CHAPITRE PREMIER
Etude critique des observations publiées comme hypertrophie sténosante non cancéreuse, chez l'adulte
Dans cette partie de notre travail nous nous proposons de passer en revue toutes les observations qu’il nous a été possible de trouver dans la littérature äyant quelque rapport avec la question. Beaucoup, comme nous l'avons vu seront à discuter, car, quoique intéressantes en ellesmêmes, elles ne répondent pas exactement au type très spécial de sténose qu'il nous semdhle possible d'individualiser. Il est nécessaire cependant de les citer et de les con-
naître pour isoler nettement les caractères de la sténose par hypertrophie musculaire pure.
Voyons tout d’abord, pour fixer quelques points importants, et donner une idée générale de cette affection, l'observation qu'a bien voulu nous signaler Monsieur le Professeur Harvier, en nous inspirant ce travail.
OBSERVATION 1 (Harvier et R. de Brun, Paris Médical, 25 février 1933, p. 173). — La malade, cuisinière, âgée de cinquante-neuf ans, entre dans notre service de J’hôpital Beaujon le 20 septembre 1931 pour des troubles dyspeptiques, ayant débuté environ {rois mois aupuravant. Ce sont d’ailleurs des troubles assez vagues, mais qui ont été en augmentant progressivement, et consistent en une sensation de plénitude après les repas, avec ballonnement du ventre : c’est surtout de ce ballonnement que se plaint la malade.
D'autre part, elle accuse par moments de petites crises doulouloureuses, durant quelques secondes, sous forme de crampes, sans horaire fixe, survenant plus ou moins longtemps après le repas. Ces crampes, comme d’ailleurs le ballonnement, siègent assez bas, à hauteur de l’ombilic : la malade dit avoir des coliques.
L'appétit a diminué dès le début, puis une anorexie vérilable s’est installée. Durant les trois derniers mois, l’amaigrissement a été de 6 kilogrammes, malgré un séjour d’un mois à la campagne. Cet amaigrissement avait d’ailleurs débuté plus tôt, puisque, au total,
la malade avait perdu 12 kilogrammes sur son poids habituel, dont 6
pour les seuls derniers trois mois.
Jamais de vomissements.
(Fig. 1). — Dessin d’une coupe transversale du pylore, faite à un centimètre environ en amont de la tranche duodénale. (Remarquer l'étroitesse de l'orifice pylorique, sa forme en croissant et sa situalion excentrée)
(Fig. 2). — Coupes transversales du canal pylorique, faites successivement à 2 em., 5, à 4 cm., 5 et à 6 centimètres du pylore (photographie de la pièce conservée dans le formol).
L'examen nous montre une malade amaigrie ; mais nous sommes frappés aussi par sa pâleur, différente cependant du teint jaune-paille du cancer, L’abdomen est souple : on constate un large clapotage gastrique, mais pas de contractions péristaltiques visibles.
Un peu à droite et au-dessus de l’ombilic, on trouve une masse
e- — II —
dure, allongée transversalement, lisse, régulière et cylindrique, longue de 6 à 7 centimètres, mobilisable dans le plan vertical. Cette
(Fig. 3). — Coupe histologique de la sténose, pratiquée à 3 centimètres du pylore (dessin).
(Fig. 4). — Coupe histologique de la sténose, pratiquée à 6 centimètres du al pylore (microphotographie).
tumeur n’avait pas été constatée, quelques jours auparavant, lorsque la malade s'était présentée à notre consullation. Dans les jours qui ont
suivi, on ne la retrouve que par intermittences. Elle est évidemment constituée par le pylore mobile, disparaissant sous le foie.
Le lubage à jeun ramène 160 grammes de liquide d’odeur fade, contenant des débris alimentaires. Le dosage de l'acidité est le suivant
Acide chlorhydrique libre : 0,234 Acidité totale : 2,774.
Examen radiologique. — Estomac hypotonique : son bas-fond descend presque au pubis. Il existe des signes nets de sténose : la baryte se dépose dans un bas-fond élargi dessinant l’aspect d'un segment de sphère à convexité inférieure. Petite quantité de liquide surnageant au-dessus de la baryte. Rares contractions péristaltiques, espacées, peu énergiques, n’amenant pas d'évacuation.
Sept heures après l’ingestion, la moitié de la baryte est encore dans l’estomac.
Intervention faite le 7 octobre par le D' Ockinzyc. Pylorectomie, suivie de gastro-entérostomie.
Suites opéraloires. — Parfaites. Disparition immédiate et défininitive de tous les phénomènes : reprise de poids de 8 kilogrammes en trois mois. La malade, revue en juin 1932, est en parfait état.
Examen de la pièce. — L'’hypertrophie porte sur tout le canal pylorique, débordant largement sur l’autre. Elle forme une tumeur allongée cylindrique, de consistance très ferme, presque cartilagineuse. Sa longueur est d’environ 6 centimètres. Elle se termine brusquement au niveau du duodénum, qui ne participe pas à l’hypertrophie. En l’examinant par la lumière duodénale, on voit que le pylore y fait saillie à la façon du museau de tanche dans le vagin. Mais du côté gastrique, la terminaison est plus progressive : on voit l'hypertrophie de la paroi se poursuivre jusqu’au milieu de la petite courbure ; sur la grande courbure, au contraire, la paroi reprend beaucoup plus vite son épaisseur normale. Macroscopiquement l’aspect rappelle un peu ce qu’on voit dans la linite plastique : l’antre se rétrécit progressivement, à la façon d’un entonnoir, à mesure qu’on se rapproche du pylore.
Sur le canal pylorique, une coupe sagittale montre que le diamètre de la tumeur est de 4 centimètres. La paroi régulière offre, à ce niveau, une épaisseur uniforme de r em. 5 ; l’hypertrophie est annulaire, circonscrivant une lumière arrondie d’un centimètre de diamètre environ. Cet aspect se poursuit jusqu’au niveau du sphincter pylorique ; là, sur le dernier centimètre à l’extrémité droite de la tumeur, l'épaisseur de la paroi augmente brusquement. L’orifice pylorique très réduit, en forme de croissant, apparaît légèrement excentré, comme on peut s’en rendre compte sur la figure 1.
EXAMEN HISTOLOGIQUE. — 1. La muqueuse apparaît fortement plis- LA è a ®, , A » !
sée : ces replis s’accentuent à mesure qu'on se rapproche du sphineter et deviennent exubérants.
La muscularis mucosæ est légèrement hypertrophiée. Au niveau des replis principaux, elle est soulevée avec le reste de la muqueuse ;