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CHAPITRE VII

Traitement. — Prophylaxie.

Le traitement de la stomatite ulcéreuse des soldats a beaucoup varié depuis la fin du siècle dernier : tantôt général et tantôt exclusivement local, suivant l'idée théorique qui lui a servi de base, mais le plus souvent mixte, il a subi en outre l'influence des différentes doctrines qui, depuis soixante-dix ans,ontsuCr cessivement dirigé la thérapeutique générale. C'est ainsi qu'il a consisté tour à tour dans l'emploi des évacuants et dans celui des antiphlogistiques purs (émissions sanguines locales ou générales), combinés ou non avec l'emploi des modificateurs locaux les plus variés, depuis les simples collutoires détersifs jusqu'aux caustiques les plus énergiques. Bien que l'histoire de ces variations thérapeutiques soit assez curieuse, je m'abstiendrai de la résumer ici, parce que cette revue rétrospective augmenterait, sans utilité pour mon sujet, les proportions de ce mémoire ; mais ce que je tiens à bien préciser et à consigner dans ce travail, c'est en quoi consistait et à quels résultats conduisait la thérapeutique de la stomatite ulcéreuse de l'armée au moment où j'ai proposé de substituer à tous les autres, le traitement par le chlorate de potasse. Or, d'une part, les renseignements qui m'ont été don-

nés par plusieurs médecins -major s et par tous les malades dont j'ai recueilli l'observation, et, d'autre part, le résumé thérapeutique que mon homonyme M. le Df Louis Bergeron a présenté dans une thèse (p. 28) qui doit reproduire en grande partie les idées et la pratique de M. le professeur Larrey, et qui est en définitive le dernier travail publié sur ce sujet, me permettent de poser en fait qu'à l'époque où parut l'épidémie dont j'ai succinctement tracé l'histoire au commencement de ce Mémoire, le traitement de la stomatite ulcéreuse des soldats était exclusivement local, et se réduisait, pour la plupart des médecins militaires, à l'emploi de gargarismes émollients ou astringents, et de caustiques, tels que le nitrate d'argent et l'acide chlorhydrique. Quant aux résultats de ce mode de traitement, ils ressortent trop nettement des chiffres que j'ai rapportés plus haut (p. 157 et 158), en cherchant à apprécier la durée de la maladie, pour que j'aie besoin de revenir encore sur ce point. Je me bornerai à faire remarquer que chez quarante-un des sujets auxquels j'ai fait allusion (p. 158), la durée moyenne de la maladie, avant l'entrée à l'hôpital, avait été de trente-trois jours; or, si je m'en rapporte au récit des malades, je crois pouvoir admettre que, pour le plus grand nombre d'entre eux, le traitement par les astringents ou par les caustiques datait au moins de quinze jours, sans avoir produit dans leur état aucune modification sensible.

Quels ont été, au contraire, les résultats de la médication que, à l'exemple de West, de MM. Chanal et Herpin de Genève, et en dernier lieu de M. Blache, auxquels elle avait donné des succès si complets dans le traitement de la stomatite ulcéreuse des enfants, j'ai employée, à l'exclusion de toutes les autres, pour combattre la stomatite ulcéreuse des soldats ? C'est ce que je vais maintenant faire connaître, en rappelant quelques-uns des faits que j'ai publiés en 1855, et en reproduisant les conclusions de mon premier travail, corroborées par des faits bien plus nombreux et non moins probants que ceux qui lui avaient servi de base.

J'ai pris le service de la deuxième division de fiévreux à l'hôpital du Roule, le 1er mai 1855, et c'est le 18 seulement que j'ai constaté pour la première fois dans mes salles un cas de stomatite ulcéreuse : le malade, au moment de son entrée (15 mai), présentait un ensemble de phénomènes généraux assez sérieux et assez caractérisés pour me faire craindre qu'il ne fût au début d'une pyrex ie grave. Le 17, l'état général n'avait pas changé, mais une détermination locale très-nettement accusé e s'était produite du côté de la gorge; les amygdales étaient rouges et tuméfiées, la déglutition doulou reuse, l'haleine très-fétide. Il est probable que déjà la muqueuse pariétale était ulcérée; mais je ne songeais guère à la stomatite ulcéreuse, que je ne savais pas alors être une maladie très -fréquente chez les soldats; et, comme il y avait en ce moment

une épidémie de scarlatine, je ne m'occupai que de l'état de la gorge, sans remarquer sur un autre point de la muqueuse buccale une lésion dont, au reste, je ne soupçonnais même pas l'existence. Mais le lendemain (18) je constatai un gonflement considérable de la joue droite, surtout à la partie inférieure, où la peau était tendue, rouge et luisante; à la face interne je trouvai la muqueuse très-injectée et creusée d'une vaste ulcération que tapissait dans toute son étendue un produit membranifornie de couleur grisâtre; puis, au centre de ce produit morbide, une plaque noire, adhérente, du diamètre d une pièce de 20 centimes. Le diagnostic ne pouvait être un instant douteux; aussi pensai-je de suite à employer le chlorate de potasse. Mais ce sel ne figurait pas dans la pharmacopée des hôpitaux militaires, et, comme il in était impossible de m'en procurer immédiatement, je me bornai à prescrire, suivant la méthode classique, les cautérisations, matin et soir, avec l'acide hydrochlorique fumant, et un gargarisme chlorhydré. Le 19, aucune modification dans l'état général ni dans l'état local: je prescris de nouveau les cautérisations, regrettant vivement de ne pouvoir encore ce jour-là faire usage du chlorate. Mais le 20, je pus enfin mettre 500 grammes de ce sel à la disposition de M. le pharmacien en chef de l'hôpital du Roule, qui, avec l'autorisation de M. Boudin, médecin en chef, voulut bien, dès le même jour, préparer une potion suivant la formule que je lui avais

communiquée. — Dès le lendemain matin (21), je constatai dans l'état du malade une modification frappante : le gonflement de la joue, la fétidité de l'haleine et la douleur avaient notablement diminué : l'ulcération s'était rétrécie d'un tiers; elle était manifestement moins profonde; le malade était sorti de l'abattement extrême dont rien jusque-là n'avait pu le tirer, et il jouissait pleinement de son mieuxêtre. Le 25, il ne restait plus trace de la plaque noire, et le 27 la cicatrisation était complète; le malade mangeait avec appétit des aliments solides.

Le succès avait surpassé mes espérances ; car ici les phénomènes généraux étaient très- accusés et les altérations de la muqueuse très- profondes; et si, dès le début du traitement, j'étais tranquille sur son issue, du moins pouvais-je craindre que sa durée ne dépassât de beaucoup la moyenne indiquée par M. 131ache (i) ; or, elle ne l'avait dépassée que d'un jour.

Ce premier résultat était d'autant plus précieux pour moi, qu'en raison même de la gravité relative (2) du fait, il m'autorisait complètement à

(1) Bulletin général de thérapeutique, n° de février 1855: Cinq enfants traités par le chlorate de potasse ont été complètement guéris en cinq ou six jours ; chez six autres, soumis à l'emploi des causti • ques, la durée moyenne du traitement a été de vingt jours.

(2) Dans le principe, j'avais considéré le cas comme très-grave, d'une manière absolue, parce que j'avais pris pour une plaque gangreneuse la tache noire centrale, qui n'était que le résultat d'une exhalation sanguine analogue à celle qu'un examen plus attentif m'a permis de constater depuis dans plusieurs cas de stomatite ulcéreuse.

n'employer désormais d'autre traitement que celui qui venait de me donner un si rapide succès. Depuis cette époque, en effet, j'ai traité exclusivement par le chlorate de potasse tous les cas qui se sont présentés dans ma division, et c'est encore à cette médication qu'ont été soumis, sur ma demande, obligeamment accueillie par MM. Fremy et Bonnafont, la plupart des malades de la Ve division de fiévreux et de la division des blessés , atteints de stomatite ulcéreuse.

Au moment où je rédigeai le travail auquel j'ai déjà fait allusion, je n'avais encore recueilli que douze observations, et après les avoir reproduites je disais (1) : « Chez les douze malades, l'administration du chlorate de potasse a été suivie immédiatement, c'est-à-dire dans les vingt-quatre heures pour la plupart , chez l'un d'eux au bout de huit heures, chez un autre au bout de six heures, d'un soulagement que la physionomie des hommes me révélait presque toujours , avant même que je les eusse interrogés , et d'une modification incontestable, parfois extraordinaire, dans l'état des parties malades.

« Un soldat (obs. 4) a été guéri en 4 jours ; chez un autre, il est vrai, j'ai donné le chlorate pendant 10 jours, mais j'aurais pu le suspendre dès le 7e jour, car les ulcérations avaient disparu ; l'élément contre lequel paraît surtout agir le médica-

(i) Loc. citât., pages 20 et suivantes.

ment n'existait plus , et je n'avais continué son usage que dans l'espoir qu'il pourrait peut-être agir aussi contre la tuméfaction gingivale déterminée par la présence d'une dent cariée (obs. 9). Chez un autre encore (obs. 3), j'aurais pu suspendre dès le 4e jour le chlorate de potasse, car la stomatite ulcéreuse était guérie , et je l'ai vainement employé quatre jours de plus à poursuivre un mal contre lequel il ne me paraît avoir aucune efficacité : je veux parler de la pyorrhée alvéolo-dentaire (1). D'où il suit qu'en comptant rigoureusement le nombre de jours pendant lesquels le chlorate de potasse a été administré , on arrive à reconnaître que la durée moyenne du traitement a été de 6 à 7 jours (6,45) et de 5 à 6 seulement (5,47), délaication faite de ceux où le chlorate eût pu être supprimé. »

Or, ces résultats ont été pleinement confirmés

(1) M. Blache et M, Isambert n'ont pas été plus heureux que moi 4ans le traitement de la pyorrhée, mais plusieurs observations publiées récemment par M. Laborde (Bulletin général de thérapeutique, 15 avril 1$58 ) tendraient à prouver que si, administré à l'intérieur et à des doses beaucoup plus élevées que celles que MM. Blache, Isambert et moi avions employées , le chlorate est impuissant à guérir la gingivite chronique avec suppuration de l'alvéole, il la molifie au contraire profondément et la guérit même parfois, lorsqu'il est employé comme topique dentifrice. Quelle est dans ces faits la part du cnlorate, quelle est la part du frottement répété sur les gencives? C'est ce que des faits ultérieurs feront sans doute connaître; quoi qu'il eu soit, les conclusions du travail de M. Laborde, bien que deux d'entre elles semblent contradictoires (2 et 4), méritent d'être prises en sérieuse considération, surtout par les médecins militaires qui ont tant d'occasions d'expérimenter le traitement en question et d'en constater la valeur.

par les faits nombreux que j'ai observés depuis la rédaction de cette note : en effet , dans 86 cas (1), la durée moyenne du traitement n'a été que de 6 à 7 jours (6,25) ; ces chiffres en disent plus que de longs commentaires, et je me contenterai, pour en faire comprendre toute la valeur, de signaler ce fait , à savoir que plus d'un tiers de ces malades , avant d'entrer à l'hôpital, avait déjà subi un traitement par les caustiques ou par les astringents pendant un laps de temps qui, pour le plus grand nombre, avait été de 10 à 1 5 jours, pour quelquesuns de trois semaines, et de 50 jours pour un autre. Je rappellerai encore, à ce propos, les deux malades dont j'ai publié l'observation (loc. cit., p. 33 et suiv.), atteints de stomatite ulcéreuse, l'un depuis neuf jours, l'autre depuis un mois, et qui, traités tous deux au Roule par les gargarismes alumi-

(1) Sur quatre-vingt-quinze cas dont j'ai recueilli l'observation, il y en a un où aucun traitement n'a été employé, le malade m'ayant paru être en voie de guérison franche au moment de son entrée, et ayant pu sortir en effet quatre jours plus tard complètement débarrassé de la stomatite ; dans huit autres cas la durée du traitement n'a pas été indiquée, et la durée moyenne du séjour à l'hôpital ( 39 jours ) n'a pu me fournir sur ce point aucune donnée, parce qu'il s'agissait de cas les uns complexes, les autres simples, mais rebelles à l'action du chlorate, et dans lesquels il a fallu à plusieurs reprises faire intervenir d'autres agents. Du reste, je dois ajouter qu'en thèse générale, la durée du séjour de mes malades au Roule diffère sensiblement de la durée du traitement, par ce double motif que quelques malades ont été tenus momentanément en observation sans traitement actif, dans le service de M. Bonnafont et dans le mien, et que d'autres ont été gardés par moi après guérison, toutes les fois que l'état sanitaire de l'hôpital m'a permis de le faire sans danger, pour être observés et garantis contre les rechutes que l'on a dit être très-fréquentes à la suite des autres médications.

nés, le premier pendant sept et le second pendant onze jours, sans éprouver de soulagement bien notable, ont instantanément ressenti une amélioration extraordinaire et ont été complètement débarrassés dans l'espace de cinq jours , sous l'influence du chlorate de potasse. Enfin, je crois devoir rappeler aussi un passage d'une note que voulut bien me remettre mon collègue et ami M. Frémy, chargé comme moi d'une division de fiévreux au Roule, lors de la publication de mon premier mémoire,

passage ainsi conçu : « Dans les premiers jours

de septembre, 22 malades atteints de gingivite ulcéreuse sont entrés dans la première division ; ils étaient pour la plupart traités depuis six semaines (à la caserne de la rue Verte) par les astringents et les caustiques sans amélioration sensible. Sous fin? fluence du chlorate de potasse, l'amélioration a été moins rapide que dans les sept cas de stomatite ulcéreuse pariétale (cités précédemment dans la note); mais néanmoins tous ces malades sortaient de l'hôpital au bout de huit jours, parfaitement guéris ; ils avaient d'ailleurs pris simultanément la tisane amère, le suc de cresson et le vin anti-scorbutique. »

Mais, ainsi que je l'ai écrit ailleurs, les résultats ne sont pas toujours aussi satisfaisants, et, je me hâte de le dire, l'infaillibilité du chlorate de potasse n'est pas absolue. Ainsi, chez deux soldats que j'avais observés pendant le mois de septembre, et qui étaient atteints tous deux d'une stomatite ulcé-

reuse des parois latérales, c'est-à-dire de la variété la moins rebelle d'ordinaire, après l'angine ulcéreuse toutefois , le chlorate , après avoir produit dans l'espace de 48 heures une amélioration des plus sensibles, est resté ensuite sans action sur le travail de cicatrisation ; les deux malades , il est vrai, avaient cessé de souffrir, et, six ou sept jours après leur entrée , demandaient instamment à quitter l'hôpital. Mais ce résultat était insuffisant pour moi ; je refusai la sortie, et au 10e jour pour l'un, au 8e jour pour l'autre, je portai la dose du chlorate de potasse à 6 grammes. Immédiatement les ulcérations se modifièrent de nouveau , et au bout de 5 jours l'un des deux malades put sortir complètement guéri; mais chez le second le travail de réparation reprit bientôt ses allures traînantes et ne s'acheva que dix jours plus tard. J'ai cherché avec le plus grand soin, dans les antécédents, dans l'état général actuel de ces deux soldats, dans leur constitution, dans l'état de leurs dents, de leurs gencives, la raison d'être de cette résistance à l'action du chlorate , et je n'ai rien trouvé qui pût m'expliquer cette anomalie. » J'ai encore cité dans le même travail le fait d'un soldat chez lequel il m'a fallu pour en finir, et bien que j'eusse obtenu dans les trois premiers jours du traitement une modification profonde , aider l'action du médicament par un régime et un traitement général qui n'avaient été nécessaires dans aucun des cas précédents. Mais, depuis, j'ai observé de nouveaux

cas dans lesquels le chlorate est resté impuissant, et dans lesquels je n'ai pu obtenir la guérison définitive qu'en employant successivement plusieurs modificateurs locaux, tels que le chlorure de chaux en poudre et le nitrate d'argent.

En résumé, les insuccès absolus ont été peu nombreux, puisque je n'en ai compté que trois ; mais d'autres expérimentateurs, M. Boudin par exemple, MM. Valle et Mendez de Lisbonne, ont été moins heureux que moi : entre les mains du premier le chlorate de potasse a constamment échoué ; entre celles de mes honorables correspondants et de quelques-uns de leurs collègues de l'armée portugaise, l'efficacité du médicament n'a pas été constante (1). Comment se fait- il que le même agent thérapeutique, administré dans les mêmes circonstances, ait échoué complètement entre les mains de M. Boudin, après avoir donné des succès

(1) Voici ce que je trouve dans une première note de MM. Valle et Mendez : « Le chlorate de potasse a été récemment employé contre la stomatite ulcéreuse des soldats, et, dans Ja grande majorité des cas, son usage a été couronné de succès. » Et dans une lettre ultérieure (18 décembre 1856), M. Mendez dit : « Un de nos plus habiles médecins, qui se trouve à la léte de l'hôpital des Eûîants-Trouvés, m'a dit que, lui aussi, s'était parfaitement trouvé de l'emploi du chlorate de potasse dans la stomatite ulcéreuse. »

Plus tard (22 mars 1857), M. Mendez a même eu l'obligeance de m'adresser un numéro du journal la Chronique des Hôpitaux militaires, dans lequel sont consignés plusieurs faits tendant à prouver l'efficacité du chlorate de potasse; l'article est du Dr Simas» — Dans la même lettre, M. Mendez m'apprend, il est vrai, que le chlorate a échoué dans plusieurs cas de stomatite ulcéreuse, mais il a soin d'ajouter que ces cas étaient complexes pour la plupart, et que l'insuccès n'a été absolu que dans un seul cas de stomatite ulcéreuse simple.

%V1 DE LA STOMATITE

presque constants à MM. West, Chanal, Herpin, Blache, H. Roger, Legendre, Rarthez et Bouchut chez les enfants, et à plusieurs médecins civils ou militaires qui ont eu à traiter !a stomatite ulcéreuse des soldats (1)? C'est ce que je ne puis expliquer. Mais je tiens ces insuccès pour incontestables ; et si, en définitive, ils n'ôtentrien de leur valeur, selon moi, aux succès non moins incontestables obtenus par de nombreux observateurs et par moi-même, ils semblent indiquer du moins que, pour le chlorate, la proportion des revers dépasse de beaucoup celle que donnent les agents thérapeutiques dont la spécificité n'est plus contestable. Aussi pour le moment e laisse de côté la question de spécificité thérapeutique, et je me borne à constater, comme un fait irrécusable et déjà considérable, que, dans l'immense majorité des cas, le chlorate de potasse guérit la stomatite ulcéreuse des soldats, plus rapidement et plus sûrement que les autres agents thérapeutiques usités jusqu'à ce jour.

En tout cas, un résultat sur lequel il ne peut y avoir aucune contestation parce qu'il est constant, c'est la modification rapide que le chlorate imprime

(1) M. le Dr Lacronique (77e d'infanterie) s'est bien trouvé de l'emploi du chlorate dans la stomatite ulcéreuse. M. Bonnafont a été témoin de quelques-uns des faits que j'ai rapportés dans mon premier Mémoire, et qui mettent bien en relief l'efficacité du chlorate. Parmi les médecins civils momentanément appelés à diriger des services dans les hôpitaux militaires, je citerai M. Frémy, mon collègue au Roule, et mon excellent ami M. le Dr de Lonjon, qui a obtenu des succès rapides et constants chez des soldats de la garnison de Tours.

à la maladie. Tl peut quelquefois, ainsi que Fa fort bien fait remarquer M. H. Roger, rester sans influence sur le travail de réparation et de cicatrisation; mais dans tous les cas sans exception, au moins dans tous ceux que j'ai observés, dès les deux premiers jours de son emploi, et souvent dans les premières heures qui suivent le début de son administration, il a pour effets de rétrécir et de déterger les ulcérations, quel que soit leur siège, de favoriser l'élimination du lambeau de muqueuse mortifiée, et par suite de diminuer du même coup la douleur, la salivation et la fétidité de 1 haleine. J'ai déjà rapporté (obs. 14 du Mémoire cité) ce propos d'un soldat traité pendant cinq semaines par les caustiques et par les astringents sans éprouver beaucoup de soulagement, et qui, ayant à peine achevé sa potion chloratée, me disait, à la visite du soir, qu'il avait senti son mal couler comme si on le lui avait enlevé avec la main. Vingt fois depuis, j'ai entendu les soldats exprimer dans les mêmes termes le sentiment de mieux-être qui résultait pour eux de l'emploi de la potion. Un sergent du service de M. Bonnafont, atteint de gingivite ulcéreuse, et dont les douleurs s'étaient calmées comme par enchantement sous l'influence du chlorate, privé pendant deux jours de sa potion par suite d'une omission involontaire, la réclamait avec une énergie qui témoignait éloquemment du soulagement qu'il en avait éprouvé. Dans presque tous les cas le soulagement a été en effet si grand et si rapide,

qu'en mainte circonstance il m'a fallu insister pour que les hommes consentissent à rester à l'hôpital jusqu'à ce que la guérison fut complète.

Un fait que j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer à l'hôpital militaire, que j'ai vu se reproduire récemment sur un enfant à l'hôpital Sainte-Eugénie, et qui mérite encore d'être signalé, c'est que, dans les cas les moins heureux, dans ceux par exemple où les effets du chlorate se suspendent, et où il faut nécessairement avoir recours à un autre mode de traitement , si l'ulcération , après une nouvelle modification , devient encore une fois stationnaire, le chlorate de potasse réussit presque toujours à améliorer de nouveau l'état de la muqueuse, quelquefois même il amène dans l'espace de vingt-quatre ou quarante-huit heures une guérison qu'il n'avait pu produire à lui seul au début du traitement.

Certes, ce sontlà des résultats déjà bien précieux; mais je crois que le chlorate de potasse pourrait rendre de plus grands services encore si son usage se généralisait dans l'armée. Je ne doute pas, en efîel, qu'administré au quartier même, soit au début de la maladie, soit à une période plus avancée, il ne réussît le plus souvent à en arrêter le développement, et ne produisît toujours une modification assez rapide et assez profonde pour que les soldats pussent continuer leur service, ou tout au moins rester à l'infirmerie du régiment, et éviter ainsi, dans tous les cas, d'entrer à l'hôpital, dont le séjour,

beaucoup plus coûteux pour l'Etat que la résidence au corps, n'est jamais sans inconvénient pour eux en temps ordinaire, et les expose même à de sérieux dangers en temps d'épidémie (1).

Lors donc que, dans une publication précédente, j'ai dit : « 1° En quelques heures, diminuer la dou- « leur et modifier les deux phénomènes de la store matite ulcéreuse que les malades supportent le « plus difficilement peut-être : la salivation et la « fétidité de l'haleine; 2° Abréger des deux tiers la « durée du traitement, c'est-à-dire la durée du « séjour à l'hôpital ; 3° Dispenser même le soldat, « dans beaucoup de cas, de ce fâcheux séjour : « ...tels sont, si je ne me suis point trompé dans l'in- « terprétation des faits, les résultats que, dans l'im- « mense majorité des cas , pour ne pas dire plus , « on est en droit d'attendre de l'emploi du chlorate « de potasse, et qui me paraissent de nature à jus- « tifier l'introduction de ce sel dans la pharma- « copée militaire; » je n'ai rien dit que les faits observés depuis ne m'autorisent à répéter aujourd'hui et à présenter de nouveau comme la conclusion pratique de ce mémoire.

Assurémeat, et je le reconnais une fois de plus, la propagation épidémique de la stomatite ulcé-

(1) Trois soldats entrés dans mes salles avec une stomatite spécifique des plus simples, ont été atteints par le choléra. Aucun n'a succombé; mais chez l'un d'eux la secousse a été a-sez violente pour que, deux mois après l'attaque, je n'aie pu le renvoyer à sou corps et que j'aie dû le proposer pour un congé de convalescence.

reuse des soldats n'atteint pas chaque année les proportions qu'elle a prises en 183i et 1835 ; d'ailleurs, cette stomatite est la plus bénigne et la plus simple de toutes les maladies de l'armée , et par conséquent il serait puéril de vouloir donner une importance capitale à l'introduction dans la médecine militaire d'un mode de traitement que je crois supérieur, sans doute, à tous ceux qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour, mais qui, après tout, ne s'adresse qu'à un mal sans gravité.

Cependant, la stomatite ulcéreuse spécifique estelle, en définitive, une maladie tout à fait indifférente? Je ne le pense pas, pour les motifs que j'ai donnés précédemment , et je crois, par conséquent, n'avoir pas fait une chose complètement inutile en cherchant à faire adopter dans l'armée l'emploi d'un médicament dont l'efficacité contre cette maladie ne me paraît plus contestable aujourd'hui.

Je sais que M. Boudin, qui, dans toutes les maladies aiguës et dans quelques maladies chroniques, emploie avec une énergie et une persistance trèsheureuses, à ce quil paraît, les éméto-cathartiques seuls, a eu l'idée d'appliquer la même médication à la stomatite ulcéreuse, et je tiens de cet honorable et savant confrère lui-même, qu'il en a obtenu des résultats tout aussi satisfaisants que ceux qu'avaient dus antérieurement au chlorate MM. Chanal, Her~ pin et Blache chez les enfants, et ceux que j'avais obtenus moi-même chez les soldats. Or, s'il en est

ainsi, et pour ma part je déclare accepter sans réserve les assertions de M. Boudin, il faut reconnaître que le chlorate de potasse n'a pas seul le privilège de guérir rapidement et sûrement la stomatite ulcéreuse, ce qui diminue son importance; mais en admettant que les éméto-cathartiques répétés exercent sur la douleur, sur la salivation et la fétidité de l'haleine une influence aussi rapide que celle du chlorate, — ce que j'ignore, — je me demande quelle raison sérieuse pourrait faire préférer, dans tous les cas, une médication si pénible (l) à la médication que j'ai proposée et qui, au mérite de guérir cilà, joint encore celui de guérir jucundè, ainsi que j'espère le démontrer, en reproduisant quelques uns des détails que j'ai déjà publiés sur le mode d'administration du chlorate de potasse, et en exposant l'ensemble du traitement de la stomatite ulcéreuse, tel qu'une plus longue expérience m'a conduit à le formuler depuis.

Dans les premiers temps de l'épidémie (1855), je m'étais borné à prescrire uniformément : l8 quatre grammes de chlorate de potasse dissous dans un julep à prendre dans les vingt-quatre heures, en trois ou quatre gorgées ; 2° un gargarisme émollient; 3° une tisane délayante; 4° un régime subordonné à l'état général dans la période aiguë, et dans la période subaiguë ou chronique, au plus ou

(I) L'administration des éméto-cathartiques dans le service de M; Boudin est souvent répétée plusieurs jours de suite.

moins de douleur qu'éprouvait le malade dans les mouvements de mastication ou de déglutition. Ce traitementsi simple m'avait donné, dans le principe, des résultats constamment heureux, aussi croyaisje pouvoir désormais le prescrire indifféremment, et sans y rien changer, à tous les hommes atteints de stomatite ulcéreuse, lorsque plusieurs faits vinrent me rappeler qu'il n'est point de maladie pour laquelle on puisse donner une formule de traitement banale, également applicable à tous les cas, et qu'il n'est pas non plus de médicament, même parmi ceux qui sont des spécifiques ou qui s'en rapprochent le plus, dont l'efficacité ne soit bien souvent subordonnée soit au régime, soit à l'emploi préalable ou simultané d'une médication générale répondant à un état de l'organisme, dont la nature et les manifestations, naturellement très- variables, doivent nécessairement fournir des indications trèsvariables aussi. C'est ainsi que dans plusieurs cas j'ai dû, pour arriver à une guérison définitive, porter à 6,0 la dose du chlorate, sans que d'ailleurs rien dans l'étendue ou la profondeur des lésions eût pu faire prévoir d'avance la nécessité de modifier la formule ordinaire; que dans d'autres cas, les effets curatifs du médicament, momentanément enrayés, tantôt par un état d'excitation, tantôt, au contraire, par un état d'affaissement général, n'ont recommencé à se faire sentir qu'après que j'eus atténué le premier à l'aide de bains, de laxatifs et d'un régime sévère, et relevé le second à l'aide des

toniques purs et quelquefois même des stimulants ; c'est ainsi encore que, dans d'autres cas, l'administration d'un vomitif au début du traitement m'a paru favoriser notablement l'action du chlorate de potasse. Je me hâte d'ajouter que c'est surtout depuis la communication de M. Boudin que, pendant les derniers mois de mon séjour au Roule, en 1856, j'ai eu recours à cette médication préliminaire dont je me plais à reconnaître l'heureuse influence, mais en faisant observer toutefois que, n'ayant jamais constaté aucune modification, ni dans les symptômes, ni dans les altérations locales, à la suite de l'emploi de ce vomitif, je ne puis véritablement attribuer qu'au chlorate de potasse la rapidité de la guérison dans ces cas ; guérison à laquelle, par conséquent, le vomitif n'aurait contribué que d'une manière indirecte et probablement en agissant comme il agit avant l'administration du sulfate de quinine ou du vin arsenical dans le traitement de la fièvre paludéenne, c'est-à-dire en rendant la muqueuse gastrique plus apte à absorber le médicament.

Mais je tiens à bien constater, que dans l'immense majorité des cas, le chlorate de potasse, administré seul et d'emblée, a suffi pour guérir la stomatite ulcéreuse dans l'espace de quelques jours. Les faits auxquels je viens de faire allusion ont été, en effet, excessivement rares, et ceux dans lesquels il a échoué complètement ou n'a eu qu'une influence passagère, l'ont été plus encore. Les modificateurs

qui, dans ces derniers cas, m'ont le mieux réussi, sont le chlorure de chaux sec et le nitrate d'argent, le premier pour transformer l'ulcération grise et blafarde en une plaie de bonne nature, et le second pour réprimer au dernier moment les bourgeons charnus et terminer parfois brusquement le travail de cicatrisation.

Quant au chlorate de potasse^ ainsi que l'avaient fait précédemment MM. Herpin et Blache, je l'ai administré en dissolution dans une potion gommeuse simple; seulement, comme ce sel est peu soluble dans l'eau froide, et qu'en l'ajoutant simplement au julep on court le risque qu'il se dépose au fond de la iiole et ne soit pas pris par le malade, M. Vial, pharmacien en chef de l'hôpital du Roule, a eu l'heureuse idée de préparer à chaud une solution titrée au 20e, que l'on ajoutait au véhicule; de telle sorte que la préparation telle que je la faisais donner aux malades de mon service se composait de :

Potion gommeuse simple. » . • 60,0

Solution de chlorate de potasse 80,0

Recommandation était faite aux hommes de prendre cette potion en quatre doses, à trois heures d'intervalle, et je me suis assuré qu'en général ils se conformaient à la prescription ; mais il en est quelques-uns qui ont pris la potion en deux doses, l'un d'eux même l'a prise en une fois, sans éprouver d'ailleurs rien de plus que le soulagement ordi-

naire, qui n'a été ni plus ni moins rapide que dans la plupart des autres cas. Ce que je puis affirmer, du reste, c'est que pas un des malades n'a ressenti le plus léger malaise à la suite de l'administration du chlorate, et surtout que pas un n'a témoigné la moindre répugnance à prendre la potion.

Or, que l'on compare maintenant, — et abstraction faite de la durée du traitement, — ceîte médication si simple, si facile à suivre, soit à celle qui consiste dans l'emploi des astringents ou des caustiques, dont l'application, toujours pénible quand elle n'est pas douloureuse, a de plus l'inconvénient quelquefois de noircir ou même d'altérer les dents, soit à celle qui soumet le malade plusieurs jours de suite à l'usage des éméto-eathartiques, et que l'on juge : évidemment la médication par le chlorate de potasse l'emporte de beaucoup sur toutes les autres, puisque seule elle offre le double avantage de guérir vite et sans coûter au malade, je ne dit pas une souffrance, mais même une simple répugnance.

En résumé, un cas de stomatite ulcéreuse étant donné, que la maladie ait pour siège les gencives, les parois ou les amygdales , voici comment je propose d'instituer le traitement : dans la forme aiguë, si à l'état fébrile se joignent des signes manifestes de ce qu'on appelle l'état saburral, ou embarras gastrique avec anorexie ou dégoût pour les aliments, l'emploi du vomitif est nettement in-

cliqué, et il devra précéder de quelques heures ou d'un jour au plus l'administration du chlorate de potasse à la dose de 4,0; que si, au bout de six à sept jours, et après une amélioration qui est constante, le travail de réparation s'arrête, on doit porter la dose de chlorate à 6,0, et si dans les trois ou quatre jours qui suivent cette augmentation de dose aucune modification ne s'est produite, il faut renoncer à la médication et se borner à appliquer chaque jour sur les surfaces ulcérées un peu de chlorure de chaux dont l'action, ainsi que l'a depuis longtemps démontré la pratique de M. Bouneau à l'hôpital des Enfants, est beaucoup plus rapide et plus complète que celle de l'acide chlorhydrique ou du nitrate d'argent, et à plus forte raison de l'alun. Un nouveau temps d'arrêt peut se produire, et c'est alors qu'on devra revenir au chlorate, qui cette fois pourra tout terminer dans l'espace de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Dans les cas heureux au contraire, — et ils sont de beaucoup les plus nombreux, — le chlorate de potasse guérit seul et avec rapidité, et la seule circonstance qui puisse nécessiter l'intervention d'un nouveau modificateur, est, dans les cas d'ulcérations vastes et profondes, une saillie des bourgeons charnus que le nitrate d'argent fait immédiatement disparaître.

Dans la forme chronique, je crois, d'après les faits que j'ai observés, qu'on pourra le plus souvent commencer immédiatement l'usage du chlo-

rate de potasse et obtenir rapidement la guérison sans l'administration préalable du vomitif. Mais il serait possible qu'en débutant constamment par la médication évacuante, on fît descendre encore le chiffre de la durée moyenne du traitement ; c'est une question que je n'ai pas eu le temps de résoudre à l'hôpital militaire, mais dont les médecins de l'armée seront en mesure, à la première épidémie, de donner la solution.

Je ne fais que signaler en passant la nécessité : 1° d'enlever les dents cariées lorsqu'elles constituent en quelque sorte une épine, un corps étranger, entretenant l'ulcération des gencives ou des parois ; 2° de traiter à l'aide du chlorure de chaux, comme M. Bouneau, ou à l'aide du nitrate d'argent, comme M. Velpeau et M. Toirac, la pyorrhée alvéolo-dentaire, qui, ainsi que je l'ai dit précédemment, peut enrayer l'action du chlorate et s'opposer à la cicatrisation des ulcérations gingivales. Ai-je besoin de faire remarquer qu'en agissant ainsi on arrive à ce double résultat de hâter la guérison, de la rendre plus certaine, et par conséquent de prévenir plus sûrement les rechutes ?

Prophylaxie. — Arriver à guérir promptement la stomatite ulcéreuse des soldats est déjà un résultat précieux; mais prévenir le développement delà maladie et débarrasser nos régiments de cette endémo-épidémie, en serait un plus précieux encore, quelque peu grave qu'elle soit. Or, peut-on espérer d'y parvenir ? Je le crois. Et en effet, si, commej'ai

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tenté de le démontrer, la maladie est produite par un miasme qu'engendre l'atmosphère viciée par l'encombrement des troupes ; si certaines conditions hygiéniques que j'ai indiquées, rendent les hommes plus accessibles à l'action du miasme toxique en les débilitant, il est facile de concevoir qu'en modifiant l'hygiène du soldat, en temps de paix, au triple point de vue de l'alimentation , de la distribution du service et surtout du casernement , on aurait de grandes chances de voir disparaître cette maladie.

Certes, si les réformes auxquelles je viens de faire allusion ne devaient avoir d'autre effet que d'effacer du tableau de la nosologie militaire une maladie aussi peu sérieuse que la stomatite ulcéreuse spécifique, il serait presque ridicule de les demander. Mais il ne faut pas oublier que derrière cette endémo-épidémie si bénigne, il y en a une bien autrement redoutable , la fièvre typhoïde ; qu'il y a en outre des états morbides spéciaux qui viennent compliquer toutes les maladies des soldats, et, pour tout dire enfin., une mortalité de beaucoup supérieure à celle de la population civile, en un mot un état de choses très -grave, que ces réformes atténueraient au moins, si elles ne parvenaient pas à le faire cesser complètement , en détruisant du même coup le germe de la maladie à propos de laquelle j'appelle de nouveau l'attention , après tant de confrères de l'année, sur ces intéressantes questions d'hygiène militaire.

Mais, en attendant que ces réformes s'accomplissent, je crois que l'on pourrait, à l'aide de quelques mesures d'une exécution facile, diminuer notablement les chances de propagation de la stomatite ulcéreuse, et empêcher ainsi peut-être le développement des épidémies dans les régiments. Si , par exemple, nos soldats étaient astreints à faire visiter leur bouche par les médecins du corps, aussi souvent et aussi régulièrement que les soldats danois, et aussi, je crois, les soldats belges, sont tenus de faire visiter leurs yeux, il est évident que la maladie, dissimulée souvent par les hommes, tant qu'elle n'est pas très-douloureuse, pour éviter les cautérisations, l'infirmerie et la diète, serait immédiatement reconnue; les hommes atteints, par conséquent, pourraient être isolés et traités de suite, c'est-à-dire placés dans des conditions telles, que la transmission de leur mal deviendrait presqu'impossible, d'abord par suite de l'interruption des communications entre les hommes malades et les hommes sains, et peut-être aussi sans que l'isolement devînt nécessaire, par suite de l'intervention du traitement et d'un traitement rapidement efficace, à une période de la maladie où il est permis de supposer qu'elle n'est pas encore transmissible par infection miasmatique. C'est dans ces circonstances, on le comprend, que le chlorate de potasse serait appelé à rendre d'incontestables services, parce que ses effets sont prompts, que son usage n'a rien de désagréable, et qu'en consé-

quence les soldats ne chercheraient certainement pas à se soustraire à une médication qui les soulagerait, sans les faire passer par les douleurs de la cautérisation , ni par la rebutante épreuve du vomissement.

Pour ce qui concerne l'hygiène de la bouche, je doute qu'une exécution plus rigoureuse des prescriptions qui, depuis plusieurs années déjà, sont devenues sur ce point réglementaires, pût mettre les soldats à l'abri de l'influence toxique du miasme spécifique; mais il est probable que du moins elle diminuerait la fréquence et la durée de la gingivite ulcéreuse, c'est-à-dire de la variété sans contredit la plus rebelle; d'ailleurs elle aurait en outre l'avantage de contribuer à la conservation des dents. Il serait donc à désirer que cette partie de l'hygiène du soldat fût mieux surveillée, et qu'au lieu de se borner à exiger, dans l'équipement du soldat , la présence d'une brosse à dents, ce qui est une bonne chose, on lui fît une obligation de s'en servir exactement, comme on lui en fait une de se soumettre; tous les jours et par tous les temps, à d'abondantes ablutions sur la tête et les mains.

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