‹ De La Sterilisation Des Eaux Pour Les Armées En CampagneChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un principe tiré de l’expérience et qui, à notre avis, doit dominer toute idée de stérilisation est fondé sur l’ignorance où doivent se trouver les troupes de toute adjonction chimique à leur eau de boisson, Nous avons utilisé, au cours de la campagne, à peu près tous les procédés de stérilisation, mais toutes les fois que les soldats savaient que l’eau avait subi une modification, même lorsqu'elle n’avait pas ue goût surajouté, même lorsqu'elle avait été simplement bouillie, elle n’obtenait qu’un succès relatif. Les hommes et quelques officiers même préféraient courir, disaient-ils, les risques d’une maladie née dans l’imagination des méuecins que de s’exposer à la certitude d’ume intoxication plus certaine avec les drogues que l’on ajoutait à l’eau.

Stérilisation de l’eau par l’ébullition. — Ce procédé est certainement le plus simple et celui qui exige le moins d'appareils spéciaux, il suffit de porter l’eau, pendant 10 ininutes, à la température de 100 degrés, die la laisser reposer à l’abri de toute nouvelle souillure, et l’on obtient ainsi de l’eau absolument pure. Si l’on pouvait avoir con-

EE LEE fiance aux soldats à ce sujet, le problème de la stérilisation des eaux serait résolu, il suffirait de charger le cuisinier de l’escouade de la fabrication de l’eau bouillie, en même temps que de la préparation de la soupe. Nous avons utilisé ce procédé au début de la campagne pour une popote d’amis, et dans un régiment qui était fortement éprouvé par la diarrhée, personne, dans cette popote, n’a eu à se plaïndre des mêmes manifestations, mais nous nous assurions nous-même de la parfaite ébullition die l’eau dont nous masquions le goût désagréable en la faisant bouillir avec des vieux mares de café. Ce procédé fut également employé à G....., en Woëvre, par le 164e régiment d'infanterie, dont ie médecin faisait bouillir et placer, dans um tonneau exposé au dehors, l’eau nécessaire, à raison de 3 litres par jour et par homme; d’après les confidences qui nous ont été faites, il n’a pas été consommé plus de 0 1. 250 par homme et par Jour.

Stérilisation par le permanganate de potasse. — Ce procédé fut mis en honneur par. Rosenthal, en 1865, dans un rapport à la commission du choléra à Berlin, maïs c’est à Catherine Schipiloff que revient l’honneur d’avoir établi, par ses travaux, les propriétés purifiantes du permanganate. Il est basé sur l’oxydation des matières organiques avec formation d’un oxyde de manganèse qui en active la précipitation.

À dose faible, c’est-à-dire à dose suffisante pour obtenir une coloration rose, on obtient en 7 minutes, non séulement la destruction ides microbes, mais encore de leurs toxines.

Dans la recherche de la toxicité d’une eau, le procédé que nous avons indiqué montre comment on peut déter-

miner la quantité de permanganate nécessaire pour brûler entièrement les matières organiques de l’eau suspecte, maïs uand on ne peut même pas effectuer ces recherches, il suffit d'ajouter 30 à 40 centigrammes par hectolitre d’eau et de laisser em contact 15 minutes. S’il y a un excès, on s’en débarrassera en ajoutant une matière organique propre, tel que du sucre ou de l’alcool, ou, plus simplement, par addition d’une légère quantité d’hyposulfite de soude cne l’on versera goutte à goutte jusqu’à décoloration. Nous avons eu connaissance, par l'intermédiaire de M. le médecin-major Dufestel, du procédé employé, avec beaucoup de succès, au fort du Rozelier, près de Verdun, Dans une pièce, au rez-de-chaussée, se trouvait un tonneau de 250 litres environ; on le remplissait avec de l’eau à laquelle on ajoutait la quantité nécessaire de permanganate de potasse, que l’on maïintenait en contact pendant 15 minutes. À ce moment, on décolorait la solution à l’hyrosulfite, puis l’eau passaït, à travers un filtre Garret, dans un deuxième tonneau qui se trouvait situé à l’extérieur. L'eau æ#vait un léger goût métallique que le docteur Dufestel masquait par l’addition d’une faïbie quantité de glyzine. Il est à noter que cette eau, ainsi traitée, provenait ces eaux (de pluie, recueillies par un système spécial de collecte sur les glacis du fort et qui étaient déversées dans une citerne; cette eau se trouvait être la seule qui pouvait être bue dans le fort, les hommes la consommaient avec plaisir et, d’après les renseignements recueillis, il n’y avait, parmi les compagnies qui en faisaient usage, qu’un vombre très restreint d’affections gastro-intestinales. Ce procédé nous paraît assez simple, d’une exécution pratique, facilement réalisable et peut fort bien convenir à

O0 une troupe en cantonnement dans un village qui ne possède pas de source, mais qui s’alimente en eau puisée dans des citernes et des puits; il suffit, comme matériel, de trouver deux tonneaux et un filtre que l’on peut, du reste, aisément fabriquer avec des moyens de fortune.

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