette si nombreuse : variété de sténose, une immobilité égale des deux cordes vocales ; il est commun, au ‘con raire, de trouver encore; dans les cas les plus graves, des mouvements limités d’une seule corde vocale, l’autre étant immobile, et nous pouvons dire que cette hémi-contracture est loin d’être rare ; 1l est vrai que le malade ne bénéficie pas beaucoup de cette situation, car les mouvements de la corde vocale restée mobile sont toujours fort peu étendus (Gouguenheim et Tissier).
Voici quelques observations que nôus avons résumées à titre d'exemples (V. en outre Obs. Il).
Jozy : ÿ
OBSERVATION IV (résumée)
Chassaignac. Bull. de la Soc. de chirurgie, 1853, p. 466.
G..., 83 ans, entre à l’hôpitai Saint-Antoine, le 28 février.
Pâle, peut à peine se tenir sur ses jambes à son entrée. Ganglions cervicaux droits volumineux. Aphonie presque complète.
Respiration anxieuse, fréquente, bruyante.
« L’affection a débuté il y a trois mois, les accès cessaient par intervalles irréguliers pour revenir ensuite.
Pas de syphilis antérieure. Pas d’hémoptysies. Râles abondants dans la poitrine. |
8 mars. — Brusquement, accidents convulsifs et accès de suffocation. Trachéotomie. Le malade meurt le lendemain à 8 heures du matin, sans être sorti du coma ».
Diagnostic. — Obstacle laryngé.
Autopsie. — Adénopathie trachéo-bronchique.
Le récurrent droit traverse une masse hypertrophique; mais sa texture ne paraît pas altérée.
OBSERVATION V (résumée)
Jean. Bull. anatomique, mars 1876.
EE D..., 56 ans, entre à l'Hôtel-Dieu, service du Dr Fremy. Depuis deux mois, ne peut plus se livrer à aucun travail ; au moindre effort est pris de suffocation. En même temps appa-
es QT aies
raît la toux et une expectoration'muco-purülente.A son entrée à l'hôpital, le malade est dans un état d'orthopnée complète; le regard est fixe, l’œil terfeux: les respirations fréquentes et saccadées. La voix est presque aphone. T. 37°,6. L'auscultation ne révèle que des râles ronflants et sibilants. Le malade meurt dans la nuit même avec tous les signes de l’asphyxie.
Autopsie. — Aucun tubercule dans les poumons. Le médiastin est rempli par une masse volumineuse formée de gangiions indurés. Adénopathie trachéo-bronchique.
« Le nerf récurrent gauche est compris dans une masse Dante bronchique. Les filets se dissocient sur les ganglions et il est impossible de les suivre jusqu’à leur émergence du pneumogastrique ».
: OBSERVATION VI (résumée)
Poyet et Barety. Thèse de Barety ; 1874.
K:.. , 19 ans, entre à |’ Hôtel- Dieu, service du dE Oulmont.
Depuis quelques mois, tousse et maigrit.
Le 44 mai est pris subitement « d’une attaque de dyspnée très violente, pendant laquelle il est devenu kleuâtre » ; le lendemain il vient à l'hôpital et accuse des accès de toux très pénibles et de la fièvre revenant tous les soirs.
Diagnostic. — Phtisie aiguë. Il survient alors de nouvelles attaques de dyspnée, d'abord à des intervalles assez éloignés, puis trés rapprochés.
25 mai, — Aphonie complète. On ne peut pratiquer l'examen laryngoscopique grâce à la dyspnée. Matité considérable au manubrium sternal et au niveau des premières vertèbres dorsales. Expiration rude. Sous l'influence de KI, la voix s'améliore,
mais la dyspnée reparaît par accès de plus en plus violents.
SGA ES
3 juin, — Mort dans un accès-de suffocation.
Autopsie. — Tuberculose des poumons, des ganglions cervi- Caux, intra-thoraciques et intra-abdominaux, qüi sont hypertrophiés. Compression de la trachée. « Adhérence avec épaississement et vascularisation sur tout leur parcours intra et extra-thoracique des nerfs pPreumogastrique et récurrent »,
Intégrité absolue du larynx,
OBSERVATION VII (résumée).
Guéneau de Mussy, in, méd., t. IV, p. 417.
B..., 42 ans, entre à l'hôpital le 4 juin 1876 pour une tuberculose pulmonaire. Le 12 juin, petits frissons, toux RE aphonie qui se maintient depuis ce jour. Ex
Le 13 juin. — Le malade parle en fausset dans les sons élevés, et ne peut émettre les sons graves. Respiration gênée.
Le larynx est examiné par Krishaber qui trouve une paralysie de la corde vocale gauche.
29 juin. — Mort au milieu d'accidents asphyxiques dans üne crise convulsive. |
Autopsie. — Adénopathie trachéo- -bronchique. « Le récurrent gauche, en Passant sous la masse aortique, se trouvait englobé au milieu d’un chapelet de petits ganglions très difficiles à détacher du tissu cellulaire qui s’est rétracté autour d’ eux, et exerçait une pression énergique sur le nerf »,
Rien dans le larynx.
OBSERVATION VIII (Résumée).
Burow (Berlin Kiin:; Wochens., n° 52, p. 710, 1870),
Portefaix, rachitique, 62 ans. I y à quatre mois, brusquement, dyspnée à l'inspiration seulement, Tirage diaphragmatique et sus-claviculaire. Bruit intense et perceptible à grande distance, pendant le sommeil et à l’état de veille. Voix normale. LaryngosCopie : pas d’ inflammation ni de gonflement de la glotte. Les cordes vocales viennent prque se toucher au moment de l'inspiration où iln "existe plus qu'une étroite fissure, au niveau de leur partie moyenne. Dans ’ inspiration cette fente acquiert les dimensions de 2 millimètres environ, tandis que dans leurs quarts postérieurs et antérieurs, les cordes immobiles restent au contact pérmanent, Laryngotomie.
Mort en quinze jours de broncho-pneumonie gangréneuse,
Aulopsie. — A droite, au niveau de la naissance du récurrent
et à gauche, au-dessous de lu crosse de l'aorte, ganglions hypertrophiés de la grosseur d’une noix. Mais ces ganglions qui entourent les nerfs ne les compriment réellement nulle parlet:les
tubes nerveux examinés au microscope sont tous normaux. Atrophie considérable des deux crico-aryténoïdiens postérieurs également marquée des deux côtés ; au microscope disparition des stries transversales, dépôt de granulations graisseuses et trans- - formation conjonctive. Reste du larynx normal.
otre